
Faites une incursion dans la vie scolaire et culturelle de l’école Monseigneur-de-Laval, à Regina, Saskatchewan! Lisez ce compte-rendu de Maude Martineau sur son expérience en tant que stagiaire dans ce milieu dynamique.
Le stage de Maude sur le blogue
Stages en enseignement de l’ACELF
Mon expérience tire déjà à sa fin! Je suis stagiaire au pavillon secondaire de l’école Monseigneur-de-Laval, à Regina, en Saskatchewan, depuis quatre semaines et mon départ arrive bien trop vite. J’appréhende le moment où je devrai dire au revoir aux élèves et à toute l’équipe de l’école. Pendant ces quatre semaines qui ont passé comme un éclair, j’ai tout de même eu le temps de faire des observations à propos de l’enseignement et de réfléchir à mon identité culturelle de même qu’à celle des élèves et des membres de la communauté.
Les défis de l’enseignement du français en contexte minoritaire
Pour ma part, je dirais que les défis d’un enseignant du français en contexte minoritaire comme celui de Regina sont considérables. En effet, le niveau d’acquisition de la langue française chez les élèves n’est pas aussi élevé que ce à quoi je m’attendais. D’une part, plusieurs élèves vivent dans une famille exogame, soit avec un parent anglophone et l’autre francophone. D’autre part, les élèves, en dehors de l’école, sont très influencés par la langue anglaise puisque leurs loisirs et les services auxquels ils ont accès sont en majorité anglophones. Bref, leur langue parlée est teintée d’anglais et leur langue écrite n’est pas très développée, que ce soit du point de vue de l’utilisation des règles grammaticales et syntaxiques que de l’orthographe. Alors, le plus grand défi des enseignants de français en contexte minoritaire est, selon moi, de faire vivre et découvrir la langue française pour qu’elle ne soit pas qu’une langue exigeante, mais une langue riche et amusante. Enfin, si j’avais la chance de revenir enseigner ici, ou dans toute autre communauté francophone, j’aimerais être plus outillée pour répondre aux besoins des élèves.
Les défis de l’école
D’abord, un des plus grands défis du pavillon secondaire de l’école Monseigneur-de-Laval est de garder ses élèves d’une année à l’autre. En d’autres mots, les élèves sont attirés par les grandes écoles secondaires anglophones de la ville qui leur semblent plus attirantes par ce qu’elles ont à leur offrir. Alors, étant donné que les élèves ne sont pas encore conscients, à leur âge, de la chance qu’ils ont d’étudier dans une petite école et en français, l’école doit faire – et fait – tout en son pouvoir pour montrer aux élèves les possibilités et les avantages de rester dans cette école.
Ensuite, pour les mêmes raisons citées un peu plus haut, l’école se doit d’être un lieu de découverte. D’ailleurs, selon la mission et la vision du Conseil des écoles fransaskoises, l’école Monseigneur-de-Laval est un lieu de formation scolaire, mais aussi de formation culturelle et identitaire. En effet, elle participe à des projets et à des activités qui permettent aux élèves d’apprendre en français tout en se créant un sentiment d’appartenance à la langue française.
Enfin, un autre défi auquel l’école Monseigneur-de-Laval, comme toutes les écoles en contexte minoritaire, doit faire face consiste à encourager les élèves à parler en français. En fait, les élèves, dans les couloirs et même dans les salles de cours, parlent entre eux en anglais. Au début, je me suis dit que les enseignants et le personnel devraient obliger les élèves, par je ne sais quel moyen, à parler en français. Puis, en discutant avec certains enseignants et membres du personnel et en observant, j’ai compris qu’il valait mieux ne pas « punir » les élèves afin que la langue française ne devienne encore plus une corvée pour eux. Toutefois, j’ai encore des questions qui me trottent dans la tête à ce sujet. Quand et à quelle fréquence intervenir? Quels mots pourrais-je utiliser pour conscientiser les élèves? Quelles activités pourraient être créées à l’école pour encourager les élèves à parler davantage en français? Cela dit, l’école met constamment en branle des activités et des projets qui font la promotion de la langue française à l’école dans le but d’intéresser les élèves et de les garder à l’école jusqu’à la fin de leur cheminement scolaire.
