Stages en enseignement dans les communautés francophones

Anabelle Fillion - Premier article

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Voyager pour instruire, découvrir et s’épanouir !


Je suis en train d’écrire ces lignes et je réalise que la fin approche. J’en suis déjà à ma sixième semaine. Quelle merveilleuse expérience enrichissante! Je tiens à remercier tout le personnel de l’école de l’Anse-au-sable pour leur accueil chaleureux. Dès la première semaine, je me sentais déjà comme chez moi! Je peux affirmer que j’ai comblé mes deux passions : le voyage et l’enseignement! Les paysages étaient spectaculaires et j’ai eu la chance d’avoir un stage au-delà de mes attentes!

Mes premières impressions

Lors de mon arrivée dans la ville de Kelowna, j’ai tout de suite été charmée par son environnement montagneux et par sa verdure. Le climat était assez différent de celui du Québec. La chaleur et le beau temps étaient présents. Un beau mélange d’émotions qui restera gravé à tout jamais dans mon cœur ! Ma compagne et moi avons été accueillies par le père de notre famille d’accueil à l’aéroport. Nous ne pouvions pas être mieux hébergées. Ils nous ont aidées et ont été présents au fil des semaines. Les gens sont sympathiques et très accueillants. Mon adaptation à ce nouveau mode de vie pour deux mois s’est bien déroulée. Dans l’espace d’un avant-midi, j’étais prête à réaliser ce que la vie allait m’offrir pour les semaines à venir. Ma première semaine à l’école de l’Anse-au-sable s’est très bien passée. J’ai eu droit à un accueil exceptionnel et je me suis sentie rapidement intégrée au sein de l’équipe.

 

J’ai eu la chance d’effectuer plusieurs activités pendant mes huit semaines. J’ai accompagné une classe à une pièce de théâtre en français, j’ai fait une sortie scolaire avec le groupe d’élèves qui participait à l’échange Sevec à Ossoyos, j’ai assisté à une formation sur la collaboration du personnel enseignant et j’ai participé aux réunions de Leader in Me, un projet de leadership présent à l’école. Un petit défi que j’ai surmonté avec brio a été qu’en enseignant dans une école minoritaire, je ne devais pas perdre de vue que la majorité des élèves n’avaient pas le français comme langue maternelle. J’ai dû calmer mon débit et choisir les bons mots afin de me faire comprendre. Certains mots me paraissaient simples, mais pour les élèves c’était une incompréhension totale. C’est en sortant du Québec que j’ai vraiment pris conscience des différents défis de la conservation de la langue française. À l’extérieur de l’école, j’ai été déstabilisée : pour avoir des services, je devais parler en anglais… Bref, mes premières impressions se sont vite transformées en une expérience inoubliable !

Conseil scolaire francophone

De 1860 à 1890, des religieux francophones ont instauré des écoles à divers endroits dans la province. En 1871, il y a eu la création du système d’école publique en Colombie-Britannique. Le parcours jusqu’à l’enseignement en français n’a assurément pas été facile. Pas moins de 100 ans se sont écoulés avant que leur gouvernement accorde aux francophones le droit à l’instruction en français. La première école francophone publique et homogène qui a vu le jour est celle de Vancouver : l’école Anne-Hébert. En 1995, il y a eu la création du Conseil scolaire francophone qui a pour mission de développer chez les élèves « dès le plus jeune âge, une maitrise de la langue française, une culture d’apprentissage continu, des habitudes de vie saine et un esprit de contribution à la société ». Le conseil veut que chaque élève développe son plein potentiel et une fierté pour la langue française. Le nombre d’élèves dans les écoles minoritaires francophones ne cesse d’augmenter. En 2009, le réseau compte plus de 3 500 jeunes et 38 écoles, dont 23 écoles homogènes.

