Stages en enseignement dans les communautés francophones

Annabelle Lambert - Deuxième article

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Winnipeg; une expérience de vie grandissante!

Mes premières impressions


L’expérience d’être stagiaire dans un milieu minoritairement francophone est très enrichissante. Déjà, avant même de partir, je vivais une nouvelle expérience, soit celle de partir loin de ma famille pendant aussi longtemps. Et que dire du fait que j’avais l’occasion d’effectuer mon premier vol? Je ne pouvais être plus heureuse qu’être en compagnie des autres stagiaires qui se rendaient elles aussi au Manitoba.


À notre arrivée à l’aéroport de Winnipeg le 23 avril dernier, nous avons été accueillies, Alexandra et moi, par ceux chez qui nous allions habiter pendant notre séjour. Dès lors, nous avons eu l’occasion de visiter plusieurs coins de cette magnifique ville en voiture. Puis, nous sommes arrivées dans nos maisons respectives. J’ai pu prendre le temps de m’installer dans la chambre qui allait être mienne pour les prochaines semaines. Ensuite, j’ai pu aller marcher avec les chiens pour découvrir le petit quartier chaleureux au sud de la ville dans lequel j’allais habiter. En plus d’avoir eu un samedi très occupé, ma première fin de semaine est passée très vite puisque nous sommes aussi allés au chalet.


De plus, mon école se trouve à quelques kilomètres de chez moi, donc tous les matins où il fait beau, l’enseignant avec lequel je vis et moi prenons le vélo pour nous rendre à l’école. Une belle petite activité physique qui se prend bien!


Déjà, nous étions le lundi 25 avril, le jour où mon aventure commençait réellement. Dès mon arrivée à l’école Christine-Lespérance, j’ai été présentée au personnel de l’école et j’ai pu faire la rencontre de mon enseignante associée ainsi que des 21 élèves de la classe 3I de madame Isabelle avec qui je vis actuellement mon stage. Tous les jours, lorsque les cours commencent, les élèves doivent chanter ou écouter attentivement l’hymne national du Canada debout, puis le directeur ou la directrice adjointe font des messages et, le premier jour, nous avons eu droit à un mot de bienvenue à l’interphone. La journée de mon accueil, les élèves ont aussi chanté la chanson de l’école en vue d’en faire une vidéo. J’étais très émue de les entendre, c’était magnifique! J’étais un peu préoccupé par le déroulement de ma première semaine, étant donné que c’était ma fête, mais j’ai été agréablement surprise. En effet, j’ai eu droit à l’annonce de celle-ci le jour de ma fête lors des messages du matin, à de beaux « bonnes fêtes » de la part de mes élèves et à un gâteau pour la souligner dans ma famille d’accueil.


J’ai sans aucun doute été séduite par mes élèves. Le simple fait de se faire appeler madame Annabelle m’a charmée. Que dire des cartes qu’ils m’ont faites dans la seconde moitié du stage? Rien de plus ne pouvait faire mon bonheur! Qui plus est, ils sont des anges, selon mon enseignante associée, dans ses 20 ans de carrière, c’est la meilleure classe qu’elle a pu avoir et ils participent beaucoup en classe, ce qui est très motivant pour mon enseignement.


Après avoir été charmée par ma famille d’accueil et les élèves, c’était maintenant au tour du personnel de l’école. Le premier vendredi, le directeur avait convié tous les membres du personnel à une petite soirée chez lui pour nous accueillir Alexandra et moi. Ce fut l’occasion pour le personnel de nous connaitre davantage. Ils se sont informés de l’endroit où nous venions, de notre université, de notre programme. Ils ont pris le temps de faire notre connaissance. De plus, tous les vendredis, une partie du personnel sort pour le diner et je trouve que c’est une belle façon de m’intégrer à eux. En effet, l’ambiance est différente et nous permet de parler de toutes sortes de choses. Ce que j’ai particulièrement apprécié était qu’il y a plusieurs Franco-Manitobains qui enseignent, mais qu’il y a également plusieurs Québécois qui se sont établis au Manitoba pour enseigner. Ces derniers m’ont d’ailleurs dit que du positif sur le fait de s’installer ici à Winnipeg. J’ai, par le fait même, que du positif à dire sur leur accueil. Dès les premiers jours, j’ai senti que j’étais à ma place. Je pouvais me sentir comme chez moi et, pour moi, cela n’a tout simplement pas de prix surtout pour un séjour de deux mois.

