Origines et incidences des nouveaux rapports de force dans la
gestion de l'éducation
Éducation et francophonie, Volume XXIX,
No 2, automne 2001.
L'école française :
Analyse des tensions et perspective d'une re-fondation
Jean Pierre LETOURNEUX, professeur
Campus ouvert, Université de Nantes, France.
L'école française : Analyse des tensions et perspective d'une
re-fondation
Depuis la mise en place de l'École
républicaine, à la fin du XIXe siècle, la laïcité fonde
le compromis entre l'État et les attentes de la Société civile dans
le domaine éducatif et scolaire. L'organisation initiale du
système éducatif s'est révélée inadaptée aux nouvelles missions
confiées à l'école : la lutte contre les inégalités sociales et
l'insertion économique des jeunes. La réforme Haby, en 1975, puis
la loi d'orientation sur l'éducation, en 1989, ont tenté de
moderniser l'École pour l'adapter à ses nouvelles missions.
L'impact de celles-ci et de la nouvelle organisation sur le
compromis laïque a été sous-estimé, voire nié. Aujourd'hui
celui-ci est menacé, à la fois, par la montée d'autres modèles
(libéraux ou communautaires), et par le poids de l'attachement de
nombreux acteurs plus à la forme qu'à l'esprit de l'École
républicaine. Une re-fondation cherchant à renouveler le compromis
laïque est nécessaire et urgente. L'analyse des tensions et les
pistes d'action s'organisent autour des attitudes prises par les
acteurs sur trois faits marquant l'évolution des systèmes éducatifs
des pays développés : leur unification, la nécessité de concilier
impulsion centrale et autonomie locale, la nécessité de concilier
l'école comme institution et la satisfaction de la demande sociale
d'éducation.
The French School : Analysis of Tensions and Perspective of a
Re-foundation
Since the implementation of the Republican
School at the end of the 19th century, secularity is the basis of
the compromise between the State and the expectations of civil
society in educational and scholastic domains. The initial
organization of the educational system proved poorly adapted to the
new missions entrusted to the school, which were the fight against
social inequities and the economic insertion of young people. In
1975, the Haby reform and the law on the orientation of education
in 1989 attempted to modernize the School so it could be adapted to
its new missions. The impact of these and the new organization on
the secular compromise were under-estimated, or even denied. Today
it is threatened, both by the rise of other models (liberal or
community) and by the weight of the attachment of many actors more
to the form than to the spirit of the Republican School. A
re-foundation aimed at renewing the secular compromise is necessary
and urgent. The analysis of tensions and the paths of action are
grouped around the attitudes of the actors towards three facts that
determined the evolution of educational systems of developed
countries: their unification, the need to reconcile central
impulses and local autonomy, the need to reconcile the School as an
institution and with satisfying the social demand for education.
La escuela en Francia : Análisis de tensiones y expectativa de
re-fundación
Desde la fundación de la escuela republicana,
a fines del siglo XIX, la laicidad cimienta el compromiso entre el
estado y las expectativas de la sociedad civil en el sector
educativo y escolar. La organización inicial del sistema educativo
se reveló inadecuada a las misiones que sucesivamente se le
confiaron a la escuela: la lucha contre la desigualdades sociales y
la inserción económica de los jóvenes. La reforma Haby en 1975 y
la ley de orientación de la educación de 1989, trataron de
modernizar la escuela para adaptarla a sus nuevas misiones. El
impacto de estas leyes y de la nueva organización sobre el
compromiso laico se subestimó, incluso se negó. Actualmente dicho
compromiso se ve amenazado tanto por la creciente valorización de
otros modelos (liberales o comunitarios) como por el lastre de la
simpatía de numerosos actores hacia la forma más que hacia el
espíritu de la escuela republicana. Una re-fundación que procure
renovar el compromiso laico es necesaria y urgente. El análisis de
las tensiones y la pistas de acción se organiza al rededor de las
actitudes adoptadas por los actores en lo que se refiere a tres
hechos que marcaron la evolución de los sistemas educativos de los
países desarrollados: su unificación, la necesidad de conciliar el
impulso central y la autonomía local, la necesidad de conciliar la
escuela como institución y la satisfación de la demanda social en
educación.
Depuis quelques décennies, les nouveaux rapports entre la
science et la technologie, d'une part, la technologie et
l'économie, d'autre part, confrontent les systèmes éducatifs
des pays développés, à une exigence dont l'acuité est
nouvelle :
l'École est devenue le lieu de passage quasi obligatoire
pour l'insertion sociale et économique des nouvelles
générations.
Il en résulte que, pour la première fois, dans l'histoire de ces
pays :
-
La demande sociale d'éducation prend le pas sur la notion
d'obligation scolaire. Il ne s'agit plus pour l'instance
politique d'avoir pour priorité d'imposer à la société
civile une durée minimale de scolarisation mais de répondre
à des attentes nombreuses et multiples de poursuites d'études.
-
La réussite scolaire n'est plus une garantie d'ascension
sociale, c'est l'échec scolaire qui tend à devenir synonyme
d'exclusion.
Dans le même temps et dans les mêmes lieux, l'affaiblissement,
voire l'effondrement, des institutions de transmission
intergénérationnelle que sont la famille et les églises
fait apparaître une autre exigence, elle aussi, en partie
inédite :
l'École joue un rôle croissant, voire déterminant,
dans la préservation et le développement du lien social sans
lequel la démocratie est en danger.
Il s'agit de relever ce défi dans un contexte marqué par :
Ces deux exigences entretiennent entre elles un antagonisme
relatif. La première tend à faire de l'insertion économique
la finalité centrale de l'École et à favoriser la
compétition scolaire au sein d'une même génération. La seconde,
au contraire, tend à valoriser la solidarité, l'adhésion à
des valeurs communes, le partage d'une culture, d'un patrimoine,
sur lesquels se construisent un « vouloir vivre ensemble ».
On reconnaît là une aggravation d'une tension entre deux
modes de démocratisation exprimée, dès 1946, par Henri
Wallon (1)
(Administration et éducation
(2000b, p. 87)). D'une part, la démocratisation
individuelle vise à accroître la mobilité sociale en
assurant le renouvellement des élites non par la naissance mais par
la réussite scolaire. D'autre part, la démocratisation
collective vise à accroître le niveau culturel du plus grand
nombre indépendamment de son futur statut économique et social.
En France, le maintien et le développement du lien social sont à
la base de l'École républicaine. Mise en place par Jules Ferry
à la fin du XIXe siècle, elle reste, aujourd'hui
encore, la référence légitimant la place de l'État dans
l'école.
L'École républicaine face à de nouvelles missions
L'École républicaine est au coeur d'un projet politique de
réconciliation nationale après un siècle d'instabilité
institutionnelle et de guerre civile latente. L'adhésion à
la République des jeunes générations, leur sentiment
d'appartenance à la Nation française fondent le lien social.
Depuis la fin de la seconde guerre mondiale, le ralliement à la
République et à la démocratie de la quasi-totalité des
Français a émoussé le projet primitif. Parallèlement,
de nouvelles menaces sur le lien social sont apparues. Ce sont les
inégalités sociales, le repli identitaire sur soi ou sur sa
communauté d'origine ou d'élection, qui menacent,
aujourd'hui, l'unité nationale, le lien social.
