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| Perspectives d'avenir en éducation, Volume XXVII , No 1, printemps 1999. | |
Dans cet article, nous présentons dans un premier temps une revue de la littérature traitant des enjeux épistémologiques qui sous-tendent l'intégration des technologies de l'information et de la communication en pédagogie universitaire. Nous identifions ensuite l'impact de ces enjeux sur le recours aux TIC en formation à la profession enseignante. Enfin, nous présentons les résultats d'une enquête réalisée auprès du professorat de l'Université de Sherbrooke au regard du profil d'alphabétisation informatique, d'attitudes par rapport à l'informatique et des pratiques d'intégration des TIC en enseignement au premier cycle. Les résultats sont examinés à la lumière des conclusions que nous tirons de la revue de la littérature scientifique anglosaxonne.
The author first reviews the scholarly literature on the epistemological issues underpinning the integration of communications and information technologies into university teaching. He then identifies the impact of these issues on the use of CITs in teacher training. The paper presents the results of a study carried out with the teaching staff at Université de Sherbrooke concerning computer literacy profiles, attitudes towards computer technology and the methods used to integrate CITs into teaching at the undergraduate level. These results are examined in the light of conclusions based on a review of English-speaking scientific literature.
En este artículo presentamos un examen de la literatura que aborda los desafíos epistemológicos sobre los que se funda la integración de la tecnología de la información y de la comunicación en la pedagogía universitaria. En seguida abordamos el impacto que dichos desafíos ejercen sobre la utilización de la TIC en la formación de los maestros. Finalmente presentamos los resultados de una encuesta realizada entre el profesorado de la Universidad de Sherbrooke sobre el perfil de la alfabetización informática, las actitudes con relación a la informática y las prácticas de integración de las TIC en la enseñanza en el primer ciclo universitario. Se examinan los resultados a la luz de las conclusiones que obtuvimos en el examen de la literatura científica anglosajona.
Depuis 1996, l'État a conçu toute une série de mesures destinées à assurer que la formation à la profession enseignante intègre le développement de conditions favorisant l'acquisition de compétences minimales en matière d'utilisation pédagogique des Technologies de l'Information et de la Communication - TIC (Gouvernement du Québec, 1996a, 1996b). Concrètement, le Ministère de l'éducation a octroyé plusieurs millions de dollars aux facultés d'éducation du Québec afin qu'elles puissent se doter d'infrastructures et d'équipements permettant d'assurer la formation des étudiantes et des étudiants dans le domaine. Du même souffle, l'État déclarait aux universités qu'il n'y aurait pas d'investissement majeur sur le plan du soutien à l'équipement des autres facultés dans la mesure où ces dernières disposaient d'autres ressources. Ce faisant, on renvoyait la responsabilité de la construction d'une infastructure informatique à la capacité d'investissement des institutions ou des professeurs-chercheurs.
Trois années ont passé depuis ce nouveau «virage technologique». Par delà les discours «technophiles ou technophobes», qu'en est-il de l'intégration des TIC en pédagogie universitaire en général et en formation à la profession enseignante en particulier? Pour tenter de répondre à cette question, nous devrons faire quelques détours en tentant d'établir une relation entre diverses variables qui déterminent ou qui affectent le rapport entre l'individu et les «nouvelles» technologies, notamment dans le cadre des programmes de formation de premier cycle.
Dans un premier temps, nous explorerons relativement rapidement la littérature scientifique internationale en ce qu'elle traite de façon générale des enjeux épistémologiques de l'intégration des TIC à la formation initiale en milieu universitaire et de façon plus spécifique du rôle des ces technologies en formation à la profession enseignante. Ce faisant nous tenterons de «prendre la mesure» de la distance qui sépare un discours portant sur les bienfaits de l'intégration des TIC par rapport à l'état de la recherche scientifique sur les effets réels de cette intégration sur la relation enseignement-apprentissage.
Dans un deuxième temps, nous présenterons les résultats d'une enquête par questionnaire réalisée au printemps 1998 auprès d'un échantillon représentatif des enseignantes et des enseignants intervenant en formation initiale dans le cadre des divers programmes offerts à l'Université de Sherbrooke. Nous distinguerons tour à tour, les compétences des intervenantes et des intervenants en matière d'utilisation de l'informatique et de la télématique, les profils de pratique d'utilisation de ces technologies pour des fins didactiques et leurs attitudes à leur égard. Nous conclurons notre brève étude par une série de questions portant sur les enjeux épistémologiques et les choix curriculaires que soulève l'intégration des TIC dans les programmes de premier cycle universitaire.
Depuis la seconde moitié des années 1990, et tout particulièrement depuis l'explosion de l'accessibilité au réseau W3, on constate un développement rapide de la littérature scientifique traitant de l'intégration des TIC au sein des programmes de formation initiale. Bien que particulièrement «dynamique» dans l'univers anglosaxon, cette littérature est en émergence dans l'ensemble des pays industrialisés et plus particulièrement au sein de la francophonie (Rhéaume et Laferrière, 1998). On peut la catégoriser en deux domaines généraux. D'une part, les écrits foisonnent en matière d'intégration des TIC en pédagogie universitaire, essentiellement dans l'univers anglo-américain ainsi qu'en australasie [2]. D'autre part, toujours dans l'univers anglosaxon, mais cette fois plutôt en Europe et aux États-Unis, on retrouve une abondante littérature traitant de l'intégration de l'informatique et de la télématique en formation à la profession enseignante. Si, dans le premier cas, on aborde la question ouvertement sous l'angle d'une réforme des fondements épistémologiques de la formation universitaire, cet angle est nettement moins présent lorsqu'on traite de formation à la profession enseignante.
Depuis quelques années, nombre d'écrits portant sur l'intégration des TIC en tant qu'infrastructure didactique en pédagogie universitaire tendent à établir une relation plus ou moins explicite entre le recours aux environnements interactifs et une position épistémologique de type constructiviste (Dalgarno, 1996; Lefoe, 1998). Ces travaux impliquent deux postulats relativement complémentaires.
Le premier postulat sous-entend la présomption que les professeurs partagent une représentation de type constructiviste ou socioconstructiviste de la relation enseignement-apprentissage. Ce faisant, l'adoption des «nouvelles technologies», en ce qu'elles permettent une responsabilisation de l'apprenant ainsi qu'éventuellement l'interaction entre les apprenants d'une part et d'autre part entre les apprenants et l'enseignant, serait le fruit d'une rupture profonde de ce dernier avec les approches traditionnelles ou béhavioristes de l'enseignement (Jonassen, Davidson, Collins, Campbell et Haag, 1995; Jonassen et Reeves, 1996; Lefoe, 1998).
