Stages en enseignement dans les communautés francophones

Jessica Doyon — Deuxième article

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À la découverte de l’Ontario !


Voilà déjà la fin d’une expérience très enrichissante professionnellement, culturellement et personnellement. Il me semble qu’il y a peu de temps, je faisais mon entrée dans l’école Sainte-Marie et maintenant, je dois quitter une grande famille et une équipe extraordinaire. Bref, j’ai probablement d’autres défis qui m’attendent au Québec, mais je reviens avec un énorme bagage culturel et professionnel, tout en restant ouverte pour un retour éventuel dans cette grande école. Après 8 semaines passées dans cette formidable famille de l’école Sainte-Marie, j’ai profité de chaque occasion pour enrichir mes connaissances sur les écoles de l’Ontario. Maintenant, c’est l’heure du bilan ! Je vous ferai part de mes premières impressions, du conseil scolaire, de la place de la langue française, et je terminerai en faisant un retour sur mes apprentissages et sur mon évolution.

 

Mes premières impressions
À mon arrivée à Chatham, j’étais émerveillée par tout ce qui m’entourait. Mon but étant de profiter de chaque instant pour en retirer le plus de connaissances et d’expériences possibles. La famille qui m’a accueillie m’a tout de suite mise à l’aise. J’étais donc très excitée à l’idée de commencer mon stage. Dès le premier jour, je me suis sentie à ma place. J’étais déjà très enthousiaste à l’idée de faire la connaissance de nouvelles personnes et de créer de nouveaux liens d’amitié. De plus, j’avais déjà créé un bon lien avec mon enseignant associé, donc mes premières impressions étaient à la hauteur de mes attentes. Le personnel avait préparé un petit message de salutation pour nous dans le salon du personnel. À ce moment, je me sentais déjà accepté dans cette grande famille de l’école Sainte-Marie.

La première chose qui m’a marquée est la prière que les enfants font tous les matins. Étant donné que c’est une école catholique, on y fait la prière tous les jours. Certaines exigences doivent être respectées, notamment d’être catholique. J’ai aussi été impressionnée par le sérieux des élèves de la maternelle et du jardin qui prennent le temps de prier pour des gens et parfois même pour des personnes décédées. J’ai été touchée par ce moment qui est très profond et qui, à mon avis, responsabilise les enfants.

De plus, j’ai remarqué que l’école accorde une très grande importance au français. Avant de faire mon entrée à cette école, je ne me doutais pas que j’utilisais autant d’anglicismes et de références anglophones. Dans ce milieu, les chansons que nous faisons écouter aux élèves, les vidéos comme « just dance », doivent toujours être en français. Même les communications aux parents sont écrites en français ! Voici une petite anecdote concernant l’utilisation constante de la langue française : après quelques jours de classe, je demandais aux amis de ma classe d’aller chercher leurs « boîtes à lunch ». Ce terme est utilisé depuis que je suis toute petite. Mais ici, les enfants m’ont repris en me disant que c’était : « une boîte à dîner » et pas « une boîte à lunch ». Très surprise de leur réaction, j’ai dû m’adapter très rapidement pour choisir un vocabulaire plus adéquat.

En ce qui concerne ma classe, je suis dans une classe maternelle et jardin. C’est-à-dire qu’il y a des enfants de 4 ans qui sont en maternelle et des enfants de 5 ans qui sont en jardin. En Ontario, tous les enfants de 4 ans vont à l’école ou ils restent à la maison puisqu’ils peuvent aller à la garderie seulement jusqu’à 3 ans. C’est pourquoi, dans la classe de maternelle/jardin, nous retrouvons aussi une éducatrice à la petite enfance afin d’appuyer l’enseignant pour la vingtaine d’enfants qu’ils ont. Cette nouvelle façon de fonctionner a fait son apparition avec le nouveau programme d’apprentissage par le jeu et l’enquête (PAJE). J’ai vraiment été impressionnée par la relation de travail d’équipe entre l’éducatrice et l’enseignant. Je trouve que c’est tellement enrichissant pour ces deux personnes.

Le Conseil scolaire
Avant de parler de l’accueil du conseil scolaire, je vais parler un peu de leur histoire. L’école élémentaire catholique Sainte-Marie fait partie de conseil scolaire Providence (CSP). Ce conseil existe maintenant depuis 2013. Il a été créé à la suite d’une réorganisation des écoles au niveau de la province. Avant sa création, il s’appelait le conseil des écoles catholiques du sud-ouest de l’Ontario. L’enseignement francophone est permis en Ontario depuis seulement 46 ans, ce qui fait que les conseils scolaires francophones catholiques sont très jeunes ! Le CSP comporte 23 écoles primaires et 7 écoles secondaires. Plus de 9400 élèves fréquentent ces écoles et reçoivent une éducation francophone catholique. Les valeurs du conseil sont de s’aimer les uns et les autres, de s’engager dans son milieu de travail et dans sa communauté, d’être professionnel, d’avoir du respect pour soi, pour autrui et pour son environnement et de définir les meilleures pratiques. En fréquentant l’école Sainte-Marie, j’ai pu remarquer de nombreuses fois la transmission de ces valeurs.

