La pédagogie actualisante
Éducation et francophonie, Volume XXX,
No 2, automne 2002.
L'équité en éducation et en
pédagogie actualisante
Jeanne d'Arc GAUDET
Faculté des sciences de l'éducation, Université de Moncton,
(Nouveau-Brunswick), Canada.
Claire LAPOINTE
Faculté des sciences de l'éducation, Université de Moncton,
(Nouveau-Brunswick), Canada.
La mission de la Faculté des sciences de
l'éducation de l'Université de Moncton s'insère dans une vision
de l'éducation fondée sur l'épanouissement personnel, la justice
sociale et la paix. Afin de concrétiser cette vision, la Faculté
a adopté comme philosophie sous-jacente à ses activités de
formation initiale à l'enseignement, une approche globale de la
pédagogie qu'elle appelle la pédagogie actualisante. Or, pour
qu'il y ait une pédagogie actualisante, elle doit être ancrée
dans des valeurs d'équité.
En s'appuyant sur des recherches antérieures
qu'elles ont réalisées auprès de formatrices et de formateurs,
les auteures ont démontré l'influence positive d'une démarche de
sensibilisation à l'équité en pédagogie, tant au niveau des
pratiques qu'à celui des représentations. Dans le présent
article, les concepts d'équité et d'égalité seront d'abord
définis et ensuite, nous verrons comment le concept d'équité
sous-tend chacun des volets menant à la pédagogie actualisante.
En terminant, une grille d'équité appliquée à cette pédagogie
sera présentée suivie d'un guide d'analyse réflexive portant sur
l'examen de ses propres pratiques en enseignement.
Equity in Education and in a Pedagogy of Actualization
The mission of the Faculté des sciences de
l'éducation of the University of Moncton fits into a vision of
education based on personal development, social justice and
peace. In order to make this vision a reality, the faculty
adopted an underlying philosophy in its teacher training
activities, a global approach that it calls the Pedagogy of
Actualization. For a Pedagogy of Actualization to exist, it must
be anchored in values of equity.
Basing their arguments on prior research
done with educators, the authors demonstrate the positive
influence of an approach that sensitizes people to equity in
pedagogy, in both practice and representation. In this article,
we first define the concepts of equity and equality and then look
at how the concept of equity underlies each of the components of
the Pedagogy of Actualization. In conclusion, we present an
equity grid applied to this pedagogical approach, followed by a
reflexive analysis guide based on the examination of ones own
teaching practices.
La igualdad en la educación y en una pedagogía actualizante
La misión de la Facultad de ciencias de la
educación de la Universidad de Moncton, se inscribe en una visión
de la educación que se funda en la realización personal, la
justicia social y la paz. Para concretizar esta visión, la
Facultad ha adoptado como filosofía subyaciente a sus actividades
de formación inicial para la enseñanza, un enfoque global de la
pedagogía que ha denominado pedagogía actualizante. Asi pues,
para que una pedagogía sea actualizante, debe enracinarse en
valores justos.
Apoyandose en investigaciones anteriores
llevadas a cabo entre las formadoras y los formadores, las
autoras han demostrado la influencia positiva de un proceso de
sensibilización a la equidad en pédagogía, tanto al nivel de la
práctica como de las representaciones. En el presente artículo,
los conceptos de equidad y de igualdad serán por principio
definidos y en seguida se verá cómo el concepto de equidad
sostiene cada uno de los aspectos que conducen a la pedagogía
actualizante. En conclusión, se presenta un cuadro de equidad
aplicado a dicha pedagogía, asi como una guía de análisis
reflexivo volcado al examen de sus propias prácticas en la
enseñanza.
En 1997, la Faculté des sciences de
l'éducation de l'Université de Moncton a proposé une version
révisée de sa mission
(Vers une pédagogie actualisante : Mission de la Faculté des
sciences de l'éducation et formation initiale à
l'enseignement). Cette nouvelle version propose une mission
directement liée au projet de société auquel participe la Faculté
et au type de personnes qu'elle vise à former. Elle s'insère
dans une vision de l'éducation fondée sur l'épanouissement
personnel, la justice sociale et la paix. Afin de concrétiser
cette vision, la Faculté a adopté comme philosophie sous-jacente
à ses activités de formation initiale à l'enseignement, une
approche globale de la pédagogie qu'elle appelle la pédagogie
actualisante. Bien que plusieurs courants théoriques en
éducation aient contribué à la définition de cette philosophie,
l'une de ses sources importantes émane de découvertes récentes en
psychologie cognitive sur le traitement humain de l'information.
La cohabitation des sciences de l'éducation et de la psychologie
aura en effet permis à de nombreux chercheurs et chercheuses en
éducation de saisir la complexité ainsi que l'interdépendance des
phénomènes éducatifs.
Aujourd'hui, à travers le monde, de
plus en plus d'intervenantes et d'intervenants en éducation
considèrent les apprenantes et les apprenants non plus comme des
contenants que l'on remplit mais comme des personnes ayant la
capacité d'apprendre en utilisant leurs stratégies
cognitives (1). À partir du
moment où des pédagogues adoptent cette position, ils ou elles
sont en mesure de concevoir le développement des personnes de
manière globale et intégrale. Pour ce faire, il est nécessaire
de remettre en question certains aspects du rôle traditionnel des
éducatrices et des éducateurs afin de redéfinir les pratiques
pédagogiques et de retenir celles qui sont le plus à même de
mener au plein épanouissement des individus. C'est ainsi qu'on
en est venu à la pédagogie actualisante.
