Semaine nationale de la francophonie

Histoires collectives
Introduction Développement 1 Développement 2 Conclusion et titre

Jean Fahmy
Ontario
Auteur

Centre Scolaire Samuel-de-Champlain
Saint-Jean, Nouveau-Brunswick
6e année

École André Piolat
North Vancouver, Colombie-Britannique
5e année

Hazelton, Colombie-Britannique
5e, 6e et 7e année

Les créatures de la clairière cachée

Louis et Tania avançaient prudemment dans la forêt.

La journée était splendide. Les rayons du soleil filtraient à travers le feuillage des arbres en longs filaments de lumière. Louis et Tania connaissaient bien cette forêt, où ils s’étaient souvent promenés. Mais leurs cœurs battaient quand même fort, et ils regardaient attentivement devant eux...

Le tout avait commencé la veille. Karl – un ami de leur classe  – était venu chuchoter à l’oreille de Louis :

– Tu sais, ce que je t’ai dit, la semaine dernière ?

– Oui…

– C’est ce samedi, dans la forêt.

– Tu veux dire… C’est vrai…?

– Oui. Je vais y aller. Vas-tu venir?

– Je… je ne suis pas sûr.

Karl se mit à ricaner:

– Tu te dégonfles déjà?

– Sûrement pas… Et puis, je vais venir… je viendrai avec Tania.

– Tania? Pourquoi Tania?

– Parce que c’est mon amie. Je lui fais confiance. Et puis, je lui en ai déjà parlé.

Ce n’était pas vrai. Louis n’avait encore rien dit à Tania. En fait, il ne croyait pas trop l’histoire extraordinaire que lui avait racontée Karl. Mais c’était vrai qu’il faisait confiance à Tania : souvent, il avait pu se rendre compte que son amie avait un vrai jugement. « Tania a une tête solide sur les épaules », répétait souvent Madame Poulin, la prof de français.

L’après-midi même, il lui avait tout raconté. Tania avait ouvert les yeux ronds. Mais elle n’avait pas hésité un instant: « Nous irons voir si c’est vrai ou si Karl te raconte des histoires », avait-elle dit.

+++

Le lendemain après-midi, le trio s'était rencontré derrière l'école, à l'entrée de la forêt. Ils marchaient depuis une quinzaine de minutes quand Louis demanda :

- Hey Karl, ça fait longtemps qu'on marche, est-ce qu'on est perdus?

- Non, c'est correct, on est presque là.

Ils avaient quitté le sentier depuis quelques minutes quand, subitement, Louis rebroussa chemin.

- Hey Louis, qu'est-ce que tu fais? On y est presque!

- Mais vous ne vous rendez pas compte que la forêt est super silencieuse et soudainement très sombre? Ma montre indique pourtant deux heures!

Et comme pour confirmer l'inquiétude de Louis, la forêt se mit à vibrer et nos trois amis sentirent le sol trembler sous leurs pieds. Tout à coup, un éclat de lumière envahit la forêt. Aveuglés et étourdis, ils se cachèrent derrière un buisson.

- Ayoye, mes yeux!

- Chut, écoutez! interrompit Karl.

Il y avait des voix dans la forêt.

- Ça vient de là, fit Tania, marchant vers les voix.

- Hey, attendez-moi, répondit Louis.

Les trois jeunes débouchèrent près d'une clairière, où des lutins, des elfes, des arbres, des animaux, des jouets, des zombies, un ogre et autres créatures, discutaient dans un drôle de français. Un dragon se dressa et les trois jeunes se cachèrent derrière un gros arbre. «Nous avons frôlé l'extinction nous-mêmes, aidons les humains à échapper à leur disparition». Un lutin, perché sur la tête du dragon, menait la discussion.

- Pourquoi n'as-tu pas dit avant que c'était vrai? demanda Louis à Karl.

- J'avais peur que vous me trouviez bizarre et que vous ne vouliez plus être mes amis.