Or, dès le début des années 70, les analyses marxistes du
fonctionnement de l'École montrent qu'elle ne réduit pas les
inégalités sociales mais qu'elle les reproduit et tend à
les justifier
(Bourdieu & Passeron
(1970);
Baudelot & Establet
(1971).
Fondée sur un parti-pris philosophique, l'émancipation de
l'Homme et sa libération par l'accès à la connaissance,
l'École républicaine n'a pas dans ses finalités
l'insertion économique des jeunes. Elle confie la
démocratisation collective à l'enseignement primaire et la
démocratisation individuelle à « l'élitisme républicain »
(2)
Lorsque la réussite scolaire devient un préalable à l'entrée
sur le marché du travail dans de bonnes conditions, la tension
entre les deux formes de démocratisation s'intensifie. Dès
1945, la scolarisation des apprentissages
(Prost (1982b)) engage le
processus. La délocalisation d'une partie de la production
industrielle, l'accroissement des liens entre savoirs, technologie
et économie viennent, depuis quelques décennies, l'accentuer.
La nécessité d'une re-fondation
Devant les missions nouvelles confiées à l'École, un texte, le
plan Langevin-Wallon, tente, à la fin de la seconde guerre
mondiale, de penser une re-fondation. Il est adopté à l'unanimité
par le Parlement mais reste lettre morte. Depuis, il sert de
référence ou d'alibi à la fois aux promoteurs et aux
détracteurs des réformes successives. Comme le montre des
travaux récents, le résultat de ces « replâtrages » est
préoccupant :
-
L'opacité du système a des conséquences importantes
sur la scolarité des plus démunis
(Boudon, Bulle & Cherckaoui
(2000)).
-
Un sentiment de malaise atteint les différents acteurs
(Sirota (1988);
Felouzis (1994);
Bautier & Rochex
(1998)).
-
Malgré l'apparente unité du système, l'extrême
dispersion des pratiques réelles conduit à son éclatement
(Trancart (1998)).
-
Malgré quelques tentatives pour associer l'ensemble des
citoyens au débat sur l'école, celui-ci est globalement
confisqué par les spécialistes. Les corporatismes
s'expriment là où l'explicitation d'un projet politique
devrait faire l'objet d'un large débat démocratique.
Le temps de la re-fondation est venu, mais la difficulté
d'engager un débat fécond sur l'école provient de
l'extrême diversité des opinions, des expériences
scolaires individuelles, des pratiques professionnelles. Pour y
parvenir, il faut disposer d'une modélisation permettant
l'expression de cette diversité.
Cette modélisation se limite volontairement à une approche
politique et organisationnelle. Elle n'aborde pas les aspects
pédagogiques ou liés à l'évolution des théories de
l'apprentissage. Il s'agit là d'un choix délibéré.
Pour nous, ces questions ne sont pas secondaires mais secondes.
C'est-à-dire qu'elles ne prennent sens qu'après le choix
d'orientations politiques et stratégiques claires et explicites.
La convergence des problèmes rencontrés, voire des solutions
envisagées, par les différents pays, conduit à rechercher
une modélisation permettant une approche comparatiste.
C'est sur la base d'une modélisation sur trois échelles
d'attitudes, fondées sur trois lignes de force repérables
dans l'évolution des différents systèmes éducatifs, que nous
examinerons les tensions du système éducatif français,
puis proposerons les bases pour une re-fondation.
Accepter ou refuser l'unicité du système éducatif (Axe
1)
Les études comparatistes
(Bulle (1999)) montrent
qu'une caractéristique commune à l'évolution récente
des différents systèmes éducatifs est le passage d'un
système de parrainage à un système de compétition.
En confiant la sélection des candidats à la mobilité sociale à
un dispositif extérieur (la naissance) ou limité (l'élitisme
républicain), le premier système exonère l'école de
cette tâche. Le second met la compétition au centre par
l'intermédiaire d'une sélection fondée sur la réussite
ou l'échec scolaire.
Les attitudes vis-à-vis de ce passage, du refus à
l'acceptation de ses conséquences constituent la première
dimension du modèle.
Accepter ou refuser l'autonomie de la maîtrise d'oeuvre (Axe
2)
Historiquement, le rôle de l'établissement scolaire diffère
d'un système éducatif à un autre : fort en
Grande-Bretagne, faible en France par exemple. Cependant, au cours
des dernières décennies, une convergence apparaît, la
nécessité, pour réussir les réformes nécessaires, de
concilier l'engagement fort d'instances centrales et
l'accroissement de l'autonomie des instances locales
(ESPEMEN (1997);
Paul (1999);
Hopes (1988)).
L'introduction de la notion de maîtrise d'oeuvre permet de rendre
compte de ce phénomène. Cette approche permet de
distinguer :
-
les instances responsables de la définition des objectifs
généraux de l'École (la maîtrise d'ouvrage);
-
les instances construisant une réponse contextualisée,
c'est-à-dire tenant compte, notamment, des élèves, de
leur environnement social et économique mais aussi des ressources
humaines et matérielles disponibles (la maîtrise d'oeuvre);
-
les réalisateurs eux-mêmes (les enseignants).
Les attitudes prises vis-à-vis de l'autonomie de la maîtrise
d'oeuvre sont la seconde dimension retenue.
Accepter ou disputer à l'État la maîtrise d'ouvrage
(axe 3)
L'antagonisme relatif entre deux missions confiées à l'école dans
les pays développés : l'insertion économique, d'une part,
le maintien et le développement du lien social, d'autre part,
permet de déterminer une troisième dimension.
Plus précisément, il s'agit des attitudes vis-à-vis de la
légitimité d'une maîtrise d'ouvrage, totale ou partagée,
exercée au nom du bien commun et assumant une tension éventuelle
avec les attentes de la société civile
(Ball & Van Zanten (1998)).
Jusqu'à la mise en place, à la rentrée 1977, de la réforme
décidée en 1975 par le ministre René Haby, le gouvernement
du système éducatif est fondamentalement celui mis en place,
à la fin du XIXe siècle, par Jules Ferry.
Malgré les réformes successives, trois caractéristiques de
cette organisation continuent de peser sur le système actuel :
-
Une organisation en ordres d'enseignement étrangers les
uns aux autres.
Chaque ordre dispose d'un corps enseignant et d'un encadrement
pédagogique spécifique. Il concerne une catégorie
d'élèves qu'il a pour mission de conduire au diplôme dont
il est responsable. Le primaire assure la scolarité obligatoire
pour la grande majorité des élèves. Il débouche sur le
Certificat d'Etudes Primaires. Le secondaire scolarise, dès
leur jeune âge, les enfants des classes sociales favorisées et
une partie des meilleurs élèves du primaire (cf. l'élitisme
républicain). Il prépare au baccalauréat, premier grade
universitaire et non pas diplôme de fin d'études
secondaires (3). Le
supérieur est le débouché d'une partie des bacheliers. De
même, l'enseignement technique et professionnel s'affirme,
durant la première moitié du XXe siècle, comme
le débouché des « moyens-bons » du primaire.
-
Un système d'encadrement bicéphale privilégiant
la hiérarchie pédagogique.