Dans la version révisée de sa mission,
la Faculté des sciences de l'éducation distingue huit volets à la
pédagogie actualisante. À prime abord, il apparaît surprenant
que l'équité ne soit pas présentée comme un de ces volets mais
comme une dimension additionnelle à ceux-ci. En fait, il nous
apparaît difficile de concevoir une pédagogie actualisante qui ne
serait pas ancrée dans des valeurs d'équité. Toutefois, comme on
le verra un peu plus loin, en analysant chacun des volets, on
constate que les principes démocratiques sur lesquels ils
s'appuient sont intimement liés à la notion d'équité.
Le présent article s'adresse avant
tout aux enseignantes et aux enseignants en formation initiale ou
en perfectionnement. Il vise à les sensibiliser à la pratique de
l'équité en pédagogie et à leur offrir des outils de base qui
peuvent facilement être adaptés à différents contextes éducatifs.
En effet, les recherches des auteures ont permis de démontrer
l'influence positive d'une démarche de sensibilisation à l'équité
en pédagogie, tant au niveau des pratiques qu'à celui des
représentations
(Gaudet et
Lapointe (2001);
(2002)). Dans ce texte, nous examinons
tout d'abord les concepts d'équité et d'égalité pour ensuite nous
attarder un peu sur certaines tendances contemporaines en
éducation. En deuxième partie, nous démontrons comment le
concept d'équité sous-tend chacun des volets menant à la
pédagogie actualisante. Nous terminons par la présentation d'une
grille d'équité appliquée à cette pédagogie, suivie d'un guide
d'analyse réflexive sur l'équité dans la pédagogie actualisante.
Comment doit-on définir l'équité ?
Existe-il une définition juridique, économique ou sociale de ce
concept ? À partir de quel paradigme l'a-t-on étudié ? En
consultant les écrits sur le sujet, nous constatons qu'il existe
peu de théories relatives à l'équité. Toutefois, le concept fut
étudié durant les années 60 par Walster et ses collègues qui
l'ont examiné à partir du contexte des relations entre employés
et employeurs. Dans un ouvrage publié en 1978,
Walster,
Walster et Berschaid affirment qu'avant 1978, il n'existait
pas de théorie générale de l'équité mais plutôt un ensemble de
mini théories élégantes. Leur désir d'apporter un éclairage
nouveau sur cette problématique les a conduits à proposer une
première version de leur théorie générale de l'équité en 1973,
puis une version révisée en 1978. Dans la formulation de leur
théorie, les auteurs ont intégré des principes émanant des
théories de la dissonance cognitive, de l'échange et du
renforcement ainsi que de celles provenant du domaine de la
psychoanalyse. À l'aide de leur modèle théorique, Walster
et alii ont tenté de prédire à quel moment des individus
se perçoivent comme ayant été traités injustement et de quelle
manière ils réagissent à ces traitements injustes.
Selon
Greenberg
et Cohen (1982), Walster et ses collègues se sont également
inspirés des travaux de Homans (1961), dans Greenberg et Cohen
(1982), de Blair (1964), dans Greenberg et Cohen (1982), et
d'Adams
(1963) et (1965), dans Greenberg et Cohen (1982). Par
exemple, Adams (1963) avait tenté de définir le concept d'équité
en présentant une définition de l'iniquité. Selon lui, lorsque
deux individus échangent quelque chose, l'un ou l'autre peut
sentir que l'échange est inéquitable, ce qu'appuie
Ajzen (1982)
quand il soutient que peu importe comment on définit l'injustice,
lorsqu'une situation est perçue comme étant injuste, les
attitudes et les actions des individus seront affectées. Les
notions de justice et d'équité seraient donc intimement liées.
Certains faits historiques révèlent
que, consciemment ou inconsciemment, les humains sont depuis
longtemps préoccupés par le sens de la justice sociale et de
l'équité. On observe qu'au cours des siècles, toutes les
sociétés se sont donné, implicitement ou explicitement, un code
d'éthique basé sur le principe qui veut que l'on soit juste et
équitable dans ses rapports avec autrui
(Adams et
Friedman (1976)). Ainsi, il est possible de remonter aux
origines du concept d'équité jusque dans l'oeuvre d'Aristote. Ce
philosophe grec, qui vivait au quatrième siècle avant
Jésus-Christ, a défini le principe de la justice distributive
selon lequel la distribution d'un bien est équitable si elle
satisfait à l'égalité proportionnelle, c'est-à-dire si elle
permet à chacun de retirer des bénéfices proportionnels à sa
participation. Le concept de justice distributive se rapproche
de la notion d'équité que nous allons définir un peu plus loin.
Toutefois, Aristote avait établi une division des membres de la
société : les citoyens égaux, c'est-à-dire, les hommes libres nés
dans la Cité, et les autres : les femmes, les esclaves et les
étrangers. Dans la distribution des biens, les citoyens égaux
devaient être traités également, et les autres inégalement par
rapport aux hommes libres
(Aristote,
La politique, édition de 1964). L'influence
d'Aristote s'est étendue jusqu'à nos jours par le biais des
universités arabes puis européennes qui ont enseigné la vision
aristotélicienne de l'égalité
(Lapointe
(1995)).
