| Journal de Véronique Laflamme - Alberta - 2006-2007 |
Qui suis-je?
Depuis que je suis toute jeune, je rêve d’aventure, de voyages et de découvertes. Je suis avide de nouvelles connaissances, d’expériences époustouflantes et je suis habitée de l’envie de pousser mes limites toujours plus loin. J’ai voulu exercer tous les métiers, d’ambassadrice à dentiste, mais tout au fond de moi je savais bien que ce qui m’allumait réellement, c’était de devenir maîtresse d’école.
Ainsi, après avoir bifurqué à droite et à gauche, j’ai choisi de me lancer dans le merveilleux monde de l’enseignement. Cette profession m’apportait tout ce dont j’avais besoin pour être heureuse dans mon travail : le dépassement, l’engagement et les enfants, qui sont source de découvertes et d’expériences vivifiantes et qui m’amènent à me surpasser chaque jour un peu plus. Leur soif d’apprendre me fournit le carburant nécessaire pour avancer malgré les intempéries… |
Néanmoins, avant de faire mon entrée dans le monde universitaire, je suis partie, sac au dos, à la découverte du monde. L’Europe, l’Australie et la Nouvelle-Zélande m’ont mise en contact avec d’autres mœurs, d’autres cultures et d’autres façons de voir la vie. J’ai énormément grandi. Ce long périple m’a donné la piqûre des voyages et m’a fait réaliser que je désirais participer à un stage à l’étranger.
C’est ainsi que moi, Véronique Laflamme, partirai pour l’Alberta sous peu. J’aurai la chance de vivre au sein de la communauté francophone, de m’adapter à son mode de vie, de partager sa culture, ses valeurs et sa vision de l’enseignement. Je vois en cette expérience une aventure extraordinaire qui me permettra de mettre de nouveaux outils dans mon baluchon d’enseignante et qui m’aidera à percevoir la profession sous un angle différent, sous un œil albertain.
Véronique Laflamme
Étudiante en éducation préscolaire
et en enseignement primaire
Université du Québec à Rimouski
| L’école Desrochers en direct de Jasper |
La communauté francophone de Jasper est composée en grande partie de Québécois qui sont venus passer quelques mois en vacances et qui ne sont jamais repartis ou qui ont décidé de venir s’établir dans les montagnes pour quelques années. Ayant comme langue maternelle le français, ces citoyens ont dû faire valoir leurs droits afin de pouvoir offrir une éducation francophone à leurs enfants. Ainsi, durant plusieurs années, les parents se sont constitué une SPEF (Société de parents d’enfants francophones), ils ont amassé le nombre d’inscriptions nécessaire et ils ont fait les démarches nécessaires afin que le gouvernement autorise le conseil scolaire à ouvrir une école francophone à Jasper. Ces derniers s’appuyaient sur l’article 23 de la Charte canadienne des droits et libertés qui décrète que chaque enfant a le droit d’être instruit dans sa langue maternelle. Finalement, après des années de réunions et de négociations, le Conseil scolaire Centre-Nord fut autorisé à ouvrir une école francophone à Jasper : l’école Desrochers.
![]() École Desrochers. |
L’école Desrochers doit son nom à monsieur Louis A. Desrochers, homme politique qui s’est impliqué énormément auprès de la communauté francophone de l’Alberta et du Canada. Situé en plein cœur du parc national de Jasper, cet établissement scolaire respire l’air pur des montagnes Rocheuses et jouit d’un paysage rocambolesque.
![]() Un troupeau de mouflons très peu gênés par la circulation ! |
Bien que cette ville comporte environ 5000 habitants, il reste que plus d’un demi-million de touristes y mettent les pieds chaque année.
Au tout début, l’école Desrochers ne comportait que deux salles de classe qui étaient situées dans l’école secondaire anglophone de Jasper et qui étaient partagées par trois niveaux. L’école accueillait alors 23 élèves de la maternelle à la sixième année. Néanmoins, deux années plus tard, alors que la clientèle francophone augmentait et qu’un manque d’espace devait un problème important, l’école Desrochers s’est vu attribuer deux nouvelles salles de classe dans une portative, puis a finalement déménagé dans les locaux municipaux de la région. Aujourd’hui, les 63 élèves de la maternelle à la onzième année possèdent leur propre école. Quoique petite, cette dernière comporte quatre salles de classe, une bibliothèque et un laboratoire informatique.
