B@P - Banque d'activités pédagogiques
Revue Éducation et francophonie

STAGES EN ENSEIGNEMENT DANS
LES COMMUNAUTÉS FRANCOPHONES

Sarah Desjardins - Yukon - 2007-2008

Sarah Desjardins

Bonjour,
Je m’appelle Sarah, j’aurai bientôt 27 ans et j’étudie en enseignement primaire. J’ai auparavant étudié 8 ans en musique. J’enseigne le violon pour payer mes études et je joue beaucoup de musique traditionnelle, histoire de préserver nos racines.

Militante naturelle, tant sociale qu’environnementale, c’est pour cette raison que j’ai décidé de devenir enseignante. Je crois que si nous voulons améliorer le monde dans lequel nous vivons, il faut dès l’enfance développer chez les gens une conscience aussi large que possible.


J’ai choisi de faire ce stage au Yukon d’abord pour satisfaire ma soif intarissable de découverte, mais je crois aussi qu’un stage dans une communauté éloignée de chez moi me permettra de m’enrichir d’un bagage particulier.

Aussi, j’ai beaucoup voyagé à travers le monde et partout on m’a questionnée sur le Canada. Ne pouvant parler du Nord, je crois que c’est ma responsabilité de connaître d’abord les quatre coins de mon pays avant de parcourir le monde davantage.

On m’a beaucoup parlé de l’école Émilie-Tremblay, là où je ferai mon stage, et le dynamisme de ce milieu me motive beaucoup! L’expérience professionnelle que j’y prendrai me servira toute ma vie!

Enfin, je pense qu’un stage de huit semaines me permettra d’entrevoir si je peux m’adapter à l’éloignement pour mon futur emploi, car je suis consciente du grand besoin en personnel qu’ont les écoles du Nord et je me sens concernée.

C’est donc avec beaucoup d’intensité que j’attends ce stage au Yukon, et je sais que ce sera une expérience haute en émotions!

Sarah Desjardins

Étudiante au baccalauréat en éducation au préscolaire et en enseignement primaire

Université du Québec à Rimouski

 

L’école Émilie-Tremblay

 

L’école Émilie-Tremblay est située à Whitehorse au Yukon. C’est la seule école francophone de tout le territoire, les autres écoles étant anglophones ou d’immersion française. C’est aussi la seule école de la Commission scolaire francophone du Yukon. Elle regroupe tous les niveaux scolaires, du préscolaire à la fin du secondaire. Afin de favoriser la francisation des enfants provenant de foyers exogames et aussi à cause de l’aspect minoritaire de la communauté franco-yukonnaise, un service de maternelle pour les enfants de quatre ans, le Jardin d’Émilie, est offert. De plus, une garderie francophone est présente sur le même terrain que l’école, faisant ainsi de l’endroit un lieu d’éducation en français des plus riches et complets. L’école Émilie-Tremblay offre en plus l’avantage d’un faible ratio élèves-enseignant, ce qui rend l’enseignement très individualisé et personnel.

Étant une école en milieu minoritaire, l’école Émilie-Tremblay bénéficie de subventions lui permettant de se procurer des outils informatiques et audiovisuels modernes et de qualité. Les locaux sont récents, bien équipés et adaptés aux besoins de la clientèle : les classes de maternelle et de première année ont des salles d’eau au niveau des enfants, le local d’art est disposé pour favoriser le travail par projet, etc.

L’école Émilie-Tremblay
L’école Émilie-Tremblay

 

L’école Émilie-Tremblay s’est donnée pour mission d’«Offrir une éducation globale et de qualité, en français langue première, aux élèves du préscolaire à la douzième année» (1). Cette mission vise des valeurs de respect, de responsabilité, d’engagement, de fierté et de rigueur. L’objectif est la promotion de l’affirmation culturelle francophone, mais également la participation communautaire, qui est une valeur importante pour tous les membres du personnel.