 

La Division scolaire franco-manitobaine


La Division scolaire franco-manitobaine, mise en place pour l’année scolaire 1994-1995, a été créée afin d’honorer les obligations constitutionnelles du Manitoba et de répondre aux besoins linguistiques et culturels des Franco-Manitobains à la suite de l’adoption du projet de loi 34 qui vise à modifier la Loi sur les écoles publiques et de l’assermentation. En effet, la situation de l’éducation n’a pas été toujours évidente, surtout quant aux langues pouvant être enseignées. Heureusement, les écoles francophones ont survécu et il y a toujours quelques communautés francophones à Winnipeg et même au travers du Manitoba. La division scolaire compte donc, aujourd’hui 24 établissements d’enseignement, dont un centre d’apprentissage pour adultes.

Sa mission est d’assurer l’épanouissement de tous les élèves dans un milieu francophone et dans le respect. D’ailleurs, elle a comme devise « Apprendre et grandir ensemble ». Cette devise m’interpelle beaucoup, car elle représente bien ce que je suis venue faire ici en stage. De plus, j’ai pu observer cette devise dans les comportements des élèves à l’école, ils grandissent ensemble et font plusieurs activités qui permettent de rendre l’école active et plaisante.

La francophonie

Mis à part le fait qu’il y ait des écoles francophones, les communautés francophones sont aussi assez nombreuses. Contrairement à ce que je pouvais penser, le Manitoba est une province où le français ainsi que l’anglais sont acceptés. En effet, bien que l’anglais soit la langue officielle, il est possible de se faire servir en français à plusieurs endroits. On retrouve à Winnipeg un quartier appelé Saint-Boniface où beaucoup d’activités et de commerces sont en français. De plus, les affiches dans certaines parties de la ville sont écrites dans les deux langues. Ce que j’ai trouvé particulièrement intéressant est qu’entre eux, surtout lors de réunions de famille, les Franco-Manitobains passent du français à l’anglais dans une même conversation puisque parfois certaines personnes de la famille sont moins à l’aise en français. Une fois dans la conversation, il est facile de s’y habituer, mais c’est un aspect auquel je n’avais jamais pensé. Il n’en demeure pas moins que les communautés francophones se battent pour conserver leur langue. On peut remarquer qu’elles en sont même fières!

Le français dans l’école

À l’école Christine-Lespérance, la majorité des élèves s’identifie beaucoup à la langue française. En effet, il est très rare de les entendre parler en anglais entre eux dans les corridors ou à la récréation. Si jamais c’est le cas, souvent, entre eux, ils vont se dire de parler français. Le fait de parler en français constamment est pris à cœur autant par les élèves et par le personnel ce qui est très remarquable. En effet, on remarque que la conservation de la langue française est importante pour eux. Les élèves doivent d’ailleurs remplir un serment dans leur agenda s’engageant à parler français en tout temps. De cette façon, cela permet de garder la culture francophone à l’école malgré le fait que certains parlent anglais à la maison. En effet, l’école travaille fort pour préserver un statut de la langue française positif en permettant aux élèves d’afficher leurs couleurs en utilisant la langue. Une autre raison pour laquelle je me sens chez moi!

Je ne vois qu’un seul inconvénient au fait d’être une école francophone dans un milieu minoritaire francophone. En effet, certains parents ne parlent pas du tout français alors la communication avec ceux-ci est parfois plus ardue. Par contre, les parents doivent être conscients que les élèves recevront toute la documentation en français. Ceci peut parfois créer quelques conflits puisqu’ils pourraient ne pas saisir l’importance de l’information qui leur est transmise. La langue française a beaucoup de particularités. Il ne faut pas lâcher prise pour la préserver, mais il faut tout de même prendre conscience qu’elle n’est majoritairement pas celle qui est utilisée dans la vie familiale des élèves. Il faut toutefois savoir que la Division scolaire franco-manitobaine existe depuis déjà 20 ans, alors plusieurs ressources et matériels sont disponibles pour les enseignants afin de répondre aux besoins des parents en matière de communication.

