Stages en enseignement dans les communautés francophones

Claudia Paré — Deuxième article

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Ça a passé si vite!


Difficile de croire que j’en suis déjà à la rédaction de mon deuxième article, ce qui signifie que mon expérience ici, à Notre-Dame-de-Lourdes, tire à sa fin. Je me vois encore, il y a près de neuf semaines, mettre les pieds pour la première fois au Manitoba, et c’est comme si c’était hier. Il faut dire qu’un tel séjour passe à la vitesse de l’éclair lorsqu’on se sent bien accueillie où l’on est. C’est alors avec un brin de tristesse que j’envisage mon retour au Québec et à mon quotidien.

 

Mes premières impressions
Au moment où j’ai posé ma candidature pour effectuer mon troisième stage du baccalauréat en éducation préscolaire et enseignement primaire hors du Québec, je savais que cela serait pour moi une expérience unique. N’ayant jamais osé me lancer dans une telle aventure, où être confrontée à l’inconnu fait partie du quotidien des premiers jours, j’étais un peu fébrile avant mon départ.

À mon arrivée au Lourdes, j’ai découvert une communauté fort accueillante et ouverte à ma culture québécoise. Comme il s’agit d’un petit village, tous les gens étaient au courant de notre présence, à Marc-Antoine et à moi. Dès nos premiers jours, les gens nous saluaient lorsque nous marchions dans la rue, et ce, même si nous ne les avions jamais rencontrés. Ils se proposaient pour nous aider ou pour nous faire découvrir leur petit coin de pays. Comme j’ai quitté mon petit village pour m’installer dans un autre petit village agricole pour deux mois, je me suis rapidement intégrée au quotidien des gens d’ici. D’une certaine façon, je me suis sentie un peu comme à la maison. Évidemment, le fait que tout le monde soit sympathique avec moi m’a beaucoup aidée à faire ma place. À l’école, mon intégration s’est également déroulée de façon positive. Les membres du personnel, dont plusieurs ont également une culture différente des Lourdais, ont su me mettre à l’aise dès les premiers jours. J’ai donc rapidement senti que je faisais partie de l’équipe-école. Les élèves, quant à eux, étaient bien sympathiques et curieux de ma venue dans leur classe.

Mon séjour m’a permis de participer à plusieurs activités à l’extérieur de l’école. Dès ma deuxième fin de semaine à Lourdes, j’ai eu la chance de participer à un tournoi de curling. Cette fin de semaine m’a permis de faire la connaissance de plusieurs personnes de mon âge, ce qui m’a aidée à m’intégrer pour tout le reste de mon séjour. Aussi, croyez-le ou non, mon équipe et moi nous sommes rendues en demi-finale du tournoi. Considérant qu’il s’agissait pour moi d’une première au curling, j’étais bien contente de notre performance. Mes premières semaines à Lourdes ont également été occupées par des jeux de hockey. Au village, la popularité de ce sport est très forte, ce qui fait que la majorité des enfants et des gens de mon âge le pratiquent, garçons ou filles. J’ai donc intégré cette « culture du hockey » en assistant à plusieurs des jeux qui se déroulaient au village et même en ville. Mes deux mois à Lourdes m’ont aussi fait découvrir la tradition fort intéressante des « socials », qui sont de grosses fêtes pour aider les futurs mariés à financer leur mariage. Le couple organise une soirée où familles, amis et autres membres de la communauté sont invités. Cela permet donc au couple d’amasser un bon montant d’argent et de réunir les gens qui leur sont chers le temps d’une soirée.

 

Mes constats sur l'éducation en français au Manitoba
Je suis heureuse que mon stage m’ait permis d’explorer un tout autre système d’éducation que celui du Québec. Pour ma future carrière d’enseignante, je considère qu’il est très positif d’avoir pu élargir mes horizons et de découvrir ce qui se passe en éducation ailleurs au Canada. En effet, j’ai appris beaucoup sur ma profession et je crois que le fait d’avoir pu travailler avec un différent programme de formation pendant deux mois pourra n’apporter que du positif à ma future pratique.

Autrefois, l’École régionale Notre-Dame était une école qui offrait l’éducation cinquante pour cent en français et cinquante pour cent en anglais. En 1994, les gens du village ont voté pour l’implantation d’une école francophone de la Division scolaire franco-manitobaine. Comme cette division venait tout juste d’être créée, l’École régionale Notre-Dame faisait partie des écoles pionnières. Bien qu’il s’agisse d’un gros changement, je crois que l’éducation en français a tout à fait sa place au Manitoba. En effet, les élèves sont conscients que cela pourra éventuellement les aider à se faire plus facilement une place sur le marché du travail. Je trouve aussi que ces enfants ont beaucoup de chance d’être capables de naviguer si facilement entre ces deux langues que sont le français et l’anglais. Il s’agit, selon moi, d’un atout qui leur sera certainement utile un jour ou l’autre de leur vie. Cependant, à l’école, la langue est un combat constant. Aussitôt le personnel retourné, certains élèves se mettent à parler anglais. Il est donc de leur devoir de trouver des façons de motiver les élèves à parler le français au quotidien. Cela constitue un défi de taille dans les milieux minoritairement francophones comme Notre-Dame-de-Lourdes.


L'identité des élèves rencontrés
La majorité des élèves de ma classe de stage ont des parents natifs de Lourdes. Cependant, j’ai eu la chance de côtoyer des élèves d’origines mexicaine, tunisienne, marocaine, haïtienne, française et québécoise. Cela a été très enrichissant pour moi que d’avoir à composer avec une telle diversité de cultures. De façon générale, j’ai remarqué que les élèves qui avaient une culture différente parlent souvent plus en français, car il s’agit généralement de leur langue maternelle ou, du moins, de la langue la plus parlée à la maison. Cela fait donc d’eux de bons modèles à suivre quant à l’utilisation du français lors des travaux d’équipe et des récréations.