Comme nous l'avons mentionné plus
haut, on remarque que dans les écrits, le concept d'équité est
souvent lié à celui de justice sociale. Comment définit-on la
justice sociale ?
Moller Okin
(1989), théoricienne en justice sociale, affirme que pour
acquérir le sens de la justice, il est primordial de s'abstraire
de sa position privilégiée pour cultiver la capacité d'être
empathique aux autres. La justice sociale consiste alors à
traiter les questions morales, éthiques et politiques à partir de
la position des moins bien nantis. De son côté,
Young (1994)
affirme qu'un traitement égal est un idéal désirable et non
ambigu pourvu que toutes les parties en cause aient des
conditions de vie similaires (le traitement égal des égaux).
Toutefois, même si l'éthique occidentale moderne reconnaît le
principe selon lequel tous les êtres humains naissent égaux, les
conditions sociales et environnementales dans lesquelles ils
naissent déterminent des écarts entre eux. Les contextes
différents dans lesquels les humains se trouvent résultent donc
dans des inégalités de fait.
Afin de mieux comprendre la relation
qui existe entre les notions d'équité et d'égalité, nous allons
tenter de définir ces deux concepts.
Dans un ouvrage de Young (1994), on
retrouve une réflexion de Elbert Hubbard selon qui l'équité
dépend simplement de la longueur des oreilles du juge. Cette
phrase en dit long sur la difficulté que l'on rencontre quand on
tente de définir l'équité de manière objective. De son côté, le
dictionnaire pratique
Quillet
(1993) définit l'équité comme une justice naturelle et comme
une vertu qui guide quiconque est naturellement disposé à
reconnaître les droits de chaque personne. Pour sa part,
l'Encyclopaedia
Universalis (1980) souligne que l'équité est un concept
mystérieux et vague, fortement ressenti pourtant, qui dépasse
dans les aspirations qu'il suscite ce que son étymologie évoque
(le traitement égal des personnes) et que la conscience publique
place plus près de la vraie justice que le droit lui-même.
L'égalité, quant à elle, désigne le
rapport qui existe entre des individus égaux. Des lois et des
règles sociales, telles que celles énoncées par Aristote,
établissent ces rapports dans une nation donnée, c'est-à-dire
qu'elles déterminent qui est égal et qui est inégal, ainsi que
les privilèges et les droits qu'on accorde à ceux qui sont égaux
et qu'on nie à ceux qui ne le sont pas. Au cours du
20e siècle, on a graduellement aboli plusieurs lois
sexistes, racistes ou âgistes qui s'inspiraient de cette
conception de l'égalité, par exemple en adoptant au niveau
international la
Convention sur l'élimination de toutes les formes de
discrimination à l'égard des femmes ainsi que la
Convention relative aux droits de l'enfant, en
accordant le droit de vote aux femmes dans plusieurs pays, et en
abolissant les lois ségrégationnistes aux États-Unis et
l'apartheid en Afrique du Sud.
Il est possible de faire la
distinction suivante entre l'égalité et l'équité. De nos jours,
en Occident, l'égalité suppose la distribution à chacune et à
chacun d'une même quantité de biens, car on se base sur le
principe voulant que toutes les personnes soient égales. Par
exemple, une justice fondée sur l'égalité accorderait à une
travailleuse et à un travailleur le même salaire pour le même
travail, ce que l'on appelle un traitement proportionnel. Mais
cette manière de voir les choses ne tient pas compte des
disparités qui existent entre les groupes et des stéréotypes
associés aux occupations selon la classe sociale, le sexe,
l'origine ethnique, et ainsi de suite. En reprenant l'exemple
précédant, on peut pousser l'analyse un peu plus loin et comparer
des emplois différents mais d'égale valeur. Ainsi, on comparera
le salaire d'une technicienne en garderie avec celui d'un
technicien en zoologie. Dans ce dernier cas, il s'agit bien d'un
traitement équitable et non d'un traitement proportionnel.
De nombreux auteurs qui traitent de la
question de l'équité
(Secada
(1989);
Grant (1989);
Harvey et Klein
(1989);
Sanders
(1989)) font observer que l'essence de l'équité réside dans
le dépassement du traitement proportionnel par la mise en place
de politiques, de règles, de procédures et de plan d'action qui
corrigent les écarts entre les membres de groupes plus avantagés
et les moins bien nantis. Par exemple, les étudiantes et les
étudiants qui proviennent de groupes défavorisés ou ayant vécu de
la discrimination, tels les autochtones, auront accès à des
programmes spéciaux de bourses d'études afin de leur faciliter
l'accès aux études postsecondaires. On peut donc conclure que le
traitement équitable est celui qui permet l'accès à l'égalité
véritable pour les groupes historiquement touchés par la
discrimination
(Gaudet
(1997)).
