Semaine nationale de la francophonie

Histoires collectives
Introduction Développement 1 Développement 2 Conclusion et titre

Bryan Perro
Québec
Auteur

Collège Durocher St-Lambert
St-Lambert, Québec
Secondaire 2

Collège de Champigny
Québec, Québec
Secondaire 2

École Laurier
Montréal, Québec
6e année

Le dragon meurtrier

Je me souviens encore du moment où mes yeux admirèrent pour la première fois Ragnarök. L'immense dragon avait la peau couverte d'écailles et quatre pattes munies de doigts puissants. Une longue queue serpentine, une tête reptilienne couronnée d'une paire de cornes, des ailes membraneuses et des grandes dents effilées comme des
couteaux complétaient le tableau.

Mes yeux se fixèrent sur sa gigantesque mâchoire capable de gober d'un seul coup un cheval tout entier. Devant ce spectacle, mon sang ne fit qu'un tour et mon cœur commença à s'affoler dans ma poitrine. Heureusement, je n'avais pas attiré son attention.

Je savais que je n'arriverais pas à maîtriser cette bête avec mes seuls pouvoirs. J'allais devoir trouver une ruse afin d'attirer son attention pour lui offrir la pièce d'or que m'avait confiée Augure de Verbouc. Je savais que cette pièce allait faire apparaître un trésor maudit qui condamnerait le dragon à mort en quelques heures seulement.

Je savais que ce monstre avait une maîtrise parfaite du feu et qu'il pourrait à tout moment nous faire griller en moins d'une seconde. Mais Ragnarök tomba dans le piège et nous quittâmes la grotte en emportant son œuf.

Nous n'avions malheureusement pas vu qu'elle en couvait un deuxième.

+++

Voilà maintenant trois ans que notre aventure s'est terminée. Bien sûr, entretemps, l'œuf que nous avions si brutalement arraché à sa mère avait éclos. Malencontreusement, le dragon mourût dans nos bras, après avoir arraché un cri de détresse qui résonna au plus profond de nos entrailles.

À cet instant-là, nous étions persuadés que le dernier représentant de cette race mythique avait péri naturellement, avec nous pour seuls témoins. Très vite nous sombrâmes dans l'insouciance, sans savoir que le malheur guettait le moindre de nos mouvements. Il était déjà trop tard, la douleur et le désespoir étaient en chemin.

Notre vie parfaite, imaginée de toutes parts, prit fin le jour où quatre villages furent anéantis en l'espace de quelques heures. Les rumeurs qui circulaient parlaient d'une bête énorme, avec une lueur malsaine dans le regard et se fondant aisément dans la nuit. Un animal sauvage, dénué du moindre scrupule. Cette apparition mystérieuse éradiquait la moindre parcelle de vie.

Nous nous dirigeâmes donc vers ces villages maudits, arborant notre fière allure sur nos montures soigneusement entretenues. En réalité, une peur indescriptible nous grugeait de l'intérieur et notre respiration devenait saccadée et irrégulière, résultat d'entraînements négligés. Serait-il possible qu'un autre dragon soit en liberté? Seul le destin nous le dirait.

À peine arrivés sur les lieux du carnage, nous pûmes constater la désolation qui y régnait. Des corps ensanglantés jonchaient le sol tandis que d'autres, calcinés, donnaient un air irréaliste à ce tableau funeste. Un rugissement strident nous fit sursauter et nous vîmes la géante bestiole approcher à une vitesse effrayante, glaçant au passage le sang qui coulait dans mes veines. Il y avait bel et bien un autre dragon, et c'était notre seule chance de le capturer avant qu'il n'ait infligé trop de dégât à notre patrie.

Comme la bête se rapprochait, notre premier réflexe, dicté par notre instinct de survie, fut de courir. S'enfuir le plus loin possible et ne jamais se retourner. L'adrénaline ayant pris le contrôle de mon corps, je me retournai et tentai d'enfermer le dragon dans une puissante bulle d'énergie. Mes paumes brûlaient sous la puissance de la magie que j'avais dégagée, mais je tins bon. J'avais cependant sous-estimé la force de mon adversaire et il ne tarda pas à riposter.

