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Revue Éducation et francophonie

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Journal de Mylène Fradette - Colombie-Britannique - 2006-2007

Mylène Fradette

Me voici, me voilà! Je m’appelle Mylène Fradette et j’ai 22 ans. Je suis originaire de Pintendre, un petit village qui est aujourd’hui considéré comme un arrondissement de la nouvelle ville de Lévis.

De nature curieuse, j’ai cherché très tôt à franchir les barrières de mon petit patelin. Des scouts à la chocolaterie, du piano à la capoeira, du yoga au baladi, je suis partagée entre ici et là-bas, entre hier et demain. Je vis pleinement chaque moment de ma vie et j’exploite au maximum les opportunités qui s’offrent à moi et qui me permettent d’assouvir mon désir de voir toujours plus haut, toujours plus loin!

 

Très attachée à ma culture et surtout à ma langue, je ne peux cependant pas me départir des fabuleux souvenirs qui ont fait de mon périple à travers le Canada, en 2002, la plus belle expérience de ma vie. D’est en ouest, j’ai côtoyé des gens formidables et contemplé une faune et une flore aussi diversifiées qu’époustouflantes.


Cinq ans plus tard, avec les mêmes yeux d’enfant, je replonge dans l’aventure avec un tout autre objectif : partager ma passion pour l’éducation afin de semer, dans mon esprit et dans celui des enfants, des graines d’imagination d’où jailliront de grandes idées!

 

Dès mon retour, j’amorcerai ma quatrième et dernière année au baccalauréat en adaptation scolaire et sociale. Par la suite, je compte bien m’établir dans un mignon petit village en bordure du fleuve où je souhaite fonder ma famille et pratiquer enfin le métier que j’ai choisi, le plus beau à ce qu’on dit! Que l’enseignante que je serai alors reflète toute la richesse de ce stage en Colombie-Britannique!

Mylène Fradette

Étudiante en adaptation scolaire et sociale

Université du Québec à Rimouski

Portrait du milieu d'accueil


Lorsque qu'on pense à la Colombie-Britannique, on s'imagine la prestance de Vancouver et le charme de Victoria, les glaciers et les sommets enneigés, les rivières limpides et les forêts de cèdres géants, la Sunshine Coast et l'Océan Pacifique à perte de vue. Quand j'ai appris que mon stage se déroulerait à Comox, une ville plutôt méconnue au sein du pays, je n'ai pas pu m'empêcher de craindre le pire. Cependant, je n’aurais jamais pu m’imaginer qu’il s’agirait sans doute de la plus belle découverte de ma vie! Comme le hasard fait si bien les choses, j’ai aussi eu la chance de réaliser mon stage dans un milieu scolaire qui a su largement dépasser mes attentes et qui a fait naître en moi de plus grandes aspirations en regard de ma future carrière.

La communauté de Comox


Territoire et climat

Située aux portes d'une magnifique vallée s'étendant de la ville de Courtenay au plus grand glacier de l'île de Vancouver, la municipalité côtière de Comox se trouve dans la péninsule qui consiste en une porte d’entrée vers les eaux du Pacifique. Les frontières au nord et au sud sont bordées par plusieurs kilomètres de plages sablonneuses ou de galets. À l'ouest, on aperçoit des très hautes montagnes parsemées de glaciers, dont les plus imposants sont le Glacier de Comox, le Forbidden Plateau et le Mont Washington. Le nom de la ville est un dérivé de la langue des Kwakwalas, un peuple autochtone qui occupait le territoire de Komuckway. Cette appellation signifiait «la région de l'abondance» en référence à l'énorme quantité de produits maraîchers et de gibiers que l'on retrouve dans la vallée de Comox. Aujourd'hui, la région porte encore bien son nom à cause du climat tempéré dont jouissent les habitants, qui peuvent pratiquer une foule d'activités durant toute l'année, ainsi que les agriculteurs, qui produisent une grande diversité de fruits et de légumes.

Le magnifique port de Comox.

Le magnifique port de Comox.


La population

Contrairement à ce qu'on pourrait croire, Comox n'a rien perdu de son charme en tant que village côtier depuis la construction de la base de l'armée de l’air canadienne en 1942. Celle-ci soutient la plupart des événements de la région ainsi que différents organismes communautaires. La ville de Comox compte présentement 13 000 habitants. On dit de ces derniers qu’ils sont très accueillants et chaleureux, qualités qui se traduisent par l'architecture des édifices et le cachet des nombreux pubs et marchés côtiers. On constate même qu'une importante proportion des résidents de Comox est composée d’anciens visiteurs qui sont tombés littéralement sous le charme de l'endroit. Leur grande appréciation de l'art sous toutes ses formes se reflète par les nombreuses galeries et les festivals culturels qui s’y déroulent chaque mois.

La communauté de Comox est en constante évolution depuis quelques années et elle ne cesse de se développer et de se diversifier sur les plans démographique et économique. Depuis le début des années 1990, la qualité de vie à Comox est excellente. En fait, la plupart des résidents sont soit des personnes retraitées qui sont très à l’aise financièrement, soit des travailleurs qui oeuvrent dans des domaines bien rémunérés. Courtenay, la ville adjacente, est beaucoup plus industrialisée. La population y est plus jeune et le niveau de vie correspond davantage à celui de la classe moyenne.