Depuis le début du 20e
siècle, de plus en plus de spécialistes des théories sociales en
éducation appuient le principe selon lequel l'éducation doit
mener à la résolution des problèmes sociaux, culturels et
environnementaux. Elles et ils insistent sur les déterminants
sociaux et environnementaux qui influent sur l'éducation
(Bertrand
et Valois (1999)). Par exemple, pour en arriver à une
société plus égale où le pouvoir est partagé, et dont la finalité
est l'abolition de l'exploitation et le respect des droits de la
personne, le milieu éducatif a un rôle important à jouer. Puisque
l'école peut être un lieu par excellence de changement social,
elle doit s'intéresser, dans la construction mutuelle de la
personne et de la société, aux rapports entre les personnes,
entre les milieux extérieur et intérieur en lien avec l'école,
entre le collectif et l'individuel, entre les forces physiques et
les forces sociales.
C'est ce qui a amené des spécialistes,
dont Chaiklin et Labe (1993) et (1995), dans Bertrand et Valois
(1999), à développer des pédagogies qui misent notamment sur
l'aspect social de la construction des connaissances. Ainsi, une
certaine lassitude à l'endroit des méthodes traditionnelles a
amené de nombreuses personnes à se tourner vers l'enseignement
coopératif afin d'augmenter les effets sociaux de l'apprentissage
scolaire (Owens
(1997); Slavin (1987a) et (1987b), dans Bertrand et Valois
(1999). Entre 1960 et 1990, l'enseignement coopératif a connu
une importante évolution qui l'a progressivement rapproché des
pédagogies centrées sur la personne (Lobrot (1989), dans Bertrand
et Valois (1999). Cette forme d'intervention éducative accentue
les liens entre la personne et le milieu éducatif. Elle
reconnaît l'importance des caractéristiques personnelles de
l'apprenante et de l'apprenant de même que la nécessité de
transformer le milieu.
Pour comprendre le rôle de la société
et de la socialisation dans le processus de la construction des
connaissances, il est important de saisir l'influence de
l'origine sociale des élèves sur leur cheminement scolaire. Des
chercheuses et des chercheurs en sociologie ont contribué au
développement de la théorie de la reproduction sociale
(Boudon
(1973);
Bourdieu (1980);
Bourdieu et Passeron (1971)). Selon
les résultats de leurs recherches menées au cours des années 1960
et 1970, la structure du système scolaire ferait en sorte que les
élèves demeurent dans leur classe sociale d'origine. Ainsi, on a
constaté que les enfants issus de milieux socio-économiques
pauvres avaient des résultats scolaires plus faibles et des
aspirations moins élevées que les élèves de milieux
socio-économiques supérieurs. Les recherches ont aussi révélé
que les attentes, les attitudes et les comportements du personnel
scolaire variaient en fonction du statut socio-économique des
élèves. Parmi les personnes qui ont marqué ce courant de
recherche, on retrouve plusieurs auteurs français tels que Boudon
(ibid), Bourdieu et Passeron (ibid),
Molo-Bouvier
(1986) et
Establet
(1987), ainsi que des chercheurs nord américains comme
Coleman
(1988).
Depuis les années 1960, cette
perspective a suscité un grand nombre de recherches. Au début,
on examinait surtout les liens entre le cheminement scolaire de
l'élève et l'occupation du père, son niveau de scolarité et son
revenu. Toutefois, certains scientifiques, dont des chercheuses
féministes, se sont rapidement rendu compte que l'occupation et
le niveau de scolarité de la mère semblaient avoir autant sinon
plus d'influence que ceux du père, et que cette influence variait
aussi en fonction du sexe de l'élève. Des chercheuses féministes
ont de plus démontré que l'école participait au maintien des
filles dans des rôles féminins traditionnels, ce qui a donné lieu
au développement de la théorie de la reproduction sexuelle
(Bouchard
et St-Amand (1996);
Shakeshaft (1995);
Duru-Bellat
(1994);
Lasvergnas (1994)). Plus récemment,
des chercheuses et des chercheurs se sont intéressés aux liens
qui existent entre l'origine ethnique, culturelle ou linguistique
des élèves et leur cheminement scolaire
(Solar
(1998)).
Les recherches fondées sur la théorie
de la reproduction sociale continuent de fournir des
connaissances très pertinentes au sujet de l'influence de l'école
et de l'origine sociale sur la réussite scolaire et sur les
aspirations des élèves. Toutes ces connaissances montrent qu'il
importe de tenir compte des bagages expérientiels différents, des
besoins individuels et des préoccupations particulières de chaque
personne en situation d'apprentissage (Gaudet et Lapointe
(2001)). Au Canada, quatre groupes font l'objet de l'application
des lois et des politiques d'équité en matière d'emploi et
d'éducation : les femmes (majoritaires en nombre mais traitées
comme mineures et minoritaires), les minorités visibles, les
personnes handicapées et les autochtones. Dans la section
suivante, nous nous attardons sur certains moments de la relation
éducative au cours desquels il s'est avéré possible de
sensibiliser les intervenantes et les intervenants à la question
de l'équité.
L'équité en pédagogie consiste à tenir
compte des besoins et des préoccupations de tous y compris des
groupes qui sont en marge du système scolaire. Quand ce dernier
ignore les besoins de ces groupes, les conséquences peuvent être
coûteuses tant sur le plan économique que sur le plan humain.
