Semaine nationale de la francophonie

Histoires collectives
Introduction Développement 1 Développement 2 Conclusion et titre

India Desjardins
Québec
Auteure

École secondaire Paul-Le Jeune Saint-Tite, Québec
Secondaire 4

École St-René-Goupil
Guelph, Ontario
6e année

École Père Mercure
North Battleford, Saskatchewan
10e année


Sous le choc

J’ouvre un œil, encore sous le choc.

Je n’arrive pas encore à comprendre ce qui s’est passé. Est-ce que j’ai rêvé tout ça? Est-ce vraiment possible?

Je me souviens que quelqu’un m’a déjà raconté l’avoir vécu aussi.

La dernière image que j’ai est celle de ces yeux qui plongent dans les miens. Ce frisson qui parcourt ma peau. Et cette phrase, que je n’oublierai jamais.

Deux jours avant l'incident…

C'était l'heure de la fermeture en cette belle nuit de décembre. J'étais en train de fermer mon magasin quand un homme à l'allure étrange entra. Je le regardai, il me regarda.

Il commença à déboutonner son long manteau noir et épais, puis il l'ouvrit. Je vis son pistolet au niveau de la ceinture. Il le saisit et prononça les mots « Je m'excuse » et appuya sur la détente.

Il tomba par terre, inerte.

Je m'approchai de lui et vit un mot dans sa main gauche. Je le pris et lus : « Ce n'est que le commencement ». J'étais en état de choc, agenouillé devant le défunt.

Quand je repris mes esprits, je me précipitai au coin de la rue. Un gang de rue se dirigeait vers moi en courant. Je pris la fuite, mais ils me rattrapèrent sans aucune difficulté. J'étais à terre, impuissant devant leurs violents coups de pieds quand soudain, l'un d'eux sortit son couteau.

Étendu par terre, je me sentis transporter, mais mon corps ne bougeait pas pour autant. Je sentis un coup violent dans mon dos. J'avais seulement envie de crier.

Et encore, un autre coup dans mon dos. J'essayais de crier le plus fort possible, mais j'étais tellement faible que c'est sorti comme un chuchotement.

J'ai entendu des sirènes et la gang est partie en courant. Lentement, je m'endormais, au moins j'espérais que je m'endormais?... Le policier m'a demandé si je pouvais l'entendre. J'étais capable mais je n'avais pas la force de lui dire.

Deux jours plus tard, je me suis réveillé à l'hôpital. J'ai vu plusieurs cartes, fleurs, ballons et quelques toutous. Le policier que j'avais vu plus tôt dans la semaine était là, et il m'a demandé d'une voix calme :

- Pourrais-tu me dire si tu reconnais quelqu'un dans mon livre de suspects qui aurait pu te faire mal?

J'ai fait signe que oui avec ma tête. Il tourna la page, j'ai dit non. Il tourna la page encore, et j'ai dit non encore. Mais là, quand le policier tourna la page une troisième fois, j'ai vu…

… une photo de Caroline, je ne pouvais presque pas le croire. Pourquoi était-elle une suspecte? Je me suis forcé à rejouer l'attaque dans ma tête encore et encore, en essayant de voir Caroline dans tout le chaos. Soudainement, je me suis fait ramener à la réalité par le policier qui me secouait par l'épaule.

- Alors, je te le demanderai encore, reconnais-tu cette personne?

J'avalai nerveusement avant de dire le plus grand mensonge que je n'aie jamais dit :

- Non. Mon cœur battait fort et mes paumes étaient moites.

J'espérais à Dieu que le policier ne remarque pas. Il secoua lentement la tête et s'en alla. J'étais maintenant seul dans la salle. Je regardai autour de moi et je me concentrai sur les dizaines de cartes sur la table à côté du lit. Je voulais en lire quelques-unes, mais j'avais tellement de douleur, comme un coup de foudre, que je ne pouvais pas me lever du lit.