Une chaîne hiérarchique dont les chefs d'établissement
sont le dernier maillon concerne l'administration. Elle contrôle
l'aspect formel du travail des enseignants : exactitude,
autorité,... En contre-partie elle doit leur assurer de
bonnes conditions d'exercice de leur métier. Parallèlement,
une hiérarchie pédagogique, assurée par les corps
d'inspection, ne contrôle pas la qualité des apprentissages
(4) des élèves mais
l'excellence académique de l'exposé du professeur. C'est
elle qui a le plus d'influence sur la carrière des
enseignants.
-
Un corporatisme enseignant constitutif du
système.
L'origine du corporatisme des enseignants résulte des choix
faits par Napoléon au début du XIXe siècle.
Comme le dit Claude Lelièvre
(Administration et éducation
(2000a, p. 8)) il s'agit
« de mettre en place non seulement une administration
publique mais une corporation publique, c'est-à-dire un
organisme concourant à la réalisation d'une même fin et
ayant une unité morale et une inspiration commune ».
Sur ces bases, une forte syndicalisation a perpétué et
accentué le corporatisme.
Compte tenu des fondements de l'École républicaine
(réconciliation nationale, consolidation de la République,
libération de l'Homme par la connaissance), la persistance d'un
enseignement privé confessionnel, essentiellement catholique,
apparaît, au mieux, comme la marque de l'inachèvement du
projet, au pire, comme une menace contre lui.
Jusqu'au milieu des années 80, la virulence de la « guerre
scolaire » entre l'enseignement public et l'enseignement privé
catholique masque, d'une part, les tensions au sein de
l'enseignement public, d'autre part, l'ampleur de la distance entre
l'actualité du système éducatif et le gouvernement initial
de l'École républicaine.
Depuis, il en va tout autrement. L'association par contrat, à
partir de 1959, de l'enseignement privé en change la nature.
Son caractère confessionnel s'estompe au profit d'une
concurrence sur le plan des choix pédagogiques
(Prost (1982a)). Les
questions relatives à la place de l'école dans la société,
aux attentes de celle-ci envers celle-là sont devenues
centrales. Elles se posent à l'enseignement public et à
l'enseignement privé.
La gestion de l'hétérogénéité des élèves est
aujourd'hui le problème majeur. C'est ce qui ressort aussi bien
des études menées sur le fonctionnement global du système
(Joutard et alii
(2001)) que de recherches concernant les différents acteurs
(Éducation et formation
(1996);
Ballion (1991);
Careil (1994)).
Lorsque près de trois enseignants sur quatre considèrent qu'il
s'agit là d'un problème majeur, voire du principal problème,
il faut éviter deux erreurs d'interprétation :
-
La souffrance manifestée à propos de ce constat exclut
toute confusion avec le discours récurrent sur la baisse du
niveau, le manque de motivation des jeunes.
-
Ressenti principalement en ce qui concerne la scolarité
obligatoire ce malaise ne résulte pas, comme on l'entend trop
souvent, de la massification. Le passage de toute une classe
d'âge par l'école date de 1882. C'est un siècle après,
au début des années 80, que la question de l'hétérogénéité
devient un problème majeur
La réponse est ailleurs. Elle provient des conditions
d'élaboration de la réforme décidée en 1975 par le
ministre René Haby. Depuis la fin de la seconde guerre mondiale,
la lutte contre les inégalités sociales, l'égalité des
chances sont devenus des enjeux majeurs. La démonstration, au
début des années 70, que l'organisation du système
éducatif en ordres d'enseignement n'y répond pas, impose une
réforme.
La transformation du système éducatif en un système unique où
l'orientation des élèves joue un rôle déterminant est
décidée en 1975 et mise en oeuvre à partir de 1977.
Les principes de la réforme Haby (1975)
Réglementairement, la réforme Haby de 1975 met un terme à
l'organisation en ordres d'enseignement. Désormais, le primaire
et le secondaire ne sont plus deux ordres d'enseignement mais deux
périodes successives de la scolarité de tout élève.
Celle-ci se déroule dans trois établissements distincts :
l'école primaire accueille tous les élèves entre 6 et 10
ans; le collège fait de même entre 11 et 14 ans; et le lycée
au sein duquel l'élève termine sa scolarité secondaire
(obligatoire fixée à 16 ans depuis 1959).
Obligation est faite aux établissements de l'enseignement
public d'accueillir tout jeune jusqu'à 16 ans. Toutefois, des
dérogations pour un départ de l'école avant 16 ans sont
accordées de façon limitée. L'enseignement dispensé
par l'école primaire et le collège est, à quelques
aménagements près, le même pour tous.
Réglementairement, c'est le domicile de l'élève qui décide de
l'affectation d'un élève dans une école primaire ou un
collège public. Le recours à l'enseignement privé et à
un système confus, voire opaque, de dérogations sont les seules
possibilités d'échapper au déterminisme géographique de
l'affectation.
L'affectation en lycée est plus complexe. La géographie
continue d'y jouer un rôle important mais ce sont les résultats
scolaires qui déterminent l'orientation de l'élève vers un
lycée général, un lycée technologique
(5) ou un lycée
professionnel. En donnant à la localisation du domicile de
l'élève un rôle déterminant pour son affection cette
réforme a pour conséquence :
-
de dévoiler l'hétérogénéité du territoire
(6), il existe des
établissements socialement favorisés, d'autres défavorisés,
d'autres mélangés ;
-
de confier, pour la durée de la scolarité, la gestion de
l'hétérogénéité sociale, culturelle,
motivationnelle des élèves à l'établissement ;
-
de confier, au quotidien, cette gestion à l'enseignant dans sa
classe ;
-
d'induire, pour la gestion des élèves, une dépendance complexe
entre les différents types d'établissement, c'est le
collège qui décide de l'orientation vers le lycée
(général et technologique) ou le lycée professionnel.
Une réforme inachevée, non accompagnée et imprévoyante
sur les conséquences
Le recrutement et l'organisation actuelle des corps d'inspection
illustrent l'inachèvement de la réforme et la persistance de
l'organisation en ordres d'enseignement. Très majoritairement,
les Inspecteurs de l'Éducation Nationale du 1er degré
se recrutent chez ceux qu'ils inspectent : les enseignants des
écoles primaires. Les Inspecteurs d'Académie - Inspecteurs
Pédagogiques Régionaux sont issus, presque exclusivement des
lycées généraux et technologiques ; ils inspectent les
enseignants des collèges et des lycées. La dépendance du
collège vis-à-vis du lycée est ainsi affirmée. Les
Inspecteurs de l'Éducation Nationale chargés de l'enseignement
professionnel sont très majoritairement issus des lycées
professionnels dont ils inspectent les enseignants.
Le recrutement des enseignants est organisé selon la même
logique. Le lien privilégié entre le collège et le lycée
général et technologique est renforcé : le collège,
noyau central du système, ne dispose pas d'un corps enseignant
spécifique.
Dans un système unique, le bon déroulement de la scolarité
d'un élève nécessite une connaissance réciproque des
enseignants des écoles, des collèges et des lycées.
Depuis le début des années 90, les Instituts Universitaires de
Formation des Maîtres (7)
(IUFM) sont chargés de la formation initiale de tous les
nouveaux recrutés. Une partie de cette formation doit être
commune à tous. Il s'agit là d'une avancée mais dont il
convient de noter la faiblesse, le recrutement et l'inspection
restant régis par la logique antérieure des ordres
d'enseignement.