C'est ce qu'ont démontré les recherches récentes en sociologie de
l'éducation qui ont ainsi contribué à l'émergence du concept
d'équité en éducation.
La reconnaissance du principe d'équité
en pédagogie signifie, entre autres, que les personnes
responsables de la conception ou de la gestion des systèmes
d'apprentissage, de la préparation des cours ou de la gestion des
activités éducatives doivent recourir à des outils qui leur
permettront d'analyser les problèmes éducatifs en tenant compte
des handicaps, du genre, de l'orientation sexuelle, de l'origine
ethnique, de la culture, de la langue, du mode de pensée et du
système de valeurs des apprenantes et des apprenants (Gaudet et
Lapointe (2001)), car, selon Grant (1989), ces éléments sont
susceptibles d'influencer de façon significative les modes
d'apprentissage et d'action.
Les principes d'équité en éducation
doivent contenir des dispositions sur la façon de faire pour
rendre les interactions entre les enseignantes et les enseignants
d'une part, et les apprenantes et les apprenants de l'autre, le
plus équitable possible (Harvey et Slatin (1975), dans Grant
(1989). Il s'agit de sélectionner les contenus d'apprentissage,
les stratégies, les méthodes et toute autre intervention
éducative de manière à tenir compte des besoins de l'ensemble des
personnes en formation et, notamment, des groupes en marge du
système. Autrement dit, dans une approche d'équité en éducation,
les spécialistes élaborent le processus de l'enseignement et de
l'apprentissage à partir des besoins et des préoccupations des
élèves les plus désavantagés du système.
Selon le document intitulé
Vers une pédagogie actualisante : Mission de la Faculté des
sciences de l'éducation et formation initiale à
l'enseignement,
La pédagogie actualisante est un processus interactif de
socialisation-autonomisation qui s'adapte aux caractéristiques
individuelles de chaque apprenante ou apprenant et qui vise à
actualiser le plein potentiel de chaque élève dans ses
dimensions intrapersonnelle, interpersonnelle et sociale. Cette
pédagogie comprend plusieurs volets interdépendants et
complémentaires qui, réunis, constituent une conception de vie
et une philosophie éducative.
(Université de
Moncton (juin 1997, p. 12))
Dans le contexte de la pédagogie
actualisante, le processus de l'enseignement et de
l'apprentissage met l'accent sur l'unicité de chaque apprenante
et apprenant. Cette pédagogie, qui se présente en huit volets,
reconnaît le droit fondamental de chaque élève à une éducation
adaptée à ses besoins et à ses aptitudes (voir
Figure 1).
Figure 1 - Représentation systémique des huit volets de la
pédagogie actualisante
L'un des principes sous-jacents à la
pédagogie actualisante est l'optimisation des apprentissages chez
tous les apprenants et apprenantes, qui deviennent le moteur ou
l'élément le plus important du système scolaire. Les
enseignantes et les enseignants qui partagent cette vision ont la
responsabilité d'appliquer le principe d'équité s'ils veulent
donner les mêmes chances d'épanouissement et de succès à toutes
les apprenantes et à tous les apprenants, car, comme nous l'avons
mentionné plus haut, l'équité en éducation consiste à tenir
compte des besoins et des préoccupations de tous y compris des
groupes en marge du système.
Dans le tableau synoptique qui suit
(Tableau 1), nous présentons les
caractéristiques de la pédagogie actualisante par rapport à ses
huit volets et le rôle de l'éducatrice et de l'éducateur dans une
pédagogie actualisante équitable.
Tableau 1 - Grille d'équité en éducation et en formation
basée
sur les huit volets de la pédagogie actualisante |
|
Concepts et caractéristiques de la pédagogie
actualisante |
Rôle de l'éducatrice et de l'éducateur
dans une pédagogie actualisante équitable |
|
1. Pédagogie de l'unicité |
-
Unicité : caractère de ce qui est unique, n'est pas
accompagné d'autres de son genre, exclusif.
-
Elle reconnaît le droit fondamental de chaque élève à
une éducation adaptée à ses besoins et à ses aptitudes.
|
-
S'efforcer de connaître les caractéristiques
particulières de chaque élève de la classe.
-
Recueillir l'information nécessaire pour vraiment
connaître chaque individu avec tout son bagage culturel et
social.
-
Utiliser une variété d'approches, de méthodes, de
techniques, d'activités éducatives afin de répondre aux
besoins diversifiés des élèves.
|
|
2. Pédagogie de l'accueil et de l'appartenance |
-
Elle reconnaît le besoin de créer un milieu accueillant
où il est possible pour un élève de développer un
sentiment de bien-être et d'appartenance.
-
Elle inspire la joie d'apprendre et le respect de la
diversité.
-
Elle exige que le ou la pédagogue stimule l'élève et
anime le groupe par son enthousiasme envers la vie, sa
passion d'apprendre et son acceptation inconditionnelle
des personnes.
|
-
Utiliser des approches pédagogiques qui font appel à la
coopération entre les élèves.
-
Refuser les propos et les attitudes racistes ou
sexistes.
-
S'assurer, lors des activités en équipes, que les
groupes sont mixtes et diversifiés en fonction des
caractéristiques des élèves.
