Semaine nationale de la francophonie

Histoires collectives
Introduction Développement 1 Développement 2 Conclusion et titre

Mélanie Daigle
Atlantique
Auteure

Centre scolaire de la rive-sud
Bridgewater, Nouvelle-Écosse
7e année

Norval-Morrisseau
Markham, Ontario
8e année

Centre scolaire de la rive-sud
Bridgewater, Nouvelle-Écosse
8e année


Trop de mots... Trop de maux

Je ne suis pas méchante. Enfin, pas vraiment… Du moins, jamais comme ce matin-là. Ça, ce n’était pas moi qui parlais, c’était ma colère. Je ne savais même pas qu’une telle colère existait, une colère aveuglante où on n’entend plus la raison. On aurait dit un feu d’artifice… Un feu d’artifice auquel toute l’école a assisté.

Ce n’était pas violent, enfin pas physiquement. J’ai juste dit des mots… beaucoup de mots… peut-être même trop de mots. Ce n’est pas entièrement de ma faute. J’aurais dû en parler avant, mais…

Quand c’était fini, quand ma colère est partie, je suis restée là debout, comme stupéfaite. Les propos qui sont sortis de ma bouche n’étaient pas mon plus gros problème. Non, c’est la personne à qui j’ai osé les dire. Cette personne, nous la nommerons xyz, ne connaît pas la définition du mot respect et personne, je répète personne, ne l’affronte jamais.

Je n’aurais jamais dû, du moins pas de cette façon-là, mais c’était juste la goutte qui a fait déborder le verre. Tout cela à cause de plein de choses, mais pour comprendre vraiment, il faudrait commencer au tout début de l’histoire, à la première journée d’école quand…

Quand je suis arrivée à l'école, je suis allée à ma classe titulaire. Pendant le dîner, ma meilleure amie, Jessica, m'a dit qu'elle avait vu la nouvelle élève. Elle se nommait XYZ et avait déménagé de Dieppe pour venir à notre école.

Tout allait bien le premier jour d'école. Je pouvais me réunir avec mes amies. On a pu partager ce qu'on a fait pendant les vacances d'été. Ma meilleure amie a fait de la plongée à Hawaii. Moi, j'ai visité mes grands-parents.

Quelques jours plus tard, j'attendais pour un rendez-vous chez le dentiste et j'étais sur mon ordinateur portable quand XYZ a décidé de me taquiner en ligne. Ce n'était pas la première fois. C'était seulement des mots, mais ça faisait un peu mal.

Plus tard, à la maison, un message effrayant est apparu sur l'écran de mon téléphone. Je lisais le message quand mon visage est devenu tout rouge. J'essayais de ne pas laisser les larmes au bord de mes yeux couler, mais c'était trop difficile. Une larme a coulé sur ma joue. J'ai sauté sur mon lit et j'ai commencé à pleurer. Cette fois, ça m'a fait vraiment mal au coeur.

La journée suivante, je lui ai parlé. Au lieu de parler, j'ai crié le plus fort que je pouvais, mais seulement dans ma tête. J'avais trop peur. Je pensais qu'elle aurait fait quelque chose. Mais, au lieu, XYZ a tourné sur ses talons et est rentrée en classe sans rien dire.

Je ne connaissais pas beaucoup XYZ, mais je ne l'aimais pas. Dès que XYZ était en classe, tous les élèves ont arrêté de parler. Ils étaient pétrifiés. Elle a sorti une pomme de son sac et l'a donnée à l'enseignante.

Tout au long du cours, XYZ répondait aux questions de l'enseignante. Je me demandais pourquoi elle était si méchante envers nous et si gentille envers les enseignants. Quand je suis sortie de la classe, j'ai vu XYZ à mon casier en train de pousser Jessica. J'ai ignoré tout le monde et j'ai couru dans l'autre direction.

Après le dîner, moi et ma meilleure amie sommes allées dehors pour la récréation. Je ne regardais pas vraiment ou j'allais et je suis tombée dans du caca de chien. J'ai couru vers les toilettes, espérant que personne ne m'ait vu. Quelqu'un m'a poussé dans la salle de bain. Tout à coup, tout était noir, je ne pouvais pas respirer, j'étais toute mouillée. L'eau était partout. Mes cheveux étaient trempés. J'ai réalisé que quelqu'un avait plongé ma tête dans une cuvette de toilette. J'entendais des personnes rire. Là, je savais tout de suite que c'était XYZ.

C'était assez surprenant de voir que les enseignants ne savaient rien de ce qui se passait dans les coulisses, encore plus en voyant le dommage qu'elle a fait dans la vie quotidienne des élèves de notre classe. XYZ, leur petite élève parfaite, faisait toujours ses devoirs et obtenait toujours bonnes notes et éloges, ne montrant aucun signe de mauvaise élève ou de
perturbateur.

Jessica et moi, on s’appuyait du mieux qu'on le pouvait après l'événement dans la salle de toilettes, mais on était incapable de nous protéger du prochain coup que l'énorme peste XYZ envoyait dans notre direction.

Sac à dos sur les épaules, j'attendais Jessica pour retourner à la maison à la marche, comme était notre habitude. Je me demandais pourquoi elle prenait si longtemps pour se préparer. Après encore cinq minutes d'attente, j'ai commencé à paniquer. Était-elle en retenue? Non, Jessica ne causait pas de problèmes en salle de classe. Encore quelques minutes de patience et là, j'étais extrêmement inquiète pour la sécurité de mon amie.