Le non-accompagnement de la réforme a été dénoncé en son temps
par de nombreux chercheurs
(Legrand (1977)). Il
faudra attendre 1982, soit 5 ans, pour que, dans le cadre des
Missions Académiques à la Formation des Personnels de
l'Education Nationale, des dispositifs de formation accompagnent
les enseignants des collèges dans la gestion de l'hétérogénéité.
L'imprévoyance sur les conséquences mériterait de nombreux
développements, nous n'en évoquerons trois particulièrement
préoccupants :
-
Des finalités imprécises, voire contradictoires, pour le
collège.
Le collège se substitue à trois structures ayant des
finalités différentes. Une, la plus prestigieuse et dont
le collège conserve la nostalgie
(8), le premier cycle du
lycée général est issue de l'ordre de l'enseignement
secondaire. Ce premier cycle ne débouche sur aucun diplôme,
il prépare au second cycle qui conduit au baccalauréat.
Ses enseignants sont certifiés ou agrégés
(9), ils enseignent aussi
dans le second cycle, ils n'enseignent qu'une discipline. Les
deux autres structures sont issues, directement ou indirectement,
de l'ordre primaire. L'une, le second cycle court est un
prolongement du primaire, il a un diplôme terminal, le Brevet
d'Etudes du Premier Cycle. Il débouche sur l'entrée dans
la vie active. Ses enseignants, les Professeurs d'Enseignement
Général de Collège enseignent deux disciplines.
L'autre, la classe de fin d'études secondaires devenue classe
de transition, appartient à l'ordre primaire. Elle permet aux
élèves de parfaire leurs connaissances générales
avant l'entrée dans l'enseignement professionnel ou la vie
active. Ses enseignants sont des instituteurs, ils sont
polyvalents. Faute d'orientations claires, le collège n'a pas
su opérer une synthèse entre ces finalités. Il s'est
finalisé, de fait, vers la seconde du lycée général
ou technologique, faisant des autres orientations un échec
scolaire au moins partiel. Confronté, non seulement à
l'hétérogénéité de son public mais également au
flou de ses finalités, le collège devient le lieu où se
concentrent toutes les difficultés : l'échec scolaire
aujourd'hui comme hier, la violence depuis quelques années
(Dubet & Duru-Bella
(2000)).
-
La dévalorisation progressive de la voie
professionnelle.
Au lendemain de la Libération, en 1945, l'enseignement
technique et professionnel n'est pas une voie de relégation
mais un débouché promotionnel de l'enseignement primaire.
Il contrôle son recrutement et résiste, par la limitation
des places offertes, aux tentatives de l'ordre secondaire d'en
faire le déversoir des élèves en difficulté. La
réforme Haby, suivie par l'intégration réussie de
l'enseignement technique long (la voie technologique) au lycée,
change la donne : c'est le collège, qui contrôle l'orientation
vers l'enseignement professionnel, le plus souvent par défaut...
La création, en 1985, des baccalauréats professionnels a
permis une sortie du lycée professionnel au niveau du
baccalauréat mais n'a que marginalement contribué à en
faire une orientation choisie
(Tanguy, Agulhon & Poloni
(1987)).
-
Un tronc commun sans consistance
culturelle.
L'allongement de la scolarité au sein d'un tronc commun long
(9 années) s'inscrit dans une problématique de
démocratisation collective, d'acquisition d'une culture
commune. C'est d'ailleurs ce que prévoyait, en 1974, le
Président de la République, Valéry Giscard d'Estaing,
qui fut à l'origine de la réforme de 1975. Or, non seulement la
réforme Haby reste muette sur la question, mais dans la loi
d'orientation sur l'éducation (1989) le silence est toujours
de rigueur. Malgré les recommandations des différentes
commissions(Administration et
éducation (2000b, p. 108)), qui voient là un
préalable, le silence est toujours aussi assourdissant.
Une attitude modale : l'unicité du système comme
massification de l'ordre secondaire
Tout ceci débouche sur cinq attitudes vis-à-vis du refus ou de
l'acceptation d'un système unique.
En position moyenne, une attitude largement majoritaire fondée
sur la confusion entre la construction d'un système unique
original et la massification de l'ordre secondaire structurellement
organisé pour (re)produire les élites. Les pratiques de gestion
de l'hétérogénéité sont essentiellement quantitatives :
heures de soutien disciplinaire, diminution du nombre d'élèves par
classes, etc. L'échec total ou partiel de cette approche
conduit à deux autres attitudes mais opposées :
-
Un refus souple du système unique par des stratégies
favorisant une structuration en filières. Les stratégies
de gestion de l'hétérogénéité qui en découlent
reposent sur l'orientation des élèves par les enseignants
sur la base exclusive des performances scolaires.
-
Une baisse des exigences fondée sur l'alignement sur le
niveau moyen de la classe. Les stratégies de gestion de
l'hétérogénéité sous-jacentes privilégient la
socialisation sur l'acquisition de connaissances.
Ces trois attitudes représentent une large majorité d'opinions
et de pratiques. Mais deux attitudes extrêmes et opposées
existent aussi :
-
Le refus de l'unicité du système. Cela conduit à des
stratégies de contournement débouchant sur la restauration
sauvage de l'ordre ancien.
-
L'acceptation de l'hétérogénéité sans renoncer
ni à la socialisation, ni aux apprentissages. Les stratégies
sous-jacentes sont qualitatives : contrat pédagogique,
pédagogie différenciée, pédagogie du détour.
Comme lieu de gestion dans la durée de l'hétérogénéité des
élèves, l'établissement scolaire est au coeur des
stratégies évoquées ci-dessus. La revendication du choix
de l'établissement affirmée par les parents, remet en
question l'unicité du système
(Broccolichi &
Van Zanten (1997)). Elle banalise le recours temporaire à
l'enseignement privé qui concerne une famille sur deux
(Langouet & Léger
(1997)). L'influence sur le comportement des élèves,
sur leur rapport aux études
(Dubet (1991);
Bautier, Charlot & Rochex
(1992)) en résulte également.
Comme lieu de dévoilement de l'hétérogénéité du territoire,
l'établissement scolaire fait apparaître clairement qu'un des
fondements de l'École républicaine, l'égalité formelle
dans la répartition des moyens, ne permet pas de garantir
l'égalité des chances. La notion d'équité apparaît et avec
elle, au début des années 80, les mesures de discrimination
positive décidées par le ministre Alain Savary. Ceci justifie, en
partie, la résistance des enseignants de l'enseignement public à
ces mesures, mais ne justifie ni la place centrale faite à
l'établissement et à son projet dans la loi de 1989, ni
l'importance des résistances rencontrées.
La fin d'un monopole : l'association des établissements
privés au service public
C'est un changement beaucoup plus fondamental qui nous paraît
rendre compte du rôle central joué par l'établissement à
partir de l'adoption en 1989 de la loi d'orientation sur
l'éducation. Il s'agit de l'émergence d'une maîtrise d'oeuvre
disposant d'une autonomie par rapport à la maîtrise d'ouvrage. Une
telle approche permet de comprendre l'évolution des rapports entre
l'enseignement public et l'enseignement privé, notamment la
banalisation du recours temporaire à ce dernier. Elle permet
également de prendre en compte les enjeux des relations entre
maîtrise d'ouvrage, usagers et réalisateurs (enseignants)
dans le cadre d'établissements (maître d'oeuvre) autonomes.
