Stages en enseignement dans les communautés francophones

Alexandra Tremblay - Deuxième article

<< Premier article d'Alexandra

<< Retour aux journaux des stagiaires

 

 

À la cathédrale de Saint-Boniface, vue sur le pont Provencher (La Fourche)


Mission accomplie : une aventure hors du commun !

Déjà rendue à la fin de cette merveilleuse expérience remplie de souvenirs, c’est avec le cœur gros que je quitte cette belle région qui m’a accueillie durant les deux derniers mois. Je suis choyée d’avoir pu faire partie d’une école ouverte d’esprit et très accueillante. Durant cette expérience de stage durant les huit dernières semaines, j’ai eu la chance de visiter la belle ville de Winnipeg et ses alentours. Il est certain que je suis partie très nerveuse de la maison familiale il y a deux mois. Par contre, j’ai sauté les pieds premiers dans une expérience formidable. J’ai fait des rencontres inoubliables et vécu des moments mémorables qui m’auront fait grandir au niveau professionnel, mais aussi au niveau personnel.

Mes premières impressions


Tout d’abord, mon arrivée dans la ville de Winnipeg au Manitoba s’est très bien déroulée. J’ai pu être hébergée dans une famille similaire à la mienne avec des valeurs communes. Tout comme moi, cette famille exogame adore le plein air et se rend souvent au chalet familial lors des fins de semaine. Tout cela a bien cadré à ma personnalité étant donné que je suis quelqu’un qui aime être dans ce milieu de vie. En ce qui a trait à l’école où mon stage s’est déroulé, l’accueil fut très chaleureux et je dois mentionner que je m’y suis très bien sentie dès le début. Par ailleurs, j’ai eu la chance dès les premiers jours de rencontrer les élèves, la direction, les enseignants de l’école et le personnel non-enseignant. En effet, dès mon arrivée, plusieurs questions provenaient des élèves sur ma venue en tant que stagiaire québécoise dans leur école.

 

Un beau coucher de soleil au chalet familial

 

Dans un autre ordre d’idées, à l’école Christine-Lespérance, on y retrouve les élèves de la maternelle à la 8e année. En étant dans une autre province, j’ai en réalité dû m’adapter à un tout nouveau programme de formation et à des façons de faire différentes du Québec, telles que l’inclusion. Sans compter que les horaires ici sont différents de ce que j’ai pu remarquer dans les écoles du Québec. Les élèves ne vont pas tous à la récréation en même temps. En fait, les plus grands sortent pour la récréation avant de laisser la place aux groupes de la maternelle à la 4e année. De cette façon, plus d’élèves bénéficient des terrains de basket-ball et des modules de jeux. Bref, je me sens déjà bien dans cette école, et ce, comme si je la connaissais depuis toujours. La direction est aimable et près des élèves et du personnel de l’école.

En ce qui concerne le système scolaire manitobain, les élèves ayant des difficultés plus précises ou encore ayant recours à des services spécialisés sont inclus dans les écoles du Manitoba. En effet, les écoles sont conçues afin d’accueillir ces élèves et les services sont gérés différemment. C’est pourquoi nous n’y retrouvons aucune classe en adaptation scolaire, comme nous pouvons en observer au Québec. Au courant de mes premières semaines de stage, j’ai eu la chance de rencontrer un élève ayant le trouble du spectre de l’autisme. Quoi qu’on en dise, contrairement au système québécois, ce jeune est inclus dans le milieu scolaire. Plusieurs éléments sont mis en place afin que celui-ci soit en sécurité dans l’école et qu’il puisse faire des apprentissages à son niveau.

Tout au long de mon stage se déroulant en orthopédagogie, nous avons fait beaucoup d’interventions en classe. Mon enseignante-associée se donne comme mandat d’aller, dans le meilleur des mondes, dans chacune des classes de la 5e à la 8e année au moins une fois par semaine pour aider les enseignants. J’ai pu remarquer dès le début de mon stage qu’il y a une belle complicité entre les enseignants, probablement en raison du milieu minoritaire francophone. Ici, tout le monde s’appuie et s’entraide.