![]() Le laboratoire informatique et la bibliothèque de l’école. |
L’école secondaire et le local de musique se trouvent dans la portative juste en face de l’école primaire. Enfin, les élèves partagent le gymnase de l’école secondaire anglophone pour les cours d’éducation physique.
| Le personnel enseignant : un projet d’école qui tient la route |
Dès mon arrivée, la direction et les autres enseignants de l’école n’ont pas tardé à m’intégrer et à me faire connaître le fonctionnement de l’école. J’ai vite pu m’apercevoir que le projet d’école visait à promouvoir la langue française autant auprès des élèves que de leur famille. L’équipe-école tend à organiser des camps de francisation durant l’été de manière à ce que les enfants puissent s’exprimer en français durant l’année entière. De plus, une grande place est octroyée à l’éducation physique dans l’horaire. En effet, les élèves de l’école bougent au moins 30 minutes par jour. Ils sont beaucoup sensibilisés au fait qu’exercice est synonyme de santé !
![]() Les élèves ont participé avec cœur à la journée Adrien Bouchard. |
Finalement, un discours environnementaliste est très présent sur les lèvres du personnel de l’école. Le fait de vivre dans un parc national rend la précocité de la nature et de la vie animale très tangible aux élèves et permet d’authentifier l’importance de prendre soin de notre planète.
| La classe de madame Suzanne |
Je fais mon stage dans la classe de 4e et 5e année de madame Suzanne Villeneuve. Cette dernière a enseigné en Louisiane à ses débuts et est venue à Jasper pour l’ouverture de l’école francophone. Elle a donc beaucoup d’expérience en matière d’enseignement en communauté francophone et jouit d’une certaine notoriété auprès des parents des élèves de l’école. Madame Suzanne valorise énormément le dépassement de soi et tend à amener les élèves à aller toujours plus loin. Dans son enseignement, elle les pousse à se questionner, à chercher, à analyser et à discuter de leurs découvertes. Bref, je suis très heureuse d’avoir la chance de bénéficier de l’expérience d’une telle enseignante et je suis convaincue qu’elle m’aidera énormément à cheminer professionnellement.
![]() La vente de biscuits organisée par la classe de madame Suzanne en vue de financer leur voyage à Edmonton a été un vrai succès ! |
| Les élèves : des perles rares ! |
La classe est composée de seulement dix élèves dont sept sont en 4e année et trois en 5e année. Ce qui m’a le plus marquée de ces enfants au début de mon stage, c’est leur autonomie et leur motivation à apprendre. Il faut avouer que, comme madame Suzanne leur enseigne pour une troisième année, ils ont intériorisé la routine de la classe et ils en connaissent le fonctionnement du bout des doigts ! Les enfants sont très curieux et avides de nouvelles connaissances, ce qui octroie la possibilité de leur proposer des projets d’envergure où le socio-constructivisme et l’enseignement par les pairs sont de mise.
![]() Les élèves présentent fièrement leur maquette représentant les six régions de l’Alberta. |
Comme les élèves de cette classe ont commencé à fréquenter cette école dès la maternelle, ils sont en mesure de s’exprimer très bien en français. Néanmoins, comme cette langue constitue leur seconde langue, il est primordial de les sensibiliser à l’importance de s’exprimer en français le plus possible à l’école comme dans leurs activités extérieures.
| Mes apprentissages |
Enseigner en milieu minoritaire francophone m’a aidée à mieux comprendre la réalité des Franco-Albertains. En effet, j’ai réalisé que sans les efforts de la communauté, sans le vouloir des parents d’offrir l’opportunité d’apprendre une deuxième langue à leurs enfants et sans le travail acharné de la direction et des enseignants, cette école n’aurait pas pu prendre vie. J’ai aussi compris qu’une langue dûment apprise peut s’oublier rapidement. C’est pourquoi en tant qu’enseignants, nous devons rattacher cette langue à une histoire, à un symbole, à une culture si nous voulons que les élèves aient de goût de se l’approprier, de l’utiliser au quotidien et de la transmettre eux-mêmes à leur progéniture.
De plus, cette expérience hors Québec m’a permis d’acquérir de nouvelles habiletés en tant qu’enseignante. En effet, j’ai appris à aimer ma langue maternelle davantage et à vouloir partager cet amour, cette identité avec les élèves. J’ai aussi réalisé qu’il est primordial de ne rien prendre pour acquis et de toujours vérifier si l’on est dans le droit chemin ou non. Durant ce stage, j’ai compris qu’une bonne enseignante devait toujours se remettre en question et qu’elle devait toujours placer les élèves au premier plan. En effet, le pire ennemi de tout enseignant est le désintéressement. Il n’en revient donc qu’à nous de rendre les apprentissages des enfants signifiants et authentiques en partant de ce qu’ils aiment, de ce qu’ils sont.
© ACELF, Québec 2007.
Date de la dernière mise à jour :
le
22.10.2009
Accueil | Acelf en bref | Construction identitaire | Concertation | Salle de presse
Revue Éducation et francophonie | Banque d'activités pédagogiques
Devenez membre | Liens | Plan du site | Contactez-nous