Les activités

Difficile de s'ennuyer dans la vallée de Comox! En effet, la richesse du paysage offre aux amants de la nature une foule d'activités grâce à la présence de montagnes, de parcs provinciaux, de cours d'eau, de lacs et de l'Océan Pacifique. Parmi les distractions quotidiennes les plus accessibles, on compte la randonnée pédestre, le ski, la bicyclette, le golf, le patin à roues alignées, les ballades en bateau, le canot et le kayak. Le paysage, la faune et la flore offrent un tableau exceptionnel pour les peintres et les photographes qui désirent s’adonner pleinement à leur art.

Mon décor quotidien : le Glacier de Comox qui surplombe la vallée.

Mon décor quotidien : le Glacier de Comox qui surplombe la vallée.

L’école primaire Au cœur de l’île


La localisation de l'école

L'école Au cœur de l'île est située sur l'avenue Robb, en plein cœur de la ville de Comox. Elle s’est implantée dans le même bâtiment que Robb Road School, une école d’immersion française qui existe depuis plusieurs années. Par manque d’espace, deux groupes ont dû être relocalisés dans des classes mobiles sur la cour de l’école.

Le bâtiment dans lequel se trouve l’école Au cœur de l'île.

Le bâtiment dans lequel se trouve l’école Au cœur de l'île.


Le code de vie

Puisque l'école mise sur l'acquisition de comportements et d'attitudes permettant aux élèves qui la fréquentent de devenir de bons citoyens, les règlements qui y sont appliqués reposent sur le respect de soi-même, d'autrui et du matériel. De ce fait, on favorise le développement de leur sens des responsabilités. Le code de vie est un système positif, c'est-à-dire qu'il énumère les droits, les privilèges et les responsabilités de l'enfant au lieu de lui signaler les interdictions. Les attentes envers les élèves font aussi référence au respect de la langue française. Cette dernière doit être employée en tout temps durant les heures de classe.

La répartition des élèves

L'école compte six classes regroupant 116 élèves de la maternelle à la sixième année. Trois d’entre elles sont de type multiniveau : deuxième et troisième année, troisième et quatrième année ainsi que quatrième et cinquième année.

Les services offerts aux élèves

Puisqu'il s'agit d'une école francophone en milieu anglophone, les services de soutien en orthopédagogie, en francisation et en counselling sont essentiels. À chaque récréation, les enfants et les membres du personnel peuvent aussi se procurer des collations nutritives à faible coût au petit kiosque temporaire dirigé par mon enseignante associée. Les profits permettent aux élèves de l’école de disposer de nouveau matériel favorisant la santé et la protection de l’environnement.

Aucun local n’est réservé au dîner, ce qui implique que les élèves mangent dans la classe, à leur propre pupitre, et un surveillant gère les activités de quatre groupes à la fois.

L'horaire de l'école et de la classe

Du lundi au vendredi, les cours débutent à 8h45 et se terminent à 14h38. Les élèves ont une récréation de 15 minutes par jour, de 10h15 à 10h30, et disposent de 40 minutes pour dîner et s’amuser, de 12h à 12h45. En avant-midi, la récréation est précédée et suivie de deux périodes de 45 minutes. L’après-midi est cependant divisé en deux blocs d’une heure.

Mises à part les deux périodes de musique, l’unique période de bibliothèque, ainsi que les deux périodes d’anglais qui sont fixes, l’horaire de classe hebdomadaire demeure très flexible. Il se doit d’être ainsi, vu le nombre important d’activités qui ont lieu dans l’école en cours d’année. Tout ce qui compte, c’est que les élèves puissent bénéficier d’une période d’éducation physique par jour et qu’ils atteignent les objectifs ciblés par leur niveau scolaire.

Activité de ramassage de déchets dans le cadre d’une sensibilisation à la protection de l’environnement.

Activité de ramassage de déchets dans le cadre d’une sensibilisation
à la protection de l’environnement.


Les élèves


Le groupe compte 24 élèves, soit neuf filles et quinze garçons. Dix élèves sont en troisième année et les autres sont en quatrième année. Une seule élève présente un trouble d’apprentissage et un autre a commencé l’année scolaire 2006-2007 sans aucune connaissance du français. La première bénéficie d’un suivi en orthopédagogie et le second, d’un soutien en francisation. Le niveau de maîtrise de la langue écrite et orale varie beaucoup d’un élève à l’autre. Pour certains, quelques aspects du métalangage ne sont pas encore acquis et les accords en genre demeurent très difficiles pour la majorité d’entre eux. Cependant, ils progressent très rapidement. Enfin, trois des enfants suivent aussi des cours d’anglais langue seconde (ALS).

L’enseignante, madame Julie Blouin, et ses élèves de 3e et de 4e année.

L’enseignante, madame Julie Blouin, et ses élèves de 3e et de 4e année.


