Stages en enseignement dans les communautés francophones

Amélie Brillant-Caouette — Deuxième article

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Mon aventure franco-ontarienne

Mes premières impressions

À mon arrivée, j’ai été très bien accueillie par tout le personnel de l’école. Les gens s’intéressaient à nous, les stagiaires du Québec, ils nous posaient des questions sur notre expérience et nos motivations. C’était vraiment très bien. Rapidement, j’en ai appris beaucoup sur la région et sur ses habitants. Ce sont des personnes très accueillantes et chaleureuses. Comme c’est une petite ville, il y a beaucoup de liens de parenté entre les différentes personnes et presque tout le monde se connait. Ça me rappelle beaucoup nos petits villages du Lac-St-Jean.

 

Évidemment, j’ai remarqué des différences avec ce que nous voyions au Québec, à commencer par la langue. J’ai découvert un français avec une prononciation et une intonation très anglophone et des expressions traduites mots pour mots de l’anglais. Au début, j’étais un peu surprise. Je crois que je m’attendais à retrouver du français québécois ou du français européen et que ça m’a surpris de découvrir un autre français. Quoi qu’il en soit, je suis impressionnée de voir que des gens qui parlent parfaitement anglais et qui habitent une ville anglophone parlent français et font en sorte de le promouvoir.

Je m’attendais à rencontrer des élèves qui ont beaucoup plus de difficultés à s’exprimer en français. Or, j’ai été agréablement surprise de voir à quel point ils sont en mesure de s’exprimer et de formuler des demandes claires en français. De plus, presque tous les élèves de la classe habitent dans une famille traditionnelle (père et mère mariés), ce qui est vraiment différent de la réalité que nous vivons au Québec.

Un peu comme chez nous, les enfants pratiquent des sports à l’extérieur de l’école. Pour la plupart, ils jouent au soccer et au baseball. Seulement quelques-uns jouent au hockey alors que chez nous c’est ce sport qui est, en général, le plus populaire. De ce que j’ai appris, les familles sont semblables aux familles québécoises en ce qui a trait au nombre d’enfants. Ce sont des familles de deux à quatre enfants pour la plupart. Quelques enfants seulement sont enfants uniques.

Au niveau de la ville, c’est semblable à ce que nous connaissons. Il y a beaucoup de magasins et de restaurants que nous avons aussi au Québec. Il y a des parcs, des épiceries, un théâtre, des églises, un centre culturel, etc. Par contre, il y a plusieurs écoles et différents conseils scolaires sur un même territoire. Ce sont des écoles de différentes religions ou de différentes langues pour accommoder les différentes personnes qui habitent la ville. Il y a aussi plusieurs églises de différentes religions sur le même territoire. Il y a aussi plusieurs églises de même religion très proches les unes des autres et chacune d’elle a des messes avec un prêtre ce qui est de plus en plus rare au Québec. Les églises catholiques sont assez remplies lors des messes, contrairement à ce qu’on voit au Québec.

Le Conseil scolaire

Le conseil scolaire catholique Providence compte 23 écoles élémentaires et 7 écoles secondaires situées entre Windsor et London. Ce conseil scolaire est très jeune puisqu’il a été fondé en 2013 à la suite d’une réorganisation des écoles au niveau de la province, particulièrement au niveau de la séparation des écoles anglaises et françaises dans des conseils différents. Il offre plusieurs services comme l’aide à l’apprentissage, des services de garde et des camps d’été. Le conseil se donne comme mission d’offrir « un milieu d’apprentissage de qualité qui assure à chaque élève un encadrement imprégné de la culture francophone et de la foi catholique ». Différentes mesures pour recueillir des résultats et s’assurer du rendement de leurs élèves et de leurs écoles, comme la passation de différents tests de fin d’année, ont été élaborées. Le conseil doit être en mesure de prouver les bienfaits et la qualité de leurs écoles dans un milieu anglophone.

 

La langue et le milieu

De ce que j’ai appris, Pain Court est un village plutôt francophone. D’ailleurs, c’est à cette église que les élèves vont lorsqu’il y a des messes organisées avec l’école puisqu’ailleurs, tout est en anglais. Selon moi, la langue a survécu grâce à des familles qui ont tenu à ce que leurs enfants apprennent le français et comme il y a toujours quelques familles pour qui c’est important, il est possible d’avoir des écoles. Ces écoles fournissent des emplois aux francophones, ce qui les encourage à continuer d’utiliser le français et leur donne une raison de le faire. Ces écoles forment aussi de nouveaux francophones et visent à développer une identité francophone pour qu’eux aussi aient envie de continuer de le parler et de le promouvoir tout au long de leur vie. Il y a aussi une association francophone dans la ville de Chatham qui porte le nom de «La girouette». Ils organisent différentes activités principalement destinées à la communauté francophone de la ville comme des rassemblements, des cours de yoga, etc.

