Semaine nationale de la francophonie

Histoires collectives - Volet Primaire et secondaire
Introduction Suite et titre

Marie-France Comeau
Atlantique
Auteure

École du Grand-Chêne
Sainte-Julie, Québec
6e année

Un mot et mille gouttes d'eau

 

INTRODUCTION

Dans un village lointain vit un dragon. Il n’a ni château, ni trésor. Il habite dans un simple vivarium, au fond d’une animalerie. Il est capable de demeurer immobile pendant des heures. Seule sa tête tourne de gauche à droite. Il n’a besoin que d’un peu d’eau et de criquets pour son petit estomac. Il sort parfois la langue pour attraper sa proie, afin de montrer qu’il est bien en vie.

 

C’est le son d’un bruit soudain qui le sort de son état d’animal endormi. Notre petit dragon entend un jeune garçon qui a décidé de jeter son dévolu sur lui. Apercevant le dragon et comprenant que ce n’était pas un lézard comme les autres, l’enfant soulève de ses mains habiles la maison de verre pour le prendre dans ses bras. Mais celui-ci s’échappe pour aller se réfugier dans une petite boîte de nourriture pour animaux que l’enfant avait omis de refermer. Notre dragon est maintenant parti pour une grande aventure!

Pendant ce temps, à quelques kilomètres de l’animalerie, papa Peter chatouille les touches d’un piano. Bébé Camille, hypnotisée par la musique, gazouille tel un oiseau dans les bras de son grand-papa. « Belle petite Camille, dit son grand-papa, ferme tes p’tits quen’oeils. » Francine, la maman de Camille, riposte d’un ton de reproche : « Papa, on dit yeux, pas quen’oeils. » Grand-papa Luc déclare : « Eyes, yeux, quen’oeils; dans notre famille, les mots sont chantés telles des notes à portée exogame! » Il ajoute d’un ton assuré : « Notre petite Camille, comme son grand frère, saura choisir le mot juste! » Au même moment, les pensées de tout un chacun défilent à savoir justement quel sera le premier mot de bébé Camille? Sera-t-il anglais, français ou l’un des vieux mots acadiens que grand-papa Luc distribue selon sa fantaisie?

Profondément absorbés dans leurs pensées, tous sursautent au son du carillon. Grand-papa Luc, tenant toujours Camille dans ses bras, ouvre la porte. « J’suis pas sourd, y’a ben t’chequ’un qui a sonné », dit-il. « Je ne vois personne », dit Francine. « Nobody », reprend papa Peter. Camille s’agite et laisse tomber sa suce. Celle-ci rebondit sur une boîte au pied de Peter. Il se penche et tend la main afin de saisir cet objet précieux. Mais voilà que la boîte bouge, emportant la suce avec elle! Effrayé, papa Peter fait un bond en arrière. La petite Camille rit aux éclats de voir la boîte s’agiter sous le regard inquiet de son papa.

Au même instant, une bicyclette freine près de la maison. Un jeune garçon s’approche à toute vitesse. C’est le grand frère de Camille qui, tout sourire, se réjouit de retrouver son colis. Tous veulent savoir ce qu’il y a dans la boîte. Le grand frère de Camille la tient délicatement entre ses mains. Voilà qu’il soulève le couvercle et tous restent sans mot devant… Petite Camille dit, au même instant, son premier mot…

 

SUITE DE L’HISTOIRE


« Dagon! », s'exclame-t-elle.

Tout en déposant le bébé au sol, Luc, fier de sa petite-fille, dit à haute voix : « Elle a dit her first word in English! »

- Non, elle a dit son premier mot en français, car je l'ai instruite ainsi, riposte sa mère.

Les adultes commencent ainsi à s'obstiner sur l'origine du premier mot de Camille. Le vacarme, produit par la zizanie de ce premier mot, cause une frayeur au petit reptile qui fait aussitôt sa deuxième disparition en catimini.

Fascinée par la petite bête, Camille la poursuit discrètement jusqu'à sa chambre féérique. Au même moment, Félix remarque que sa petite sœur n'est plus présente. Affolé, ce dernier avise la famille de cette anicroche. En balayant la pièce du regard, la panique se transmet par sa disparition.

Ayant vu la porte entrouverte, la parenté songe au fait que la fillette aurait pu s'enfuir par cette ouverture. Décidé à la retrouver, le groupe part à sa recherche. Chaque membre part à la prospection d'un lieu où la cadette aurait pu s'éclipser. L'absence de Camille dans le quartier les pousse à parcourir la ville au grand complet.

Pendant ce temps, dans sa chambre, la fillette s'amuse à jouer à la poupée avec son nouvel ami quelque peu mal en point. Camille lui sert un petit thé imaginaire dans une minuscule tasse. Par la suite, après de laborieux efforts, le lézard est enfin vêtu d'une jolie robe à paillettes ainsi que d'un ruban noué autour de la tête, le tout accompagné d'un pénible soin des ongles.

Agacé par tant d'attentions, le petit dragon s'impatiente et se déprend de cette prison de vêtements pour pouvoir ensuite s'évader. Voyant que son mannequin s'enfuit, Camille le poursuit et ils aboutissent dans la salle de bain. Le lézard, couché confortablement dans le fond du lavabo, se fait aisément saisir par Camille grâce à son petit banc d'enfant. Elle vient pour partir avec la bestiole, jusqu'à ce qu'elle remarque la magnifique baignoire facilement accessible. Après quelques minutes, on pouvait déjà entendre les deux amis jouer dans l'eau. Après tous ses efforts, elle réussit à bien le savonner.

Au même moment, la mère, découragée de leur échec, décide de retourner à la maison pour signaler la disparition. Une fois arrivée à son foyer, en ouvrant la porte, elle entend patauger à l'étage supérieur. Inquiète, malgré une lueur d'espoir, Francine monte les escaliers d'un pas vif et tremblant. En s'approchant de la salle de bain, elle aperçoit aussitôt quelques flaques d'eau savonneuse au sol, car Camille avait omis de fermer le robinet.

Une fois devant la porte, ses yeux brillent d'excitation et de soulagement. Suite à des larmes de joie et une grosse caresse, Francine se précipite vers le téléphone afin de répandre la bonne nouvelle. Une fois tous réunis dans le salon, avec un nouveau membre dans la famille, Dagon, Camille prononce son deuxième mot : « ami! ». Le grand-père réplique : « THIS is a French word! »

 


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