Chaque vendredi, je prends en charge le service d’orthopédagogie. Je rencontre en moyenne cinq élèves par semaine et il s’agit toujours des mêmes, ce qui me permet de les connaître davantage et d’intervenir plus adéquatement auprès d’eux. Trois de ces enfants sont dans la classe de deuxième-troisième année, un autre est en classe de cinquième-sixième année et la dernière est celle de ma classe que j’ai brièvement décrite précédemment. Je dispose d’un local adapté aux rencontres individuelles et de matériel didactique me permettant de procéder à des séances de rééducation. Je suis alors tenue de faire un rapport écrit de chacune des rencontres.

L'enseignante et sa gestion de classe


Comme il s’agit d’un groupe multiniveau, la gestion de classe est relativement difficile. Par ailleurs, seuls les élèves de quatrième année disposent d’un ordinateur portable que l’enseignante a l’obligation d’exploiter à travers différents projets. Lorsqu’elle procède à des leçons magistrales, elle ne divise généralement pas le contenu des deux niveaux. C’est plutôt lors des évaluations qu’elle adapte ses critères et ses attentes.

L’enseignement se fait davantage par des leçons magistrales appuyées par du matériel concret. Les élèves sont ensuite amenés à appliquer les nouveaux savoirs dans des cahiers d’exercices ou lors d’activités de manipulation.

Sur le plan comportemental, l’enseignante ne tolère aucun geste dérangeant ou manque de respect. Toutes les occasions sont exploitées pour gérer le règlement de conflits et pour pratiquer les habiletés sociales. En guise de renforçateurs positifs, Julie utilise des billets de récompenses qui sont remis à différents moments dans la journée, surtout lors des routines de transition. Les élèves doivent accumuler ces billets pour les échanger contre différents privilèges. Lorsqu’ils ne suivent pas les consignes, ils doivent redonner un ou plusieurs billets à l’enseignante. Lorsqu’ils n’en ont plus, ils se voient attribuer automatiquement un «orange» dans leur agenda. Ce technique d’évaluation quotidienne réfère à un code de trois couleurs qui permet au parent de savoir si la journée s’est bien déroulée ou non. Ces méthodes fonctionnent très bien avec la plupart des élèves, ce qui limite au maximum le nombre d’interventions verbales.

Conclusion


N'est-ce pas un endroit qui, au premier abord, semble fascinant? Et moi qui craignais m'ennuyer à Comox! Non seulement le décor est époustouflant, mais mon milieu de stage est tout simplement parfait! Contrairement à ce qu’on pourrait s’imaginer, enseigner en milieu minoritaire francophone comporte plusieurs avantages. Compte tenu du nombre restreint d’enseignants, j’ai constaté que la majorité d’entre eux entretenaient de très bonnes relations, ce qui facilite les prises de décisions et la gestion des activités au sein de l’école.

Par ailleurs, la valorisation de la langue française est toujours présente, ce qui a fait naître un sentiment d’appartenance palpable chez les élèves et les enseignants. Tous sont fiers de leur langue et les enfants reconnaissent eux-mêmes l’importance de communiquer adéquatement à l’oral et à l’écrit. La fragilité du français permet aussi d’exploiter davantage de situations d’apprentissage en contexte réel. Par surcroît, l’identité culturelle, qui est renforcée grâce aux nombreuses activités scolaires et parascolaires, facilite la relation de collaboration avec les parents qui démontrent généralement un grand intérêt à s’impliquer et à participer au cheminement de leur enfant dans l’acquisition de sa langue.

Le salon du livre : une activité pour promouvoir la langue française.

Le salon du livre : une activité pour promouvoir la langue française.


Je suis persuadée que ce stage représente la meilleure source d’apprentissage de toute ma formation. En effet, la majeure partie de mes compétences ont été développées ici même, dans ce magnifique coin de pays. Parmi ces apprentissages, j’ai retenu ceux qui, à mes yeux, seront les plus influents au cours de ma future carrière.

D’abord, la complicité que j’ai établie avec mon enseignante associée et avec la directrice m’a permis de constater à quel point il est beaucoup plus plaisant et motivant d’entretenir de bonnes relations, de se sentir appréciée et respectée et de joindre sa propre expérience et ses compétences à celles des autres membres du personnel. Qui plus est, j’ai eu la chance de gérer par moi-même, et à plusieurs reprises, une classe régulière ainsi que le service d’orthopédagogie. Il s’agit de deux milieux que je n’avais jamais eu la chance d’explorer auparavant dans mes stages en adaptation scolaire.

J’ai été ravie de connaître enfin une école qui ne misait pas seulement sur la réussite académique de ses élèves, mais aussi sur l’épanouissement complet de ces derniers. En effet, la gestion de classe vise à exploiter et à développer les talents de chacun dans différents domaines et à les sensibiliser à la santé et à la protection de l’environnement. Ce type d’approche correspond exactement à mes propres valeurs et représente, selon moi, le plus beau cadeau que l’on puisse faire à un enfant pour les années futures!

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