 

Un peu d’histoire

L’école de l’Anse-au-sable se situe dans la vallée de l’Okanagan, plus précisément à Kelowna en Colombie-Britannique. L’histoire de Kelowna a commencé en 1859 lorsque des religieux français ont organisé la Mission du Père Pandosy. Le père Charles Pandosy, un missionnaire, planta les premiers arbres fruitiers, en 1884, ce qui contribua fortement au développement économique. Dans la deuxième moitié du 19e siècle, environ quarante familles francophones ont contribué à la colonisation de la vallée de l’Okanagan. Plus précisément à Kelowna, la rue Pandosy commémore la contribution de ce missionnaire à la fondation de la Mission Okanagan. Celle-ci avait pour but l’enseignement en français aux autochtones. J’ai eu la chance pendant mon séjour d’aller visiter le site commémoratif du Père Pandosy. C’était tout simplement magnifique ! Les francophones ont continué de s’installer dans cette région dans les années qui ont suivi. De plus, il y a un centre culturel francophone de l’Okanagan afin de créer un lieu de rassemblement pour les francophones de la région. Ce centre est un organisme à but non lucratif qui a pour objectif de promouvoir l’épanouissement de la langue et de la culture française auprès des habitants. À l’extérieur de ce centre, il y a six murales qui racontent la contribution des francophones en ce qui concerne leur histoire. Il s’agit d’un beau lieu où les francophones peuvent partager et se rencontrer, car la préservation de la langue française est un combat continuel.

 

 

 

L’école de l’Anse-au-sable

 

Mon école s’adapte énormément aux différents défis qui se présentent dans un milieu minoritaire francophone. La petite école est composée d’environ 200 jeunes de la maternelle à la douzième année. Chaque enseignant apporte sa propre couleur à sa classe. La mission de cette école est de reconnaître « que chaque élève est unique dans sa façon d’apprendre et de grandir et que tous les élèves apprennent mieux lorsqu’ils sont activement impliqués dans leur apprentissage ». Pour ce faire, plusieurs activités et projets sont présents à l’école. Les programmes et les services éducatifs sont en français et cela valorise le développement de l’identité culturelle, le sens des responsabilités et le plein épanouissement personnel, académique et social de tous les élèves. Les professeurs s’adressent aux enfants seulement en français et le valorisent aussi énormément. Des systèmes de renforcements positifs ou de récompenses sont utilisés pour motiver les jeunes. Pendant mon stage, il y a eu un échange entre certains élèves du secondaire dans le cadre du programme Sevec entre les écoles francophones. J’ai eu la chance d’accompagner le groupe lors d’une journée à Osoyoos. J’ai pu être un bon modèle francophone pour ces élèves. Les élèves de la maternelle à la troisième année ont aussi eu la chance d’assister à une pièce de théâtre en français qui était financé par le Centre culturel francophone de l’Okanagan. En organisant des activités en français, les jeunes peuvent davantage s’identifier à la langue française. Avant que j’arrive, il y a aussi eu la Semaine de la francophonie où les élèves participaient à différentes activités organisées à l’école. Voilà de belles occasions pour favoriser le développement de l’identité culturelle des élèves.

 

La collaboration du personnel de soutien, des enseignants, des spécialistes, de la direction et des parents favorisent le développement et la réussite des élèves. D’une part, les parents sont très impliqués à l’école et ils sont fiers que leurs enfants fréquentent l’école francophone. J’ai même eu la chance de partager un goûter offert par les parents afin de remercier les bons services du personnel de l’école. D’une autre part, j’ai été étonnée de constater que la majorité du personnel est d’origine québécoise. Les valeurs se transmettent plus facilement quand tu as déjà le sentiment d’appartenance à cette communauté francophone. La conjugaison des efforts est gagnante pour les élèves ! Ils doivent être encouragés continuellement à parler le français. Ensuite, pendant mon stage, j’ai eu la chance d’effectuer des activités de francisation. C’était l’une des principales tâches de mon enseignante qui était responsable du programme de la francisation qui permet d’aider les élèves avec le français dans cette communauté majoritairement anglophone. J’ai eu l’occasion d’organiser et d’animer des jeux pour les faire discuter en français. J’ai aussi répondu au besoin des différents enseignants ! J’ai adoré mon expérience, car j’ai pu intervenir dans plusieurs situations différentes.