-
Organiser des activités qui aident à connaître et à
apprécier la diversité.
|
|
3. Pédagogie de la conscientisation et de l'engagement |
-
Elle invite l'élève à découvrir ses aptitudes et ses
dispositions, à reconnaître le caractère unique de sa
personne et à développer ses qualités de leadership.
-
Elle amène l'élève à réaliser qu'elle ou il est façonné
par sa culture et par ses interactions avec les autres.
-
Elle sensibilise l'élève à son rôle social et l'invite à
participer à un projet de société qui vise la création
d'un monde de paix, de justice et de solidarité tout en
cultivant son identité personnelle et sa fierté
culturelle.
-
Elle amène l'élève à reconnaître la richesse des
diverses cultures du monde.
|
-
S'assurer de la mixité dans les activités qui font appel
au leadership.
-
Encourager l'apprentissage en maintenant un
environnement respectueux de la diversité culturelle.
-
Assurer un environnement sain et sécuritaire pour tous
les apprenants et apprenantes.
-
S'efforcer de promouvoir la fierté culturelle dans le
respect de la diversité.
|
|
4. Pédagogie de la participation et de l'autonomie |
-
Elle invite l'élève à prendre une part active à la
gestion de la classe ainsi qu'à la gestion de son
apprentissage et de celui du groupe.
-
Elle amène l'élève à s'approprier les objectifs de son
programme, à développer des moyens d'apprentissage et à
s'autoévaluer sur le plan des efforts, des connaissances
acquises et des habiletés développées, donc à être plus
autonome dans son apprentissage.
|
-
Organiser des conseils de coopération dans la classe.
-
Inviter chaque élève à prendre une part active aux
décisions qui le concernent et être attentif aux
caractéristiques des élèves liées à leur culture, à leur
genre et à leur classe sociale.
-
Trouver des moyens appropriés à l'âge de l'élève pour
qu'il ou elle devienne responsable et autonome.
|
|
5. Pédagogie de la maîtrise de l'apprentissage et du
dépassement de soi |
-
Elle vise à réaliser pleinement le potentiel
d'apprentissage de l'élève en ajoutant aux activités
d'enseignement de base les activités d'enseignement
correctif et d'enrichissement nécessaires à une véritable
maîtrise des apprentissages.
-
Elle focalise sur une évaluation différenciée, une
évaluation critériée et formative dans un processus
d'autoévaluation.
|
-
S'assurer que les contenus des activités
d'enrichissement respectent la diversité et qu'ils
comportent des exemples susceptibles de valoriser les
expériences de tous les élèves.
-
S'assurer de transmettre à l'élève la confiance dans son
potentiel et une image positive de ses capacités et de ses
aptitudes.
-
Veiller à ne pas être influencé par des stéréotypes
racistes, sexistes ou autres dans le choix d'outils
d'évaluation.
|
|
6. Pédagogie de la coopération |
-
Elle vise le développement des habiletés sociales
nécessaires au travail d'équipe et à la résolution de
problèmes en groupe.
-
Elle encourage la création d'une communauté
d'apprenantes et d'apprenants qui peut à la fois
entreprendre collectivement les défis de l'apprentissage
et favoriser la responsabilisation individuelle et
personnelle.
-
Elle permet aux jeunes de prendre part aux décisions qui
les concernent et d'assumer leurs responsabilités.
|
-
Valoriser les différents types de participation qui sont
nécessaires au travail d'équipe : le leadership, la
pacification, la clarification, la réalisation.
-
Planifier des activités où chacune ou chacun a
l'occasion d'assumer ses responsabilités et de participer
au travail collectif tout en respectant les autres.
-
S'assurer que lors des activités coopératives, les
groupes sont mixtes et diversifiés en fonction de la
culture, du genre, des aptitudes...
|
|
7. Pédagogie intégrative et réflexive |
-
Elle vise l'intégration des savoirs et
l'interdisciplinarité tout en gardant l'équilibre
nécessaire entre le savoir, le savoir-faire, le
savoir-être et le savoir-devenir pour favoriser le
développement optimal de la personne.
-
Elle est axée sur les activités expérientielles et
réflexives.
-
Elle amène l'apprenante et l'apprenant à développer le
sens critique et l'esprit de recherche qui favorisent la
connaissance de soi, l'ouverture aux autres et une
meilleure compréhension du monde.
-
Elle favorise les expériences concrètes et réelles qui
apportent sens et signification à l'apprentissage.
|
-
S'assurer que les activités comprennent des expériences
et des références significatives pour tous les élèves
selon leur genre, leur culture, leurs handicaps, ...
-
Fournir des occasions de discuter des situations
d'injustice et d'inégalité qui existent tant dans son
propre milieu qu'à l'étranger, d'établir des liens entre
ces situations et d'en tirer ainsi des apprentissages.
-
Examiner ses propres pratiques pédagogiques de manière
critique et se questionner sur son propre système de
valeurs.
|
|
8. Pédagogie de l'inclusion |
-
Elle reconnaît les différences individuelles en
intégrant l'élève en difficulté d'apprentissage ou
d'adaptation au sein de la classe ordinaire.