Le second postulat implique la primauté du matériel didactique sur les orientations épistémologiques. Puisque le matériel informatique auquel on réfère permet ou implique l'interaction, l'apprentissage en sera le produit. Le matériel didactique garantit donc la nature constructiviste de l'apprentissage et la dimension collaborative de l'enseignement (Choi et Yeom, 1996; Marton, 1994). Il est intéressant, par ailleurs, de constater qu'il s'agit là d'une représentation du rôle du matériel didactique fort semblable à celle que véhicule le ministère de l'Éducation du Québec depuis près de vingt ans maintenant (Gouvernement du Québec, 1979).
Plusieurs auteurs suggèrent que sans certaines caractéristiques individuelles, tant sur le plan des «qualités traditionnelles» nécessaires à l'intervention pédagogique adéquate que sur celui de la maîtrise des TIC, l'insertion de ces dernières dans la pratique des professeurs peut s'avérer plus néfaste que bénéfique (De Kerckhove, 1997; Rhéaume, 1997). En réalité, la littérature scientifique en matière d'intégration des TIC en pédagogie universitaire se scinde en deux courants majeurs. Un premier courant, très puissant dans les pays «anglophones» du Pacifique et tout particulièrement en Australie, identifie l'intégration des TIC à la fois en tant que condition de survie des institutions universitaires et comme contexte favorisant la modification des pratiques d'enseignement dans une perspective épistémologique socio-constructiviste. Ce faisant, ces approches privilégient le développement de pratiques pédagogiques de type coopératif mettant en valeur l'intégration de logiciels environnements réseautés (Dalgarno, 1996; McNaught, 1996). Du côté francophone, ce courant trouve un écho particulièrement marqué chez les chercheurs et les praticiens qui oeuvrent systématiquement dans le domaine de la formation à distance (Dufresne et Tremblay, 1991; Paquette, Paquin, Aubin et Ricciardi-Rigault, 1996).
Un second courant, plus pragmatique, considère que l'intégration des TIC en pédagogie universitaire n'est pas et ne sera pas particulièrement associé à la modification des pratiques pédagogiques et n'affectera pas en soi la position épistémologique des praticiens. L'enseignement demeurera essentiellement traditionnel, marqué par une perspective épistémologique de type néobehaviorale. Les technologies de l'information remplacent simplement, en tant que matériel didactique, l'imprimé ou l'usage du tableau, de la craie ou du rétroprojecteur à faible résolution (Gosper et al., 1996; Tapper, 1997).
Ainsi, avec un peu de préparation et de soutien technique, mais sans faire varier la stratégie d'intervention éducative par rapport à l'approche universitaire traditionnelle, les pédagogues intègrent la saisie électronique de leurs notes de cours ou le manuel électronique plus où moins interactif. Dans cette même perspective, ils peuvent prendre en considération la dimension «apprentissage» de la relation pédagogique et mettre à la disposition des étudiants divers outils dont ils gèreront seuls l'utilisation dans le cadre de leur cursus académique (McIntyre et Wolff, 1998). C'est à ce type de préoccupation que répond généralement l'intégration à l'arsenal universitaire d'outils de type logiciel d'autoévaluation formative «en ligne» ou encore l'accessibilité à des glossaires et à des compléments de notes de cours saisis en version hypertextuelle téléaccessible (Dirand et Larose, 1997; Larose 1997, 1998; Nault, 1998).
Le postulat est identique, ici, à celui que Bloom formulait lors de l'élaboration du concept de pédagogie de la maîtrise (Bloom, 1979; Bloom et Broder, 1950). L'augmentation du temps et de la fréquence d'accès à l'information ainsi que la régularité des rétroactions, surtout si elles sont déchargées du poids affectif associé à l'évaluation sommative, garantit l'apprentissage chez l'apprenant. Si ce dernier ne performe pas malgré tout, cela relèvera de ses caractéristiques individuelles, donc l'échec sera sa responsabilité et non celle de l'enseignant, du contexte d'enseignement ou de l'institution. Le recours à l'informatique ne met en cause ni les stratégies d'intervention éducative ni le rapport au savoir ainsi qu'à sa construction qu'entretient l'enseignant[3]. Le professeur est simplement mieux outillé (du moins en théorie) pour reproduire un modèle d'enseignement dans un contexte où il ne peut plus avoir de contacts individualisés avec l'apprenant et ce dernier est mieux outillé pour compenser cette perte de contact individuel «en temps réel» ou, si on préfère en situation de classe.
Si une quantité sans cesse croissante d'auteurs semble établir un parallèle entre l'intégration des TIC à l'enseignement et l'adoption d'une perspective constructiviste, l'emphase mise sur la primauté de l'option épistémologique par rapport à la dimension technique demeure "faible". En fait, dans plusieurs cas cette prise de position semble plutôt formelle, la dimension centrale demeurant l'importance accordée à la qualité «technologique» du matériel didactique. Ainsi, Boulet (1998) accorde un paragraphe à la présentation de l'importance d'adopter une perspective constructiviste si les enseignantes et les enseignants désirent que l'intégration des TIC en classe favorise réellement l'apprentissage. Citant Jonassen et Reeves (1996), les technologies multimédia y sont présenté en tant qu'outils cognitifs qui rendent possible «en se» le développement de l'autonomie et de la coconstruction des savoirs:
[...] les outils cognitifs sont plus efficaces lorsqu'ils sont appliqués dans un environnement d'apprentissage constructiviste; les outils cognitifs permettent aux apprenants d'élaborer leur propre représentation de la connaissance plutôt que de les inciter à absorber des représentations préconçues par d'autres; les outils cognitifs peuvent favoriser le développement et l'utilisation d'une pensée réflexive profonde qui est nécessaire pour un apprentissage signifiant; les outils cognitifs permettent des apprentissages intéressants et exigeants pour l'esprit plutôt que les apprentissages faciles tels que promis, mais rarement réalisés par d'autres technologies éducatives; les outils cognitifs devraient être appliqués à des tâches ou à des problèmes définis par les apprenants avec l'appui de leurs enseignants; les outils cognitifs utilisés en éducation devraient être utilisés dans des contextes réalistes et permettre des résultats personnellement significatifs pour les apprenants; et finalement, les outils cognitifs peuvent permettre un partenariat intellectuel sous la forme d'un traitement cognitif distribué. Boulet, 1998; p. 221
Certes, ce type de réflexion renvoie à une dimension d'interactivité qui peut s'avérer une condition préalable à la réalisation d'apprentissages dans une perspective socioconstructiviste. Cependant, le discours sur l'interactivité réfère le plus souvent aux conditions nécessaires au soutien de la motivation d'un apprenant qui se trouve souvent seul devant un univers relativement «éclaté». À preuve, la popularité actuelle de l'étude de Boshier, Mohapi, Moulton, Qayyum, Sadownik et Wilson (1997) dans laquelle les auteurs, après avoir analysé de façon systématique 127 sites de soutien ou d'accès à autant de cours universitaires, mettent l'emphase sur la dimension «démotivante» de la structure et des contenus d'une bonne partie de ces «cours informatisés». Si une partie des cours ne font que reproduire sur le Web une conception «traditionnelle» du rapport au savoir (fonction de transmission d'une «vérité» de celui qui sait vers l'apprenant), à l'autre extrème l'aspect technologique, accrocheur, de l'environnement d'apprentissage est tellement important que l'apprenant risque fort de «s'y noyer». Dans les deux cas l'aspect principal de la critique des auteurs porte sur l'impact de la qualité du matériel ou de l'environnement didactique sur la motivation de l'apprenant.
