Stages en enseignement dans les communautés francophones

Élyse Grégoire — Deuxième article

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Ces semaines qui ont changé ma vie

Fébrile, mais confiante, j’ai atterri, le 22 avril dernier, à Winnipeg. J’ai alors reçu un très bel accueil chaleureux. J’ai tout de suite senti que ce stage serait inoubliable, et ce fut effectivement le cas. J’ai maintenant effectué six semaines de stages. Six semaines qui sont passées en un temps éclair. Six semaines qui ont, ni plus ni moins, changé ma vie.

Mon arrivée
Moi qui ne connaissais rien de Winnipeg, j’ai tout de suite été très charmée par l’endroit. Les personnes chez qui je vis sont extraordinaires, elles m’amènent partout! J’ai donc pu découvrir cette ville et, partout où je vais, les gens sont très accueillants. Moi qui adore la nature, j’ai été servie ! Nous sommes allés au parc Assiniboine, en passant par le parc Kildonan, le parc St-Vital et le chalet de la famille au bord d’un immense lac. Tout cela en plus de voir le centre-ville, de visiter des musées et d'admirer les paysages complètement plats des prairies.


J’ai aussi été très bien accueillie à l’école. Les enseignants et les autres membres du personnel voulaient apprendre à me connaitre et me posaient des questions sur l’enseignement au Québec. Ils étaient reconnaissants du fait que je vienne faire un stage à leur école et ils voulaient tous m’intégrer dans les différentes activités. Je me suis donc, dès les premières journées, impliquée dans les projets et les différentes interventions qui étaient déjà mis en place. Les élèves ont aussi été très accueillants. Étant en orthopédagogie, je suis rarement avec les mêmes groupes d’élèves. J’ai alors eu la chance de rencontrer un grand nombre de jeunes et de me présenter dans toutes les classes de 5e, 6e, 7e et 8e année, les groupes dans lesquels j’interviens. Chaque fois, les élèves semblaient très heureux de me voir, et certains m’ont posé des questions sur mon séjour à Winnipeg. En retour, je tentais moi aussi d’apprendre à en connaitre plus sur eux, et ils m’en ont beaucoup appris. Bref, mon arrivée a été très prometteuse et cette impression s’est poursuivie tout au long de mon séjour.


Mon école le temps d’un stage
Mon stage en enseignement en milieu minoritaire s’est déroulé dans la Division scolaire franco-manitobaine. La DSFM a été créée en 1994, avec la loi 34 qui prévoyait une division scolaire exclusivement francophone. La division scolaire compte aujourd’hui 23 écoles, dont mon école de stage, Christine-Lespérance.


Cette école n’est ouverte que depuis 15 ans. Précédemment, les enfants francophones allaient à l’école Lavallée, qui contenait aussi une section anglophone. Longtemps, il y avait eu le projet de créer une école exclusivement francophone, qui se retrouverait dans le quartier St-Vital. Ce projet s’est finalement réalisé en 2002 et, depuis, le nombre d’élèves ne cesse d’augmenter. Fait intéressant, le nom Christine-Lespérance vient d’une sœur grise, la première religieuse ayant enseigné le français à St-Vital.
L’école Christine-Lespérance s’est donné comme mission d’amener les élèves à « apprendre à apprendre, apprendre à vivre ensemble et apprendre à cheminer », tout cela en français et en développant le sentiment d’appartenance chez les élèves. C’est un message qui me rejoint beaucoup. D’ailleurs, nous pouvons le ressentir en nous promenant à Christine-Lespérance. Les enseignants ont à cœur la langue française et leur culture, et ils tentent de les transmettre à leurs élèves. Partout, j’ai ressenti cette passion et ce dévouement.