En plus des nombreuses activités parascolaires offertes à l’école Émilie-Tremblay (théâtre, danse, sports), les étudiants du secondaire ont la chance de participer à des échanges et à des voyages scolaires. Toute la clientèle a la possibilité, à plusieurs reprises chaque année, d’assister à des spectacles variés. On organise également des activités sportives entre les écoles de la région. Certains cours offrent des options comme le plein air, l’espagnol, les sports et le journalisme. Enfin, la qualité de l’enseignement dans les deux langues officielles est excellente. Les enseignants maîtrisent le français en tant que langue maternelle et l’anglais langue première est enseigné à compter de la troisième année du primaire. Le programme d’études en vigueur est le même que celui des écoles de la Colombie-Britannique, ce qui oriente les enseignants.

Le niveau d’enseignement secondaire de l’école Émilie-Tremblay, c’est-à-dire de la septième à la douzième année, est une entité distincte de l’école primaire et se nomme l’Académie Parhélie. On y pratique une pédagogie par projets orientée vers le développement d’aptitudes et de compétences qui correspondent au monde contemporain en aidant les étudiants à faire des liens entre leurs apprentissages. La volonté d’action, l’apprentissage expérientiel de même que l’acquisition de méthodologies de travail efficaces croissent chez les étudiants dans la poursuite de cinq orientations : l’apprentissage et l’autonomie, les saines habitudes de vie, le développement durable, le volet communautaire et la créativité. Pour y parvenir, les niveaux scolaires sont jumelés en trois cycles de deux ans. Les arts sont au centre de projets d’intégration des matières et le faible effectif étudiant permet de personnaliser le travail des enseignants qui gèrent leur classe de façon ouverte.

Les élèves ont la possibilité de faire des voyages collectifs tout au long de leur secondaire et peuvent choisir entre un voyage collectif ou un voyage individuel en 10e ou 11e année. De plus, chacun se doit de faire un certain nombre d’heures de bénévolat pour se sensibiliser à l’importance de la vie communautaire. D’autres activités et formations variées sont offertes et la vie étudiante est bien développée grâce aux enseignants qui ne comptent pas leurs heures de travail. Enfin, chaque étudiant de 12e année doit développer un projet personnel qui constitue le couronnement de son secondaire. Ce projet peut être relié au champ d’intérêt de son choix et prendre la forme qu’il lui donnera.

Ma classe et mon enseignante associée

 

La première année

La population du Yukon étant de 30 989 (2), les francophones sont peu nombreux. Ainsi en est-il des classes de l’école. Exception faite de la maternelle qui compte deux classes cette année (2007-2008), tous les autres niveaux ne comptent qu’une classe et plusieurs niveaux sont multiples. Pour ma part, j’ai fait mon stage dans l’unique classe de première année qui compte 15 élèves cette année.

La première chose qui a attiré mon attention lorsque je suis entrée dans ma classe le 21 avril 2008, c’est l’organisation physique des lieux. Toutes les classes de première année que j’ai visitées avant de venir au Yukon étaient remplies de pupitres individuels pour les élèves, parfois organisés en îlots, d’autres fois en rangs d’oignons. Généralement, les locaux étaient petits et des étagères et armoires à classement couraient les murs. À Émilie-Tremblay, c’est très différent! La classe de 1re année est très grande, elle compte quatre grandes tables rondes à la hauteur des enfants de six et sept ans et chaque coin de la classe est aménagé différemment des autres. Par exemple un coin lecture, comprenant de gros coussins, un divan, une table basse, une bibliothèque, un aquarium, est situé près d’une fenêtre. Les enfants le fréquentent chaque jour et chacun a son tour pour le tenir en ordre.

 

Coin de lecture de la classe de 1re année.
Coin de lecture de la classe de 1re année.

 

Le coin du français est situé devant un tableau blanc où se déroule la routine du matin. On y trouve un grand calendrier et du matériel de manipulation. Il est encadré par deux grosses étagères où les enfants rangent leur matériel. C’est également là qu’ils se dirigent pour s’amuser après le dîner, au son de la musique qui les fait danser!

 

Les enfants s’amusent après le repas
Les enfants s’amusent après le repas.


À droite se trouve le coin de l’informatique, surtout fréquenté lors des jeux libres. Le coin des mathématiques se situe au centre de la classe. Il y a également le tableau vert qui sert pour certaines leçons. La chose la plus spéciale de la classe est cependant une petite tente où un enfant peut se réfugier lorsqu’il sent qu’il a besoin de se calmer et ainsi prévenir une éventuelle crise.