Je me suis mis à penser à Caroline. Caroline avait été ma meilleure amie depuis qu'on était très jeunes. On avait fait pratiquement tout ensemble. Mais dans les derniers quelques mois, elle était devenue comme un étranger. Elle a été prise dans le mauvais groupe, et elle était maintenant loin d'être la fille que j'ai appelée une fois ma meilleure amie.

Elle n'allait quasiment jamais à l'école, et quand elle était là, elle avait toujours la gueule de bois. J'avais essayé de l'aider à s'en sortir, mais elle avait refusé mon aide. Peu importe ce que je faisais ou lui disais, rien ne changeait. C'était presque comme s’il y avait un géant mur en verre qui nous séparait.

Je pensai au policier de tantôt : Caroline était une suspecte selon lui. Avait-il possiblement raison? La journée de mon attaque, j'avais confronté Caroline. Moi j'ai crié, elle a crié et ça a fini par moi qui quittais en pleurant. J'étais en train de marcher chez moi quand l'attaque s’est produite.

Des personnes sorties de nulle part. Une seconde, je me promenais, et la prochaine j'étais sur le sol en train de me faire piétiner. J'ai à peine vu le visage de n'importe qui, parce que chaque fois que j'ai essayé de regarder mes assaillants, je recevais la bouche pleine de terre. Je n'ai attrapé que de brefs coups d'œil. Des cheveux blonds, des yeux gris, une chemise noire, et des jeans sales et déchirés. Rien de cela ne m'a aidé, car je ne savais pas ce qui appartenait à qui; ce n'était qu'un grand flou. Et puis, j'ai entendu les sirènes les plus faibles et mes agresseurs étaient partis.

J’ai été ramené à la réalité par un doux cognement sur la porte. J'ai sursauté dans mon lit quand j'ai aperçu une figure portant une cagoule dans l'entrée de la chambre. J'ai immédiatement cru que c'était un des mes agresseurs qui était venu pour me finir. Mais là, la figure a enlevé la cagoule pour révéler que c'était Caroline. Avant que je puisse même réagir, elle s'approcha rapidement et mit un doigt sur ma bouche, pour me faire signe de rester silencieux. Je hochai la tête pour faire signe que je comprenais, puis elle retourna fermer la porte.

- Salut toi, je suis tellement contente que t'es correct.

- Qu'est ce que tu fais ici? Les policiers te prennent comme suspecte. Comment as-tu pu rentrer?

- J'ai mes propres manières. Peu importe comment je suis entrée, je suis venue pour voir si t'étais correct, et pour t'expliquer un peu ce qui est vraiment arrivé... D'après André, tu étais un danger au groupe et tu devais te faire enseigner à ne pas mettre ton nez dans les affaires des autres. Il m'a embarrée dans le sous-sol. J'en suis sortie par les petites fenêtres. J'ai couru après les autres, mais par le temps que je suis arrivé, ils t'avaient déjà fait très mal. C'est à ce moment que j'ai appelé la police. Après, j'ai couru de la scène. La police avait arrêté tout le groupe et quelqu'un a mouchardé et c'est pourquoi je suis devenue suspecte.

- Merci… Tu sais, si tu t'en étais sortie dès le début, ceci ne serait jamais arrivé, right?

- Je sais… Ça va être très difficile, mais je vais m'en sortir maintenant, juste pour toi.

Je ne pouvais pas le croire, j'allais retrouver ma meilleure amie, après tout. Caroline se rapprocha et ouvrit grands ses bras pour me donner un câlin. Je commençai à pleurer de joie, en la regardant directement dans les yeux. Puis avant que je ne puisse même considérer ce qui se passait, elle a conduit un couteau à travers mon dos. Je l'ai regardée dans les yeux, avec de la pitié pendant que le monde s’effondrait lentement autour de moi.

Rapidement, je m'assois dans mon lit, à la maison, tremblant et suant à grosses gouttes. Je regarde à coté de moi : Caroline est en train de se réveiller. Avant qu'elle puisse dire ou faire quoi que ce soit, je l'enveloppe du plus grand câlin que je n'ai jamais donné.

- Promets-moi que tu ne joindras jamais de gang!

- Quoi? Okay, si t'insistes.

 

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