J'ai fait le tour de l'école et derrière les poubelles dans la cour d'école se trouvait Jessica, tremblante et en pleurs dans son coin. Ses bras et ses jambes étaient parsemés de bleus et d'égratignures que lui avaient infligés XYZ et deux autres filles d'en dehors de l'école, et de certaines coupures coulaient quelques gouttes de sang.

J'étais incapable de parler tellement j'étais sous le choc. J'avais envie de pleurer et de crier en même temps. Jessica, entre deux sanglots, m'a raconté qu'elle n'en pouvait plus et qu'elle voulait rentrer à la maison aussitôt qu'on le pouvait. J'ai hoché la tête lentement, la gorge serrée, incapable de répondre à la demande de mon amie. Je l’ai aidée à se relever, puis j'ai
épousseté ses vêtements du gravier et des saletés par terre. Jessica grinçait des dents chaque fois que j'effleurais l’une de ses blessures. Je croyais qu'elle allait pleurer de nouveau, mais elle se retenait à chaque fois qu'elle en avait envie.

Soudainement, mon téléphone cellulaire s'est mis à sonner. Je l'ai allumé, espérant que ce message texte provenait peut-être de ma mère, qui se demandait pourquoi je prenais si longtemps pour rentrer à la maison. Malheureusement, ma prière ne fut exaucée : j'ai reçu un message texte de la personne que je voulais entendre le moins. Comme si elle voulait nous humilier encore plus, comme si elle ajoutait encore plus de glaçage à notre gâteau, XYZ m'a envoyé le message suivant : Et puis? Tu l'as aimée, ma surprise? :)

Pendant que je lisais, Jessica s'est mise à courir. Comme elle est plus en forme que moi, je n'ai pas réussi à la rattraper. Je suis donc rentrée. Je l'ai appelér le soir pour m'assurer que tout allait bien. Elle semblait triste et n'avait pas le coeur à discuter.

Le lendemain, Jessica semblait avoir oublié l'incident. Elle souriait. C'était étrange de la voir ainsi. C'est comme si tout d'un coup, plus rien ne pouvait la tracasser. J'aurais dû être plus perspicace.

Le soir, je l'ai appelée pour lui poser une question à propos d'un devoir. J'ai composé son numéro encore et encore, mais rien. J'avais un mauvais pressentiment; d'habitude, elle répond. Alors, j'ai pris mon vélo et je suis allée chez elle. Il n'y avait pas de réponse lorsque j'ai cognéà la porte. J'ai décidé de rentrer quand même. C'est là que j'ai découvert Jessica, inerte, dans sa chambre. Immédiatement, je me suis précipitée vers elle. J'ai vérifié sa respiration et son pouls. Elle était sans vie. J'ai commencé à sangloter. J'ai pris mon cellulaire. J'ai composé le 911.

Les policiers et les ambulanciers sont arrivés. C'était le deuil à l'école. Une assemblée spéciale a été convoquée. On y parlait d'enquête policière, de l'embauche d'une psychologue supplémentaire, de ci, de ça.

Je n'en pouvais plus, je me suis levée, les poings crispés. Puis, j'ai pointé XYZ en criant :

« Savez-vous ce qu'elle a fait?! Elle a tellement harcelé Jessica que celle-ci s'est suicidée!!! Observe autour de toi! Jessica n'était pas la seule personne que toi et tes acolytes avez agressée. Sois heureuse que les regards ne tuent pas! Tu es un déchet! Une pourriture! »

Les élèves et les professeurs étaient stupéfaits. Le silence a duré longtemps. Il aurait duré bien plus longtemps si la sonnerie d'un cellulaire ne l'avait pas interrompu.

Le directeur a indiqué comment allaient se dérouler les prochains jours. On m'a permis de
rentrer à la maison.

Ce n'est que plus tard que les policiers ont trouvé une lettre, près d'un
disque de Loco Locass, le préféré de Jessica :

« Lorsque vous trouverez ceci, je serai partie. J'espère que ceux que j'aime me comprendront. Ça fait quelques jours que je réfléchis à ma sortie. Ma vie n'est qu'un ensemble de statistiques pathétiques. Mes jours, eux, se dégradent en tons de gris. Je suis tannée de toute cette mascarade. Il y a longtemps que je veux disparaître. Mon existence me fatigue. À quoi bon un lendemain si c'est pour creuser plus profond? Je ne vais plus ignorer mes démons. »

Malgré tout, XYZ est restée à l'école. Mais plusieurs fois par semaine, des travailleurs sociaux venaient la chercher pendant ses cours. Je la croisais dans le corridor, mais je faisais comme si elle n'existait pas. Ça lui arrivait encore souvent de manquer de respect envers les autres. Mais quelque chose avait changé dans ses yeux.

Voilà ce qui s'est passé.

En dépit de ses actions, je ne veux pas dévoiler le vrai nom de XYZ. Elle doit maintenant vivre avec les conséquences de ses gestes et entamer une longue guérison.



*Note par rapport à l'histoire :
Bien que ceci soit une histoire fictive, elle s'inspire d'histoires que l'on entend trop souvent de nos jours. Nous avons comme responsabilité de combattre l'intimidation sous toutes ses formes. Il nous faut également aider tant qu'on peut les gens autour de nous qui font face à des idées suicidaires. Les ressources sont nombreuses.
En voici une : Jeunesse, J'écoute 1 800 668-6868.

Les élèves de la classe de 8e année de Jérémie Lockwell du Centre scolaire de la rive-sud

 

 

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