Semaine nationale de la francophonie

Histoires collectives

Suite 2.8

École secondaire catholique Béatrice-Desloges
Orléans, Ontario
7e année

Lire l'introduction 2 de India Desjardins >>

Suite de l'histoire...

« Adieu, Jenny », me dit Isabelle lorsqu'elle arriva chez moi.

Je ne comprenais rien. Il faut dire qu'elle n'était plus que l'ombre d'elle-même depuis qu'elle avait perdu sa mère. Elle fondit en larmes avant de me dire que le centre d'accueil lui avait trouvé une nouvelle maison chez sa tante Lydia, à Calgary, en Alberta. (Malheureusement, cette tante avait toujours été méchante avec ma meilleure amie. Elle lui avait même déjà INTERDIT de rester en contact avec moi!)

À travers ses sanglots, j'ai cru percevoir les mots : départ, demain, 6 heures du matin? Je n'en revenais pas! Comment la vie pouvait-elle être si cruelle? Pourquoi? Le lendemain matin? « Non!! », criai-je en me levant, mais il était déjà trop tard. Elle était partie. Pour toujours.

Je repensai à notre soirée d'hier. Je lui avais chanté une de mes dernières compositions. Isabelle était la seule personne qui m'avait entendu chanter. La toute première fois, elle m'avait dit : « Si jamais je pars, continue à chanter et montrer ton talent ».

Je crois qu'elle avait un don, celui de la clairvoyance, et que c'était pour elle un lourd secret. Mon amie avait toujours deviné des choses à l'avance. Une dizaine de minutes avant qu'elle ne reçoive l'appel concernant la mort de sa mère, elle était arrivée chez moi en pleurant et criant des « Non!!! » sur un ton désespéré.

La mine sombre, je pris ma guitare, « jammai » un peu, puis chantai avec émotion, sans but précis. En inventant les paroles de ma chanson, l'inspiration vint. Je me précipitai sur mon bureau, pris un papier et un crayon, puis je laissai aller mon imagination. Je commençai à chanter...

« La vie n'est pas que paradis
Elle nous a séparé tous les deux
Oh, je ne vois pas comment
Vivre sans toi
Sans toi, ce n'est qu'un vide
Sans toi, rien n'est possible
Sans toi, la vie n'est que misère
Tu es partie sans rien dire
Comment fais-tu ton chemin
Oh, je sais que nous nous reverrons
Sans toi, ce n'est qu'un vide
Sans toi, rien n'est possible
Sans toi, la vie n'est que misère
Adieu, toi qui m'es très chère
Je veux te dire au revoir
Oh, avant que tu ne partes pour jamais
Sans toi, ce n'est qu'un vide
Sans toi, rien n'est possible
Sans toi, la vie n'est que misère
La vie n'est que misère »

Je la chantai une fois... deux fois? Trois fois? Je chantai avec passion, avec fougue, même du style a capella. Rien ne pouvait m'arrêter. J'étais triste d'avoir perdu ma meilleure amie.

Tout à coup, j'entendis des applaudissements et quelques sanglots. Ma mère! Elle venait de m'entendre chanter pour la première fois. Elle s'approcha et me dit doucement : « Ma chérie, pourquoi nous as-tu caché cet incroyable talent? »


Imprimer la version PDF >>