-
Elle favorise l'accès de tous les élèves aux ressources
et aux milieux d'apprentissage les plus favorables à leur
développement intégral.
|
|
Nous avons vu que pour être plus juste
et équitable, il importe de se mettre à la place des autres et
d'être empathique (Moller Okin (1989)). De plus, à partir de la
grille précédente, nous avons pu établir des liens entre d'une
part, les principes de chacun des huit volets de la pédagogie
actualisante et d'autre part, des actions et des activités
pédagogiques visant l'équité en éducation. Mais comment une
enseignante et un enseignant peuvent-ils cultiver l'empathie à
l'endroit des personnes défavorisées ? Quelle démarche permet de
se sensibiliser aux particularités de ces apprenantes et de ces
apprenants et quelles actions permettent de répondre à leurs
besoins ?
Dans cette dernière partie de
l'article, nous présentons un guide d'analyse réflexive basée sur
l'équité dans le contexte de la pédagogie actualisante. Ce guide
offre une démarche personnelle de questionnement et est conçu
pour le ou la pédagogue qui a le souci d'aiguiser son sens de la
justice et de l'équité dans le but de faire réaliser des
apprentissages au cours desquels les apprenantes et les
apprenants pourront réellement développer leur plein potentiel.
Il débute par un scénario représentatif d'une réalité éducative
puis il propose un questionnement réflexif sur les attitudes et
les comportements à adopter par rapport au processus
d'enseignement et d'apprentissage. Ce scénario peut être
remplacé par une situation réelle vécue lors d'un stage ou d'une
expérience en enseignement.
Guide d'analyse réflexive sur l'équité dans la pédagogie
actualisante (2)
-
Scénario
-
Je veux concevoir des activités d'apprentissage pour une des
matières que j'enseigne. Mon groupe d'élèves comprend une
trentaine d'enfants, garçons et filles, provenant de milieux
culturels et sociaux différents. Pour me préparer à
l'élaboration de ces activités, je me pose la question
suivante :
Suis-je suffisamment sensible aux questions d'équité en
éducation et en formation ? J'explique ma réponse dans mes
propres mots.
Pour aller plus en profondeur dans ma réflexion, je réponds
maintenant aux questions suivantes :
-
Questionnement général
-
-
Quelles sont les principales caractéristiques de mes élèves en
termes de groupe ethnique, de sexe et d'autres particularités
dont je dois tenir compte dans la préparation des activités ?
-
Quelles pourraient être les connaissances et les
expériences antérieures des membres de mon groupe selon le
sexe, le groupe ethnique et les autres particularités ?
-
Certains membres du groupe ont-ils des besoins
particuliers ? Quels pourraient être ces besoins ?
-
Questionnement particulier
-
-
Habituellement, est-ce que je pense à vérifier si la
disposition des chaises et des tables favorise un échange
équitable entre les apprenantes et les apprenants en fonction
de leurs caractéristiques personnelles ? J'explique ma
réponse.
-
Habituellement, est-ce que je m'assure de créer un
environnement psychologique sain et qui favorise des
interactions respectueuses ? J'explique ma réponse.
-
Gestion de classe
-
-
Habituellement, est-ce que j'accorde autant d'attention aux
interventions des filles qu'à celles des garçons ?
J'explique ma réponse.
-
Habituellement, est-ce que j'accorde autant d'attention aux
interventions des individus membres des minorités ethniques
qu'à celles des personnes venant des groupes dominants ?
J'explique ma réponse.
-
Habituellement, est-ce que je valorise autant les opinions
des filles que celles des garçons ? J'explique ma réponse.
-
Habituellement, est-ce que je refuse qu'une personne
interrompe les autres ? Est-ce que j'encourage la prise de
parole chez les filles autant que chez les garçons ?
J'explique ma réponse.
-
Habituellement, est-ce que je sais ce qu'il faut faire pour
faciliter l'intégration des filles dans des activités telles
que la technologie ou la mathématique ? J'explique ma
réponse.
-
Habituellement, suis-je sensible au fait que certaines
filles manquent de confiance dans des secteurs comme la
technologie, l'éducation physique et la mathématique ?
J'explique ma réponse.
-
Habituellement, suis-je sensible au fait que les filles
peuvent avoir des craintes face à l'utilisation d'équipements
et d'outils tels que les ordinateurs ? J'explique ma
réponse.
-
Habituellement, suis-je sensible au fait que les attitudes
et les comportements sexistes et racistes nuisent au
potentiel de succès de tous les apprenants et apprenantes ?
J'explique ma réponse.
-
Habituellement, suis-je sensible au fait que les attitudes
condescendantes et protectrices nuisent au potentiel de
succès de l'ensemble des apprenantes et des apprenants ?
J'explique ma réponse.
-
Habituellement, est-ce que je reconnais que le harcèlement
sexiste et sexuel empoisonne l'environnement d'apprentissage
et par conséquent, affecte la santé des apprenantes et des
apprenants ? J'explique ma réponse.
-
Habituellement, est-ce que je refuse les histoires
humoristiques à caractère sexiste ou raciste dans ma classe ?
J'explique ma réponse.
-
Habituellement, est-ce que j'interviens lorsque les
apprenantes ou les apprenants racontent des histoires
humoristiques à caractère sexiste ou raciste ? J'explique ma
réponse.
-
Didactique et pédagogie
-
-
Habituellement, est-ce que je m'assure que les activités
d'apprentissage contiennent des modèles non stéréotypés à
imiter ? J'explique ma réponse.