Face à un discours «technophile» portant sur les vertus de l'informatique et des TIC en tant qu'outils didactiques, voire en tant que tuteurs, notamment en pédagogie universitaire, l'exploration de la littérature scientifique récente ne permet d'identifier que quelques recherches systématiques, fondées sur des cueillettes de données substantielles, tentant d'objectiver les avantages et inconvénients de cette intégration sur le plan pédagogique. Ces recherches peuvent être classées en trois catégories dont l'importance relative est fort variable. La première touche l'efficacité du recours aux TIC sous diverses formes en tant que moyen de favoriser ou de soutenir l'apprentissage. La seconde catégorie porte essentiellement sur l'analyse des attitudes des professeurs ou des étudiants face aux environnements informatiques. Enfin, la troisième concerne l'identification du degré de pénétration du recours aux TIC en pédagogie universitaire.
Il existe une tradition dans la littérature portant sur les «technologies de l'éducation», à l'effet que l'intégration des TIC favorise la réalisation d'apprentissages chez les étudiants à l'ordre universitaire (Boshier et al., 1997; Hosie, 1993; Rhéaume et Laferrière, 1998; Reeves, 1992; Wills et McNaught, 1996). Cependant, c'est à l'ordre primaire et secondaire que ce discours est à la fois le plus dense et le plus systématiquement fondé sur des recherches méthodologiquement rigoureuses. Dans une revue critique de la littérature portant sur les applications pédagogiques de l'ordinateur (APO) puis sur l'intégration des TIC en enseignement, Grégoire, Laferrière et Bracewell (1996) font état de nombreuses recherches démontrant l'efficacité du recours, sous certaines conditions, aux TIC en tant qu'environnement d'apprentissage ou encore en tant que matériel didactique. Cependant, la majeure partie des recherches auxquelles réfèrent les auteurs concernent ce qu'il est convenu d'appeler les applications pédagogiques de l'ordinateur et, plus particulièrement, l'efficacité du recours aux environnements informatiques afin de permettre une plus grande individualisation de l'enseignement.
Les recherche plus récentes, qui portent généralement sur l'intégration des environnements multimédia et tout particulièrement des «technologies de réseaux» aux divers ordres d'enseignement, mettent généralement l'emphase sur les retombées positives de ces initiatives sur la motivation des apprenants. Il n'y a pas, ou presque, d'études portant sur des clientèles en âge de fréquentation scolaire primaire ou secondaire, qui démontre un lien de causalité, directe ou non, entre l'intégration des TIC et l'amélioration de l'apprentissage, du rendement scolaire ou de l'intégration des compétences présumées développées de la part des apprenants.
Par ailleurs, il n'existe que peu d'études portant sur l'évaluation des impacts réels de l'intégration des technologies de l'information et des réseaux sur l'apprentissage dans le contexte spécifique de l'enseignement supérieur. D'une part cette insertion plus ou moins systématique demeure relativement récente. D'autre part, dès que nous posons la question de l'évaluation de l'impact différencié des TIC sur l'apprentissage, nous soulevons de façon concomitante l'enjeu des fondements épistémologiques de l'enseignement.
Si le recours aux TIC va de pair avec l'adoption d'une perspective constructiviste ou socioconstructiviste de la relation enseignement-apprentissage, les critères, les fondements et les objets d'évaluation doivent être conceptualisés de façon distincte par rapport à la perspective «traditionnelle», béhavioriste, de l'apprentissage. Dès lors, ce qui est remis en question c'est la perspective même de ce qui fonde l'apprentissage, perçu en tant que processus individuel, spatiotemporellement déterminé et les indicateurs de ce processus sont multiples. L'évaluation renvoie alors à l'objectivation de mécanismes conceptuels complexes qui font l'objet de champs d'application multiples (Dixon-Krauss, 1996). En bref, la question qui est alors ouverte est celle de la pertinence d'approches «novatrices» en matière de mesure et d'évaluation des apprentissages telle, l'évaluation authentique ou l'évaluation par portfolio (Bacon et Bloom, 1995). Comme les mécanismes d'opérationalisation de ces démarches évaluatives sont encore expérimentaux, la probabilité qu'elles pénètrent rapidement et de façon systématique le milieu de la pratique enseignante est faible.
La majeure partie des recherches effectuées portent sur les attitudes des enseignants ou sur celles des étudiants au regard de l'informatique pris au sens large et, plus particulièrement, au regard des interactions entre l'individu et l'ordinateur. La majorité d'entre elles portent sur les construits d'anxiété et de stress en situation d'interaction avec l'ordinateur (Brown, 1996; Hudiburg, Ahrens et Jones, 1994; Hudiburg, Brown et Jones, 1993; McBride et Nagle, 1996; Ngin et Simms, 1996). Ce corpus de recherche découle d'un courant relativement récent, surtout présent aux États-Unis et à moindre raison en Angleterre ainsi qu'en Allemagne. Il s'agit d'un courant relativement identifié à la psychologie sociale ainsi qu'à la psychologie du travail, dont l'objet d'étude majeur s'avère être les impacts de modifications apportées aux environnements de travail, notamment lors de modifications technologiques majeures.
Bien que les recherches soient relativement peu nombreuses sur les dimensions spécifiques aux attitudes des apprenants ou des enseignants au regard de l'intégration des TIC, il s'agit bel et bien là d'un univers d'investigation en pleine croissance (Brock et Sulsky, 1994; Larose et al., 1998; Larose, Lafrance, Grenon, Roy et Lenoir, 1998; McBride et Nagle, 1996). Le construit d'anxiété par rapport aux environnements informatiques étant relativement nouveau, c'est dans le domaine du développement d'une instrumentation de mesure et d'évaluation valide et fidèle que se font les principaux développements (Chappell et Taylor, 1997; Potoski et Bobko, 1998; Yaghi, 1997). Malheureusement, lorsqu'elles traitent du contexte de l'utilisation de l'informatique en contexte scolaire, la majorité de ces recherches ne se situent pas dans le cadre d'une réflexion plus large portant sur les implications du concept d'anxiété par rapport à l'informatique, sur la situation didactique ou sur les probabilités d'apprentissage des sujets.