Plusieurs élèves de ma classe viennent d’un couple exogame, ce qui signifie qu’un des deux parents ne parle pas le français à la maison. D’autres élèves ne pratiquent que l’anglais à la maison puisque leurs deux parents sont anglophones. Cela influence donc grandement leur identité et leur façon de s’afficher en tant que francophones. Malgré tous les efforts du personnel de l’école, en particulier des enseignants, la famille a un rôle non négligeable quant à la langue parlée par les enfants. Ainsi, un enfant dont les parents ne parlent que l’anglais à la maison aura tendance à s’exprimer aussi en anglais à l’école aussitôt qu’il en aura l’occasion, car pour lui, parler l’anglais est beaucoup plus facile et naturel.

 

La langue française à Lourdes
Vivre dans un petit village francophone au sein d’un milieu anglophone a son lot de défis. À Lourdes, j’ai pu découvrir des gens qui se battent constamment pour conserver leur langue française. Malgré leurs efforts, ils voient, depuis quelques années, leur langue reculer par rapport à l’anglais. J’ai été très surprise de constater cette réalité, car cela ne correspondait pas aux attentes que j’avais d’un village dit presque totalement francophone. Cela peut s’expliquer par le nombre grandissant d’immigrants qui s’installent dans ce village et qui choisissent l’anglais comme langue pour s’exprimer. Dans un sens, on ne peut pas vraiment leur en vouloir, car aussitôt sortis du village, c’est l’anglais qui est la langue parlée par la majorité des gens. Le recul du français a probablement aussi pour cause sa faible popularité auprès des élèves de la fin de l’élémentaire et du secondaire. Pour eux, la mode n’est pas du tout de parler français, bien au contraire. À l’adolescence, les jeunes sont en crise identitaire et j’ai remarqué que plusieurs remettent en question l’utilité du français dans leur vie. Cela fait que même si leurs parents leur parlent en français, certains répondent en anglais s’ils considèrent que cette langue est plus importante. Le combat est donc également entre les parents francophones et leurs enfants. Ainsi, j’ai été étonnée du peu de fierté qu’ont certains élèves pour la langue française. J’imaginais la situation des Franco-Manitobains différente avant mon arrivée et je suis contente d’avoir maintenant une vision plus juste de la situation.

Un autre aspect susceptible d’entrer en ligne de compte quant à la langue parlée par les enfants est que plusieurs couples sont exogames et que ce sont souvent les mamans qui parlent anglais. Cela fait qu’un bon nombre d’élèves ne parlent français qu’à l’école. Il s’agit alors là d’un gros défi pour les enseignantes, car elles doivent composer avec le mince vocabulaire français des élèves. Certains élèves arrivent même à la maternelle en ne connaissant pas un seul mot français. Bien sûr, en 4 et 5e année, le portrait est bien différent, puisque la plupart des élèves vont à l’école en français depuis leur entrée dans le système scolaire. Le défi est donc d’encourager les élèves à s’exprimer le plus possible en français en classe et aux récréations afin qu’ils se pratiquent et qu’ils développent de plus en plus le vocabulaire et leur aisance à s’exprimer en français.


Un petit village francophone dans une province anglophone, ça a bien sûr du positif. En effet, le fait de parler le français a permis aux Lourdais de pouvoir célébrer l’ouverture officielle de leur hôpital tout neuf le 28 avril dernier. Ce centre de santé est le résultat d’un travail de plus de vingt-cinq ans des résidents de la région, qui ont réussi à amasser près de 2,5 millions de dollars pour financer ce projet. Le nouvel hôpital assurera aux citoyens un service d'urgence, des services d'imagerie et de diagnostic en laboratoire, une unité d'obstétrique et de naissances, des soins ambulatoires et hospitaliers et un programme d'enseignement médical bilingue. Cela permettra donc aux gens de recevoir des soins dans leur langue et de vivre les richesses de la langue française en milieu minoritaire. Pour moi, il s’agit d’un projet grandiose pour un si petit village. Cela montre à quel point une communauté où les gens se soutiennent les uns les autres peut faire de grandes choses. Je suis donc ravie d’avoir eu la chance d’assister à ce dévoilement avec mes élèves.

 

Un bilan fort positif
Vivre un stage de deux mois à l’extérieur du Québec m’a fait énormément grandir en tant que personne, mais aussi en tant que future enseignante. En effet, j’ai pu élargir considérablement mes horizons en étant confrontée à une culture et à un milieu différents. De plus, j’ai pu découvrir les enjeux d’enseigner et de vivre en milieu minoritairement francophone. Cette expérience me sera certainement utile dans ma future carrière puisque je comprends maintenant l’importance d’éprouver de la fierté par rapport à notre langue française. Je saurai maintenant mettre en valeur cette belle langue avec mes futurs élèves afin qu’ils en soient fiers.

En aucun temps, je n’ai regretté de m’être investie dans une telle aventure. J’ai l’impression d’avoir pu absorber tout ce qu’une petite communauté franco-manitobaine avait à m’offrir. C’est alors le cœur gros et la tête pleine de beaux souvenirs que je repars pour mon Québec natal. J’espère sincèrement avoir l’occasion de revenir visiter les gens de Notre-Dame-de-Lourdes. Ils me manqueront assurément.