Semaine nationale de la francophonie

Histoires collectives

Introduction Développement 1 Développement 2 Conclusion et titre

Chrystine Brouillet
Québec
Auteure

École élémentaire catholique Monseigneur-Jamot
Peterborough, Ontario
Groupe d'enrichissement (6e année,7e année et 8e année)

École St-René-Goupil
Gelph, Ontario
5e et 6e années

 

École élémentaire
Gabrielle-Roy

Ottawa, Ontario

4e année


Une fausse note

Annabelle s’était dirigée vers le port, espérant qu’il y aurait plus de monde que dans la rue qu’elle venait de quitter. Une rue sombre, déserte, où ses pas résonnaient trop fort, l’empêchant peut-être d’entendre des bruits suspects. Elle s’était retournée plusieurs fois, croyant être suivie, mais elle n’avait surpris personne à l’épier. Le sentiment d’être guettée ne la quittait pas cependant; comment aurait-il pu en être autrement? Comment aurait-elle pu marcher dehors sans crainte après avoir reçu cette lettre anonyme au début de la semaine?

Cette lettre tellement bizarre! Quand Annabelle avait décacheté l’enveloppe, elle s’était d’abord étonnée de son aspect: elle était rouge vif et un cachet de cire dorée la scellait. À une époque où les communications se faisaient surtout par courriel, cette missive était vraiment intrigante! Presque romantique... En dépliant la lettre, elle avait remarqué que le papier rouge était liséré de noir et qu’une odeur de rose très puissante s’en dégageait. Elle avait souri, puis froncé les sourcils en lisant ces vers:

Je sais tout de toi, jolie Annabelle

Qui cache trop de secrets

Qui devrait être moins cruelle

Avec ses sujets, avec ses jouets...

Toi, tu ne sais rien de moi, ma belle

Mais je suis là, tout près. Si près.

Annabelle avait laissé tomber la lettre comme si elle lui brûlait les doigts; qui avait pu lui écrire cet inquiétant poème? Des secrets? À quels secrets l’auteur de la missive faisait-il allusion? Était-il aussi proche d’elle qu’il l’affirmait? Elle s’était avancée vers la grande fenêtre de son appartement, avait regardé l’immeuble en face du sien; est-ce que quelqu’un l’observait d’un des appartements?

Qui l’accusait de cruauté? C’était un mensonge!

Qui était en colère contre elle et cherchait à l’effrayer? Une des filles qui avait participé au concours de chant et qui n’avait pas été sélectionnée? Ou un amoureux éconduit?

Annabelle avait repris la lettre, l’avait rangée dans un tiroir; c’était ridicule de s’être alarmée à ce point. Elle allait oublier ces idioties.

Mais ce soir pourtant, alors qu’elle marchait vers le port, la nuit lui paraissait vraiment menaçante.

En quittant la rue sombre, elle aurait voulu se mêler à une foule afin de se sentir plus en sécurité. Toujours personne en vue, sa peur l'envahissait. Annabelle s'était soudainement mise à courir à toute vitesse. Essoufflée, elle était arrivée au port. Celui-ci, rempli de gens et illuminé, l'avait rassuré un peu mais elle craignait encore que quelqu'un puisse être en train de l'épier. Elle examinait tous les coins noirs et, tout à coup, elle sentit une main sur son épaule. En sursautant, elle s'était retournée et avait fait face à un camarade de classe.

– Oh! Jérôme, je suis contente de voir quelqu'un que je connais.

– Pourquoi as-tu l'air si anxieuse?

Elle avait hésité un moment. Devrait-elle parler à Jérôme de la lettre anonyme qu'elle avait reçue? Elle n'aurait pas voulu qu'il se moque d'elle, mais elle devait partager ce qui la tracassait tant avec quelqu'un.

– J'ai reçu une lettre qui disait que j'étais cruelle.

– Qui t'a envoyé cette lettre?

Elle avait haussé les épaules.

– Il n'y avait pas de signature?

– Non.

– Qu'est-ce que tu en penses?

En s'énervant, elle avait répondu :

– Ce sont des mensonges.

D'un ton subtil, Jérôme avait dit :

–  Es-tu sûre de ça?

Insultée, elle avait répliqué :

– De quoi parles-tu?