Construction identitaire des élèves et influences

Dans les écoles minoritaires francophones, le personnel doit assurer la réussite des élèves, mais aussi le développement de leur identité francophone. Lors de mon stage, j’ai pu remarquer plusieurs faits intéressants. D’abord, pour certains élèves, la langue française cause un défi supplémentaire à leurs difficultés d’apprentissage. Les enseignants doivent donc être à l’affut en faisant de la différenciation pédagogique afin de répondre aux besoins présents. Ensuite, pour quelques élèves, j’ai dû insister plusieurs fois pour qu’ils s’expriment en français avec moi. Pour d’autres, ils étaient capables d’échanger avec fluidité. Lors des récréations, j’ai été surprise de voir que les élèves communiquaient entre eux, pour la majorité, en anglais.

 

D’après moi, ce qui se passe à l’extérieur de l’école est tout aussi important de ce qui se passe à l’intérieur. Quand tous les services et les activités sont majoritairement en anglais, il devient difficile de pratiquer son français. Les pairs ont aussi un impact sur le choix de la langue que l’enfant choisira. Lorsque tous les élèves s’expriment en français, les autres le font aussi. Les enfants doivent avoir des modèles francophones et ils doivent continuer de parler en français pour peaufiner leur identité. Ensuite, le fait de fréquenter une école francophone influence énormément leur identité. Ils peuvent en être fiers. Toutefois, je pense que les élèves réalisent plus tard dans leur cursus scolaire la chance qu’ils ont de parler le français.

Par la suite, mon enseignante associée avait plusieurs tâches dont l’enseignement de l’anglais pour les élèves de la quatrième année et de la cinquième année. J’ai accompagné mon enseignante durant ces périodes et les enfants croyaient que je ne comprenais pas l’anglais, alors ils me posaient leurs questions en français. J’ai été surprise et charmée par ces comportements. Mon enseignante les encourageait à continuer à me parler en français malgré leur cours d’anglais.

 

 

 

 

Bilan de mon stage


Cette expérience de stage dans un milieu minoritaire francophone m’a permis de faire plusieurs réflexions par rapport à ma propre identité. Je suis fière de parler en français et j’ai envie de promouvoir encore plus l’utilisation de la langue française. J’ai acquis plusieurs compétences professionnelles et personnelles pendant cette expérience. Ce stage me prépare à mes autres expériences d’enseignement que j’aurai à faire au cours de mon parcours professionnel. Lors de mes prochaines interventions, je veux valoriser le français et la fierté d’être francophone. J’ai constaté à quel point il était important de varier les méthodes pédagogiques afin de motiver les jeunes. J’ai pu travailler avec un nouveau programme d’enseignement et connaître la réalité des communautés francophones en milieu minoritaire. À certains moments, j’ai eu des problèmes de compréhension. Je devais demander à mon enseignante de me traduire ce que l’élève essayait de me dire en anglais. Au fil des semaines, je me suis trouvé des moyens et je demandais aux élèves de me décrire, par exemple, le mot qu’il tentait de me dire. Les élèves sont dynamiques et très compréhensifs ! Les enseignants de l’école de l’Anse-au-sable sont des modèles exemplaires pour les élèves de cette communauté ! J’ai aussi eu le plaisir de faire partie de l’organisation d’un spectacle de talents où les élèves, de façon volontaire, pouvaient participer. En effectuant différentes activités, les élèves développent leur sentiment d’appartenance, actualisent leur plein potentiel et construisent leur identité !

Finalement, la variété des tâches de mon enseignante associée m’a permis de travailler avec tous les enseignants de l’élémentaire. J’ai pu apprendre à connaître la majorité des élèves. Je suis choyée, car j’ai pu découvrir différents styles de gestion de classe, plusieurs méthodes d’enseignement et plusieurs activités différentes aux couleurs des enseignants. J’ai pu peaufiner une qualité qui est primordiale en enseignement : la capacité d’adaptation ! Je suis entièrement comblée des apprentissages que j’ai faits. Ces huit semaines passées dans cette région me laisseront un souvenir mémorable.