Stages en enseignement dans les communautés francophones

Élizabeth Ménard - Deuxième

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Une expérience aux mille et une saveurs


Au moment d’écrire ces lignes, j’ai déjà presque six semaines de complétées dans cette merveilleuse aventure! Le temps passe beaucoup trop vite! J’effectue mon stage à l’école l’Anse-au-sable, une école francophone en milieu minoritaire qui accueille environ 220 élèves de la maternelle à la douzième année. C’est dans une classe de maternelle/1ère année que j’ai la chance d’évoluer. Quelle belle expérience j’ai vécue jusqu’à présent et ô combien elle a été enrichissante.

Mes premières impressions

Ma première pensée en survolant Kelowna et en faisant le trajet en voiture pour me rendre à la maison de la famille qui m’héberge a été : « Wow! Le paradis terrestre existe réellement et il se nomme Kelowna! » Tout d’abord, les paysages sont à couper le souffle. Partout où nos yeux se posent, il y a des montagnes. Puis, il y a aussi le magnifique lac Okanagan bordé de belles plages garnies d’arbres. Des arbres fruitiers et des vignes occupent une bonne partie du territoire de la vallée de l’Okanagan. Dès nos premières journées, il faisait déjà très beau et chaud! On ne pouvait pas demander mieux. Dès notre arrivée, les gens ont été très généreux et accueillants. Ils ont su me mettre à l’aise. Tout de suite, je me suis sentie comme chez moi autant à l’école que dans ma famille d’accueil. À l’école, ils ont même fait un petit dîner d’accueil pour notre arrivée et pour remercier le personnel de soutien par le fait même.

 

J’ai découvert une équipe-école très unie et dévouée à la cause du français. Bien que ce soit une petite école, les gens ont une telle grandeur d’âme. Ils sont très empathiques et humains. La bonne humeur semble toujours régner et tout le monde semble calme. On dirait que le stress ne fait pas partie de leur quotidien! Les professeurs s’impliquent beaucoup et ils veulent le meilleur pour leur école et leurs élèves. C’est beau de les voir! De plus, j’ai été impressionnée de voir à quel point les parents sont présents à l’école que ce soit pour accompagner dans une sortie, faire du bénévolat, aider pour les repas chauds le midi ou pour simplement discuter avec l’enseignant de leur enfant. Plusieurs parents viennent reconduire ou rechercher leur enfant à l’école et ceci rend la communication plus facile. Au moment de mon arrivée à l’école, il y avait une multitude de projets en branle. Voilà un bref aperçu du tourbillon d’implication des professeurs : école Leader in me, projet sportif Lève-toi et bouge, Vélo Rodéo, la Grande traversée et la semaine Bike to school, projet culturel du SEVEC d’échange avec des élèves manitobains, projet artistique avec le spectacle de talents, projet écologique avec le recyclage et le jardinage, etc.

L’école l’Anse-au-sable est une école très impliquée sur tous les plans. De plus, j’ai été agréablement surprise d’apprendre que la plupart des professeurs viennent du Québec. Pour la plupart d’entre eux, ils sont venus en visite dans la vallée de l’Okanagan pour quelques semaines et ils n’en sont jamais revenus. Qui sait… peut-être que je reviendrai dans ce coin de paradis terrestre dans un an, lorsque j’aurai complété mon baccalauréat en enseignement en adaptation scolaire?

Conseil scolaire francophone

Le droit à l’instruction en français pour les gens francophones a été acquis en 1977 soit 100 après la création du système d’éducation publique en Colombie-Britannique. Cependant, ce n’est qu’en 1995 que le Conseil scolaire francophone (CSF) a été créé. Toutes les écoles francophones de la province de la Colombie-Britannique sont régies par le CSF. Ainsi, 78 communautés francophones, 37 écoles et plus de 5 500 élèves sont regroupés par ce conseil. De plus, une grande diversité règne au sein du Conseil scolaire francophone puisqu’il dessert une population qui provient de plus de 70 pays. Plus de 900 personnes sont à l’emploi du CSF. Sa mission est de développer « dès le plus jeune âge, une maîtrise de la langue française, une culture d’apprentissage continu, des habitudes de vie saine et un esprit de contribution à la société ». Ainsi, le CSF a pour vision de promouvoir la langue française afin que chaque élève parvienne à son potentiel tout en étant fier de cette langue et de la culture francophone.

 

Le français, un combat de tous les jours!

La communauté francophone de la vallée de l’Okanagan semble assez petite. J’ai rencontré quelques personnes parlant le français à Kelowna, mais sans plus. Il y a tout de même le centre culturel francophone qui est ouvert aux francophones afin d’avoir un lieu de rassemblement. Plusieurs activités y sont organisées!

 

Je crois qu’en bas âge, au début de l’élémentaire, les élèves n’ont pas la conviction profonde d’apprendre le français et ils ne réalisent pas à quel point c’est une chance de pouvoir apprendre cette langue. En général, les enfants sont inscrits à cette école parce qu’un des deux parents est francophone et qu’il tient à transmettre cette langue à son enfant. Toutefois, je remarque qu’avec l’âge les élèves tendent à être plus fiers de parler en français et qu’ils réalisent que ceci peut être bien utile. Ils découvrent la valeur du français et la liberté que leur procure le bilinguisme.

