Semaine nationale de la francophonie

Histoires collectives

Introduction Développement 1 Développement 2 Conclusion et titre

Martine Noël-Maw
Ouest et territoires
Auteure

École secondaire
Armand-Corbeil
Terrebonne, Québec
Secondaire 2 – groupe 201

École Mgr-Mathieu-Mazerolle
Rivière-Verte, Nouveau-Brunswick
8e année

École Secondaire Bernard-Gariépy

Sorel-Tracy, Québec

Secondaire 1 - groupe 27

Jonathan, le garçon de papier

Quand mon frère et moi étions petits, nos parents nous racontaient souvent des histoires à l’heure du coucher. Maman lisait des légendes de chevaliers et de princesses dans de beaux albums aux images colorées, tandis que papa nous faisait rire ou trembler de frayeur avec sa propre imagination.

Dans les histoires de papa, le traîneau du père Noël n’était pas tiré par de vulgaires rennes, mais par des « chevreuils de pluie », des animaux que j’imaginais avec un nez rouge, bien sûr, mais aussi avec de grands yeux larmoyants et un imposant panache qui perçait les nuages pour faire tomber la pluie et engendrer des arcs-en-ciel.

Je dois préciser que le caractère parfois étrange des récits de mon père vient du fait que sa langue maternelle est l’anglais. C’est ainsi que les reindeers du père Noël sont devenus des « chevreuils de pluie ».

De toutes les histoires qu’il a inventées pour nous, ma préférée demeure celle de Jonathan, le paperboy devenu « garçon de papier ».

– Un matin, Jonathan passait sur le « marchoir » devant une maison abandonnée quand...

– Un « marchoir »? Ça n’existe pas! C’est un trottoir!

– Non, les enfants. Le garçon de papier ne trotte pas, il marche!

Mon frère et moi riions en gigotant sous nos couvertures.

– OK then. Jonathan passait sur le trottoir devant une maison abandonnée quand il est tombé dans un « homme trou ».

– Un « homme trou »? dit mon frère.

– Oui, a man hole, you know?

– Ah! C’est un trou d’homme, dis-je.

– Bon, vous arrêtez de m’interrompre sinon, no story tonight!

J’ai serré les lèvres.

– Jonathan est tombé dans un trou d’homme avec son gros sac rempli de « papiers ».

– Rempli de journaux, dit mon frère.

– Chut! Laisse-le continuer…

– Au fond du trou d'homme se trouvait de l'eau brune, qui sentait les œufs pourris. Les rebords des murs étaient gluants et froids, un peu comme s'il y avait une petite couche de glace. Dans ce trou, on pouvait entendre des bruits, des petites pattes de rats qui couraient vite. Ceci a donné la frousse au garçon de papier. Les rats étaient si étranges que tout son corps a été parcouru d’un énorme frisson inexplicable.

Il faisait noir, aussi noir que les cheveux de Blanche-Neige. Jonathan a avancé de deux, trois pas et a cru entendre parler.

– Qui es-tu? demanda-t-il avec frayeur.

Personne n'a répondu. Jonathan l'a répété plus fort:

– Qui es-tu?

Quelques instants plus tard, un homme lui a répondu:

– Je suis Paul. Il y a longtemps que je suis enfermé dans ce trou d'homme.

– Pouvez-vous m'aider à sortir? J'ai peur et j'ai froid.

Jonathan se mit à pleurer. L'homme l'a rassuré :

– Il existe un moyen pour sortir. Je te raconterai plus tard pourquoi moi-même je ne l'ai pas utilisé. C'est une longue histoire.

Mais, pour l'instant, il faudra que tu fasses tout ce que je te dirai.

– D'accord, je suis prêt.

– Pour sortir, il y a trois épreuves à surmonter. Certaines sont difficiles. Pour la première, vois-tu la roche au milieu de cet égout?

– Oui...

– Il y pousse une jolie rose magique. Le seul problème, c’est que tu dois l'enlever sans la briser ou la couper. Dès que tu la toucheras, elle commencera à perdre ses pétales. Attention, tu dois réussir à l'enlever avant que tous les pétales tombent, sinon tu devras attendre un an avant qu'ils soient tous repoussés. Fais gaffe, car nul n'a été capable.

Un, deux, trois, et Jonathan est rendu près de la fleur. La peur qu'il a de ne pas sortir du trou commence à lui trotter dans la tête. Il s’est mis à tirer, mais sans aucun résultat. Le petit homme lui dit :

– Ah oui! Il y a un seul moyen pour enlever la fleur de la roche. C'est d'y croire du plus profond de ton cœur.