-
Habituellement, est-ce que je transmets équitablement
l'information à toutes et à tous ? J'explique ma réponse.
-
Habituellement, est-ce que je me soucie d'une participation
équitable des filles autant que des garçons dans les
activités éducatives ? J'explique ma réponse.
-
Habituellement, est-ce que je prends en compte les divers
styles d'apprentissage liés au sexe et à la culture ?
J'explique ma réponse.
-
Habituellement, est-ce que je prends en compte l'importance
du travail coopératif dans les équipes ? J'explique ma
réponse.
-
Habituellement, est-ce que je choisis des documents
pédagogiques exempts de stéréotypes sexistes et racistes ?
J'explique ma réponse.
-
Habituellement, est-ce que je me soucie de produire des
documents pédagogiques non-sexistes ? J'explique ma réponse.
-
Habituellement, est-ce que j'utilise des exemples et un
langage qui ne sont pas exclusivement masculins ? J'explique
ma réponse.
-
Habituellement, est-ce que je m'efforce d'encourager les
filles et les garçons dans des secteurs d'apprentissage ou
des cours traditionnellement réservés à l'autre sexe ?
J'explique ma réponse.
-
Habituellement, est-ce que j'assure un contact des yeux
avec les élèves des deux sexes ainsi qu'avec les membres de
cultures autres que la mienne ? J'explique ma réponse.
-
Habituellement, est-ce que je répartis équitablement le
temps d'interaction entre les participantes et les
participants ? J'explique ma réponse.
-
Questionnement bilan
-
À la suite de cette analyse réflexive, je me repose la
question suivante et, j'observe si mes réponses se sont
modifiées et si oui, de quelle manière.
Suis-je suffisamment sensible aux questions d'équité en
éducation et en formation ? J'explique ma réponse dans mes
propres mots.
Sinon, que dois-je faire pour aller chercher le soutien dont
j'ai besoin ?
La pédagogie actualisante vise le
développement du plein potentiel de chaque apprenante et de
chaque apprenant. Des facteurs sociaux et historiques ont créé
des inégalités entre les groupes, dont les personnes à besoins
spéciaux, les filles et les femmes, les minorités ethniques ou
linguistiques et les personnes de milieux socio-économiques
défavorisés. Ces inégalités constituent des barrières qui
bloquent ou ralentissent le développement des personnes. En
éducation, une approche où l'on applique systématiquement le
principe de l'équité permet de mettre en place un processus
pédagogique dont les fondements assurent une véritable pédagogie
actualisante pour toutes et tous.
L'école d'aujourd'hui est
antidémocratique lorsqu'elle nie le respect des différences
individuelles et collectives. Si l'école, déjà obligatoire pour
chaque enfant, impose aux individus ses contenus, ses objectifs
et ses modes d'évaluation uniformes sans tenir compte des
ressources, des limites, de l'origine, de la culture, des valeurs
et du rythme de développement propres à chacun et à chacune, elle
nie les droits à l'égalité de chaque enfant. En tant
qu'intervenants scolaires, nous nous rendons complices des
iniquités si nous refusons de nous engager dans une
transformation de l'institution scolaire et, surtout, dans
l'instauration d'une politique d'égalité sociale
(Caouette
(1992)).
La grille d'équité et le guide
d'analyse réflexive que nous proposons sont des outils qui
permettent d'amorcer une telle démarche de transformation. Ils
ont déjà été éprouvés lors de deux recherches (Gaudet et Lapointe
(2001); Gaudet (1997)) et les résultats ont permis de conclure
que lorsque des éléments d'équité sont insérés à toutes les
étapes de la planification du processus d'enseignement et
d'apprentissage, les professionnelles et professionnels de
l'enseignement sont susceptibles de tenir compte d'un plus grand
nombre de facteurs d'équité que celles et ceux qui travaillent
sans ces outils. Si le but de toute pédagogie est d'optimiser
les apprentissages et d'actualiser le plein potentiel de chaque
apprenante et de chaque apprenant, il est important de s'assurer
que les programmes d'apprentissage n'engendrent pas de situations
d'iniquités, plus particulièrement pour des groupes moins
privilégiés. Cet article vise avant tout à amorcer, chez les
enseignantes et les enseignants, un processus de sensibilisation
et de prise de conscience sur le sujet. Étant donné cet
objectif, des limites sont inévitables en ce qui a trait au
caractère exhaustif de l'information présentée et à la prise en
compte des situations multiples qui peuvent exister. Les
lecteurs et les lectrices sont donc invités à poursuivre plus à
fond leur réflexion sur l'équité en pédagogie.
-
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Princetown University Press.
-
(1)
- Nous faisons ici allusion aux pratiques courantes des
enseignantes et des enseignants, pratiques qui sont plus lentes
à se transformer étant donné l'influence encore marquée de
l'approche magistrale en enseignement, et non aux discours
théoriques et philosophiques en éducation, qui devancent souvent
les pratiques.
-
(2)
- Comme nous l'avons souligné plus haut, la situation des
filles et des femmes nous intéressant plus particulièrement,
l'application du guide d'analyse se penche plus précisément sur
leurs besoins en situation d'apprentissage.
© ACELF, Québec 2002.
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