Stages en enseignement dans les communautés francophones

Carolane Fortier - Deuxième article

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La franco-yukonnie : cette terre accueillante et époustouflante

Mes premières impressions

Mes premières impressions des Yukonais se résument à un mot : accueillant ! Dès les premiers jours, l’équipe-école m’a semblé très heureuse d’accueillir des gens de l’extérieur et nombreux étaient ceux qui ont pris quelques minutes pour discuter un peu. Je dois avouer que je m’attendais à être « dépaysé » pour les premiers jours, mais dans ce milieu scolaire, ce n’était pas le cas. Avec un bel accueil et des gens sympathiques, je me suis sentie à ma place rapidement. La plupart des gens que j’ai rencontrés étaient curieux des raisons qui m’ont poussée à faire un stage dans ce milieu. De mon côté, j’étais curieuse d’entendre leur histoire et j’ai été charmée. Que ce soit un voyage à la recherche d’une expérience pour deux semaines, pour une année ou deux, la plupart sont tombés en amour avec le Yukon et ne l’ont jamais quitté depuis.

 

Dès les premiers jours, j’ai constaté l’implication de la communauté francophone à l’école, ou du moins, dans les classes du préscolaire. Nombreux étaient les invités qui se présentaient pendant une heure ou deux pour lire une histoire, faire un atelier de création artistique, partager une passion, parler de leur métier, etc. Dans une école, c’est un élément qui, je crois, contribue à non seulement valoriser l’école aux yeux des élèves, mais aussi aux yeux de la communauté. J’ai l’impression que cette façon de faire permet de rendre l’école plus près de la réalité et, indirectement, plus ouverte. Après tout, l’école a le mandat de préparer les citoyens de demain, il est donc logique que la communauté ajoute son grain de sel pour ouvrir les horizons de la relève.

L’éducation en français au Yukon

La Commission scolaire francophone du Yukon est la seule commission scolaire francophone du territoire et elle célèbre ses 20 ans cette année. En effet, la demande pour une éducation en français se faisait déjà sentir en 1982, où un article de loi est créé pour permettre et protéger l’instruction dans la langue de la minorité. C’est en 1984 que les premières classes enseignant avec un programme français langue maternelle voient le jour au Yukon. L’année suivante, le nom Émilie-Tremblay est adopté pour le programme-cadre. Enfin, bien que les premiers Franco-Yukonnais remontent à la ruée vers l’or, les institutions francophones, elles, sont jeunes et vivantes !

 

Aujourd’hui, je sais que l’engouement pour le français est grandissant. À ce propos, une nouvelle classe de maternelle (quatre ans) verra le jour pour l’année scolaire 2016-2017. L’école Émilie-Tremblay, elle fêtait ses 30 ans de vie et d’amour pour la francophonie, tout juste avant mon arrivée. Quant à la garderie francophone le Petit Cheval blanc à côté de l’école, elle ne cesse de recevoir des demandes pour accueillir de nouveaux enfants et comble ses groupes d’enfants au maximum.

La langue française et les jeunes Franco-Yukonnais d’aujourd’hui
Ce qui m’a frappé dès les premiers jours, c’est très certainement le grand nombre de parents francophones, mais surtout, la qualité du français des élèves des classes de maternelle de l’école. En effet, bien que la plupart des familles des enfants fréquentant l’école soient exogames, le français est régulièrement utilisé à la maison pour bon nombre d’entre eux.

À mes yeux, la langue française a très bien survécu au Yukon. Elle me semble bien vivante et heureusement, loin de correspondre au terme « survie ». En plus des Franco-Yukonnais déjà présents, nombreux sont les francophones de tous les coins du Canada qui s’installent au Yukon. J’ai même entendu que le programme accueillant le plus d’élèves au territoire est un programme d’immersion en français. Alors, même chez les autres communautés, le désir d’apprendre et de communiquer en français est présent.