De 1806, date de création de l'Université Impériale par
Napoléon, à l'adoption, en décembre 1959, de la loi (à
l'initiative de Michel Debré) instituant les contrats
d'association pour les établissements privés, l'histoire de
l'École est marquée par le renforcement du monopole de
l'État, non seulement sur les orientations, mais également
sur la mise en oeuvre de celles-ci.
En proposant aux établissements privés un « contrat
d'association » dans le cadre d'une « mission de service
public » répondant à un « besoin scolaire reconnu »,
l'État reconnaît une distinction entre une maîtrise
d'ouvrage dont il continue à revendiquer le monopole et une
maîtrise d'oeuvre qu'il accepte de partager avec les
établissements privés sous contrat d'association. La presque
totalité des établissements privés (98 %) en bénéficie
aujourd'hui.
En contre partie de la prise en charge par l'État des frais de
fonctionnement et du traitement des enseignants, les établissements
privés sous contrat d'association s'engagent, d'une part, à
respecter les horaires et les programmes, à se soumettre à un
contrôle pédagogique et financier, d'autre part, à
respecter les différentes familles spirituelles, à accueillir
tous les élèves sans distinction d'origine et de croyance.
Une conséquence positive de cette loi est l'absence d'une
opposition entre un enseignement public assurant un service
éducatif minimum et un enseignement privé (un élève sur
cinq environ dans le secondaire) fonctionnant sur une base
exclusivement consumériste et élitiste. D'autres pays, tels le
Japon et les États-Unis ont connu une telle évolution.
En réduisant l'écart entre l'enseignement public et
l'enseignement privé, tant au niveau du coût pour les
familles qu'à celui de l'enseignement dispensé, la loi de
1959 a enclenché un phénomène de banalisation du recours à
l'enseignement privé. On estime qu'aujourd'hui 37 %
(Langouet & Léger
(1997)) des élèves y ont eu recours durant leur
scolarité. Ce phénomène est accentué par le
remplacement progressif des prêtres et des religieuses par des
laïcs. Sensible dans les années 70, ce mouvement s'accélère
dans les années 80 et se généralise dans les années 90.
L'établissement public, l'établissement privé : deux
univers bien distincts
Ce rapprochement va faire apparaître une différence
essentielle : la place de l'établissement et le rôle du chef
d'établissement dans les deux enseignements. Au début des
années 60, dans l'enseignement privé, l'établissement est
une réalité solidement ancrée. Non seulement le chef
d'établissement peut choisir ses enseignants mais il peut, voire
il doit, développer un projet éducatif et s'en prévaloir
auprès des parents et des élèves. Il en va tout autrement
dans l'enseignement public, l'établissement est une entité
administrative, il ne dispose d'aucune autonomie. L'unique
préoccupation est la qualité de l'enseignement professé
par chaque enseignant dans sa classe. Le chef d'établissement,
non seulement, ne choisit pas ses enseignants, mais, ne dispose
d'aucune prérogative pédagogique.
Vingt ans après, au début des années 80, le choix de
l'enseignement privé pour des raisons pédagogiques et non
confessionnelles commence à se banaliser
(Prost (1982a)).
L'autonomie de l'établissement public : une urgence et une
nécessité
Comme le constate le ministre Alain Savary
(Savary (1985);
Legrand (1994))
l'enseignement privé est devenu le lieu de l'innovation alors
que l'enseignement public tend à se scléroser, à se
bureaucratiser. La modernisation du service public apparaît
comme une priorité absolue. En réponse aux différents
rapports commandés par le ministre, les notions de
contractualisation, d'autonomie de l'établissement, d'évaluation,
de projet d'établissement font leur entrée dans le vocabulaire et
les préoccupations des responsables de l'enseignement public.
La mise en place des lois de décentralisation en 1985 va
commencer à traduire cela sur le plan juridique ; mais il faudra
attendre 1989 pour qu'une loi donne toute leur place aux
initiatives d'Alain Savary.
L'autonomie de l'établissement scolaire public : une notion
contestée
Perçue comme résultat du partage de la maîtrise d'oeuvre
entre des établissements publics et des établissements privés
sous contrat, l'autonomie donnée à l'établissement
scolaire public prend un parfum de « guerre scolaire ». Une
première attitude de rejet militant en résulte. Au nom de la
laïcité et des principes de l'École républicaine, la
notion même d'autonomie de l'établissement scolaire public
est combattue. Le maintien d'une double hiérarchie
administrative, d'une part, pédagogique, d'autre part, et la
primauté donnée à celle-ci dans le recrutement et la
gestion des enseignants engendre une seconde attitude de refus
moins combative.
Le poids cumulé de ces deux attitudes de refus est
considérable. Ainsi, une étude récente
(Les Dossiers d'Éducation et
Formations (1996)) montre que 34 % des enseignants du
secondaire public refusent à la fois l'établissement comme
lieu de coopération entre enseignants et le rôle pédagogique
du chef d'établissement.
La mise en oeuvre de la loi de 1989 conforte l'autonomie (1985)
de l'établissement scolaire public et le principe d'une
répartition inégalitaire des moyens (1982). Elle introduit,
outre le projet d'établissement, la contractualisation entre
l'établissement et sa tutelle. L'adhésion à ces
principes, sans doute majoritaire dans l'encadrement du système
éducatif, présente trois limites :
-
Elle entretient, au sein de l'enseignement public, une
confusion entre maîtrise d'ouvrage et maîtrise d'oeuvre.
Le maintien de la primauté d'une hiérarchie externe à
l'établissement (les corps d'inspection) dans le recrutement
et la gestion des enseignants l'illustre parfaitement.
-
L'absence de représentant de la maîtrise d'ouvrage au
niveau où se déroule, dans la durée, l'ensemble de la
scolarité d'un élève ne permet pas d'aborder celle-ci
dans sa globalité. Les logiques de concurrence au sein de
l'enseignement public en découlent dans un contexte marqué
par la baisse démographique.
-
Elle laisse la concurrence et les stratégies d'évitement
régler seules les relations entre établissements publics et
privés.
Deux autres, attitudes minoritaires tentent de dépasser ces
limites. La première, bien représentée par les rapports
remis au ministre Claude Allègre
(Pair (1998a) ;
Monteil (1999)), cherche
à dépasser les deux premières limites en renforçant le
rôle du chef d'établissement et en proposant une organisation
assurant la présence du maître d'ouvrage au niveau du
territoire où se déroule l'ensemble de la scolarité d'un
élève : le bassin de formation.
La seconde va plus loin. Elle tente de donner un cadre aux
relations entre les établissements publics et privés d'un
même bassin de formation. Les propositions faites entre 1981 et
1984 par Alain Savary pour intégrer l'enseignement privé à
l'enseignement public sont représentatives de cette attitude. Les
conditions de l'abandon, en 1984, des propositions d'Alain Savary
font que cette attitude, malgré sa pertinence, est largement
minoritaire.