Comme nous l'avons mentionné précédemment, il n'y a actuellement que très peu d'études qui présentent des données stables au regard des profils d'utilisation des TIC chez les professeurs d'université. Lorsque de telles données existent, comme c'est le cas dans quelques études canadiennes récentes (Proulx et Campbell, 1997) ainsi que dans certaines recherches américaines plus anciennes (Geoghegan, 1994; Faseyitan et Hirschbuhl, 1992; Mackowiak, 1991), elles ne tiennent pas compte du type d'intégration des TIC à l'enseignement. Ce faisant, elles restreignent ou elles excluent toute réflexion sur la nature du lien qui devrait exister entre la représentation que les enseignants universitaires se font de la relation enseignement-apprentissage et le type de support technologique à l'enseignement auquel ils recourrent.
Parallèlement à la littérature sus-mentionnée, il existe un second corpus documentaire, centré celui-là sur l'intégration spécifique des TIC en formation initiale à l'enseignement. Cette littérature se situe dans une perspective de continuité par rapport à une tradition de recherche portant sur la faible transposition observé dans la pratique des jeunes enseignantes et enseignants sur le plan des «compétences informatiques» acquises durant la formation universitaire (Brummelhus et Plomp, 1994; Byard, 1995; Kay et Mellar, 1994). L'ensemble de ces recherches mènent à un même constat. Peu importe la qualité des équipements informatiques mis à la disposition des praticiennes et des praticiens dans l'environnement scolaire et indépendamment de la quantité de cours à laquelle elles ou ils sont exposés durant leur formation initiale, le niveau de transfert des compétences acquises ou des apprentissages réalisées sur la plan de la pratique s'avère très faible.
Que le discours et la formation porte sur ce qu'il était convenu d'appeler antérieurement les «applications pédagogiques de l'ordinateur» ou sur le produit plus actuel de l'intégration des technologies de type multimédia, les conclusions sont identiques. L'impact majeur de la formation sur les formés demeure sur le plan de l'utilisation «privée» de ces technologies et non sur celui de l'intégration de ces dernières aux stratégies d'intervention éducative qu'ils développeront au quotidien.
Ainsi, Burbules et Callister (1997) et Callister et Burbules (1998) reconnaissent une efficacité minimale, sur le plan de l'apprentissage, aux stratégies de formation et de sensibilisation à l'utilisation de l'informatique chez les professionnels de l'enseignement. Les auteurs soulignent que plusieurs d'entre eux, peu importe l'ordre d'enseignement, possèdent des compétences informatiques minimales mais ne les utilisent pas sur le plan pédagogique dans la mesure où la rapidité d'obsolescence du matériel ainsi que des logiciels leur fait craindre une complexification indue et interminable de leur tâche. D'autres auteurs expliquent cette tendance par le faible niveau d'alphabétisation informatique[4] qui caractérise les étudiantes et les étudiants au moment de leur intégration aux programmes de formation initiale à l'enseignement ainsi qu'au phénomène équivalent chez les jeunes professionnels de l'enseignement en exercice (Ferren, 1993; Lee, Pliskin et Kahn, 1994; Tapper, 1997).
Pour McMillan (1996) le concept d'alphabétisation informatique correspond à un univers théorique relativement flou et fluctuant, la définition du concept étant plus ou moins précise selon qu'elle se situe au niveau de l'identification d'habiletés «opérationnelles» ou à celui du discours sociopolitique. Comme la plupart des auteurs contemporains, il tend à centrer la définition de l'alphabétisation informatique autour d'un nombre restreint de compétences ou d'habiletés, identifiables en tant que comportements «ouverts» (Bradley, 1996; Reid, 1997; Stein, Craig et Scollary, 1997). Ces caractéristiques sont les suivantes:
À ces «compétences» comportementales, Stein, Craig et Scollary (1997) ajoutent une dimension cognitive, dimension qui est par ailleurs reconnue par la commission nationale de l'emploi, de l'éducation et de la formation d'Australie (NBEET, 1995). Il s'agit de l'habileté à utiliser les technologies de l'information pour identifier et retrouver de façon efficace des informations spécifiques dans le but de bâtir ou de s'approprier de la connaissance et de développer une pensée critique et créative.
Le niveau d'alphabétisation informatique atteint par un individu peut être considéré de façon relative. Par exemple, dans les programmes des facultés d'éducation comme dans la plupart des programmes de formation initiale universitaires, les étudiantes et les étudiants tendent rapidement à s'équiper sur le plan informatique. Une proportion non négligeable des étudiantes et des étudiants possède donc un ordinateur et, généralement, maîtrise des habiletés minimales d'utilisation de logiciels de bureautique. Il s'agit d'ailleurs le plus souvent d'habiletés reliées à l'utilisation de traitements de texte. Néanmoins, la proportion de celles et de ceux qui possèdent de façon concomitante un modem et qui considèrent avoir les moyens financiers de se payer un abonnement à un serveur commercial est nettement moindre.
Au moment de commencer des études universitaires, les étudiantes et les étudiants ont donc un degré variable d'alphabétisation informatique (Larose, 1998; Larose, Lafrance, Grenon, Roy et Lenoir, 1998a, 1998b). Ce niveau d'alphabétisation dépend essentiellement des expériences antecédentes d'accès à un ordinateur et d'utilisation libre ou ludique de ses diverses fonctions (Dugdale, Dekoven et Ju, 1998). À leur tour, ces expériences sont fonction de l'origine ethnoculturelle et de la classe sociale d'origine des individus (Hawkins et Paris, 1997).
Durant le semestre d'hiver 1998 nous avons procédé à une enquête[5] systématique auprès des membres du corps enseignant de l'Université de Sherbrooke afin d'identifier le niveau d'alphabétisation informatique du personnel, ses attitudes au regard des TIC et ses pratiques d'intégration des outils électroniques de soutien à l'enseignement. Du mois de mai à septembre 1998, nous avons procédé à deux cueillettes d'information successives. Dans un premier temps, nous avons réalisé une enquête par questionnaire diffusé auprès de l'ensemble des professeurs et d'un échantillon large de chargés de cours, en autant qu'ils accomplissent au moins une partie de leur tâche au premier cycle. Dans un deuxième temps, nous avons réalisé cinquante-deux entrevues semi-structurées auprès d'autant d'enseignants, professeurs ou chargés de cours, ayant fait mention de leur volonté de participation lors de leur réponse au questionnaire d'enquête. Nous ne présenterons ici que certains résultats de l'enquête par questionnaire.
Du 25 mai au 30 juin 1998, 850 questionnaires ont été expédiés à l'ensemble
du corps professoral (N = 600) ainsi qu'à un sous
échantillon de 250 chargés de cours. Les questionnaires ont été acheminés aux
sujets par voie de courrier intérieur lorsque ceux-ci disposaient de
pigeonniers ou par courrier régulier lorsqu'ils ne disposaient pas d'un point
fixe, attitré, de levée de courrier à l'intérieur de l'institution. Le mode
d'échantillonnage sélectionné est simple. D'une part, le questionnaire a été
expédié à tous les professeurs de l'institution sur la base de la liste des
membres du corps professoral communiquée par les décanats de l'ensemble des
facultés au 15 mai 1998. D'autre part, nous avons sélectionné aléatoirement
30 % des chargés de cours identifiés selon la même
source.