Se libérant subitement de mon emprise, il esquissa quelques pas et vint me heurter brutalement à l'aide de son immense queue. Je volai sur une dizaine de mètres avant de m'écraser violemment contre un sol étonnamment dur.

Ébloui par le soleil et sonné par le coup, j'eus tout juste le temps de le voir s'élancer dans les airs, avec l'intention d'en finir avec ma misérable existence. Je me ressaisis instantanément et envoyai une décharge électrique dans sa direction, avec l'espoir de l'affaiblir. Mon attaque avait porté fruit et la créature s'écrasa lourdement à mes pieds.

+++

Elle n'était par contre pas morte. En m'approchant, je pus sentir son souffle nauséabond effleurer mon visage. Sa lourde dépouille se soulevait au rythme de sa respiration saccadée. Soudain, le dragon ouvrit les yeux et, dans un geste de défense désespéré, il coinça mon bras entre ses dents. Je sentis ses mâchoires se refermer solidement et ses crocs déchirer ma chair. Cette ignoble créature ne comptait pas me laisser partir indemne.

Alerté par mes cris de douleur apeurés, mon fidèle ami entreprit une tentative pour me sauver en lançant un filet de cordage sur le monstre. Épuisé et alourdi par le poids de la corde, il lâcha prise. Ce cracheur de feu sut qu'il ne pouvait plus rien faire lorsqu'il essaya en vain d'utiliser son souffle meurtrier contre nous.

Nous le transportâmes dans le coin le plus reculé de la forêt, à l'abri des regards curieux et des envies meurtrières des habitants. Bien que nous fussions apeurés par cette bête, elle risquait d'être la dernière de son espèce et nous tenions à la préserver.

Au fil des jours, nous nous rendîmes compte que le dragon n'était pas si mesquin et surtout, que sa beauté mystérieuse nous hypnotisait complètement. Son regard perçant aux teintes d'émeraude nous fixait continuellement. On pouvait y déceler de la peur, mais surtout, de la colère et de la soif de vengeance. Son corps svelte et élancé était recouvert d'écailles miroitantes de couleurs saphir et bleu nuit. Ses pattes puissantes faisaient vibrer le sol sous chacun de ses pas. Elle semblait faite de glace et de pierre, une véritable créature de guerre. Ses dents affilées me faisaient encore frissonner et dans son rictus, je reconnus un mépris qui m'était adressé.

Un jour où j'étais au marché, j'entendis des villageois parler d'une étrange créature vivant dans les bois. Croyant que notre secret eut été découvert, je courus vers l'endroit où nous avions laissé le dragon. Je m'aperçus bien vite qu'elle avait été découverte d'une bien mauvaise façon. Un corps à moitié déchiré gisait à ses pieds. La bête avait encore du sang sur les mâchoires. Derrière moi se tenait mon ami, tout aussi surpris que je l'étais.

Nous entendîmes alors quelques murmures ainsi que des pas se rapprochant. Nous savions clairement ce qu'ils désiraient, c'était la créature, sans aucun doute. «Qu'allons-nous faire d'elle? », dis-je, désespéré.

+++

Nous essayâmes de pousser la bête derrière de grands arbres touffus, mais cette dernière, encore avide de sang, voulait tout simplement me manger. Je tentai alors d'utiliser mes pouvoirs comme lors de sa capture. Malheureusement, le deuxième fils de Ragnarök était à la fleur de l'âge et il résista facilement. J'entendis alors le bruit des pas s'amplifiant à chaque enjambée des villageois. Je compris à cet instant qu'il était trop tard pour fuir avec le dragon. Ce dernier pourrait facilement partir grâce à ses longues ailes écailleuses tandis que nous nous serions laissés à notre sort.

Bien entendu, je ne voulais pas quitter cette créature, mais je compris que la meilleure preuve d'amour que je pouvais lui donner c'était de le laisser partir. J'essayai alors de lui faire comprendre qu'il devait partir. Je ne me suis sûrement pas pris de la bonne façon en lui criant à tue-tête, car il ne bougea point. J'essayai une seconde fois et, cette fois-ci, j'y accrochai toute ma tristesse et mon désespoir. Il sembla comprendre et s'envola au loin. Je ne revis plus jamais la créature.