 

Le fait suivant explique bien ma pensée. J’ai accompagné les élèves de 8e année qui participent aux compétitions de « track and field » le mardi soir et j’ai entendu quelque chose de très agréable venant d’un enfant de notre école. Il disait à son ami qu’ils étaient probablement les seuls à parler, à la fois, très bien français et anglais et que ceci était génial. J’ai trouvé cela très beau et ça m’a fait réaliser que la conscience d’apprendre une langue qui est minoritaire dans cette ville s’acquiert avec l’âge. Ils semblent développer une fierté d’apprendre et de parler le français en grandissant.

 

Toutefois, aussitôt que les élèves sortent pour la récréation ou pour le dîner, ils se remettent à parler en anglais. Ceci est plus facile pour eux puisque c’est souvent leur première langue et, en dehors de l’école, c’est ce qu’ils utilisent. Il faut leur rappeler qu’à l’école on parle en français, mais ce n’est pas toujours évident. La grande majorité de leur quotidien se déroule en anglais. Voilà un petit fait qui m’a surprise et questionnée! J’ai eu la chance de participer à trois sorties scolaires pendant mon stage. La première était une visite au « Packing House » pour voir une exposition sur les abeilles et la seconde était pour remettre les tacons, des bébés saumons, à l’eau. Ces deux premières sorties se sont déroulées en bonne partie en anglais parce que les animateurs ne parlaient pas le français. La troisième sortie s’est déroulée en français puisque nous sommes allés voir une pièce de théâtre en français.

 

 

 

L’école l’Anse-au-sable et ses beaux défis

Un des principaux défis de l’école est la langue. L’anglais étant presque partout dans la communauté, les élèves se tournent trop souvent et trop vite vers cette langue. Ainsi, de nombreuses activités sont offertes à l’école afin de valoriser la culture francophone et la construction de l’identité francophone des élèves. Par exemple, le spectacle de talents permet à plusieurs élèves de se surpasser, de chanter en français ou de démontrer un quelconque talent. De plus, il y a des activités parascolaires comme le club d’athlétisme et l’équipe de basketball. Ainsi, ceci rejoint les intérêts des élèves tout en valorisant la langue française. Les élèves du secondaire ont aussi pu participer à un projet d’échanges SEVEC avec des élèves d’une école francophone du Manitoba. Ils sont venus nous visiter pendant une semaine. Plusieurs activités ont été organisées tout au long de la semaine. J’ai eu la chance de les accompagner dans le désert à Osoyoos et d’agir à titre de modèle pour la langue francophone. Ensuite, les élèves de l’école l’Anse-au-sable iront, à leur tour, au Manitoba pour leur rendre visite et découvrir une autre école francophone en milieu minoritaire. Il y a aussi eu le projet « KelPen » qui consistait à rassembler les élèves du secondaire de l’école l’Anse-au-sable et de l’école Entre-lacs de Penticton. Ces derniers venaient dormir au gymnase de notre école et le lendemain, il y avait une journée sportive francophone organisée pour ces deux groupes d’élèves. Ce ne sont que quelques exemples de projets qui sont mis en place à l’école l’Anse-au-sable afin de valoriser la langue francophone. Je ne pourrais pas tous les nommer parce qu’il y en a trop. À mon avis, cela aide beaucoup les élèves à se construire une identité francophone et à créer un sentiment d’appartenance à l’école et à la communauté francophone.


Le deuxième défi d’une école minoritaire est le nombre d’inscriptions d’élèves à l’école. Environ 220 élèves sont à l’école l’Anse-au-sable, et ce, de la maternelle à la douzième année. Cela a pour conséquence de créer des classes multiniveaux. Il y a trop d’inscriptions dans un niveau pour faire une seule classe, mais il n’y en a pas assez pour faire deux classes complètes. Ainsi, pour pallier à ceci, des classes multi niveaux sont créées. À mon avis, il y a des points positifs et négatifs à cette solution, mais les professeurs de cette école s’en sortent à merveille et ils font un excellent travail.

 

Retour sur une expérience merveilleuse

J’ai eu la chance de vivre un stage extraordinaire au cours duquel j’ai appris énormément! D’abord, j’ai eu la chance d’être intégrée très rapidement dans l’équipe-école. Je me suis vite sentie comme un membre de l’équipe et non comme une simple stagiaire. J’ai eu de très beaux échanges avec les enseignants sur les méthodes d’enseignement, les matières scolaires, les différences avec le Québec, etc. Ceci est très enrichissant pour une future enseignante comme moi. Puis, j’ai accompagné mon enseignante-associée dans ses tâches connexes comme les compétitions d’athlétisme et l’organisation du concours Lève-toi et bouge. De plus, j’ai eu la chance de faire partie du comité organisateur du spectacle de talents. C’était très excitant et riche parce que j’ai eu la chance de voir comment on fait pour mener à terme un projet de cette envergure. J’ai dû collaborer avec la directrice, la secrétaire, les enseignants, bref, presque toute l’équipe-école afin de faire de cet événement un succès! De plus, j’ai eu la chance de faire du « team teaching » avec mon enseignante-associée et je me suis imprégnée le plus possible de ses savoirs et de ses beaux projets. J’ai eu beaucoup d’échanges très constructifs sur plusieurs sujets avec elle! Je trouve formidable qu’elle varie ses manières d’enseigner afin de rejoindre un maximum d’élèves dans la classe! J’ai appris beaucoup au niveau pédagogique et sur la gestion de classe et j’intégrerai assurément tous mes nouveaux savoirs dans mon futur stage!

 

Merci à l’ACELF et à l’UQAR de m’avoir permis de vivre une expérience aussi exceptionnelle!