Cette expérience que j’ai pu vivre de pratiquer la profession d’enseignante dans un milieu minoritaire francophone m’a grandement ouvert les yeux. Au Québec, cette situation est absente étant donné que la langue majoritaire est le français. C’est donc en le vivant qu’on peut vraiment comprendre les enjeux qui sont reliés à la langue. J’ai pu davantage comprendre la fierté que les gens des communautés francophones ont de parler français afin de conserver leur langue.

Bilan de stage

Déjà la fin? Je ne peux pas croire que le temps soit passé aussi vite. Je n’ai pas eu le temps de m’ennuyer puisque nous avions toujours quelque chose d’intéressant à faire ou à voir. Maintenant, six semaines se sont écoulées et il en reste plus que deux à cette expérience de vie. Cette expérience de stage m’a littéralement sorti de ma zone de confort, mais en a valu ô combien la peine! En effet, le fait de quitter le nid familial était un certain choc. Cependant, l’accueil a été tellement chaleureux que je pouvais sentir que j’avais ma place dans l’école et à la maison.

Sans aucun doute, la langue française est une partie importante de mon identité et ce stage m’a permis d’en prendre encore plus conscience. C’est d’ailleurs quelque chose que je souhaite transmettre lors de mon prochain stage ainsi que dans ma carrière. Mon prochain stage se déroulera en orthopédagogie. Ce sera donc très différent pour moi, étant donné que j’ai toujours été dans une classe. Par contre, je désire transmettre mes nouvelles connaissances et mettre à profit ce que ce stage au Manitoba m’a apporté. En effet, ce stage fut mon quatrième, alors je me sens d’attaque pour effectuer mon tout dernier stage. J’ai eu l’occasion d’approfondir mes compétences professionnelles et ainsi mettre au point certaines de mes façons de faire. J’ai donc envie de revenir au Québec et de montrer ce pour quoi j’ai choisi l’adaptation scolaire.

D’ailleurs, les autres provinces du Canada font davantage de l’inclusion dans les classes ce que j’ai beaucoup apprécié. En effet, en étant dans une classe de troisième année, j’ai pu tout de même mettre à profit ce que j’ai appris dans mes cours à l’université afin de soutenir les élèves avec des difficultés.

Bref, je garde que de merveilleux souvenirs! Je ressors inévitablement grandie de cette expérience enrichissante en enseignement. Je n’ai pas de mots pour décrire comment ce fut l’expérience qui a changé ma vie. J’étais à un point dans ma vie où j’avais besoin de découvrir ce qui se passait autour de moi et cette expérience était parfaite pour me montrer autant les différentes cultures du Canada que ce que ma future profession peut me réserver.

Autant plus que j’aie eu la chance de rencontrer des personnes extraordinaires qui ont fait en sorte que cette expérience soit une réussite. Je tiens d’ailleurs à remercier mon enseignante associée qui m’a soutenu tout au long de mon stage et me soutient toujours. En effet, elle m’a permis de m’épanouir en m’offrant une grande place dans sa classe. J’ai eu la chance de développer une belle relation avec mes élèves. Sans eux, mon stage aurait été complètement différent. Un groupe tellement charmant.

À plusieurs reprises pendant mon séjour on m’a demandé si j’avais l’intention de revenir au Manitoba pour enseigner. Je n’hésite pas à répondre que oui puisque je me sens réellement chez moi ici. En effet, j’ai été charmée par le milieu minoritaire francophone, par mon stage en général ainsi que par ce qu’offre la ville de Winnipeg. Cependant, je ne sais pas quand je reviendrai et ce que la vie me réserve, mais je compte vraiment revenir du moins pour revoir les personnes qui m’ont aussi bien accueillie. Ce fut un accomplissement pour moi et ce ne sera pas le dernier. J’affirme, haut et fort, que j’ai grandi par la découverte!