L'instrument d'enquête utilisé est un questionnaire à structure de réponses fermées divisé en trois parties principales, outre la rubrique d'identification des sujets. Les questions de la première partie portent sur le type d'équipement détenu par les répondantes et les répondants, leur logithèque de prédilection ainsi que sur leur profil de compétence au regard de l'utilisation de divers environnements informatiques et télématiques. La seconde partie comporte des items centrés sur leurs pratiques d'utilisation de ces outils, tant sur le plan privé que sur celui de leur pratique pédagogique. Enfin, la troisième partie comporte dix-sept items ou énoncés à choix de réponse dichotomique formant une échelle d'attitude au regard de l'informatique.
Notre échantillon en est un de type «échantillon de convenance». Il est
composé de 269 intervenants, oeuvrant en formation initiale au sein de
cinquante départements répartis entre les neuf facultés de l'Université de
Sherbrooke. Il s'agit d'un échantillon essentiellement masculin avec
76,6 % d'hommes et 23,4 % de
femmes. La majorité des répondants sont des professeurs répartis à tous les
échelons de la hiérarchie professionnelle. Les membres du corps professoral
représentent 78,8 % de l'échantillon alors que la
représentation des chargés de cours demeure minoritaire
(21,2 %). Les variables sexe et statut professionnel sont
significativement associées (L2 = 31,68
(4), p < 0,0001;
V de Cramer = 0,334 ,
p < 0,0001) [6]. La
plus forte représentation de femmes se trouve au sein des deux catégories à la
fois les plus instables sur le plan de l'emploi et dont l'influence sur la
structure curriculaire est la plus faible, soit les chargés d'enseignement
(42,9 % de la catégorie) et les chargés de cours
(42,1 % de la catégorie).
L'âge moyen des répondants de l'échantillon reflète un corps enseignant
relativement jeune (µ = 44,91 ;
ET = 8,70) seuls les professeurs titulaires
sont significativement plus âgés que leurs collègues occupant un autre rang
professoral (µ = 51,77 ;
ET = 5.92). Les femmes de l'échantillon sont
aussi significativement plus jeunes que les hommes
(t = 3.64 (236),
p < 0,0001).
La majorité des répondants intervient de façon exclusive au niveau des
programmes de formation initiale offerts dans les diverses facultés. La
proportion de sujets intervenant de façon concomitante dans le cadre des
programmes d'études supérieures demeure marginale. La majeure partie de
l'échantillon est constituée d'enseignants chevronnés. Ils ont une expérience
moyenne d'enseignement au premier cycle de 13,8 ans
(ET = 9,08). Les professeurs titulaires se
distinguent de l'ensemble de l'échantillon avec une expérience moyenne
d'intervention au premier cycle de 22,39 ans.
La majorité des enseignants de l'Université de Sherbrooke dispose d'un
ordinateur tant au bureau qu'au domicile. À l'Université
89,4 % des répondantes et des répondants déclarent avoir
accès à un poste de travail individuel alors que 92,4 %
d'entre eux possédent au moins un ordinateur à la maison. Les répondantes et
les répondants qui ne disposent pas d'un ordinateur appartiennent à deux
catégories professionnelles particulières : les professeurs titulaires
ainsi que les chargés de cours. Près du deux-tiers de ceux qui possèdent un
ordinateur domestique peuvent entrer en relation avec le réseau universitaire
par modem alors que plus du trois quart d'entre eux peuvent utiliser ce réseau
depuis leur poste de travail au bureau. Les enseignants universitaires sont
principalement des utilisateurs de logiciels de bureautique et, en tout
premier lieu, de traitement de texte. S'ils disposent de logiciels
environnements, par exemple Microsoft Office, ils n'en exploitent
pas de façon égale les diverses fonctions. Ainsi les logiciels de traitement
de texte sont des outils auxquels on recourt beaucoup plus fréquemment que les
tableurs (Excel) ou les logiciels de présentation
(Power Point).
Si le recours aux logiciels de bureautique semble caractériser la majeure partie de l'échantillon, le niveau d'expertise que les sujets s'attribuent en la matière varie d'une faculté à l'autre. Ainsi, dans l'ensemble des facultés, la moitié ou plus des répondants s'autoévaluent en tant qu'utilisateur moyen de ces logiciels. Cependant en droit ainsi qu'en sciences et en sciences appliquées, près de la moitié des répondants considèrent en être des utilisateurs «experts».
La majeure partie du corps enseignant recourt aussi au moins marginalement
au courrier électronique. Il n'y a qu'au sein des facultés d'éducation,
d'éducation physique et sportive, de lettres et sciences humaines ainsi que de
médecine où un pourcentage minimal des répondants n'utilise jamais ce médium.
De façon surprenante, c'est à la faculté d'éducation qu'on retrouve la plus
forte proportion de non-usagers du courriel (12,1 % des
répondants). De façon concomitante, c'est aussi à la faculté d'éducation
qu'on retrouve le plus fort pourcentage de non-utilisateurs du réseau W3
(14,3 % des répondants).
La majorité des répondants n'utilise pas, ou très marginalement, les
moyens électroniques de soutien à l'enseignement (acétate électronique,
canon à projection, vidéo-conférence). Cependant, les deux premiers
instruments sont d'usage plus fréquent, plus de 20 %
des répondants les utilisant parfois, que la conférence électronique à
laquelle 90 % des sujets ne recourt jamais.
Dans le questionnaire, quatre rubriques étaient dédiées à l'identification de l'intégration de l'ordinateur, d'Internet, du courrier électronique ou encore d'environnements (logiciels) réseautés dans le cadre de la pratique d'enseignement des sujets. Dans un premier temps, nous constatons que le recours à l'ordinateur, les postes de travail étant utilisés de façon autonome ou réseautée par les étudiants, ne peut plus être considéré comme une réalité marginale à l'Université de Sherbrooke (Tableaux 1 et 2). Par contre, le recours à la télématique dans le cadre de la didactique en formation initiale demeure une pratique relativement rare chez nos sujets.
| Instrument | Pourcentage | |
|---|---|---|
| N'utilise pas | Utilise | |
| Conférences électroniques (Courriel) |
86,3 | 13,7 |
| Internet | 88,2 | 11,8 |
| Ordinateurs | 51,4 | 48,6 |
| Ordinateurs reliés en réseau (Environnements réseautés) |
58,8 | 41,2 |
| Faculté | Pourcentage | |
|---|---|---|
| N'intègre pas | Intègre à son enseignement | |
| Administration | 28,0 | 72,0 |
| Droit | 72,2 | 27,8 |
| Éducation | 54,5 | 45,5 |
| Éducation physique et sportive | 58,3 | 41,7 |
| Lettres et sciences humaines | 50,0 | 50,0 |
| Médecine | 58,3 | 41,7 |
| Sciences | 57,1 | 42,9 |
| Sciences appliquées | 24,0 | 76,0 |
| Théologie, éthique et philosophie | 83,3 | 16,7 |
Le calcul des mesures d'association entre l'appartenance facultaire et
chacune des quatre variables décrivant le type de recours à l'informatique ou
à la télématique dans l'enseignement ne permet d'identifier de relation
significative qu'avec les variables "utilisation de l'ordinateur"
d'une part (L2 = 21,46 (8),
p < 0,006;
V = 0,282, p < 0,008) et
"recours aux environnements réseautés" d'autre part
(L2 = 22,51 (8),
p < 0,0008;
V = 0,307, p < 0,002).