Sur ces mots, Jonathan a essayé de nouveau. Cette fois-ci, avec une bonne pensée, celle qu'il serait capable et celle d'un dénouement heureux. Bien sûr, il a réussi. Heureux, il a crié de toute sa voix au petit homme qui est venu le rejoindre aussitôt.

– Super, tu as réussi. Maintenant, tu dois traverser de l'autre côté de la roche. Mais attention...

Tu devras t'approprier la flèche du chevalier « man hole » qui est prisonnière dans son carquois. Le chevalier barbu vêtu de noir dort d'un profond sommeil depuis plus de 1 000 ans. Aussitôt que tu traverseras de l'autre côté de la roche, tu auras exactement 60 secondes pour récupérer la flèche magique afin de ne pas réveiller le vieux barbu.

– Comme papa disait « It's a minute to win », dit Jonathan.

– Tu peux réussir, ajoute Paul.

Jonathan se sent terrifié à l'idée de ne pas réussir ce terrible défi.

– Qu'arrivera t-il si je ne réussis pas cette épreuve?, demande Jonathan.

– C'est toi qui prendras la place du chevalier jusqu'à ce qu'une autre personne tombe dans le trou. Tu risques d'y dormir pendant plus de 1 000 ans.

Sans hésiter, Jonathan traverse la roche et se précipite vers la flèche scintillante et la prend courageusement. Comme il récupère la flèche, il perd pied et tombe la tête la première dans l'eau froide et gluante. Il échappe la fleur qui s'en va avec le courant vers les vannes de sortie. Le jeune homme se souvient de la pensée qu’il avait eue pour retirer la fleur du rocher. Il faut donc y croire du plus profond de son cœur.

Les yeux fermés, flèche à la main droite, l'adolescent tend la main gauche et sent la fleur dans sa main. Il reste moins de 15 secondes pour retourner à son point de départ. Soudain, un gros rat d’égout lui saute sur la jambe, ce qui lui donne la frousse et il double de vigueur durant sa course folle contre le temps.

– Bravo, tu as réussi! Maintenant, il ne te reste plus qu'une étape à accomplir. Tu dois séparer de la fleur deux pétales et les installer sur chaque bout de la flèche. Comme les deux pétales sont sur chaque bout de la flèche, l'objet se met à grossir et à devenir un objet volant. Cette flèche va faire disparaître le « man hole ».

Après une quinzaine de minutes de transformation, la flèche se transforme enfin en abeille géante. Jonathan est vraiment surpris.

- Une abeille géante!

- Moi-même je suis surpris, s'étonne Paul. Un dragon aurait été plus utile!

L'abeille, vexée, se retourne et montre un dard acéré et pointu.

- Je retire ce que je viens de dire, cela va bien nous servir, corrige Paul.

Jonathan embarque sur l'abeille qui transperce aussitôt la roche afin que son dard atterrisse dans la poitrine du vieux barbu. Ce dernier ouvre alors les yeux, effrayé, et disparaît en cendre.

- Ouf! Je suis content de ne pas être ce vieux barbu, dit Paul.

À présent, Jonathan se demande comment il fera pour sortir.

Paul sourit :

- Je ne sais pas! Je t'ai fait faire ces épreuves juste pour m'approprier les provisions du vieux barbu!

- Pardon?, répond Jonathan offusqué.

- Tu as bien entendu! Je ne suis qu'un manipulateur!

Tout à coup, l'abeille disparaît à la grande déception du jeune garçon qui se retrouve seul avec Paul le menteur.

- Ne me regarde pas comme cela, tu vas me faire culpabiliser!, se défend Paul.

– Sais-tu au moins s'il y a une sortie?, demande Jonathan.

- Pas que je sache.

Le jeune prisonnier, fâché, donne un gros coup de poing dans le mur.

- Non! Ne fais pas ça! Ce décor m'a coûté une fortune!, crie Paul.

- Qu'est-ce que tu viens de dire?, répond Jonathan, surpris.

- Je suis désolé, tu t'es fait prendre à l'émission « Tu fais confiance à quelqu'un ».

- Quoi? C'est ça ton histoire, papa?, m'exclamais-je.

- Yes, kids! Tirez une bonne leçon de tout ça : ne faites jamais confiance à des inconnus!

- D'accord papa! Bonne nuit.

- Good night!

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