Semaine nationale de la francophonie

Histoires collectives
Introduction Développement 1 Développement 2 Conclusion et titre

Daniel Marchildon
Ontario
Auteur

École Fernand-Seguin
Montréal, Québec
5e année

Centre scolaire de la rive-sud
Bridgewater, Nouvelle-Écosse
8e année

École Camille-Vautour
Saint-Antoine, Nouveau-Brunswick
6e année


Le sac voit du pays

Jamais je n’aurais imaginé me trouver un jour devant un tel danger. Le vent du matin se mettra bientôt à souffler. C’est lui qui décidera si je vais disparaître ou poursuivre mon aventure. S’il descend du nord, il me précipitera dans le fossé qui entoure la maison en construction à une vingtaine de mètres devant moi. Là, je serai enterré par un bouteur qui fait le remplissage. Je mettrai plus d’une centaine d’années à me décomposer. On ne me retrouvera peut-être jamais.

J’espère que, par bonheur, la brise arrive d’une autre direction. Dans ce cas, mon plastique déteint se gonflera d’air. Le vent me transportera vers encore un autre voyage. Il sera probablement aussi incroyable et surprenant que tous les autres qui m’ont amené jusqu’ici.

Pauvre sac de plastique que je suis, j’ai vécu tellement de péripéties depuis un an. Aujourd’hui, je suis sale et fade. Mes longues déchirures me font trembler au moindre courant d’air. Pourtant, je tiens encore à cette drôle de vie marquée par ses hauts et ses bas, ses surprises épatantes et ses profondes déceptions. Je ne veux pas qu’elle se termine ici. Surtout pas si bêtement.

L’herbe haute qui m’entoure commence à s’agiter. La brise s’élève. De quel bord vient-elle? Mon destin, c’est un nouveau trajet — ou la disparition.

Un an plus tôt…

Tout commence à l'épicerie.

J'étais un sac bien ordinaire et je ne me doutais pas que mon voyage allait être aussi palpitant. En ce jour, une grande femme blonde arriva à la caisse pour payer ses achats.

- Bonjour, Annie, dit le caissier.

Celle-ci offrit le plus beau des sourires à son interlocuteur. Annie paya la nourriture qu'elle avait choisie. Pour emballer tous les fruits, les légumes et le poulet qu'elle avait achetés, il fallut plusieurs sacs.

C'était moi qui transportais le poulet.

Annie vivait dans une très jolie maison au toit pointu, à deux étages avec une cour fleurie et un jardin où poussaient des concombres et des tomates. Elle avait trois enfants : Camille, une adolescente, ainsi que les jumeaux Carole et Colin.

Mais après une semaine de beaux jours d'été chez eux, à l'heure du souper, Annie ouvrit toutes les fenêtres de la cuisine, car il faisait chaud. Il se créa alors un courant d'air qui m'emporta dehors.

Je n'ai jamais su combien de temps j'ai volé ainsi, les paysages se succédant en bas. Jour après jour, je voyais le coucher et le lever du soleil et je me suis dit qu'aucun spectacle fait par un homme ne pouvait surpasser la beauté de celui qu'offre la nature.

Puis un jour, un orage éclata. C'était très spectaculaire, j'ai même vu un éclair de très près! Mais l'eau qui m'emplissait était lourde et je suis tombé dans un arbre à côté d'un poulailler. Je suis resté là quelques jours. Chaque matin, un renard venait et attrapait un poulet. Au début, je trouvais ça cruel mais, une fois, je suis tombé de l'arbre sur la queue du renard. Il m'emporta ainsi jusqu’à sa tanière où une mignonne surprise m'attendait : ce renard était une mère! En regardant ses petits manger, je me suis dit que finalement, cette renarde chassait pour nourrir ses petits, comme Annie qui avait acheté un poulet.

Mais quelques jours plus tard, un grand loup gris mangea les renards et je me suis retrouvé seul. Les feuilles mortes, puis la neige me recouvrirent. Ce fut la plus ennuyeuse période de mon voyage.

Puis, un jour, après l'hiver, un oiseau me prit pour faire son nid. Il pondit des œufs, se nourrissait et vivait bien jusqu'à ce qu'un raton laveur ne vienne manger ses œufs. Et, à ma grande surprise, le raton laveur me prit aussi avec lui...


Le raton avait une odeur horrible. Je pensais que j'allais perdre mon odorat. Tout à coup, je vis de gros nuages noirs et un grand éclair brillant illumina la forêt. Des pluies violentes tombèrent et un vent fort me souffla entre les arbres.