Un bref regard à la partition des fréquences d'utilisation de l'ordinateur réseauté, dans le cadre de l'enseignement de premier cycle, selon la faculté de provenance des sujets (Tableau 3), permet de constater, là encore, une prédominance de l'intégration de ces technologies à la faculté des sciences appliquées ainsi qu'à la faculté d'administration. Inversement, c'est en théologie, éthique et philosophie ainsi qu'en droit que l'ordinateur (réseauté ou non) est le moins intégré aux pratiques d'enseignement en tant qu'outil didactique.
| Faculté | Fréquence | |
|---|---|---|
| N'intègre pas | Intègre à son enseignement | |
| Administration | 28,0 | 72,0 |
| Droit | 72,2 | 27,8 |
| Éducation | 66,7 | 33,3 |
| Éducation physique et sportive | 61,5 | 38,5 |
| Lettres et sciences humaines | 61,4 | 38,6 |
| Médecine | 68,9 | 31,1 |
| Sciences | 55,9 | 44,1 |
| Sciences appliquées | 36,0 | 64,0 |
| Théologie, éthique et philosophie | 100,0 | 0,0 |
La variable statut (rang professoral) s'avère significativement associée
avec le fait d'utiliser ou non l'ordinateur en tant qu'outil didactique dans
son enseignement (L2 = 14,41 (4),
p < 0,006;
V = 0,230, p < 0,008). Les
enseignants à statut précaire intègrent l'informatique à leur pratique
didactique de façon beaucoup moins systématique que leurs pairs ayant un
statut permanent. Il suffit, pour s'en convaincre, de jeter un coup d'oeil
sur le Tableau 4. Par ailleurs, si la variable sexe n'est
pas directement associée aux pratiques d'intégration de l'ordinateur à la
didactique au premier cycle, lorsqu'on l'utilise comme variable de contraste
selon le statut professoral, on constate qu'il y a un effet lorsqu'il s'agit
des sujets masculins de l'échantillon (L2
= 13,70 (4), p < 0,008;
V = 0,256, p < 0,01).
| Statut professionnel | N'intègre pas | Intègre à son enseignement |
|---|---|---|
| Chargée ou chargé d'enseignement | 84,6 | 15,4 |
| Professeure ou professeur adjoint | 56,5 | 43,5 |
| Professeure ou professeur agrégé | 44,7 | 55,3 |
| Professeure ou professeur titulaire | 42,9 | 57,1 |
| Chargée ou chargé de cours | 64,3 | 35,7 |
En bref, sur le plan de l'utilisation pédagogique des TIC, deux
profils distincts apparaissent. Si plus de 40 %
des enseignants utilisent l'ordinateur, réseauté ou non, dans le cadre
de leur enseignement, moins de 15 % d'entre eux ont
recourt à la télématique (courrier électronique et Internet) pour des fins
pédagogiques. L'utilisation de l'ordinateur pour des fins pédagogiques est
très significativement associée à certains profils facultaires. Ainsi, ce
sont les enseignants des facultés d'administration et de sciences appliquées
qui utilisent relativement systématiquement les ressources de l'ordinateur
dans leur enseignement de premier cycle (plus de 70 %des
répondants de ces deux facultés), alors qu'en droit ainsi qu'en théologie,
éthique et philosophie les proportions s'inversent. Dans les autres
facultés, de 40 % à 45 % des répondants
intègrent d'une façon ou d'une autre l'informatique à leur intervention
didactique.
Nous disposions de cinq items dont le but était d'identifier les compétences minimales qui devraient être détenues par les étudiantes et les étudiants dans les domaines suivants:
Chacune de ces «compétences» devait être cotée selon une «échelle» à quatre degrés allant de "sans importance" jusqu'à compétence "indispensable". Comme le lecteur pourra le constater (Tableau 5), l'ensemble des compétences identifiées semblent faire partie des éléments d'alphabétisation informatique qui devraient caractériser nos clientèles.
| Compétence | Importance | |||
|---|---|---|---|---|
| Sans importance | Peu important | Très important | Indispensable | |
| Traitement de texte | 0,0 | 5,0 | 36,6 | 58,4 |
| Tableur | 5,1 | 32,4 | 37,2 | 25,3 |
| Courrier électronique | 1,9 | 17,2 | 39,1 | 41,8 |
| Navigation sur l'Internet | 1,9 | 14,2 | 41,8 | 42,1 |
| Sauvegarde et récupération | 0,8 | 4,2 | 38,9 | 56,1 |
Notre questionnaire comportait une liste de 17 items à réponse dichotomique portant sur trois domaines distincts et complémentaires. Une première série d'énoncés portait sur la perception des répondantes et des répondants au regard de l'utilité des TIC dans les dimensions privées de leur travail (préparation de cours, communication avec les collègues, recherches documentaires, etc.). Une seconde série d'énoncés portait sur la représentation que les sujets se font de l'utilité des TIC en tant qu'outils didactiques en enseignement au premier cycle. Enfin une troisième série d'énoncés portait sur le stress ressenti par les sujets lorsqu'ils sont confrontés à un environnement informatique.
