Stages en enseignement dans les communautés francophones

Jessica Cantin — Deuxième article

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Tous ensemble dans la francophonie ontarienne

Il y a déjà quelques mois passés, je rédigeais un article sur les motivations qui me poussaient à faire ce stage ainsi que sur ce que j’espérais apprendre, découvrir et partager dans ce milieu. Je ne peux pas croire que cette expérience enrichissante tire déjà à sa fin. En effet, j’ai découvert de nouveaux aspects de l’enseignement, mais j’ai aussi appris à connaître une nouvelle culture et de nouvelles personnes. Dans ce deuxième article, je vous parlerai de mes premières impressions, du conseil scolaire qui m’a accueilli, du statut de la langue française ainsi que de son adaptation. De plus, je décrirai mes perceptions à propos de l’identité culturelle des élèves et de l’influence de celle-ci. Finalement, je ferai le bilan de mon stage en partageant mon expérience.

Mes premières impressions


Avant même d’arriver dans cette école, j’avais déjà une bonne impression de celle-ci et des gens que j’allais côtoyer pendant mon stage. En effet, ceux-ci ont fait beaucoup d’efforts pour nous accueillir convenablement ma collègue et moi. Tout d’abord, un bel endroit nous a été offert comme logis. En effet, nous habitons dans une maison située dans un quartier très calme près du centre-ville de Chatham. Ensuite, un horaire de covoiturage a été établi par les membres de l’école. Plus précisément, chaque semaine, une personne différente nous conduit à l’école et revient nous porter à la maison. Finalement, j’ai eu la chance d’avoir une enseignante associée et des élèves qui m’ont accueillie à bras ouverts dans leur classe. Effectivement, un espace spécialement pour moi a été aménagé avec un bureau de travail et un babillard pour que je puisse accrocher des messages. Également, avant mon arrivée, les élèves m’ont envoyé une présentatique dans laquelle chacun se décrivait. De cette manière, j’ai pu voir à quels élèves j’allais enseigner pendant les huit semaines.


Lorsque nous sommes arrivées à l’école, la direction et le personnel nous ont accueillies comme il se doit. Ceux-ci s’intéressaient à ce que nous venions faire dans leur école et ils nous posaient des questions sur notre parcours. Mon enseignante associée a pris le soin de me présenter à tous ses collègues et de me faire visiter l’école. Par ailleurs, j’ai été impressionné de voir que la plupart des enseignants de l’école sont à l’origine des anglophones qui sont allés à une école francophone ou qui ont appris la langue française. Je croyais qu’il y aurait beaucoup plus d’enseignants d’origine francophone. Également, j’ai pu sentir, dès mon entrée à l’école, que le personnel et les élèves sont fiers d’être dans une école francophone et qu’ils y sont attachés.


Le conseil scolaire


Autrefois, le St-Clair Catholic School Board était constitué d’écoles anglophones. Il y avait quelques classes francophones intégrées pour les élèves qui habitaient en ville et qui souhaitaient apprendre la langue française. De plus, il y avait le District des écoles catholiques du Sud-ouest qui incluait plusieurs écoles francophones. Toutefois, ce n’était pas tous les habitants qui pouvaient aller dans ces écoles. En effet, il y avait certains critères de sélection. Pour être inscrit, l’enfant devait avoir un parent qui avait le français comme première langue apprise et encore comprise ou un parent qui avait reçu son instruction au niveau primaire ou secondaire dans une école de langue française. Également, les parents avaient la possibilité d’admettre leurs enfants à l’école francophone par l’entremise d’un comité d’admission. Ce conseil est francophone et s’étend de Windsor à Woodstock incluant d’autres régions aux alentours. Il contient 23 écoles primaires et 7 écoles secondaires. Aujourd’hui, tous les parents qui le désirent peuvent envoyer leurs enfants dans ces écoles. Ce conseil offre une éducation de qualité qui encadre chaque élève en les imprégnant de la culture francophone et de la foi catholique.