La communauté
Winnipeg est une grande ville et la communauté francophone occupe une bonne place. La langue rapproche beaucoup les gens : tout le monde se connait! Ayant le désir de conserver cette belle langue vivante, les gens sont soudés et créent des liens. Certains quartiers sont davantage français, particulièrement St-Boniface, où il y a plusieurs commerces francophones. D’ailleurs, le centre culturel franco-manitobain se retrouve dans ce quartier. Ce centre promeut la culture francophone. J’ai eu la chance d’y aller à quelques reprises, le temps d’un repas. Je suis aussi allée à la bibliothèque de St-Boniface, qui contient une bonne collection de livres en français. De même, il y a le théâtre Cercle Molière. Même si je n’ai malheureusement pas eu la chance d’y voir une pièce, j’en ai beaucoup entendu parler. Bref, j’ai ressenti le sentiment de fierté d’être francophone, pas seulement à l’école, mais dans l’ensemble de cette communauté.


La place du français
Avec honte, je dois avouer que je ne savais pas, avant de venir à Winnipeg, que le français était aussi présent dans cette province. Cette prise de conscience a été une agréable surprise, mais elle m’a aussi amené à me questionner sur la langue française et les différentes communautés présentes à travers le Canada. Beaucoup plus qu’au Québec, les gens d'ici doivent travailler fort pour garder vivantes la langue française et la culture. Je crois que nous avons beaucoup à apprendre d’eux et devrions nous soutenir davantage entre peuples francophones. À Winnipeg, les francophones sont minoritaires, entourés d’anglophones. Pourtant, le français survit et il est même bel et bien présent. Les gens en sont fiers. Ils ont à cœur cette langue et ils ont le désir de la transmettre à leurs enfants. J’ai tout de même senti aussi de l’inquiétude, de la peur qu’elle disparaisse tranquillement. C’est pour cela que le désir de transmettre à leurs enfants et de rester unis est si grand. J’ai beaucoup appris d’eux et j’ai constaté à quel point le français est riche et précieux.


Outre à l’intérieur de la communauté francophone, j’ai remarqué que le français était bien perçu par l’ensemble des Manitobains. Souvent, lorsque les gens apprenaient que je parlais français, ils tentaient de me parler dans cette langue. J’y ai donc senti un intérêt face au français. De même, j’ai été surprise du nombre d’écoles d'immersion présentes à Winnipeg. Même si ces gens ne font pas partie de la communauté franco-manitobaine, j’y vois un intérêt de la langue et une ouverture de la part de tous.


Le soutien aux élèves
Étant dans un stage en orthopédagogie, j’ai eu la chance d’apprendre beaucoup sur le soutien offert aux élèves de cette province. C’est un système très différent de ce que je connais, mais j’en ai beaucoup appris au fils des jours, accompagnant mon enseignante associée dans toutes les tâches. Celle-ci fait partie de l’équipe SAÉ, soit le soutien aux élèves. Cette équipe, composée d’orthopédagogues, de différents professionnels et de la direction, s’entraide beaucoup. Une fois par semaine, il y a une réunion, où il y a discussion sur les différentes interventions à mettre en place pour les élèves qui nécessitent de l’appui. Même si les différentes orthopédagogues ne travaillent pas avec les mêmes niveaux scolaires, il y a beaucoup d’entraide. Elles cherchent sans cesse de meilleures façons d’aider les élèves et elles se questionnent beaucoup. C'est fantastique de constater à quel point les élèves sont soutenus et appuyés par plusieurs types de ressources qui les font cheminer et les amènent à vivre des réussites.


Le système scolaire du Manitoba favorise l’inclusion scolaire. En venant ici, je voulais en apprendre plus sur ce système. Après l’avoir observé et y avoir participé pendant six semaines, je peux affirmer que j’y vois beaucoup de positif. Les élèves en difficulté sont très bien intégrés dans la classe avec les pairs de leur âge. Ils obtiennent beaucoup d’appui et de soutien. Chaque élève est observé indépendamment et de l’aide lui est offerte en fonction de ses besoins. Certains ont des évaluations adaptées à leur niveau en classe, tandis que d’autres reçoivent l’aide d’un auxiliaire. Le travail de l’orthopédagogue diffère aussi de ce que j’étais habituée de faire. Sa principale tâche est de soutenir les enseignants, entre autres en adaptant des évaluations pour certains élèves et en prenant les jeunes en difficultés à part lors des évaluations. J’ai moi-même pu expérimenter plusieurs adaptations, en étant scribe pour certains élèves, en adaptant des évaluations en classe et en confectionnant des référentiels pour certains jeunes.