La place d’un conseil scolaire francophone en milieu anglophone


En ce qui concerne le conseil scolaire présent dans la région où s’est déroulé mon stage, j’ai eu l’occasion d’en apprendre davantage sur celui-ci au cours des dernières semaines. Il serait faux de dire que tous les enfants au Manitoba peuvent être éduqués à la DSFM. En effet, l’enfant côtoyant une école de cette division scolaire doit avoir au moins un parent francophone qui réside au Manitoba. C’est en juillet 1993 que la Division scolaire franco-manitobaine a été créée suite à l’adoption du projet de loi 34. Aujourd’hui, les programmes offerts et les services éducatifs de la DSFM accueillent près de 5200 élèves de la maternelle à la 12e année au sein de leurs 24 établissements d’enseignement en français. D’ailleurs, ces nombreux enfants viennent de différents milieux et c’est pourquoi les écoles de la Division scolaire franco-manitobaine regroupent une population multiethnique. L’école Christine-Lespérance n’a pas toujours été située à cet endroit. Auparavant, l’école se trouvait dans une autre partie de l’agglomération de Saint-Vital, soit l’école Lavallée. L’école Christine-Lespérance est nommée en l’honneur de la première enseignante dans la communauté de Saint-Vital en 1860. Cette sœur représente la grande contribution des communautés religieuses à l’éducation française partout au Manitoba. Elle a assuré la survie de la langue et de la culture et elle fut directrice de la première école française à Saint-Vital.

 

Les nombreux enseignants œuvrant à faire progresser la Division scolaire franco-manitobaine depuis maintenant 23 ans sont des pédagogues prêts à valoriser la langue française. Au sein de l’équipe-école à Christine-Lespérance, il y a près de 8 enseignants québécois et quelques membres du personnel venant de la France. Voilà pourquoi la langue française est fortement prônée. Que ceux-ci soient originaires du Manitoba, du Québec ou encore de la France, ils sont tous fiers de la langue française et ont tous des motivations différentes pour la conserver. De plus, cette division scolaire est la seule au Manitoba à offrir le programme en français (langue première). Par ailleurs, la principale mission de la division scolaire où j’ai réalisé mon stage est d’assurer l’épanouissement de chaque apprenant dans une perspective d’inclusion et de respect au profit de la communauté franco-manitobaine d'aujourd'hui et de demain.

Dans un autre ordre d’idées, chacune des écoles faisant partie de la DSFM est constituée d’un conseil scolaire différent. En effet, au sein de l’école Christine-Lespérance, le comité a pour but d’identifier les grandes orientations de l’école et de transmettre les recommandations et les évaluations à la division scolaire. Notamment, j’ai eu conscience que ce comité assure une bonne communication entre l’école et les parents. Pour ce qui est des rôles que regroupe le comité scolaire, différentes personnes doivent être présentes. Effectivement, il y a des représentants de parents, d’élèves, d’enseignants ainsi que la direction de l’école. Le tout a pour but d’améliorer le rendement scolaire des élèves et d'impliquer davantage le parent au sein du cheminement de son enfant. De cette façon, les intérêts des élèves sont respectés.

Visite à la monnaie royale canadienne avec un lingot de 250 000$



Le statut de la langue française


La communauté de Saint-Boniface regroupe une grande population francophone du Manitoba. Saint-Boniface est une ville à Winnipeg se situant près de la Fourche. D’ailleurs, la langue française se maintient grâce à la communauté qui fait des efforts pour attirer, accueillir et intégrer les immigrants de langue française. J’ai eu l’occasion d’y aller à quelques reprises tout au long de mon séjour et j’ai pu remarquer que les services sont majoritairement en français. C’est avec ces différentes visites à Saint-Boniface et l’importance de la langue française au sein de la Division scolaire franco-manitobaine que je réalise combien ma langue m’est tant chère. En effet, je crois que ce stage aura été enrichissant pour moi au niveau de l’enseignement, mais aussi en ce qui concerne mes racines francophones et son importance dans le Canada. Par ailleurs, c’est avec du recul que cela m’a permis de me questionner sur mon histoire canadienne. Chacune des personnes que j’ai côtoyées ou encore rencontrées au cours de ce projet d’intervention m’aura aidée à devenir une meilleure personne francophone. Ainsi, j’ai beaucoup appris sur les idées novatrices de la région et du système d’éducation manitobain.