Pour des motifs d'économie d'espace, nous ne présenterons pas ici les données de validation de notre instrument mais ces dernières ainsi que ses propriétés métrologiques font l'objet de publications (Larose et al., 1998; Larose, David et Nault, à paraître). L'échelle générale ainsi que les trois sous-échelles constituées atteignent toutes un coefficient de consistence interne (alpha de Cronbach) satisfaisant notamment lorsque nous tenons compte à la fois du format de l'échantillon ainsi que de l'univers de variation restreint qu'implique un format de réponse dichotomique (Tableau 6).
| Échelle | Alpha | N |
|---|---|---|
| Échelle générale | 0,701 | 218 |
| Attitude face à l'utilité de l'informatique sur le plan didactique | 0,664 | 235 |
| Attitude face à l'utilité de l'informatique sur le plan individuel | 0,953 | 246 |
| Anxiété (stress) par rapport aux environnements informatique | 0,679 | 253 |
À première vue, les enseignants ont une attitude générale plutôt positive à l'égard du recours à l'informatique (Tableau 7). Cette attitude est cependant plus positive lorsqu'il s'agit du recours à l'informatique sur le plan individuel que sur celui de leur pratique d'enseignement. Enfin, le niveau d'anxiété par rapport aux environnements informatique demeure relativement peu élevé.
| Variable | Moyenne | Écart-type | Score minimal |
Score maximal |
N |
|---|---|---|---|---|---|
| Attitude générale | 22,52 | 2,55 | 14,00 | 26,00 | 218 |
| Utilité sur le plan didactique | 6,95 | 0,45 | 5,00 | 8,00 | 246 |
| Utilité sur le plan personnel | 9,83 | 1,66 | 6,00 | 12,00 | 235 |
| Anxiété relativement à
l'utilisation de l'informatique |
4,11 | 1,13 | 3,00 | 6,00 | 253 |
Le calcul du t de Student permet d'identifier une différence significative
entre les moyennes observées selon le sexe par rapport à la variable "anxiété
face aux environnements informatiques" (t
= -2,73 (91,17); p < 0,008), les
variances n'étant pas homogènes (F de Levene = 15,57;
p < 0,0001). Dans ce cas, le niveau d'anxiété
enregistré est plus élevé chez les femmes (µ = 4.48;
ET = 1,28) que chez les hommes
(µ = 3,98;
ET = 1,05).
L'analyse de variances unidimensionnelle permet d'identifier des
différences significatives entre moyennes observées à la sous-échelle "anxiété
par rapport aux environnements informatiques", selon le statut professionnel
des répondants (F = 2,94 (4),
p < 0,02), les variances n'étant cependant pas jugées
homogènes (F de
Levene = 5,27 (4, 248); p < 0,0001).
Les professeurs adjoints affichent un niveau d'anxiété significativement plus
élevé (µ = 4,63;
ET = 1,27) que leurs collègues titulaires
(µ = 3,86; ET = 1,04), le
test de Bonferroni étant significatif au seuil
p < 0,05. On observe aussi des différences
significatives entre les moyennes selon la faculté d'attache des répondantes
et des répondants pour l'ensemble des échelles utilisées
(Tableau 8).
| Échelle | F | dl | P | Homogénéité des variances |
Bonferroni |
|---|---|---|---|---|---|
| Attitude générale | 2,30 | 8,208 | 0,02 | ns | 0,05 |
| Utilité sur le plan didactique | 3,27 | 8,236 | 0,002 | 0,01 | 0,05 |
| Utilité sur le plan personnel | 2,84 | 8,225 | 0,005 | ns | 0,05 |
| Anxiété relativement à
l'utilisation de l'informatique |
2,38 | 8,243 | 0,02 | 0,02 | 0,05 |
En ce qui concerne l'échelle générale, on constate une différence significative entre le profil d'attitude des répondants de la faculté d'éducation d'une part et, d'autre part, ceux de la faculté des sciences appliquées. Les gens de cette dernière faculté manifestent une attitude générale plus positive que leurs collègues d'éducation au regard des TIC. En ce qui concerne l'échelle d'attitude au regard de l'utilité didactique des TIC, les gens d'administration ont un profil d'attitude significativement plus favorable à cet effet que leurs collègues de droit et de la faculté de théologie, d'éthique et de philosophie. En ce qui a trait à l'échelle d'attitude au regard de l'utilité personnelle des TIC, les gens d'administration affichent une attitude significativement plus positive que les répondantes et les répondants de droit et de la faculté d'éducation. Enfin, les enseignants de sciences appliquées ont un niveau d'anxiété par rapport à l'informatique significativement plus faible que leurs collègues de la faculté de théologie, d'éthique et de philosophie et de la faculté d'éducation.
Selon qu'ils disposent ou non d'un ordinateur à la maison ou au bureau, les
sujets ont des attitudes distinctes. Ainsi, les répondants qui disposent d'un
ordinateur au bureau ont une attitude générale significativement plus
favorable au regard des TIC que celles et ceux qui n'en disposent pas
(t = 2,43 (207),
p < 0,02). Ces sujets affichent aussi un niveau
d'anxiété beaucoup plus faible au regard des environnements informatiques que
leurs collègues (t = 3,69 (242),
p < 0,0001). Lorsqu'ils disposent d'un ordinateur à
leur domicile, les sujets ont un score significativement plus élevé que leurs
collègues à la sous-échelle "d'utilité personnelle"
(t = 3,34 (225),
p < 0,001) ainsi qu'à l'échelle d'attitude générale au
regard des TIC (2,98 (208),
p < 0,003).
Enfin, nous avons réalisé une série d'analyses multivariées de la variance
(MANOVA) entre d'une part les variables métriques dont nous disposions
(échelle et sous-échelles d'attitude) et d'autre part la faculté
d'appartenance ainsi que le statut professionnel. L'interaction entre ces
deux variables n'affectait que la distribution de la mesure de l'attitude au
regard de l'utilité didactique de l'informatique en pédagogie universitaire
(F = 2,28 (227,10), p < 0,015),
les variances étant présumées homogènes (test de Cochran non significatif),
l'interaction expliquant 18 % de la variance
totale.
Sur le plan du degré d'alphabétisation informatique des professeurs, de
leurs pratiques privées d'utilisation des TIC ainsi que de leurs attentes
quant aux compétences informatiques que devraient détenir les étudiantes et
les étudiants, les formatrices et les formateurs de la faculté d'éducation ne
se distinguent pas du profil général du corps professoral de l'Université.
Par ailleurs, sur le plan de l'intégration des TIC à leurs propres pratiques
d'enseignement, ces professeures et professeurs ont un profil semblable à
celui des praticiennes et des praticiens des facultés de sciences humaines.
Ils font partie de celles et de ceux qui recourent le moins fréquemment à ces
moyens didactiques. Enfin, un élément distingue le sous échantillon
enseignant de la faculté d'éducation de l'ensemble de l'échantillon. Les
professeures et les professeurs de cette faculté ont une attitude nettement
moins favorable que leurs collègues au regard de l'utilisation pédagogique des
TIC (t = -2,74 (215),
p < 0,007) et un sentiment d'anxiété significativement
plus élevé que leurs consoeurs et confrères à cet égard
(t = 2,13 (250),
p < 0,03).
Pour terminer, nous avons tenté de voir si certaines variables n'affectaient pas spécifiquement ce profil d'intégration, tant à la faculté d'éducation que dans l'ensemble des facultés. Nos résultats suggèrent que les enseignantes et les enseignants à statut précaire sont celles et ceux qui recourrent le moins systématiquement aux TIC dans leur pratique didactique. À la faculté d'éducation, ce sont essentiellement des professeurs titulaires qui utilisent les environnements informatiques, réseautés ou non, dans le cadre de leur enseignement. Dans l'ensemble des autres facultés ce sont surtout des professeurs agrégés qui recourent à l'informatique en enseignement et ils tendent à intégrer plus systématiquement la télématique dans leurs cours.