Le milieu minoritaire franco-yukonnais

Le fruit du travail de plusieurs

Bien que je croie que la langue française est bien vivante et qu’elle ne cesse de gagner en popularité, il est clair que ce résultat est le fruit d’une valorisation constante réalisée par les générations du passé. Les Franco-Yukonnais ont eu la chance d’avoir des gens d’exception qui se sont battus pour instaurer les institutions nécessaires qui leur permettent de vivre en français aussi facilement aujourd’hui. Pour les générations actuelles et futures, le défi demeure dans la valorisation de la langue. Dans cette constante recherche des petites occasions pour saluer le français quotidiennement.

 

Les défis des Franco-Yukonnais
Il est vrai que, en raison de mon stage, j’ai œuvré avec les plus petits. Pour les enfants de cet âge, le français fait naturellement partie d’eux ou si ce n’est pas le cas, le défi d’acquérir la langue est plus ou moins contesté. À cet âge, avec un suivi constant et avec la précieuse collaboration des parents, les progrès peuvent être phénoménaux. Cependant, au fil des discussions avec quelques collègues, évidemment, le défi évolue avec les jeunes. Lorsqu’ils approchent l’adolescence, le défi est encore de maintenir une progression des habiletés langagière, mais il est crucial de valoriser le français aux yeux des élèves. D’ailleurs, aujourd’hui, cette valorisation devient plus complexe et délicate en raison de l’omniprésence des technologies et des réseaux sociaux dans notre quotidien.

Il faut aussi avouer que même chez les élèves de la maternelle, il est parfois nécessaire de leur rappeler de s’exprimer en français. Cependant, comment le faire sans leur donner l’impression que le français est une corvée qui a, peut-être, plus ou moins de sens pour eux ? Une collègue a une vision qui me semble très juste et que je tente d’appliquer quotidiennement. Elle m’a dit que dans sa pratique, elle présente l’éducation en français dans un milieu minoritaire comme un cadeau. Il est vrai que s’exprimer en français, de vivre les richesses de cette langue et de s’imprégner de la culture qui en découle, c’est un merveilleux cadeau. À ma façon, j’ai tenté d’inculquer aux élèves que la meilleure façon de profiter de ce cadeau, c’est de l’utiliser en parlant et en aimant s’exprimer en français. Alors, même si c’est parfois difficile, il faut faire l’effort de le célébrer à l’école.

L’identité des élèves rencontrés

 

Ma perception de l’identité des élèves
Chez les élèves de ma classe de stage, je suis en mesure de constater que les enfants s’identifient comme des Yukonnais et qu’ils sont conscients que leurs parents ont des origines parfois autre que franco-yukonnaise, yukonnaise ou canadienne. Certains élèves sont très fiers de me dire qu’un de leurs parents vient aussi du Québec et d’autres sont tout aussi heureux de me partager leur origine yukonnaise, allemande, française, etc. Malgré leur jeune âge, je crois qu’il est possible d’affirmer que la plupart s’identifient comme francophone, même si quelques phrases en anglais, et parfois même en allemand, se glissent au travers des conversations.

 

Ce qui influence possiblement l’identité des jeunes d’Émilie-Tremblay
Il est difficile d’établir avec certitude ce qui influence l’identité des jeunes fréquentant Émilie-Tremblay. Les enfants avec lesquels j’étais le plus en contact étaient ceux du jardin et des deux classes de maternelle, donc des enfants qui sont au début de leur développement en tant qu’individu. À cet âge, cependant, je dirais que ce sont majoritairement les parents ou les adultes fréquemment en contact avec les enfants qui ont une influence sur leur identité.

Mon bilan de stage

 

Pour ma part, ce stage signifie beaucoup de nouveautés. En plus d’être plongée dans une autre culture, un nouvel environnement et un nouveau programme scolaire, j’ai l’opportunité d’enseigner au préscolaire. Pour moi, c’était et c’est encore aujourd’hui le rêve ! Dès les premiers jours, c’est une expérience qui ne cesse de dépasser mes attentes. En plus de toutes ces nouveautés, j’ai l’occasion de vivre une fin d’année scolaire où le soleil de minuit se fait sentir chez certains élèves. Cela est un défi inattendu où je dois jongler entre la gestion des activités de fin d’année, les sorties scolaires, les bulletins et l’élevage de papillons.

