Stages en enseignement dans les communautés francophones

Corine Massé - Deuxième article

Note: L'ACELF publie les textes tels que soumis par les stagiaires.

<< Retour à la liste des stagiaires

Il était une fois, et même plusieurs…

Avant d'avoir mis les pieds dans ce milieu, j'avais cru bon de comparer le milieu scolaire fransaskois à une ruche d'abeille, mais j'ai eu tort. Dans ce cas, il faudrait que toutes les personnes soient identiques, qu'elles soient de la même origine et qu’elles n’aient que des rôles différents. Et au contraire, il n'y a pas lieu de parler d'une ruche. Présentement, après y avoir moi-même vécu pour plusieurs semaines, je me qualifierais plutôt du Survenant dans ce petit village. Laissez-moi vous raconter.

Il était une fois un petit village dans la contrée de Regina, dans l'immense Saskatchewan, non loin des immenses montagnes de l'Ouest. Cent-trente âmes y vivaient avec la ferme intention de s'y installer pour un petit moment. La vie n'y était pas idéale, la vie n'était pas à la perfection, car ce village n'était pas le paradis, mais on s'y sentait chez soi après tout. Il y avait monsieur Groleau, le maire du village, celui qui dirige ses troupes avec un grand sourire, même en temps difficile. Il y avait aussi monsieur Dion, le propriétaire du magasin de sciences, celui-là même qui m'a accueillie les bras ouverts pour quelques miettes de pain. Et il y en avait plusieurs autres : madame Fletcher, monsieur Verkoczy, madame Laing, et plus encore. Chaque propriétaire partageait ses biens avec grand plaisir, vous donnait des trucs si vous en aviez besoin, et même quand vous ne le demandiez pas. Et tout ça, simplement pour rendre la vie de tout le monde plus simple.

Chaque villageois y trouvait sa place, même s'il fallait parfois chercher un peu pour y arriver. Après y avoir vécu l’instant d’une saison, j’ai eu la chance de rencontrer l’ensemble des villageois. Les plus jeunes d’entre eux sont aussi les plus fragiles. Ils ne savent pas toujours comment s’y prendre et ce qu’ils veulent. Le village de Monseigneur-de-Laval s’est donné comme mission de préparer et d’outiller chaque élève afin de lui permettre de s'engager avec succès dans son cheminement académique, communautaire, identitaire et professionnel. Et ce n’est pas mission impossible, mais difficile plutôt. J’ai vu les propriétaires travailler d’arrache-pied pour monter des projets pour les jeunes, pour qu’ils se sentent chez eux. Il est possible de penser au lip dub organisé en partenariat avec les élèves de 10e et de 11e année pour l’émission RADART ou à la sortie au Parlement pour célébrer le déclenchement de l’année 2012, l’année des Fransaskois dans l’ensemble de l’immense Saskatchewan.

Ce village a dû traverser bon nombre de défis et pourtant il y a encore tellement à faire. Monseigneur-de-Laval m’a montré une persévérance, une volonté, une passion. Les propriétaires sont soumis à beaucoup de tension puisqu’ils sont les seuls à connaitre leur sujet. Ce sont de vrais professionnels. Et au fur et à mesure que les semaines avançaient, j’ai pu comprendre cet acharnement. En montrant aux villageois notre fierté, ils rêveraient peut-être d’être un jour un peu comme nous, fiers francophones. Nous sommes leur base inébranlable, nous nous devons d’être un exemple de choix pour eux. Ils pourront ainsi voir que le français fait partie de notre identité, de nos valeurs, de notre culture, de ce que nous sommes. Il est totalement indissociable de notre personne.

Ce village existe grâce à sa diversité, et cette diversité j’en ai fait partie pour un court moment, et j’en suis fière. J’ai ainsi pris le temps de réfléchir sur moi, sur qui je suis ici, sur mon identité. L’histoire se continue donc juste ici, par mes réflexions.

L'identité s’acquiert avec le cours des saisons. Alors aussi longtemps que je le voudrai, mon identité grandira. J’ai bonne espérance qu’elle ne cessera jamais de croître, sans quoi il me manquerait un petit quelque chose. Comment le printemps peut-il succéder à l’hiver sans que l’automne ne soit arrivé? Il ne faut pas avoir peur de considérer ses acquis comme solides, les quatre saisons se succéderont toujours, mais il faut toujours savoir qu’on ne peut pas sauter d’étapes et que l’été ne reviendra pas tant que l’hiver ne sera pas passé. Malgré les difficultés qui peuvent être apparentes en travaillant avec l’identité francophone dans une école, il faut seulement garder en tête que même si certaines feuilles partent au vent, elles finiront toujours par retomber et permettre à quelque chose d’autre de pousser par la suite. Rien n’est perdu, mais souvent à reconstruire sans relâche.

Ces élèves sont ces feuilles qui s’envolent à travers les saisons. Certaines auront assurément une identité plus solide que d’autres, mais il ne faut jamais retirer une feuille encore vivante de l’arbre, sans qu’elle ne soit elle-même prête à partir. L’arbre, c’est moi en tant qu’enseignante. Je veux pouvoir leur offrir le meilleur de moi-même, que ce soit ici pendant mon stage, ou plus tard dans mon emploi. Leur offrir les bases que j’ai moi-même acquises, les valeurs que j’ai, mes connaissances bien évidement, mais tellement plus. Je souhaite que ces feuilles viennent s’abreuver à ma sève aussi longtemps qu’elles en auront besoin. Je me donne comme mission de toujours aller chercher le meilleur pour eux, et de toujours m’assurer que rien n’est soumis au hasard. Je crois que l’identité se bâtit de façon involontaire, un peu indépendante de nous-mêmes au début, et que c’est vraiment avec le temps que nous réalisons où nous sommes vraiment rendus. Ces feuilles réaliseront vraiment tout ce qu’elles auront appris lorsqu’elles aideront quelqu’un d’autre à grandir.

Dans ma vie, je suis convaincue qu’un arbre ne doit jamais cesser de croître. En me développant, je serai plus apte à répondre aux besoins de ces feuilles. L’identité de celles-ci passe directement par leur vision du monde, leur environnement, leurs habitudes, leur volonté, leurs intérêts, mais aussi par ce que je leur léguerai, et je veux le meilleur pour les meilleures.

Ce qu’il y a de bien dans tout ça c’est qu’il n’y a pas de hasard dans tout ce processus. Il faut savoir chercher un équilibre constant, mais tellement précaire. Tout dépend de l’opinion, de la classe, de l’environnement, des exigences qu’on se fixe, de la place des élèves dans la discussion, de nos espoirs, de leurs parents. Pour les garder parmi nous, il faut leur offrir un maximum de possibilités, sinon il y a fort à parier qu’ils quitteront pour une éducation en anglais. Le rôle d’un enseignant est ainsi loin d’être une tâche facile, et encore plus sans le soutien des parents. Sans eux, il ne serait pas possible de développer l’identité fransaskoise. Les enseignants sont leur base, les parents leur ciment, les efforts les blocs pour la formation future de l’édifice de l’identité de ces jeunes.

Les habitants de Monseigneur–de-Laval, les Lavaleux, sont des personnes ayant un physique usuel, des caractéristiques communes, un langage inhabituel pour l’endroit. En fait, ils sont différents les uns des autres, mais semblables en un point, ils veulent. Ils veulent apprendre, ils veulent savoir, ils veulent connaitre, ils veulent se questionner, ils veulent des réponses. Je veux, ils veulent, et vous?

Corine Massé
Fière francophone