Le trio apprit que des créatures magiques vivaient camouflées parmi les humains. Certains participants voulaient les aider, d'autres refusaient : les arbres et les plantes, surtout. «Notre chef est arrivé et nous allons lui demander ce qu'il en pense», annonça le lutin.

- Karl, peux-tu voir le chef de ton côté?, demanda Tania.

- Karl, m'entends-tu?

Tania et Louis se retournèrent et Karl avait disparu.

- Il doit être allé au petit coin, suggéra Tania.

Un griffon portant le même médaillon que Karl apparut au centre du cercle. «Mes confrères et consœurs, je pense que la prophétie qui annonce le salut de tous va pouvoir se réaliser. J'ai avec moi deux amis humains pour nous aider. Louis et Tania, vous pouvez approcher».

Tania réussit à convaincre un Louis réticent d'avancer. Ils rejoignirent le griffon au centre.

- Euh, Karl, c'est toi?, demanda Louis, inquiet.

Le griffon reprit l'apparence de son ami.

- Oui, c'est bien moi. Désolé, je ne pouvais pas tout vous expliquer. Nous voulons savoir si vous êtes les humains annoncés dans notre prophétie et pour ça, vous devez toucher la pierre.

- Et qu'est-ce qui va se passer après?, s'informa Louis.

- Rien de grave, rassure-toi, dit Karl.

Tania, qui tenait encore la main de Louis, le rassura d'un sourire. Ensemble, ils touchèrent la pierre, qui se mit à briller et à s'ouvrir.

+++

Lovée au cœur de la pierre se trouvait une orchidée magique. Elle se déploya et laissa apparaître ses pieds en radis, ses bras en feuilles d'érable et ses pétales multicolores. Debout, elle était plus grande que notre trio et souriait avec une énorme bouche épineuse!

Elle agrippa fermement Tania et Louis qui s'affolaient : «Elle ressemble aux plantes carnivores du livre de sciences naturelles!» L'orchidée lui susurra à l'oreille : «Mais non, je suis une plante omnivore». Louis sourit en retour tout en soupirant de soulagement, puis croisant le regard effaré de Tania réalisa son erreur : omnivore n'avait rien de rassurant...

Elle leur dit dans le français rocailleux des plantes de pierre : «VotRe devoiR est de boiRe mon nectaR. Cette mixtuRe de siRop d'éRable fluoRescent vous métamoRphoseRa en cRéatuRe. Se mettRe à la place des autRes Reste le meilleuR moyen de compRendre leuR pRoblème.»

Pendant que nos amis buvaient le liquide étonnement réconfortant, Karl s'exprima dans le français chantant des griffons : «Je vous dois des explications. Les humains et nous, des produits utilisions. Dans le ciel, la couche des zones, abîmée par nos produits, des rayons ultra-mauvais, ne protégeait plus nos amis. Les humains, nous avons infiltrés. Les produits, nous avons arrêtés et la catastrophe, l'extinction, nous avons évitée...»

Le lutin, toujours perché sur son dragon, reprit dans le français facétieux commun aux lutins et aux farfadets : «Voici le nouveau danger : il pleut dans les déserts et il fait sec dans les marais. Il fait froid dans les vergers et il fait chaud sur les glaciers. Sur la planète le climat change beaucoup trop vite à cause des gaz à moufettes fières.»

Un bleuet des prairies intervint dans un français fleuri : «Nous les plantes, nous vous avions prévenus, mais en vain. Aujourd'hui, nous sommes fatigués de filtrer l'eau, retenir les sols, filtrer l'air et fournir l'oxygène pour des créatures et des humains qui nous négligent».

Louis, devenu dragon barbu et surpris par le français compliqué qui sortait de sa bouche, répondit : «La situation est claire comme de l'eau de roche. Arrêtons les élucubrations et agissons!»