 

Le statut de la langue française


Il est vrai que le statut de la langue française n’a pas toujours été valorisé au fil de l’histoire en Ontario. Toutefois, ceux qui sont attachés à cette langue font des efforts pour la garder dans la province. Malgré la minorité de cette langue, elle a survécu. En effet, nous avons pu remarquer qu’il y a encore une longue lignée de familles francophones lorsque nous regardons les noms de famille. De plus, il y a certaines églises qui célèbrent leur messe en français. Également, des villages comme Pain Court, Pointe-aux-Roches, Grande Pointe accueillent beaucoup de familles francophones. Également, il y a certains centres communautaires francophones dans la ville de Chatham. D’ailleurs, au centre-ville, il y en a un appelé La Girouette qui est ouvert à tous. Des activités y sont animées et des spectacles y sont présentés. Récemment, ce centre a failli fermer ses portes par manque de participation aux activités. Toutefois, le Conseil scolaire Providence s’est associé avec le centre à condition de pouvoir utiliser le local pour faire des ateliers avec les jeunes des écoles du conseil. Selon moi, les habitants de cette ville font beaucoup d’efforts pour conserver cette langue. Il est vrai que la majorité de ceux-ci communiquent en anglais, mais la langue française réussit à survivre.


L’adaptation de l’école


L’école Ste-Marie, quant à elle, contribue beaucoup à la pérennité de la langue française. En effet, elle s’adapte bien aux défis qui se présentent dans le milieu. Un des objectifs de l’école en littératie est qu’en juin 2016, les élèves utilisent la langue française quotidiennement à l’école en répondant à des phrases complètes avec un vocabulaire enrichi et en évitant certains anglicismes. Effectivement, pour réaliser cet objectif, plusieurs procédures sont mises en place.

 

Tout d’abord, les enseignants doivent enseigner en utilisant la langue française et ils doivent donner aux élèves l’occasion de communiquer, lire et écrire en français. Ensuite, dans chaque étape de leur vie, les élèves ont la chance de vivre de multiples expériences culturelles et identitaires grâce à la politique d’aménagement de la langue régie par le ministère de l’Éducation de l’Ontario. Finalement, les familles anglophones croient en la valeur d’être bilingue. Pour ce faire, l’école offre également des services pour répondre aux demandes des parents. Par exemple, certains cours de français sont offerts aux parents qui désirent apprendre la langue et accompagner leurs enfants. De plus, il y a la garderie de l’école, les technologies et le club de devoirs. Également, il y a les examens de l’Office de la qualité et de la responsabilité en éducation (OQRE) qui montrent le rendement des élèves de 3e et 6e année au sein de l’école. Au Québec, c’est très différent puisque c’est un milieu majoritairement français. Je crois également que nous ne valorisons pas assez la langue française et l’identité culturelle dans les écoles du Québec. Toutefois, je crois que nous devrions créer, au Québec, plus de rassemblements pour montrer que nous sommes fières d’être francophones. De plus, en Ontario, les écoles ont grandement besoin de suppléants qualifiés et francophones. Toutefois, au Québec, il y a beaucoup d’enseignants qui veulent travailler.


Identité des élèves


Ce que j’ai pu remarquer, au tout début de mon stage, c’est la belle dynamique du groupe. Chaque élève détient sa propre identité. Plus précisément, les élèves ont des caractéristiques différentes et ils proviennent de divers milieux. Tout d’abord, ils n’ont pas le même rapport avec la langue française. En effet, ce n’est pas la majorité des élèves qui parlent français à la maison. Ensuite, ces élèves font des activités différentes. Certains jouent d’un instrument, d’autres pratiquent des sports. De plus, il y a des élèves qui s’impliquent beaucoup dans l’école et d’autres sont plus discrets. Finalement, les élèves n’ont pas les mêmes intérêts ni les mêmes valeurs. Chaque élève est unique avec une histoire unique à raconter. Malgré leurs différences, les élèves sont unis entre eux. Plus particulièrement, ils s’entraident et s’encouragent dans les moments plus difficiles. Chaque jour, de nouveaux liens se tissent et cela fait en sorte qu’une identité groupale se forme.