D'une manière générale, les données de notre recherche s'avèrent cohérentes avec l'état de la littérature scientifique portant sur les profils d'intégration des TIC en pédagogie universitaire. Le degré d'alphabétisation informatique du corps professoral s'avère satisfaisant mais il n'y a que peu de transfert des compétences construites vers la pratique enseignante. La disparité entre facultés quant au rythme d'adoption des instruments didactiques à caractère informatique est aussi conforme à ce que suggère la littérature. Cette pénétration est supérieure dans les facultés de sciences appliquées et inférieure ou minimale dans les facultés de sciences humaines. Seul phénomène particulier, l'omniprésence du recours aux TIC ainsi qu'aux moyens électroniques de soutien à l'enseignement à la faculté d'administration.
Cette donnée vient confirmer l'importance que la littérature scientifique accorde à la présence d'un soutien technique et logistique pour que le professorat intègre l'informatique à sa pratique professionnelle. La faculté d'administration de l'Université de Sherbrooke a emménagé, il y a moins d'un an, dans de nouveaux locaux conçus en vue d'une utilisation optimale des TIC en enseignement. En outre, cette faculté s'est dotée de façon autonome d'un parc informatique impressionnant et de services techniques conséquents. Ces dimensions de soutien technique et de pertinence technologique font partie des critères que la CRÉPUQ (1997) énonçait en tant que conditions de base au recours systématique à l'informatique en pédagogie universitaire.
L'absence de différence de profil au regard des pratiques d'intégration pédagogique des TIC chez les professeures et les professeurs de la faculté d'éducation, par rapport leurs collègues de sciences humaines et de lettres, nous inquiète. Si nous tenons compte du fait que le ministère de l'Éducation exige que les curricula de formation initiale à la profession enseignante incluent une dimension d'enseignement de l'utilisation pédagogique des TIC, le faible niveau d'intégration des TIC aux pratiques pédagogiques des professeures et des professeurs ne suggère qu'une conclusion. La sensibilisation à l'utilisation pédagogique des TIC se limite à l'intégration d'un ou deux cours spécifiques, thématiques, dans les programmes de formation. On maintient donc le statut de «matière scolaire» accordé à l'informatique pédagogique.
Il y a une distance impressionnante entre le fait d'utiliser un ordinateur en tant qu'objet d'apprentissage et celui de recourir à cet instrument en tant que support à l'apprentissage. La littérature scientifique en technologie éducative ne cesse d'affirmer que l'identification exclusive de l'informatique à un contexte «disciplinaire» représente une condition «adverse» par rapport à la probabilité que l'enseignante ou l'enseignant en formation effectue un transfert vers la pratique pédagogique des éventuelles compétences construites (Brummelhus et Plomp, 1994). N'est-ce pas là l'exacte situation observée? Et si tel est le cas, ne serait-il pas doublement important qu'un effort particulier soit consenti de la part du professorat de la faculté d'éducation, dans le sens d'une intégration plus systématique des outils informatiques aux pratiques d'enseignement-apprentissage?
Pour notre part, nous croyons que cette intégration s'avère d'autant plus indispensable que la probabilité est forte que les étudiantes et les étudiants ne risquent guère d'être exposés à des pratiques systématiques d'utilisation pédagogique des TIC dans le cadre de leur formation pratique. À titre d'exemple, moins de trois pourcent des enseignantes et des enseignants intervenant dans les écoles primaires des quatre commissions scolaires de la région de l'Estrie utilisent de façon plus ou moins régulière l'informatique ou la télématique dans leur pratique pédagogique. En conséquence, l'exposition à des pratiques d'enseignement utilisant les TIC de façon systématique dans le milieu universitaire représente probablement la seule possibilité que les apprenantes et les apprenant puissent identifier l'informatique en tant qu'instrument utile à la réussite sur le plan de la formation initiale. Si cette condition est remplie, alors les intervenantes et intervenants novices pourront effectuer un transfert des compétences acquises, jugées utiles, vers leur pratique professionnelle et, de cette façon, intègreront plus facilement le recours à l'environnement informatique dans leur propre enseignement.
Au départ de cette enquête, les chercheurs désiraient simplement vérifier si le constat de Proulx et Campbell (1997) concernant l'inégalité de la pénétration des TIC en pédagogie universitaire, selon les facultés, s'appliquait aussi dans le contexte particulier d'une Université québécoise. Outre la réponse positive à cette question, cette recherche nous a essentiellement permis de mettre en lumière la distance qui sépare le discours portant sur les bienfaits de l'intégration des technologies de l'information et de la communication par rapport à la réalité des pratiques enseignantes. Par ailleurs, il est intéressant de constater que ce discours, lorsqu'il tente de se fonder sur le plan théorique, renvoie à un univers conceptuel qui demeure tout aussi distant des pratiques observées sur le plan de la pédagogie universitaire, du moins en formation initiale. La justification actuelle du «virage technologique» se fonde sur un virage épistémologique de type constructiviste. Néanmoins, la structure même de la division en unités d'enseignement fermées qui caractérise les curricula de premier cycle et la hiérachisation ainsi que la présentation séquentielle des objectifs qui composent la majeure partie des plans de cours, réfère à une logique curriculaire de type bloomienne ou néo-behaviorale.
L'émergence d'un virage constructiviste, sinon socioconstructiviste, qui sous-tendrait la pénétration réelle des TIC au sein des pratiques enseignantes, impliquerait une modification profonde, sinon une remise en question globale, du rapport au savoir chez les membres du corps professoral. Ceci impliquerait, à son tour, l'existence préalable d'un débat à caractère épistémologique portant sur les finalités des diverses formations initiales ainsi qu'une profonde remise en question du rôle même de la "personne enseignante". Un tel débat et une telle remise en question ne nous semble guère marquer l'avant scène du monde universitaire québécois.
Dans un tel contexte, quel avenir peut-on prévoir pour l'intégration des TIC dans nos programmes de premier cycle? La question reste ouverte. Sans remise en question globale des orientations épistémologiques qui fondent les rapports au savoir ainsi qu'aux processus d'acquisition de connaissances ou de construction de compétences, l'intégration systématique de la télématique et des technologies de réseaux à l'arsenal didactique en usage dans nos universités risque fort de se trouver cantonné à l'univers des programmes de télé-enseignement. Peut-on dépasser l'état actuel des choses et comment peut-on y arriver? La question reste ouverte.
PEP 122 offert aux étudiantes et aux étudiants
de première année du baccalauréat en enseignement au préscolaire et au
primaire, Sherbrooke: Université de Sherbrooke, Faculté d'éducation.
Rapport de recherche présenté au vice-rectrorat à l'enseignement.![]() |
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