Une tente pour se calmer.
Une tente pour se calmer.

 

Dans la classe, chaque enfant a sa propre place, mais le matériel (crayons, gommes à effacer, ciseaux, colle) est géré par l’enseignante. Au centre de chaque table se trouve un panier qui contient tout ce dont les enfants peuvent avoir besoin à leur table. Une autre partie du matériel, située dans les étagères, permet de faire bouger les enfants régulièrement, car à cet âge, la période de concentration n’est pas suffisamment longue pour demeurer assis de longues minutes.

Ce que j’apprécie beaucoup de l’organisation de cette classe, c’est qu’elle constitue une belle continuité entre la maternelle et le primaire. En effet, les enfants ont la chance de bouger beaucoup en se déplaçant d’un coin à l’autre, ce qui répond au besoin de leur niveau de développement et ne provoque pas de coupure radicale à la sortie du préscolaire. C’est aussi une bonne manière de s’adapter progressivement à l’enseignement plus magistral du primaire. Finalement, le fait d’avoir un coin différent pour chaque matière permet aux enfants de structurer leur pensée et d’instaurer une routine des plus sécurisante. Ils savent à quoi s’attendre et développent aussi beaucoup d’autonomie. C’est un modèle très riche pour la stagiaire en apprentissage que je suis!

La classe de 1re année de Mme Martel.
La classe de 1re année de Mme Martel.

Les enfants de ma classe constituent un groupe relativement homogène d’élèves forts. Ils sont très intéressés par plusieurs sujets et il est possible d’avoir beaucoup de plaisir avec eux. La majorité des enfants sont francophones, ce qui facilite la lecture et la résolution de problèmes en mathématiques. Point de vue comportemental, il est évident que des enfants de cet âge requièrent beaucoup de constance dans la discipline que maintient l’enseignant. Ils vérifient souvent les limites qui leur sont permises, ce qui est normal, car ils cherchent à se sécuriser en vérifiant ce qui est permis et ce qui ne l’est pas. Pour une stagiaire, c’est une bonne manière de prendre de l’expérience en gestion des comportements!

Une dernière chose que l’environnementaliste que je suis souhaite mentionner, c’est le fait que la classe soit dotée d’un recyclage pour le carton, pour le papier et pour le plastique de même que d’un compost! Je trouve génial que dès cet âge on donne de bonnes habitudes de ce genre aux enfants!

Le compost de la classe
Le compost de la classe.

 

Mme Nathalie Martel

Mon enseignante associée, Mme Nathalie Martel, est un modèle pour moi. Ayant étudié en éducation physique, en prime enfance et détenant une maîtrise en didactique des mathématiques, Mme Martel, comme l’appellent ses élèves, est une spécialiste des jeunes enfants. Elle en est actuellement à sa septième année à l’école Émilie-Tremblay. Elle a bâti le programme du Jardin d’Émilie (le préscolaire 4 ans), y a enseigné trois ans, puis un an en maternelle. Elle termine actuellement sa quatrième année d’enseignement en 1re année. Très créatrice dans sa pédagogie et très rigoureuse dans son travail, elle ne compte jamais ses heures, n’a pas peur de rester jusqu’à 21h à l’école et de mettre du temps la fin de semaine dans sa planification.

Avec Mme Martel, j’apprends beaucoup. Elle me met constamment au défi tout en me transmettant sa passion pour l’éducation des enfants de moins de sept ans. C’est un avantage indéniable pour moi, car j’ai beaucoup de facilité à travailler avec les enfants de neuf à onze ans, mais j’ai beaucoup à apprendre en ce qui concerne les plus jeunes.

 

Les enfants de la classe de Mme Martel avec leur enseignante.
Les enfants de la classe de Mme Martel avec leur enseignante..

 

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1. 13 mai 2008, http://eet.csfy.ca/fr/MissionVision_29.html

2. Wikipedia, the free encyclopedia. [En ligne], page consultée le 14 mai 2008, adresse URL : http://en.wikipedia.org/wiki/Demographics_of_Yukon

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