L’ensemble de mon stage
En venant à Winnipeg dans un milieu francophone minoritaire, je voulais être déstabilisée, être sortie de ma zone de confort. C’est effectivement ce qui est arrivé et j’ai beaucoup appris au travers de ces expériences. J’ai rencontré des enseignants passionnés de leur métier, qui sont motivants et qui ont à cœur la réussite des élèves. J’y ai découvert une nouvelle perspective de l’enseignement. Comme mentionné précédemment, l’organisation scolaire de Winnipeg utilise le système de l’inclusion scolaire. Alors que j’étudie en adaptation scolaire et que j’ai fait mes stages précédents dans les classes spéciales, j’ai constaté à quel point le système inclusif peut être bénéfique pour les élèves et comment ceux-ci progressent en classe ordinaire malgré leurs grandes difficultés. L'intégration leur est même bénéfique, puisqu’ils continuent à côtoyer des jeunes de leur âge et collaborent avec des élèves ayant plus de facilité académiquement, ce qui permet l’entraide. Sans conteste, cette prise de conscience, de même que tous mes apprentissages, a amené un élément précieux à ma formation. Même si l’inclusion n’est pas présente dans les classes du Québec, les stratégies qui sont enseignées à l’école Christine-Lespérence et les adaptations que j’ai pu expérimenter me seront sans doute très utiles à ramener dans mes bagages.


D’un autre point de vue, travailler avec l’équipe de soutien aux élèves (SAÉ) et collaborer avec divers enseignants de l'école m’a permis d'échanger sur le programme d’enseignement du Manitoba et sur les différentes méthodes d’enseignement, autant en français qu'en mathématiques. J’ai même assisté à certaines corrections d’évaluation de fin d’année. C'est une expérience nouvelle pour moi, qui a été très enrichissante et qui m’a amené à voir d’un nouvel œil ce que nous attendons, en tant qu’enseignants, des élèves. De même, j’ai eu la chance d’assister à plusieurs réunions, autant avec l’équipe SAÉ qu’avec des personnes du niveau divisionnaire. J’ai même pris part au comité divisionnaire pour promouvoir le Musée des droits de la personne. Bref, plusieurs expériences qui m’ont permis de découvrir l’organisation générale de l’éducation au Manitoba.


Lors de mes prises en charge, je suis intervenue autant en petits groupes qu’avec des élèves individuellement. J’étais soutenue par les enseignants, qui avaient confiance en moi et en mes interventions. Moi, qui suis une personne très organisée, j’ai dû apprendre à être flexible et à réagir rapidement. J’ai pris conscience que je dois être capable de m’adapter à toutes les situations.


L’enseignement en milieu minoritaire est aussi différent de ce que je connaissais. Le développement du français et de l’identité face à la culture est omniprésent et au cours de tous les apprentissages. Les élèves n’ont pas tous le même niveau de français, puisqu’ils proviennent de plusieurs milieux. L’objectif est donc de les faire cheminer, tout en les amenant à apprécier cette belle langue. J’ai d’ailleurs moi-même beaucoup appris sur l’histoire du Manitoba et sur le développement du français dans cette province. Des gens ont livré, et livre encore, des batailles pour conserver leur langue.


Finalement, ce stage m’a aussi permis d’en apprendre beaucoup sur moi-même. Alors que je suis généralement discrète, je me suis tout de suite sentie à l’aise dans l’école. En plongeant dans cette expérience seule, j’ai pu me dépasser. J’ai développé ma confiance en moi, autant au niveau personnel qu’au niveau de l’enseignement. Mes nombreuses interventions avec les élèves m’ont permis de définir davantage mon style d’enseignement, et forger la future enseignante que je suis.


Je suis tellement reconnaissante de tout ce que les gens avec qui j’ai travaillé et collaboré, de près ou de loin, ont fait pour moi. Tous ont coloré mon séjour et ont fait en sorte que cette expérience soit inoubliable. La Élyse qui est partie du Québec il y a six semaines n’est plus la même que maintenant. C’est le cœur gros que je pense déjà à mon retour. Mais nous ne savons jamais où la vie nous mène. La mienne me ramènera, peut-être un jour, dans cette magnifique ville…