Le plan formé par les deux premiers axes permet de représenter
de façon satisfaisante la diversité des pratiques et des
opinions des professionnels de l'éducation. Il rend,
partiellement, compte des tensions entre l'École et ses usagers,
l'École et la société civile.
En effet, de manière évidente, presque mécanique, le
regroupement des élèves sur une base géographique
introduit dans l'école les difficultés de la zone
géographique concernée
(Charlot (1994)).
L'hétérogénéité du public et la distance culturelle
avec les normes scolaires induisent des tensions
(Lahire (1995)) qui
relèvent de la gestion de l'hétérogénéité dans un
système scolaire unique. Il en va de même pour la violence
en milieu scolaire
(Debarbieux (1996))
et plus généralement l'évolution des rapports des élèves à
l'école et aux savoirs
(Dubet (1991);
Bautier, Charlot & Rochex
(1992)).
L'émergence, au niveau de l'établissement, d'une maîtrise
d'oeuvre autonome contribue également à l'explication de ces
tensions. En effet, elle entraîne la prise en compte des
usagers (parents et élèves) et des réalités locales. La
combinaison des deux premiers axes débouche sur l'identification
des performances de chaque établissement. Elle engendre des
stratégies d'évitement s'opposant à la volonté
politique de démocratisation
(Duru-Bellat & Merle
(1997)).
La permanence, la virulence et l'importance des tensions entre
l'École et les parents
(Montandon & Perrenoud
(1994)) trouvent là un début d'explication. Les
dispositions de la loi de 1989, décidée par le ministre
Lionel Jospin, fixent un cadre : la « communauté éducative »
et une méthode le « projet d'établissement » pour y
répondre et construire des compromis locaux destinés à mettre en
oeuvre une politique éducative décidée au niveau national
(Derouet & Dutercq
(1996)).
Cependant toutes ces tensions sont aggravées par l'accroissement
de la demande sociale d'éducation et ses conséquences,
notamment l'allongement de la scolarité. Les nouveaux rapports
entre savoirs, technologie et économie participent à cet
allongement du temps des études. Ils renouvellent le champ des
tensions entre l'École et l'entreprise, l'École et l'économie
(Pelpel & Troger (1993)).
La montée du communautarisme, le poids du multiculturalisme sont
également sources de tensions. La combinaison des deux premiers
axes ne permet pas de rendre compte de ces phénomènes
nouveaux.
L'introduction d'un nouvel axe fondé sur les attitudes vis-à-vis
de l'acceptation ou de la contestation d'une maîtrise d'ouvrage
exercée par l'État, ou plus généralement par une
instance représentant l'intérêt général, le permet.
La maîtrise d'ouvrage au nom de l'intérêt général
est contestée
C'est la légitimité de l'État comme maître d'ouvrage
partiellement autonome des attentes de la société civile et
de la demande sociale d'éducation qui est remise en cause. Celle-ci
résulte de deux évolutions sociétales caractéristiques
du XXe siècle :
-
Remise en cause et contestation du rôle de
l'État
Dans la période récente, les rapports entre la Société
civile et l'État cessent d'être rythmés par des
échéances électorales ponctuant la vie démocratique.
Ils entrent dans une logique de contrôle permanent, de
méfiance, de contestation des choix publics. Ils plongent le
politique dans le temps immédiat du sondage et des médias.
De plus, ils contestent à l'État la part de
« transcendance », d'autonomie, de distance lui permettant,
dans la durée, d'affirmer un bien commun, un monde commun
au-delà des croyances et pratiques individuelles ou
communautaires. Une telle évolution pose le problème des
conditions de maintien du lien social. Elle touche l'École
républicaine dans un de ses fondements : la laïcité.
-
La parcellisation des savoirs et la mise à mal d'un
monde commun
L'École républicaine et la laïcité sont filles du
positivisme. Celui-ci est d'un humanisme visant à fonder sur
la raison un monde commun au-delà des particularismes de
chacun, individu ou communauté. Or le XXe siècle
est le siècle de sa défaite. En lieu et place de cette
vision humaniste et globale, le XXe siècle a
multiplié les représentations partielles et partiales mais
opératoires du monde : la sophistication technique a pris le
pas sur la pensée. Ce grand dérèglement a de nombreuses
conséquences sur l'école, nous en citerons deux. D'une
part, il rend plus difficile la définition d'une culture
commune, chaque représentation disciplinaire du monde visant
l'hégémonie. D'autre part, le caractère opératoire
et donc économique de chaque spécialisation donne une
valeur économique au savoir. Il s'ensuit une nouvelle
aggravation de la tension entre démocratisation individuelle et
démocratisation collective.
La laïcité en péril. Le corporatisme enseignant mis à
mal
L'École se situe à l'intersection de la sphère privée et de
la sphère publique. Son organisation résulte d'un compromis
entre plusieurs modèles. En France la laïcité est ce
compromis. Elle est le cadre dans lequel s'institutionnalise une
distance entre l'État et la société civile dans les
domaines de l'éducation et de l'enseignement
(Costa-Lascoux (1996)).
Ce compromis est remis en cause lorsque l'on conteste à l'État
le droit d'affirmer une référence à un monde commun.
Cette question fondamentale pour l'avenir de l'École est
malheureusement partiellement occultée par une autre remise en
cause, celle du corporatisme enseignant hérité des choix
napoléoniens. L'attachement, quasi unanime des enseignants
(privés et publics) aux prérogatives de l'État sur la
maîtrise d'ouvrage résulte, au moins, autant d'une défense
d'intérêts catégoriels que d'un attachement au compromis
laïque.
De plus, chez chaque enseignant naît une tension entre un
professionnel attaché au maintien de la maîtrise d'ouvrage de
l'État sur la question scolaire et un usager, généralement
parent d'élève, revendiquant la satisfaction de ses attentes
privées.
La démission du maître d'ouvrage : un risque pour le
compromis laïque
Depuis le début des années 80, une notion de maîtrise
d'ouvrage partagée s'affirme. Il s'agit là d'une position
moyenne. L'extension progressive des compétences des régions
dans le domaine de la formation illustre bien cette position. Un
mouvement similaire de rapprochement, de recherche de partenariat
existe entre l'École et l'Entreprise. Toutefois, cette position
élude la question des familles. Cette position est celle des
responsables du système éducatif. Elle est largement
répandue chez les enseignants des disciplines technologiques et,
dans une moindre mesure, chez ceux des lycées professionnels. Il
ne s'agit cependant pas d'une situation stable permettant de
refonder le compromis laïque.
En effet, comme le souligne, dès le début des années 90,
Robert Ballion (Baillion
(1991)), une dérive apparaît. Le maître d'ouvrage
renonce à donner des orientations précises. Il reporte sur
l'établissement les problèmes qu'il ne sait pas résoudre. Les
mesures d'assouplissement de la carte scolaire sont
caractéristiques de cette démission implicite de l'État devant
la diversité de la demande sociale. De façon, en apparence
paradoxale, ce risque est accentué par la résistance au changement
manifestée, notamment, par les enseignants des disciplines
générales. Il s'agit en effet le plus souvent non de la
défense d'une culture commune mais d'une revendication
d'hégémonie de telle ou telle discipline.