Activités pour développer l’identité francophone chez les jeunes
Diverses activités ont été créées à l’école et dans la communauté francophone de la Saskatchewan dans le but de renforcer l’identité francophone des jeunes Fransaskois. En effet, avant mon arrivée, les jeunes de l’école ont eu la chance de rencontrer les jeunes des autres écoles du Conseil des écoles fransaskoises dans le cadre d’activités sportives et culturelles. Pour ma part, j’ai eu la chance de participer et d’assister à deux activités très intéressantes. D’abord, dès mes premiers jours de stage, j’ai accompagné d’autres enseignantes et le groupe d’élèves de 8e année à la Foire du patrimoine qui avait lieu au pavillon primaire de l’école Monseigneur-de-Laval. Les élèves, en équipes de deux, devaient présenter en français leur kiosque composé de textes, d’images et de photos. Ce kiosque devait présenter un sujet historique ou un héritage canadien, par exemple le Canadien National, Cobalt 60, la ruée vers l’or, la poutine, etc. Je trouve que ce projet permet de créer un sentiment d’appartenance au pays chez les élèves, mais aussi à la langue française.
Ensuite, le 16 avril dernier, j’ai eu la chance d’être bénévole et d’assister au 15e Francothon. Cette journée avait pour but d’amasser des fonds pour la Fondation fransaskoise qui, par la suite, aide financièrement des programmes et projets destinés aux Fransaskoises et aux Fransaskois. Cet événement m’a beaucoup marquée puisque j’ai pu rencontrer une bonne partie de la communauté fransaskoise et y voir un bon nombre d’artistes francophones. Les élèves de l’école, pour leur part, ont été impliqués dans l’événement en amassant de l’argent, en étant bénévoles et même en tant qu’artistes! En effet, un groupe de musique de l’école, Laval rock, a présenté un petit spectacle qui a été très apprécié. Tous étaient fiers d’eux. Lors de cette journée remplie d’émotions, j’ai réellement pu voir que la communauté est « tissée serré », tel qu’on me l’avait dit.
Cheminement personnel
Ce stage en milieu minoritaire francophone m’a permis de cheminer sur le plan personnel. Effectivement, mon identité de Québécoise francophone s’est renforcée, bien qu’elle était déjà bien ancrée en moi. Après avoir vécu quelques semaines dans un milieu où les francophones doivent travailler très fort pour se faire reconnaître, je suis encore plus fière d’être francophone et de pouvoir vivre dans un milieu où le français est accepté et valorisé.
Dans un même ordre d’idées, je suis contente d’avoir connu la communauté francophone de Regina et d’en savoir plus sur les francophones qui habitent en dehors du Québec. En fait, il ne faut pas se le cacher, les communautés francophones du Canada ne sont pas très connues au Québec et je serai contente de parler aux gens de mon expérience et de faire connaître un peu plus ces communautés. Puis, les rencontres que j’ai faites à l’école et lors du Francothon m’ont permis de grandir un peu plus et de me sentir chez moi malgré les centaines de kilomètres qui me séparent de ma maison et de ma famille.
Bientôt, j’aurai à dire au revoir à toutes ces personnes qui m’ont encouragée pendant mon stage et aux élèves auxquels je me suis attachée en si peu de temps. De plus, bien que je pense rediriger mon choix de carrière, même si je ne sais pas encore vers quoi, ce stage m’a beaucoup apporté sur les plans linguistique, pédagogique et culturel. Sur ce, je vous dis un gros merci à tous et à la prochaine!
Maude Martineau
Étudiante au baccalauréat en enseignement du français au secondaire
Université du Québec à Chicoutimi
Stagiaire, école Monseigneur-de-Laval (Regina, Saskatchewan)