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La littérature de jeunesse et son pouvoir pédagogique, Volume XXIV , No 1 et 2, 1996.

LIMINAIRE

La littérature de jeunesse et son pouvoir pédagogique

Lorsqu'on m'a offert le rôle de rédactrice invitée pour ce numéro spécial sur la littérature de jeunesse, je me suis empressée d'accepter, toute à la joie de voir se réaliser devant mes yeux la trame d'un tableau dont je rêvais depuis plus de 25 ans, alors que je commençais à enseigner la littérature de jeunesse à la formation des enseignantes et des enseignants. Cette invitation s'avère donc l'occasion de collaborer à l'émergence d'une oeuvre où s'actualisent les plus récentes réflexions sur la littérature de jeunesse. Elle permet aussi de réunir, sous une même couverture, des chercheuses et des chercheurs, des enseignantes et des enseignants, des formatrices et des formateurs qui, d'un bout à l'autre du Canada, par leur travail, assurent, malgré leur diversité et grâce à elle, richesse et cohésion à cette institution. En effet, leur participation permettra d'esquisser, tantôt à grands coups de pinceaux, tantôt par petites touches, à la manière impressionniste, voire pointilliste, une toile de fond plurielle qui rende compte de ce qu'a été et de ce qu'est devenue, depuis 25 ans, la littérature de jeunesse.

Les termes «littérature de jeunesse» englobent ici, à moins d'indications contraires, tous les aspects de la production écrite pour l'enfance et la jeunesse; ceux­ci vont de la fiction à l'information, de la bande dessinée au poème en passant par toutes sortes de genres comme, par exemple, les livres dont vous êtes le héros, les documentaires et même les périodiques pour la jeunesse.

La littérature de jeunesse n'a plus à revendiquer sa légitimité dans le grand public. En France, elle s'est progressivement imposée depuis l'époque pas si lointaine où on a reconnu aux enfants le droit à l'enfance (Latzarus, 1923).

Le plaisir a constitué et constitue encore la raison d'être de cette littérature. Au début, ce dernier était utilisé comme un instrument de séduction pour rendre les leçons de morale plus facilement digestibles; maintenant, quoique parfois encore teinté d'intentions didactiques (l'épithète «didactique» a aussi ses mauvais côtés!), le plaisir est le plus souvent recherché pour lui­même, sans autres subterfuges ou prétextes.

Pour tracer le canevas de ce numéro, je me suis tout simplement remémoré les questions que je me pose chaque fois que j'ai à préparer mes cours de littérature de jeunesse à l'intention des enseignantes et des enseignants. Quoique non représentatives de tout le domaine, celles qui ont motivé les auteures et les auteurs à participer au projet permettent néanmoins de rendre compte à la fois de la complexité de l'objet d'étude et de sa richesse pédagogique.

Voici brièvement les questions qui ont fondé la trame de ce numéro. Qui fait la littérature de jeunesse? Qui en sont les auteures et les auteurs? les illustratrices et les illustrateurs? Quel est son potentiel didactique et éducatif en général? Quelle est l'utilité de l'album dans le développement de l'enfant? Quelle est celle de la bande dessinée? Comment le roman favorise­t­il le développement d'habiletés à lire et à écrire? Pourquoi et comment vivre la poésie à l'école? Quelle est la portée didactique du documentaire? Quelles valeurs véhiculent les collections de romans pour adolescentes et adolescents? Comment les critiques, il y a une vingtaine d'années, abordaient­ils la littérature de jeunesse? et à présent? Dans quelle mesure cette dernière a­t­elle fait l'objet de recherches? Qu'est­ce qui a marqué l'évolution de ces recherches depuis plus de 20 ans? Quel panorama ces dernières nous offrent­t­elles de cette littérature?

Bref, dans un premier temps, il m'a semblé important de dresser le portrait de celles et de ceux sans qui la littérature de jeunesse n'existerait pas: les auteures et les auteurs, les illustratrices et les illustrateurs. Ensuite, il convenait, me semble­t­il, de décrire comment la littérature de jeunesse pouvait participer au développement des habiletés linguistiques générales et l'ouverture au monde des élèves, puis de faire suivre cette réflexion des textes qui traitaient du potentiel pédagogique particulier de certains de ces genres comme l'album et le conte (estime de soi et maîtrise de la peur), le roman (tandem lecture­écriture), la bande dessinée, l'ouvrage de poésie et le documentaire. Enfin, pour terminer, j'ai cru bon regrouper à la suite les unes des autres, les productions qui présentent la littérature de jeunesse sous un point de vue évolutif, qu'il s'agisse des valeurs qui ont marqué des collections de romans pour adolescents, des critiques et des critères qui ont présidé à leur analyse depuis 20 ans, pour finalement clore sur un portrait du développement de la recherche depuis 1972.

Sous les apparences d'une mosaïque ou de tableautins sans liens explicites, les articles issus de ces questions présentent tous une préoccupation unique : illustrer l'importance de la littérature de jeunesse dans la vie de l'enfant, de l'adolescente et de l'adolescent, et de donner aux enseignantes et aux enseignants des suggestions pour faire vivre le livre en classe.

Grand merci à mes collaboratrices et collaborateurs sans lesquels ce riche dossier n'aurait pu voir le jour.

Flore Gervais, professeure agrégée
Faculté des sciences de l'éducation
Université de Montréal


Référence

LATZARUS, M.­T. La littérature enfantine en France dans la seconde moitié du XIXe siècle: étude précédée d'un rapide aperçu des lectures des enfants en France avant 1860, Paris, Presses universitaires de France, 1923.

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