Depuis l’été 2010, l’ACELF et la Fédération canadienne des directions d’école francophone (FCDEF) accompagnent la Commission scolaire des Hauts-Bois-de-l’Outaouais dans la mise en place d’un projet pilote en construction identitaire dans la région de Pontiac, au Québec. Le projet vise à outiller les directions et les membres du personnel de six écoles primaires et d’une école secondaire dont la clientèle étudiante possède toutes les caractéristiques d’une clientèle en contexte francophone minoritaire. Une nouvelle série de quatre articles vous permettra d’en connaître davantage sur la nature de ce projet rassembleur et sur ses retombées pour les élèves de la région.
RENFORCER LA FIERTÉ FRANCOPHONE POUR FAVORISER LA RÉUSSITE SCOLAIRE
Au cours des derniers mois, les directions des sept écoles de la Commission scolaire des Hauts-Bois-de-l’Outaouais situées dans la région de Pontiac ont pris conscience de la spécificité de leur clientèle étudiante : environnement majoritairement anglophone, haut taux d’exogamie, faible connaissance de la culture francophone, sentiment d’infériorité du fait de parler français.
En cette fin d’année scolaire, un constat s’impose aux yeux de ces directions : l’importance de développer la fierté francophone des élèves pour favoriser leur réussite scolaire. Voilà l’objectif qu’elles se donnent pour les années à venir. Et ça commence maintenant!
Établir un profil clair et précis de la clientèle étudiante
Les directions d’écoles ont donc choisi d’effectuer un sondage auprès des élèves d’ici la fin du mois de juin dans le but de dresser le profil langagier et identitaire de leur clientèle étudiante. Cet outil permettra d’abord de cibler les défis pour ensuite déterminer les stratégies à mettre en place dès septembre 2011.
« On veut préparer le terrain et avoir des bases solides pour travailler », explique Denis Rossignol, directeur de l’école secondaire Sieur-de-Coulonge. Ce sondage permettra également de mesurer et de documenter les progrès d’année en année.
Prioriser les références culturelles francophones
Grâce au partenariat avec l’ACELF et la FCDEF, les directions d’écoles et les éducateurs ont déjà identifié quelques pistes d’intervention visant à augmenter la fierté des élèves à l’égard du français et de la culture francophone.
D’abord, « on a réalisé que les élèves n’apprennent pas le français, mais qu’ils apprennent EN français », précise Lorraine Meilleur, directrice de l’établissement primaire Pontiac. Cette constatation peut paraître simple, mais elle fait toute la différence. Ainsi, il n’y a pas que dans le cours de français où l’on peut amener les jeunes à découvrir la culture francophone et à aimer la langue : « Dans le but de favoriser l’intégration positive du français dans le vécu des élèves, les directions et les éducateurs prennent maintenant conscience de l’importance d’intégrer des références francophones dans toutes les matières, explique Claire Thibideau, directrice générale de la FCDEF. Il suffit simplement de développer chez les professeurs le réflexe de choisir des exemples tirés de situations francophones dans leurs cours. »
Encourager à bien parler français tout en valorisant la diversité
Lorraine Meilleur affirme également qu’à partir du mois de septembre, les éducateurs travailleront davantage au niveau de l’oral. « Ça a été un déclic pour nous qui avons l’habitude de travailler plus particulièrement sur la lecture ». En développant les compétences langagières des élèves, ceux-ci auront plus de facilité à s’exprimer en français, et donc beaucoup plus de plaisir à découvrir la langue et d’intérêt pour réussir.
« Mais il faut faire très attention pour ne pas dénigrer le jeune et sa façon de s’exprimer et ainsi renforcer son sentiment d’infériorité », précise Mme Thibideau. Isabelle Nadeau, enseignante de 5e et de 6e année, comprend qu’elle doit « encourager les jeunes à parler à l’école un français “standard” pour que tout le monde se comprenne, mais tout en les amenant à être fiers de leur accent ». En ce sens, les éducateurs et les enseignants sont des modèles. « Moi-même, je dois donc faire attention à la façon dont je parle, utiliser les bons mots », ajoute Isabelle. L’accompagnement de l’ACELF et de la FCDEF vise justement à outiller les intervenants dans ce rôle d’exemple auprès des jeunes.
Faire différemment
Claire Thibideau poursuit : « on sait que les enseignants et les intervenants ont déjà énormément de travail dans les écoles. Il ne s’agit pas ici de faire plus, mais de faire différemment. C’est ce que vise la démarche en construction identitaire que nous avons entreprise avec la commission scolaire ». Cette démarche s’inscrit par ailleurs en complémentarité avec les programmes existants dont la stratégie d’intervention Agir autrement du ministère de l’Éducation du Québec.
Ces quelques pistes d’intervention font bien sûr partie d’un ensemble plus vaste encore de mesures et d’actions visant à favoriser la réussite scolaire et la construction identitaire francophone des élèves de la région. L’ACELF et la FCDEF mettent à profit une expertise de plus de dix ans en construction identitaire pour accompagner, à leur rythme, les directions d’écoles et les éducateurs qui veulent mieux s’adapter aux besoins de leurs élèves qui, quoique vivant au Québec, évoluent dans un contexte où le français n’est pas la langue de la majorité.
Aujourd’hui, c’est toute une communauté d’éducation qui se rassemble et se concerte pour offrir aux jeunes de la région de Pontiac les moyens de réussir et de vivre pleinement leur identité francophone.