Tania, devenue fée coccinelle, ajouta dans un français bienveillant : «Ensemble, nous pouvons arrêter les gaz à moufettes fières. Unissons nos forces.»

Toutes les créatures s'enthousiasmèrent dans un mélange émouvant d'accents français : «Hourra!»

Alors un vieil Érable qui semblait parler au nom de tous dans le français solide des arbres centenaires souffla d'une voix profonde : «La prophétie l'avait annoncé. Ces enfants sont nos guides.»

Puis, s'adressant directement à Tania et Louis : « Pour réussir, il ne suffira pas de supprimer un produit. Il faudra que les humains modifient plusieurs comportements. C'est une mission très difficile car les humains aiment les habitudes. La routine les rassure. Voici les énigmes à résoudre. » Il leur tendit un parchemin en écorce de bouleau et leur souhaita bonne chance. Nos trois amis, impatients de s'envoler, lurent les premières instructions...

+++

Aux élus du griffon et de l’orchidée.

Premièrement, trouvez ce que vous devez prêcher en lisant l’histoire de Sandore Épée:
Une fois, au temps du premier siècle, dans une grande ville qui avait un énorme château, habitait un roi appelé Sandore Épée. Ce roi était avare et voulait tout. Il avait de grandes armées qui étaient toujours en guerre et voulaient prendre pouvoir du monde. Un jour, le roi Sandore a trouvé une lampe magique. Quand il l’a frotté, une voix mystérieuse a dit : « Tu as trois souhaits. » Sandore a crié, triomphant, et l’a montré à ses gardiens. Il a dit : « Pour mon premier souhait, je veux que personne ne meure à la bataille. » Quand il finit de parler, la voix, cette fois extrêmement mystérieuse et menaçante, a dit : « Tu as deux souhaits. » Sandore a pensé pour quelques secondes, puis il a dit : « Pour mon deuxième souhait, je veux rester roi toute ma vie. » Il a pensé un peu plus, puis il a dit : « Mon troisième souhait est de rester heureux toute ma vie. » Sandore, déjà vieux, n’avait pas imaginé qu’il pourrait mourir d’un âge normal puisqu’il n’allait pas à la bataille avec ses soldats. La semaine suivante, il est mort d’une maladie soudaine et les guerres n’ont plus eu de fin. Vous cherchez toujours? Voici une charade pour vous aider : mon premier est un acronyme de Gaz à effet de serre, mon second est un déterminant possessif pluriel de la deuxième personne du singulier, mon troisième est un homophone de vers et la couleur des plantes et mon tout est deux mots qui vont sauver le monde.

À partir des indices sur le parchemin, Louis et Tania, qui étaient très fort en français, ont deviné ces mots : GES-TES VERTS. Ils se sont vite mis à imaginer tout ce qui pouvait être fait pour modifier les comportements humains nuisibles à la nature. Ils continuèrent leur lecture :

Maintenant que vous pouvez visualiser ce que vous allez montrer aux humains, il faut trouver la lampe magique de Sandore et annuler son premier souhait. Ainsi, vous obtiendrez un retour définitif de la paix dans le monde. Puis, il faut détruire la lampe pour que les gens arrêtent de faire des souhaits égoïstes et souhaitent plutôt ardemment le bien planétaire.

- Je connais cette lampe et je sais où elle est, dit le griffon, Karl. Elle est sur ma table de chevet. J’ai toujours su qu’elle cachait un pouvoir surnaturel. Heureusement que je ne l’ai jamais frotté!

Les trois jeunes ont donc repris forme humaine et ils sont allés chez Karl. Ils ont souhaité que les guerriers meurent à la bataille et que la lampe disparaisse à tout jamais. Progressivement, les guerres ont cessé et, en 50 ans, le réchauffement global s’est arrêté. Louis et Tania eurent plusieurs autres aventures merveilleuses. Ils se sont mariés et ont vécu heureux aux côtés de leurs amis, les créatures magiques de la clairière cachée.