Semaine nationale de la francophonie

Histoires collectives

École Sainte-Anne
Fredericton, Nouveau-Brunswick
6e année

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Suite de l'histoire...

… le drapeau acadien au sommet du mât de l'hôtel de ville qui se déchire lentement. L'étoile jaune se détache et tombe en tourbillonnant et atterrit près de moi. Je la prends, la glisse dans ma poche en me demandant si je rêve. Je relève les yeux pour voir la peinture qui se détache et tombe en minuscules gouttes. Je tends la main. Une goutte rouge s'y écrase. Le drapeau se tortille. Il semble souffrir. Je l'entends crier, j'ai l'impression qu'il m'appelle.

– Lucien, vite, toi seul peux me sauver, nous sauver!

C'est horrible, ma culture se meurt devant mes yeux.

Qu'est-ce qui arrive? Je baisse le regard juste à temps pour apercevoir le vieux qui s'éloigne en courant. Il s'arrête en me regardant directement dans les yeux. J'ai juste le temps de remarquer l'objet. Une clé! Il tient une clé en or dans sa main. Une clé ancienne, dentelée et très détaillée. À quoi peut bien servir cette clé? Aucune idée... Mais je sens, non, je sais que cette clé est la réponse à mes questions. Sans attendre, je me lance à sa poursuite. Personne ne semble comprendre ce qui se passe. Vite, je dois le retrouver! Je cours, je contourne les voitures. J'entends mon ami François:

– Julien, où vas-tu comme ça?

Je lui réponds en criant:

– Je n'ai pas le temps, c'est urgent!

Je continue de courir en zigzaguant dans la foule. Je saute par-dessus un petit chien qui s'est sauvé de son maître, puis je trébuche sur une poubelle au bord de la rue. Avant de tomber, j'ai le temps d'entrevoir le vieux disparaitre dans la foule inquiète. Je me retrouve le nez écrasé sur le trottoir. Vite, je me relève. Le vieux traverse la rue. Je m'élance, je me rapproche. Je le vois se jeter devant une voiture. Je crie: «Non!»

Je n'en crois pas mes yeux. Il a disparu, tout simplement disparu, là au milieu des voitures. Mes mains et mes genoux sont en sang. Je ne peux plus courir, j'ai trop mal. Je ne sais plus quoi faire. Pensons, pensons! Ah oui! Grand-papa! Lui qui sait tout. Il pourra m'expliquer ce qui arrive. Vite, il faut faire vite, mon cœur bat à tout rompre, j'ai tellement peur.

J'arrive finalement à la maison de grand-papa Germain. Essoufflé, je monte l'escalier, claque la porte et me retrouve dans le salon où grand-papa lit son journal. Sans prendre le temps de m'asseoir, je lui raconte tout. La musique, les mots, la fontaine, le drapeau, la clé, le vieux et sa curieuse disparition. Je termine en lui montrant l'étoile.

– Grand-papa, vite, il faut faire quelque chose.

Il enlève ses lunettes, me regarde et dit:

– Ça me rappelle une légende que mon arrière-grand-mère m'a racontée un jour.

– Une légende? Quelle légende?

Il se rapproche pour finalement murmurer:

– La légende des trois fontaines...

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