Semaine nationale de la francophonie

Histoires collectives - Volet Primaire et secondaire
Introduction Suite et titre

Nadine Mackenzie
Ouest et territoires
Auteure

École Notre-Dame-des-Vertus
Zenon Park, Saskatchewan
5e année

Le quiproquo

 

INTRODUCTION

 

La famille Elliott habite à Winnipeg. Le père, John, est anglophone de Vancouver et la mère, Joanne, vient de Montréal. Les Elliott ont deux enfants, Martin a 16 ans et Émilie en a 14. La famille a un restaurant au centre-ville de Winnipeg qui s'appelle le Franglais. Le menu offre des plats des régions anglophones du pays et également du Québec.

John travaille à la cuisine, Joanne sert les clients et les deux enfants aident autant qu'ils le peuvent, surtout les fins de semaines. Récemment, la famille Elliott a accueilli chez elle un jeune anglophone, Alistair, qui voulait faire un stage dans un restaurant bilingue avant d'aller ouvrir son propre restaurant à Miami, en Floride, ou à San Francisco, en Californie. Il avait entendu dire qu'un grand nombre de francophones et de francophiles habitaient dans ces deux endroits. Alistair apprenait le français avec Joanne et le baragouinait avec Martin et Émilie qui corrigeaient gentiment ses nombreuses fautes.

Samedi dernier, Alistair a fait une erreur colossale qui a fait encore rire toute la famille. Une jeune fille de la Nouvelle-Orléans, assise à une table avec plusieurs amis, lui commanda en français des pommes frites pour accompagner son poisson. Alistair comprit qu'elle désirait le fruit. Il éplucha très vite deux pommes bien mûres qu'il fit frire dans du beurre avec un peu de sucre et de cannelle. Quand il apporta le plat à la jeune fille, l'odeur des pommes à la cannelle mélangée à celle du poisson n'était pas du tout appétissante. La table entière éclata de rire.

— Je n'ai pas demandé des pommes cuites, glapit la jeune fille entre deux fous rires.
— Mais... mais..., vous, tu, avez dit « pommes frites », répondit Alistair dans son meilleur français.
— Elle voulait dire « patates ». Elle aurait dû dire « pommes de terres frites » fit l'un des convives.

Consterné, Alistair regarda l'assiette où le saumon et les pommes à la cannelle se trouvaient et...

 

SUITE DE L’HISTOIRE


… décida tout de même d'y goûter devant les clients. Il trouva cela remarquablement bon et était impressionné par la texture du mélange. Mais ce nouveau plat n'allait tout simplement pas avec le poisson. La combinaison n'était pas un gage de succès. L'odeur qui affluait était nauséabonde, presque répugnante.

Les clients le trouvèrent très courageux d'avoir pris la chance de peut-être s'empoisonner pour sauver la réputation du restaurant qui l'avait embauché. Alistair s'excusa pour le malentendu. Il semblait très gêné puisque les clients riaient de la situation avec éclat.

Pour se faire pardonner, il s'empressa d'offrir une tournée de thé glacé. « Voici du thé congelé pour me faire pardonner », s'exclama avec fierté Alistair dans un français plus que cassé.

« Un joli quiproquo », s'exclama une jeune cliente en riant. Vous voulez dire thé glacé », dit-elle avec le plus beau des sourires.

Le mot « quiproquo » resta à la mémoire d'Alistair toute la journée, ne sachant trop ce que la jeune cliente avait pu lui dire avec un aussi joli sourire. Aussitôt le boulot terminé, il s'empressa de vérifier le mot dans le dictionnaire. Il passa la nuit entière à lire et relire chacune des pages n'ayant aucune idée de son épellation.

Cette nuit-là, Alistair n'avait pas simplement appris la signification du mot quiproquo, il en avait appris une centaine, voire même des milliers. Alistair espérait tellement avoir la chance de revoir la jeune fille afin de pouvoir la remercier pour le cadeau qu'elle lui avait donnée, celui de la curiosité.

Le lendemain, elle était de retour avec ses parents pour le petit déjeuner. Alistair l'invita à visiter les cuisines, offrant pour l'occasion un tout nouveau dessert qu'il venait d'inventer et qu'il avait préparé spécialement pour elle : un coulis de thé glacé pratiquement congelé servi dans une crêpe franglaise avec les fameuses pommes cannelle à la Alistair.

Impressionnée, la jeune fille avoua à Alistair son désir de faire de la cuisine son métier. « Un jour quand j'aurai mon propre restaurant, je t'engagerai avec le plus grand bonheur », dit Alistair qui continua à faire des erreurs en français. Il en fît même sa spécialisation, mais cette fois au niveau culinaire en inventant toutes sortes de recettes aussi folles que savoureuses.

Demandez-lui sa fameuse recette de côtes levées : elle provient de sa jeune assistante. Une certaine jeune femme qui un jour lui a montré l'importance de persévérer malgré les erreurs et qui lui donna le goût de voyager à travers le dictionnaire à la découverte de la langue française. Une certaine jeune femme qui lui a donné l'idée de créer un tout nouveau type de restaurant avec des recettes basées à partir des malentendus linguistiques : Le Quiproquo. Cet établissement populaire continua la tradition du Franglais d'engager des stagiaires de partout à travers le monde désirant apprendre la langue française.

 

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