 


Visite au Musée canadien pour les droits de la personne, vue de la Tour de l’espoir

 

L’entraide : la clé la réussite

Il est certain que la langue française fait partie intégrante de l’environnement scolaire que j’ai fréquenté tout au long de ce stage. Par contre, il est évident que la conservation de la langue française en milieu minoritaire est un défi de tous les jours. En effet, j’ai pu assister à différentes rencontres qui mettaient en valeur l’importance du français dans le quotidien. De plus, un conflit a été mis de l’avant en mentionnant que certains élèves ne progressaient pas au niveau de la langue d’enseignement et que le devoir de parler français à l’école en était aussi un pour la maison. De façon générale, la plupart des élèves circulent dans l’école en communiquant en français. Malgré tout, cela peut arriver que le personnel de l’école ait à avertir certains jeunes étant donné que ceux-ci s’expriment en anglais dans les couloirs de l’école. En réalité, le défi est différent d’une école à l’autre. Je considère que l’école Christine-Lespérance prône de façon positive la langue établie par la Division scolaire franco-manitobaine. Il faut être conscient que ce n’est pas la même histoire pour les écoles rurales et que les communications sont réalisées de façon différente. Effectivement, il est nécessaire que les parents de ces élèves soient conscients du défi et que ceux-ci s’impliquent et continuent à communiquer avec leurs enfants en français. Tout au long de mon stage, il m’est arrivé de remarquer que certains élèves prenaient du retard au niveau académique. Cet écart se marquait puisque la langue première, le français, n’était pas bien développée ou du moins n’était pas pratiquée à la maison. Cela a un impact direct sur les apprentissages de ces enfants, et ce, sur plusieurs sphères pédagogiques. C’est à mon avis l’une des choses qui influence le plus les élèves au sein de mon milieu de stage. C’est pourquoi le français doit jouer un rôle important dans la vie quotidienne.

 

En ce qui a trait à la différenciation pédagogique, les enseignants doivent s’assurer que tous les élèves d’une même classe se retrouvent au même niveau. Cependant, cela est parfois plus complexe étant donné que certains jeunes arrivent au courant de l’année scolaire, et ce, sans avoir nécessairement les mêmes compétences que le reste du groupe. C’est donc de cette façon que les enseignants se doivent de différencier leur pédagogie. Par ailleurs, afin d’appuyer les titulaires de classe, plusieurs auxiliaires travaillent au sein de l’école. Celles-ci aident notamment les enseignants dans la gestion de classe, font participer des élèves à des groupes de lecture, font des photocopies pour les enseignants afin d’aider ces derniers à réaliser des tâches plus efficaces, etc. Afin que les élèves fréquentant les écoles de la Division scolaire franco-manitobaine se créent une identité francophone, les enseignants mettent beaucoup de choses en place pour promouvoir la langue. En effet, les différents services ou présentations sont offerts en français ainsi que les camps dont les élèves peuvent bénéficier. Malgré tout, je constate que c’est un défi pour les enseignants d’avoir à faire preuve de flexibilité.

Mon bilan de cette expérience

Finalement, je me sens très choyée d’avoir pu participer à un stage dans une communauté en milieu minoritaire francophone au sein de la Division scolaire franco-manitobaine et d’avoir pu enseigner une fois de plus à des élèves. Cette fois-ci, mes apprentissages en tant que future enseignante se sont déroulés en milieu minoritaire. Toutefois, je rapporte un grand bagage de connaissances à la maison.

Me voilà maintenant à la fin de cette fabuleuse expérience ! Ces émotions que j'ai traversées, les évènements que j'ai vécus... J’ai fait de belles découvertes et rencontré des gens formidables. Je reviens au Québec avec de beaux souvenirs et plein d’histoires à raconter. J’espère avoir l’occasion, dans l’avenir, de revenir au Manitoba pour faire découvrir cette belle région à mes enfants. Qui sait, Winnipeg, nous nous reverrons peut-être un jour!

 

Avec mon enseignante-associée de l'école Christine-Lespérance