Semaine nationale de la francophonie

Histoires collectives

École secondaire Paul-Le Jeune
Saint-Tite, Québec
Secondaire 5

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Suite de l'histoire...

Le vieil homme vint à ma rencontre et me dit aussitôt : «Je le savais que ça arriverait, je le savais! Écoute-moi, garçon, il n'y a que toi qui peux changer la situation. Tu dois faire revivre la fontaine, sinon il n'y aura plus jamais de culture. Tu dois réinventer tous les éléments culturels qui ont disparu pour ça. Je dois y aller maintenant.» Sur ce, il partit et me laissa là, confus, sur le trottoir. Que vais-je faire? Je n'y comprends rien! De quoi parlait-il et qu'est-ce que je devrais réinventer?

Je retournai à mon appartement, mon estomac tout à l'envers et la tête pleine des évènements précédents. Il faut que je sache exactement ce qui est arrivé, et la seule personne qui peut me le dire, c'est la présentatrice des nouvelles. La télévision allumée, devinez ce que je vois? Rien, c'est le vide total. Quel idiot je fais! Qu'est-ce que j'avais pensé? C'est à ce moment que j'ai réalisé que c'est de ça que le vieux parlait: la culture, il faut la réinventer. La musique, le cinéma, l'écriture… la langue. Il faut recréer ce qui est perdu, ce qui a été coupé, ce qui va disparaître.

Perdu dans mes pensées, je sursautai quand le téléphone sonna. L'afficheur indiquait que ma petite nièce était à l'autre bout du fil. Aucun son ne sortait du combiné et, après avoir demandé trois fois s'il y avait quelqu'un, j'ai raccroché. Le même scénario se produisit à quatre reprises, j'en compris qu'elle avait besoin de moi.

Sur le chemin pour aller chez ma sœur, je croisai plusieurs enfants qui avaient l'air paniqué, aucun son ne sortait de leur bouche. Certains jeunes adultes parlaient, mais comme s'ils étaient redevenus enfants, des mots de base et des sujets non recherchés, rien n'était propre à cette génération qui adorait discuter et échanger.

Quand j'arrivai chez ma sœur, ma petite nièce m'attendait, mais elle ne pouvait rien dire. Muette, elle me fit vite comprendre que ce problème était général et que, graduellement, la société perdait sa langue. Des plus jeunes avaient déjà perdu la parole, c'est la génération suivante qui serait la prochaine… Je serai le prochain. Nous avons décidé que la meilleure idée était d'aller voir ma grand-mère : elle qui savait toujours tout et pourrait probablement nous aider.

Une fois informée, ma grand-mère organisa une grande soirée d'apprentissage : réapprendre aux enfants à parler et faire écrire les plus vieux. Elle réunit tous ses amis de l'âge d'or parce qu'eux seuls pouvaient nous aider. Ce soir-là, toutes les personnes qui avaient eu notre message se sont présentées au rendez-vous. La plupart étaient paniquées et ne comprenaient pas ce qui se passait. Après avoir expliqué à tous ce qui arrivait à la fontaine de la culture, nous avons mis au point un plan pour la réanimer. Tout le monde devait participer, et cela commençait par réapprendre aux enfants à parler.

Nous avons passé la nuit entière à travailler avec les petits pour qu'ils puissent à nouveau parler. Vous auriez dû voir l'expression du premier qui a sorti un son, aussi surpris que sa première fois. Cette nuit a été un franc succès : les enfants parlent et une trentaine de romans ont été commencés.

Tout le monde était fatigué et exténué de sa nuit, mais je voulais absolument faire un détour par la fontaine…

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