L’influence


À mon avis, ce qui influence le plus l’identité des élèves c’est l’école. En effet, c’est, pour la plupart, leur référent culturel. Cette école leur offre la possibilité de communiquer et d’échanger en français dans un esprit catholique. De plus, beaucoup d’entre eux sont fiers de la langue et de la religion à laquelle ils appartiennent. Également, je crois que si l’école est un référent pour les élèves, c’est parce qu’il y a des enseignants derrière tout ça qu’ils leur enseignent des valeurs importantes. En effet, j’ai remarqué que certains véhiculaient l’importance d’appartenir à un groupe, de partager, de se respecter, d’apprécier et d’être apprécié. Également, j’ai constaté que les enseignants accordaient beaucoup de place à l’importance de faire les bons choix. Effectivement, au lieu de dicter la conduite des élèves, ils leur offrent la possibilité de faire un choix. De cette manière, les élèves sont responsables de leurs choix et des conséquences positives ou négatives qui les accompagnent.


Chaque année, le 25 septembre, les élèves ainsi que les membres du personnel de l’école célèbrent le jour des Franco-Ontariens. Cette fête est importante pour eux, puisque c’est un moment identitaire symbolique. Finalement, comme je l'ai mentionné plus haut, chaque année, par niveau, des activités sont organisées afin de réunir tous les élèves des écoles francophones du conseil. Lors de ces journées, les élèves portent des chandails et d’autres articles qui représentent l’école.


Mon expérience


J’ai adoré mon expérience à l’école Ste-Marie. Les membres du personnel sont passionnés, généreux et disponibles pour nous aider. Mon enseignante associée est expérimentée et elle m’a donné beaucoup de conseils à propos de la pédagogie et de la discipline. Elle utilise beaucoup de stratégies que j’ai apprises à l’université. Entre autres, la variation pédagogique, les projets, l’apprentissage par le questionnement et par la découverte. Également, l’enseignante utilise plusieurs ressources pour faire apprendre. Plus précisément, elle n’utilise pas qu’un seul cahier d’exercices tout au long de l’année. Elle prend ce qui l’intéresse et ce qui pourrait passionner les élèves dans plusieurs manuels scolaires. Je trouve que cela rejoint l’idée de variation pédagogique puisque les élèves sont amenés à travailler de manière différente.


En faisant ce stage, j’ai vu comment elle mettait en place sa discipline. Il est vrai que mon enseignante associée utilise quelques techniques comme le décompte pour que la classe écoute, mais elle a créé un lien tellement fort avec les élèves qu’elle n’a pas besoin d’un grand système d’émulation. En effet, les élèves connaissent la notion de respect et ils ne veulent pas la décevoir. Je crois qu’avec ce que j’ai appris et le bagage de connaissances que j’avais déjà, je suis prête à enseigner dans ma propre classe.


Tout au long de mon stage, j’ai enseigné et aidé les élèves à apprendre avec mes connaissances professionnelles et personnelles. Il est certain que j’ai donné à ces élèves un peu de mon identité et de ma culture à travers mes activités. Par ailleurs, j’ai fait un long projet en français qui regroupait la communication orale et l’écriture. Également, j’ai animé beaucoup d’activités de communication qui permettaient aux élèves de discuter et de pratiquer la langue française. Le plus important, c’est que j’ai beaucoup appris de cette expérience. J’ai développé mes compétences à enseigner, mais j’ai également appris à me connaître davantage. Grâce à eux, ma perception de l’enseignement a changé.

 

Maintenant, je suis convaincue que l’enseignement n’est pas seulement une profession, mais aussi une passion. En effet, les enseignants ont le devoir et le pouvoir d’enseigner aux jeunes des connaissances, mais aussi leur apprendre à vivre et à se respecter. À travers notre identité, nous montrons aux jeunes de nouvelles valeurs qui les font grandir. En échange, chacun d’eux nous apprend à être de meilleurs enseignants, mais également de meilleures personnes. Je voudrais donc remercier les gens qui nous ont accueillis pendant ce stage et je vous dis, peut-être, à la prochaine!