– Je ne sais pas comment te l'expliquer, mais tu agis toujours comme une reine.

– Avec mes sujets et mes jouets!?

Annabelle n'avait pas attendu une réponse. Elle avait quitté rapidement et courut pour retourner à son immeuble. Elle s'était précipitée dans l'escalier qui menait à son appartement. En pénétrant dans son logis, sans délai, elle s'était dirigée vers le bureau où elle avait placé la lettre. Elle ouvrit le tiroir, mais la lettre semblait être disparue. Elle avait fouillé, mais tout ce qu'elle avait retrouvé était le cachet de cire dorée qui avait servi à sceller la lettre. En l'examinant de plus près, elle y avait vu une lettre : un x. Un bruit de pas à sa porte la fit se retourner.

C'était Jérôme!

– Comment es-tu entré?, demanda Annabelle.

Jérôme ne répondit pas. Il marcha vers Annabelle en prenant des pas de zombie. Il saisit les bras d'Annabelle. Jérôme avait un regard sombre dans ses yeux. Annabelle poussa un cri, mais aucun son ne sortit de sa bouche. Il la lâcha et secoua sa tête. Le regard sombre partit de ses yeux.

– Je m'excuse! Je ne sais pas qu'est-ce qui est arrivé!, dit Jérôme.

Annabelle répéta seulement :

– Comment es-tu entré?

– Je te suivais pour m'excuser à propos de mon commentaire de reine, puis j'ai perdu contrôle de mon corps et…

– T'es correct?, l’interrompit Annabelle.

– Laisse-moi finir! Alors, j'entendais des voix dans ma tête qui me disaient d'entrer dans ta chambre et de te lancer par la fenêtre.

– Oh! Jérôme, Jérôme, Jérôme! Toi et tes excuses.

Annabelle lui parla du poème et Jérôme lui répondit :

– Annabelle! Je pense que je sais qui est l'auteur de ce poème.

– QUI!?!?

Soudainement, Jérôme disparut et sur le plancher où il se trouvait, il y avait un gros X rouge.

Annabelle était perplexe. Elle fixait le X sur le plancher. Encore un signe étrange, pensa-t-elle. Cette lettre est-elle liée à Jérôme? C'est un ami pourtant, pourquoi voudrait-il m'effrayer ainsi? Que cache-t-il?

Elle entend une voix... « Je suis tout près de toi ». À peine a-t-elle le temps de se détourner que Jérôme réapparaît et sous ses pieds le X se dissipe pour ne laisser qu'une poussière scintillante. Les lumières du couloir s'allument et s'éteignent, puis clignotent plus faiblement.

- Mais que ce passe-t-il, Jérôme? Maintenant, tu me fais vraiment peur! D'où viens-tu?

Le jeune garçon silencieux regarde Annabelle intensément.

- Je ne saisis pas tout moi-même mais ne sens-tu pas que tu me connais depuis longtemps? Ne sens-tu pas que nous sommes pareils tous les deux, vraiment proches…

Quelque chose chez Jérôme l'avait tout de suite intriguée quand il était rentré dans la classe la première fois comme si elle se voyait dans un miroir. Tout le monde trouvait qu'ils avaient les mêmes yeux, un peu les mêmes cheveux, légèrement crépus, et la maitresse confondait toujours leurs noms!

Elle fixe Jérôme : ses yeux sont comme ceux de son frère.

- Jérôme n'est pas ton vrai nom, n'est-ce pas?

Il hoche la tête doucement et l'encourage à continuer.

- Tu t'appelles Xavier. Est-ce possible? Comment pourrais-tu?...

- Oui, je suis ton frère.

Annabelle sentait qu'elle allait s’évanouir. Elle ne comprenait rien et comprenait tout en une seule vague. Devant elle : le fantôme de son frère jumeau qui avait disparu quand elle avait cinq ans et qu'elle aimait plus que tout.

- Tu ne dois le dire à personne, Annabelle. Je suis revenu pour te dire que je veille sur toi, comme avant, et aussi te rappeler d'être douce avec ceux que tu aimes. Tu ne verras plus jamais cette lettre car tout va bien maintenant. Elle répéta, soulagée, « tout va bien maintenant ».

 

Imprimer la version PDF