Enfin, deux attitudes extrêmes et opposées existent :
-
Une attitude minoritaire, mais militante, tente d'imposer le
retour à une maîtrise d'ouvrage sans partage de l'État,
une restauration de l'École républicaine. Ses partisans
(Gaubert (1999)) sont
des opposants farouches à la loi de 1989.
-
Sous les coups de boutoir des ultra-libéraux et des
communautaristes, un courant minoritaire récuse à l'État
toute légitimité dans la maîtrise d'ouvrage.
Les tensions qui, dès aujourd'hui, menacent le système
éducatif d'éclatement, se développent sur chacun des axes.
Les problèmes liés à la gestion de l'hétérogénéité dans un
système unique s'intensifient :
-
L'hétérogénéité entre les établissements a
tendance à augmenter suite aux phénomènes de
ghettoïsation qui accompagnent les mesures de discrimination
positive pour l'attribution de moyens.
-
Au sein d'un même établissement, l'hétérogénéité
croît également, principalement chez les élèves en
difficulté, notion passe-partout qui recouvre une
extraordinaire diversité.
-
Ces hétérogénéités sont aggravées par la
simultanéité d'une demande sociale de plus en plus
exigeante et diversifiée, et un désintérêt croissant
pour les questions scolaires d'une partie des usagers, élèves et
parents, particulièrement en difficulté.
Les tensions liées à une maîtrise d'oeuvre assurée par des
établissements régis par des systèmes de contraintes
différents menacent la cohérence du système :
-
Paradoxalement, le rejet des propositions d'intégration de
l'enseignement privé sous contrat au service public
d'éducation (1984) s'est traduit par la confirmation (1985),
puis le renforcement (1992) de l'association de l'enseignement
privé au service public.
-
La persistance de l'opposition d'une partie, significative, des
enseignants du public à l'autonomie de l'établissement et
au rôle pédagogique du chef d'établissement nuisent au
rapprochement des systèmes de contraintes des deux types
d'établissement. Elle freine la nécessaire modernisation
de l'enseignement public voulue par la loi de 1989.
Cette situation ne favorise pas la distinction entre les
prérogatives du maître d'ouvrage et celle de la maîtrise
d'oeuvre. Ainsi, en ce qui concerne les familles, le manque de
reconnaissance au niveau de la maîtrise d'oeuvre induit des
stratégies d'évitement qui empiètent sur les prérogatives
du maître d'ouvrage.
Tout ceci conduit, dans les faits, à une remise en question du
compromis laïque. Or celui-ci n'est pas seulement un des
fondements de l'École républicaine, il joue un rôle
essentiel pour que l'École assume son rôle dans le développement du
lien social. Le temps est venu d'assumer, d'une part, la rupture
avec le mode antérieur d'organisation de l'École républicaine,
d'autre part, la fidélité à son fondement : le compromis
laïque.
Malgré les limites signalées ci-dessus, la réforme Haby
(1975) est une tentative pour fournir un cadre nouveau à
l'exigence d'égalité des chances insuffisamment prise en
compte par l'organisation antérieure. En élaborant la loi de 1989,
Lionel Jospin a consolidé la modernisation du service public
d'éducation à partir des pistes explorées, dès 1982,
par Alain Savary. Cette loi a permis de corriger partiellement
l'inachèvement, le non-accompagnement, l'imprévoyance de la
réforme précédente. Il reste beaucoup à faire dans ces
domaines, mais une tâche est encore plus urgente : redéfinir
le compromis laïque.
En effet, le poids du multiculturalisme, issu de l'immigration,
celui du repli identitaire sur soi, sa communauté d'origine ou
d'élection (Derouet
(1999)) font courir le risque d'un compromis plus favorable
aux modèles libéraux et communautaires. Cela doit faire
l'objet d'un large débat démocratique sanctionné par une
loi. Trois notions nous paraissent essentielles :
-
Définir le socle commun, la culture commune fondatrice d'un
monde commun.
-
Préciser les objectifs de la scolarité obligatoire par
rapport à ce socle commun.
-
Donner un contenu précis et des limites claires à la notion
de maîtrise d'ouvrage partagée. Cela passe par la
redéfinition des compétences des collectivités
territoriales et principalement des régions. Le rôle des
entreprises (10), celui
des familles doivent être reconnus et délimités. Fixées par la
loi, ces limites doivent s'imposer à l'enseignement privé
sous contrat comme à l'enseignement public.
Pour être efficace, toute re-fondation du système éducatif
visant le renouvellement du compromis laïque doit prendre en
compte quelques réalités :
-
La banalisation du recours au privé est un fait acquis. Le
partage de la maîtrise d'oeuvre entre les établissement
publics et privés sous contrat est, pour longtemps, une
donnée.
-
Le poids de la structuration de l'École républicaine autour de
deux ordres d'enseignement (primaire, secondaire) ainsi que le
prestige associé au secondaire, n'ont permis ni l'émergence
d'une « école moyenne » adaptée à la scolarité
obligatoire, ni même celle d'un corps enseignant spécifique
au collège. Le partage de la scolarité d'un élève en
trois étapes (école primaire, collège, lycée) est
aussi une donnée. L'appartenance aux mêmes corps des enseignants
des collèges et des lycées généraux et technologiques est
également une réalité durable.
Le premier constat oblige à poursuivre la modernisation de
l'enseignement public confortant l'autonomie de l'établissement
scolaire public.
Le second montre, d'une part, que pour appréhender dans sa
totalité la scolarité d'un élève il faut dépasser la
notion d'établissement, d'autre part, que le passage d'un
établissement à l'autre correspond à une organisation antérieure
et est aujourd'hui largement arbitraire. Les liaisons entre la
dernière et la première année de deux établissements consécutifs
sont importantes.
Nous situant dans les perspectives de rapports récents
(Pair (1998a);
Monteil (1999)) nous
nous proposons d'aller au delà en faisant de la distinction
entre maîtrise d'ouvrage et maîtrise d'oeuvre la pierre angulaire
de nos propositions :
-
Confier, dans chaque Académie, la maîtrise d'ouvrage
déléguée au Recteur et l'exclusivité de la maîtrise
d'oeuvre aux établissements publics et privés sous contrat.
Les questions de contrôle et d'évaluation sont alors
clairement référées au respect d'un cahier des charges donc aux
effets sur les bénéficiaires : les élèves. Placés
sous l'autorité du Recteur, les corps d'inspection
(11) ont une mission de
contrôle du respect du cahier des charges et d'évaluation
des effets sur les élèves.
-
Mettre fin au double pilotage, pédagogique par l'inspecteur,
administratif par le chef d'établissement. Comme
prestataires, les enseignants sont sous la responsabilité
exclusive du maître d'oeuvre : le chef d'établissement.
-
Définir la notion de bassin de formation comme l'espace dans
lequel l'offre de formation (publique et privée sous contrat),
les infrastructures (transports notamment) permettent à tout
élève d'effectuer son parcours scolaire y compris dans les
cas les plus difficiles.
-
Mettre en place à ce niveau une représentation du maître
d'ouvrage (un Inspecteur d'Académie, par exemple) chargée
de définir un cahier des charges commun à l'ensemble des
maîtres d'oeuvre. C'est à ce niveau que doivent être
traitées les questions des options et des structures d'accueil
des cas difficiles : classes relais et internat.