Le formidable orage mit fin à ma balade sur la queue du mammifère. Les nuages se dispersèrent et le vent devint une brise fraiche. Je voyageai ensuite pendant cinq couchers de soleil. Chaque fois, un anneau orange clair entourait l'étoile. Le rouge et le rose se mêlaient et l'océan reflétait la scène. La nature était formidable!

Je tombai sur du sable. J'étais sur une île avec plusieurs de ma race : des sacs de toutes couleurs et matériaux. Il y avait aussi d'autres détritus. Une île de déchets! Je comprenais que pendant tout mon voyage, je voyais la beauté de la nature. Là, je voyais sa destruction.

Près de moi se trouvait une bouteille en verre. Son étiquette était déchirée. Les restants de celle-ci formaient une sorte de moustache. Elle me lança :

- T'as pas été ici depuis longtemps, hein? Les humains lancent des milliards de notre sorte dans l'océan.

- Mais, je ne veux pas me retrouver ici toute ma vie.

- Je suis ici depuis 1931!

Le soleil brillait ardemment et me décolora au fil des jours. Ma vie s'écoula devant mes yeux; mon temps à l'usine, mon séjour chez Annie, mon aventure dans la forêt, mon arrivée sur l'île.

Un jour, un sac en tissu avec un logo de « Valery's Gossip » tomba sur moi et me dit d'une voix autoritaire :

- Ne bouge pas, je suis la reine des sacs! Je veux t'aider, je craignais que tu sois mort.

- Eh bien, je ne suis pas mort, alors vous pouvez vous enlever de moi!

- Je sais que tu penses que tu vas mourir ici. Mais il y a encore de l'espoir.

- Il y a des humains qui ramassent les déchets ici. Personne ne sait pourquoi ni même où nos camarades se retrouvent par la suite.

Un jour, je vis Valery se faire attraper par un long bâton noir au bout pointu. Ce dernier m'attrapa aussi. Les humains portaient des uniformes avec un insigne où on pouvait lire « ONG : Respect des océans ».

Tout devint noir. Je fus entassé, compacté et placé dans un bateau. Après le bateau, je sentis le vrombissement d'un camion. Celui-ci filait à une telle allure que j'en fus projeté à l'extérieur.

Après une heure à virevolter, je me retrouvai sur un terrain vague non loin d'une maison en construction. Voilà l'histoire de ma dernière année. La brise est de plus en plus forte, des humains marchent près de moi dans les herbes hautes. D'abord, deux enfants qui courent et ramassent tout ce qu'ils trouvent en riant. Derrière, une femme et une adolescente exaspérées qui les suivent. Je les reconnais tout à coup. C'est Annie, Camille, Carole et Colin!

C'est à ce moment qu'ils m'ont aperçu. Je les ai entendus parler et ils se sont dit qu'ils reviendraient au parc presque chaque jour. Le vent se leva et devient violent juste au moment où les jumeaux allaient me ramasser. C'est un peu dommage, car j'aurais adoré retourner à la maison d'Annie et de ses enfants. J'imagine que je vais les revoir un jour, mais ce ne peut être pas aujourd'hui.

Je me suis rappelé qu'ils avaient mentionné qu'ils reviendraient demain. Pendant la journée, un orage passa et m'emporta devant une maison que j'avais déjà vue. Mais oui! Je me souviens maintenant. C'était la maison d'Annie!

Les jumeaux sortirent dehors et passèrent juste à côté de moi en courant. Annie, elle, passa ensuite, me remarqua et m'amena vite dans la maison au chaud et rattrapa les jumeaux.

Aujourd'hui, nous sommes déjà lundi. J'ai dû rester seul toute la journée car Annie était au travail et les enfants, eux, étaient à l'école. Moi, pendant ce temps, j'ai inspecté la maison avant que je sois enfermé dans une armoire, ou enfermé quelque part dans le NOIR complet.

Pendant que j'inspectais la maison, la journée passa comme un claquement de doigts. J'entendis un bruit assourdissant provenant du grenier. Je me dirigeai dans cette direction et quelle surprise, ce n'était qu'une petite souris!

Après quelques minutes, j'entendis la porte s'ouvrir et c'était les jumeaux et Annie qui étaient de retour à la maison. J'étais très content qu'ils soient arrivés. Maintenant, je ne suis plus seul! Annie disait justement aux enfants que le lendemain, elle avait une journée de congé au travail.

Le lendemain matin, dès le réveil de la famille, Camille, Carole et Colin passèrent à côté de moi en courant et s'écrièrent en me voyant. Les enfants me ramassèrent rapidement et repartirent en courant vers le parc. Ils ramassèrent des beaux cailloux et les déposèrent délicatement à l’intérieur de moi. Enfin, je suis heureux et très utile à nouveau.

 

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