 

La présence des parents dans l’éducation de leurs enfants et dans l’école
Un élément au préscolaire que j’ai eu la joie de vivre est certainement la présence des parents à l’école lorsque ceux-ci vont déposer leurs enfants à l’école, les chercher le soir ou encore lorsqu’ils participent aux sorties scolaires et lorsqu’ils viennent partager leur expertise professionnelle à la classe. C’est une caractéristique du milieu qui, je crois, n’a pas de prix et qui est fort probablement très aidante à la construction d’un solide partenariat entre l’école et les parents. Pour les intervenants, c’est l’opportunité d’observer comment les enfants agissent avec leurs parents.

Pour ma part, en plus d’être ravie de rencontrer quelques membres de la communauté francophone, j’ai aussi eu la chance de constater la portée de mes activités éducatives. Ces occasions me permettent de voir l’appréciation des élèves quant aux activités et les apprentissages réalisés. Par leurs interactions avec leurs parents, je vois les enfants raconter ce qu’ils ont fait de la journée avec un grand sourire et, à l’occasion, les yeux qui brillent. Parfois même, certains expliquent la leçon que j’ai donnée le matin ce jour-là. Comme (future) enseignante, ces moments n’ont pas de prix et sont incroyablement valorisants !

 

Mon identité francophone
Dans mon premier article, j’ai mentionné que je souhaitais jouer le rôle inverse, être celle qui tente de faire vivre sa langue dans une communauté où elle est parlée, aimée et familière que pour la minorité. J’ai plongé dans cette réalité avec grand plaisir. Heureusement, j’ai constaté qu’il est possible de vivre en français au Yukon. J’ai aimé participer à l’idée que l’éducation en français n’est pas une corvée, mais un cadeau que les élèves doivent chérir quotidiennement. Étant un cadeau précieux et à la fois fragile, à l’école, les élèves comme les membres du personnel doivent aimer notre langue et l’utiliser sans limites. Même si, parfois, il est plus facile de s’exprimer dans une autre langue qui est tout aussi familière pour ces élèves provenant de couples majoritairement exogames.

Je crois que, grâce à ce stage, je suis prête à enseigner au préscolaire dans un milieu minoritaire. Il est clair que plus d’expérience professionnelle n’est jamais de refus et je considère que j’ai encore beaucoup à apprendre. Toutefois, cette expérience de stage m’a permis de répondre à de nombreuses questions concernant l’enseignement en milieu minoritaire. Par le fait même, elle m’encourage fortement à plonger à nouveau dans un milieu minoritaire et y enseigner quelques années ou possiblement l’entièreté de ma carrière.

L’impression que me laisse le Yukon
Nombreux sont les individus qui m’ont dit que je ne fais que partir pour revenir. Ils me disent encore que d’une manière ou d’une autre, le Yukon te charme au point de ne plus partir ou qu’il t’ouvre réellement les yeux à la beauté qui t’entoure. Ils ont entièrement raison. Pendant ce stage, j’ai eu l’occasion de découvrir le merveilleux monde du préscolaire, de découvrir la solidarité et la chaleur des Yukonnais et de découvrir des paysages si grandioses que les mots ne rendent pas justice à leur beauté et à la sérénité qu’ils procurent. J’ai quitté le Québec avec beaucoup d’attentes pour ce stage et, heureusement, le Yukon et la communauté franco-yukonnaise ont largement dépassé ces attentes.

Si vous recherchez une contrée où les francophones sont les bienvenus, où les gens sont de chaleureux voyageurs, où les gens vivent avec la nature et la nature avec vous, c’est à Whitehorse qu’il faut aller. De mon côté, les personnes qui m’ont un jour dit que je ne partais que pour revenir ont finalement raison : plus je m’approche de la date de départ, plus je ne pense déjà qu’à revenir !