-
Favoriser la mise en place sur ce territoire d'une structure de
coopération entre les établissements publics et privés
sous contrat (12)
permettant une circulation physique ou virtuelle des élèves et
des enseignants pour certaines activités.
-
Distinguer un tronc commun (culture commune) régi par un
renforcement des procédures d'affectation, d'options mises en
oeuvre par la circulation des élèves et des enseignants au
sein du bassin (établissements publics et privés).
La piste proposée ici tente d'affronter le problème à sa
racine. Il repose sur la distinction de deux logiques et leur
articulation.
Une première logique est centrée sur l'éducation et
s'inscrit dans une problématique de transmission d'une culture
commune : elle conduit à une gestion homogène d'une classe
d'âge. Elle doit prendre en charge l'hétérogénéité
des motivations et des systèmes de valeurs. Elle est organisée
dans le cadre de la classe et de l'établissement sur la base de
l'année scolaire et du cycle ; sa validation est régie par
les procédures habituelles d'orientation. L'État reste
l'unique maître d'ouvrage.
L'autre logique est centrée sur la spécialisation, voire la
professionnalisation, et vise une homogénéité des
motivations, des projets et une hétérogénéité d'âge. Il serait
d'ailleurs souhaitable d'y mêler des élèves et des
stagiaires de formation continue. Elle est organisée, par la
circulation des élèves et des enseignants, au niveau du
bassin de formation sur la base de groupes ayant une durée de
vie limitée, et finalisés sur l'acquisition de connaissances
et de compétences explicitement énoncées. Cette
organisation modulaire débouche sur une certification des
compétences acquises et la constitution d'un portefeuille de
compétences. Un système explicite de pré-requis permet
une individualisation des parcours.
Une telle approche est novatrice mais ne constitue pas une
révolution copernicienne. Elle peut, en effet, être enrichie
par des expériences antérieures et actuelles, des acquis de la
formation des adultes, des expériences étrangères. Les
propositions de l'actuel ministre de l'Éducation nationale, Jack
Lang, pour le collège vont dans ce sens
(Lang (2001)).
Le partage du temps scolaire entre ces deux logiques devrait bien
sûr évoluer au cours de la scolarité : privilégiant la
logique de l'éducation au début, ce partage laisserait
progressivement une place croissante à l'autre logique. Cette
évolution nécessite l'apparition au niveau des établissements
de nouvelles compétences professionnelles pour aider les élèves
à construire leur parcours. Il y a même sans doute
apparition de nouveaux métiers.
La convergence des défis posés aux différents pays en
matière d'éducation incite à la mutualisation. Il s'agit
non pas d'importer ou d'exporter des solutions clé en main mais
d'apprendre des autres et d'apprendre aux autres.
La prise en compte du contexte dans la mise en oeuvre nécessite
le passage d'une logique de la procédure à une logique du
processus. La première présuppose, d'une part, que le
contexte influence peu le résultat, d'autre part, que le respect
de la procédure garantit l'atteinte des objectifs. Dans la
seconde, c'est la définition des objectifs qui permet de
conduire le processus pour les atteindre. Malgré les avancées
de ces dernières années
(Letourneux &
Branchereau-Vié (1998)), la logique de la procédure
domine le système éducatif français. Elle repose sur la
juxtaposition de contrôles sectoriels et multiples. Elle limite
la responsabilité de l'encadrement au respect des procédures
et non à l'atteinte des objectifs. La seconde approche est
indissociable d'une démarche d'évaluation des résultats.
La responsabilité de l'encadrement est tout autre. Il devient
comptable des choix faits dans la conduite du processus ;
c'est-à-dire de sa capacité à combiner, en fonction du
contexte, les ressources à sa disposition pour atteindre les
objectifs fixés. La notion de lettre de mission devient alors
centrale. Malgré des propositions récentes
(Blanchet et alii
(1999)), cette approche est encore balbutiante dans le système
éducatif français. Il a beaucoup à apprendre des
expériences étrangères
(Sylvestre (1998))
En échange, l'expérience française de la laïcité nous
paraît l'apport principal de la France.
En France comme ailleurs, la perte de références communes et le
multiculturalisme confrontent l'École à la construction d'un
compromis entre plusieurs modèles
(Derouet (1999)). La
laïcité apparaît comme un élément clé pour éviter
que le compromis ne se fasse au profit des modèles
communautaires ou libéraux
(Gautherin (2000)).
Même si nos propositions pour l'évolution du système
éducatif divergent de celles d'Henri Pèna-Ruiz, nous faisons
nôtres ses propos :
« L'École n'est pas le miroir de la Société
civile qu'on lui tendrait complaisamment, elle est le lieu de la
distance à soi de la Société civile... C'est pourquoi
l'École est fondamentalement laïque, la laïcité étant
la condition de possibilité que l'École puisse constituer un
lieu de recours contre toutes les tutelles
communautaristes. »
(Gautherin (2000,
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-
(1)
-
Auteur avec Paul Langevin d'un plan voté à l'unanimité
en 1947, jamais appliqué mais inspirant les réformes des
cinquante dernières années.
-
(2)
-
Pour les meilleurs élèves du primaire, un examen,
l'examen d'entrée en 6e, permet d'accéder à
l'enseignement secondaire. Un système d'aide, les bourses,
assure la prise en charge partielle des coûts.
-
(3)
-
Malgré la diversification des baccalauréats généraux,
la création des baccalauréats technologiques puis des
baccalauréats professionnels, le baccalauréat est toujours
le premier grade universitaire. Il donne accès de plein droit
à l'Université.
-
(4)
-
En ce qui concerne les Inspecteurs de l'Éducation Nationale
chargés du primaire, il faut noter un évolution dans ce
sens.
-
(5)
-
Aujourd'hui, c'est à l'issue de la première année de
lycée, devenu général et technologique, qu'a lieu la
différentiation entre la voie générale et la voie
technologique.
-
(6)
-
En 1999, près de 15 points séparent l'Académie de
Créteil (70,8 %) et l'Académie de Nantes (85,6 %) en ce qui
concerne la réussite aux baccalauréats technologiques.
-
(7)
-
Avant cette date, trois structures distinctes de formation
existaient. Les Écoles Normales départementales formaient
les instituteurs des écoles primaires. Les Centres
Pédagogiques Régionaux, ceux des collèges et lycées.
Les Écoles Normales Nationales d'Apprentissage, ceux des
lycées professionnels.
-
(8)
-
La proposition de créer un corps de professeurs de collège,
faite en 1989 par le premier ministre et son ministre de
l'éducation, a été combattu par la majorité des
syndicats.
-
(9)
-
Une particularité du système français est l'existence
de deux concours de recrutement pour les enseignants des lycées
et collèges.
-
(10)
-
La question des relations entre les lycées professionnels et
l'apprentissage ne peut être ignorée.
-
(11)
-
Cette évolution est dans la continuité de celle de
l'Inspection Générale décidée en 1989. Elle débouche
sur l'unification des corps d'inspection. Elle ne néglige pas
la qualité disciplinaire mais la réfère aux apprentissages
des élèves et non à la prestation de l'enseignant.
-
(12)
-
Il s'agit de réexaminer, dans un cadre dépassionné,
certaines propositions faites par Alain Savary.
© ACELF, Québec 2001.
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