 

La différence entre les écoles québécoises et celles franco-ontariennes

Cette école est différente des écoles québécoises que je connais premièrement en raison de l’objectif principal qui est de former des francophones catholiques. Nous avons beaucoup moins d’efforts à déployer pour développer un sentiment d’appartenance envers la langue et pour faire en sorte que les élèves veulent parler français. C’est beaucoup plus naturel pour les élèves de ma région de parler français et ils ne ressentent généralement pas d’attirance particulière pour une autre langue; alors tout le monde utilise le français sans vraiment se poser de questions. De plus, comme nos écoles sont des écoles laïques, la religion catholique n’est pas enseignée, valorisée et pratiquée comme c’est le cas dans les écoles franco-ontariennes. Chaque religion est plutôt expliquée de manière neutre aux élèves du Québec.

 

Au Québec, plus particulièrement dans la région du Saguenay-Lac-St-Jean, nous nous inquiétons parce que beaucoup d’écoles ferment. En Ontario, il y a beaucoup de clientèle, mais pour que l’école continue d’avoir des inscriptions, elle doit garder sa réputation d’école qui forme de bons francophones. Alors que nous avons énormément de personnel en attente de postes permanents, il manque cruellement de personnel qualifié pour pourvoir les postes et pour avoir des suppléants. Le défi est d’avoir du personnel avec un bon niveau de français en plus d’être qualifié en enseignement. Il arrive qu’un des deux critères soit délaissé puisqu’autrement, il n’est pas possible d’avoir suffisamment de personnel… Les enjeux sont donc bien différents.

Ma perception de l'identité des élèves

Ayant côtoyé des élèves de première année, j’ai rencontré des jeunes qui ne sont pas vraiment conscients eux-mêmes de leur identité francophone. Ils sont très jeunes et n’ont pas vraiment conscience de cela. Ils sont dans une école francophone parce que leurs parents les ont inscrits là et ils font ce qui est demandé. D’après les discussions que j’ai eues avec eux, le français est la langue qu’ils apprennent à l’école, mais sans trop savoir pourquoi. Certains disent que c’est pour être en mesure de parler avec leurs grands-parents alors que pour d’autres enfants personne dans la famille ne parle français alors ce n’est pas quelque chose de nécessaire pour eux.

 

Je crois que ce qui influence le plus leur identité francophone c’est l’école et le personnel que les élèves côtoient. Pour certains, le français fait partie de la vie de famille, ce qui peut aider à créer un sentiment d’appartenance à la langue, mais comme la plupart des élèves parlent anglais à l’extérieur de l’école, leurs modèles sont donc essentiellement entre les murs de l’établissement. Les enseignants sont donc, selon moi, le modèle le plus influent que les élèves ont. Or, la majorité d’entre eux utilisent aussi le français uniquement à l’école et les élèves le savent.

Le bilan de mon stage

Quand je repense à mon stage, je suis heureuse de constater tout ce que j’ai appris. Pour ce qui est de l’enseignement, cette expérience m’a permis de voir à l’œuvre plusieurs techniques que nous apprenons à l’université et que je n’avais pas eu l’occasion de voir dans mes autres stages, entre autres au sujet de l’évaluation et de la différenciation pédagogique. J’ai pu découvrir une ambiance d’école bien différente lorsque la moyenne d’âge des enseignants est beaucoup plus basse que ce que nous voyons au Québec. L’école qui m’a accueillie a de jeunes enseignants qui ont reçu une formation semblable à la nôtre et qui enseignent selon des fondements et théories que nous retrouvons dans le nouveau programme de formation de l’école québécoise. Ce n’est pas toujours le cas dans les écoles du Québec puisque la majorité du personnel a reçu une formation antérieure qui ne prônait pas nécessairement ces fondements et théories.

 

Plus personnellement, cette expérience m’a ouvert sur le monde. Le fait d’habiter pendant deux mois dans une nouvelle province m’a fait voir que tout n’est pas comme chez nous. J’ai pu expérimenter la vie dans une autre langue, où tout ce que tu lis, regardes et écoutes est en anglais. Je me rends compte que le français peut facilement être en péril dans certains milieux. Comme tout est en anglais, il est nécessaire de le parler et de l’utiliser. Quoi qu’il en soit, c’est rassurant de voir des communautés qui valorisent et font des efforts pour continuer à faire vivre le français.

Cette expérience m’a appris que même si je ne parle pas le même français que les Franco-Ontariens, nous parlons tout de même tous français. Ils sont fiers de leur français comme je suis fière du français québécois et de toutes ses expressions. Il faut en être fier, continuer de l’utiliser et le faire découvrir aux autres francophones de ce monde. Il faut aussi, en tant que francophone, accueillir, valoriser et découvrir les autres variantes du français qui existent et survivent un peu partout sur la planète. Ainsi, nous pourrons dire qu’il existe réellement une communauté francophone mondiale qui se soutient!