En somme, le conseil scolaire Providence m’a offert un accueil personnalisé en me souhaitant la bienvenue par courriel et aussi en prévoyant une rencontre avec la dame des ressources humaines. Elle voulait s’assurer de notre bien-être et voulait avoir nos commentaires pour pouvoir améliorer notre intégration. Personnellement, je n’avais rien à dire puisque je trouvais que tout était parfait. J’ai eu l’occasion de faire la rencontre de personnes qui travaillent au conseil et elles ont à cœur la réussite de leurs élèves. Également, je trouve très important de souligner l’excellent travail de la directrice de l’école Sainte-Marie, qui est venue nous saluer tous les matins et qui est venue nous dire au revoir en fin de journée. Elle s’est assurée que notre stage se passe très bien et qu’on se sente comme un membre de la famille de l’école.

La place de la langue française
Chatham est la plus grande ville des environs, qui compte près de 113 000 habitants. Toutefois, c’est une très petite ville si l'on compare Chatham à London, qui se situe à environ une heure et de Windsor. On a regroupé toutes les petites municipalités aux alentours pour former Chatham-Kent, formée de 23 municipalités.

Dans la ville, j’ai constaté que très peu de gens parlent français. La communauté francophone de Chatham est très petite. Cependant, comme j’ai pu le constater, de nombreux parents envoient leurs enfants dans les écoles francophones, ce qui permet de maintenir cette langue. D’ailleurs, une petite communauté francophone a créé un endroit où nous pouvons vivre des activités en français : « La girouette ». À cet endroit, nous retrouvons, entre autres, de l’improvisation pour les adultes, des rassemblements, des cours de yoga, etc. De plus, une enseignante de l’école offre un cours de français le mardi soir, pour les parents qui souhaitent apprendre cette si belle langue. Elle mentionne que c’est plutôt difficile pour eux de pratiquer puisque tout est en anglais ou presque. En fait, c’est ce qui m’a vraiment surpris quand je suis arrivée ici. Les personnes qui enseignent le français vivent en anglais tous les jours, sauf lorsqu’ils enseignent. C’est quand même exceptionnel qu’ils conservent le français malgré tout. En effet, j’ai remarqué que les personnes qui communiquent en français accordent une très grande importance à cette langue. En somme, j’ai observé que les enseignants ici sont très fiers de parler le français, que toutes les personnes qui côtoient l’école vivent un combat constant et que la langue française est très favorisée à l’école. Après quelques semaines, je me suis sentie très fière de savoir parler cette langue.

L’identité des membres du personnel et des enfants au préscolaire
Après de nombreuses discussions avec les enseignants et les éducatrices de ma classe, je me suis rendu compte qu’ils vivaient toujours une insécurité en ce qui concerne la langue française. Ils m’ont confié qu’ils se sentaient plutôt mal à l’aise de discuter avec moi puisque je parlais très bien français et que parfois ils cherchaient leurs mots. Pour ma part, je leur ai confié que j’étais vraiment étonnée et très fière qu’ils parlent aussi bien le français alors que tout est en anglais. Après cette discussion, je crois qu’ils se sentaient beaucoup plus à l’aise avec moi, car ils croyaient que je les jugeais, mais au contraire j’étais fière d’eux.

Pour ce qui est des enfants de ma classe maternelle/jardins, je trouve plutôt difficile de cibler l’identité des élèves par rapport à la langue française. Les parents ont inscrit leurs enfants à cette école et ces derniers ne savent pas trop pourquoi. Les enfants de cet âge font seulement ce qui leur est demandé. Toutefois, j’ai vu de beaux gestes qui démontrent une fierté de parler les deux langues : un petit garçon est allé témoigner à la radio en utilisant le français et l'anglais. Les animateurs de radio étaient abasourdis qu’un enfant de 5 ans puisse parler deux langues. D’ailleurs, le petit garçon était tellement fier de sa performance qu’il en a parlé pendant des semaines. C’est avec de petits gestes pour encourager et montrer l’importance de parler les deux langues que les enfants de la maternelle et du jardin construiront leur identité pour éventuellement devenir fiers.

De plus, j’ai constaté que certains enfants qui fréquentent l’école ont parfois un seul parent qui parle français. Étant donné qu’ils ont la chance de vivre avec un des deux parents qui parle cette langue, ils comprennent davantage l’importance de bien connaître le français. Cependant, d’autres parents ne parlent pas du tout français, ce qui fait, que l’enfant ne comprend pas pourquoi il aurait à parler le français et pas eux. Déjà, je peux observer une différence entre ces deux types de famille. Je suppose que certains enfants devront avoir plus de soutien de la part des enseignants, car c’est lorsqu’ils vieillissent qu’ils se questionnent. D’ailleurs, à Chatham-Kent, parler le français et l’anglais te permet d’avoir un meilleur salaire, dans certains cas.

Une expérience formidable !
Au fil des semaines, j’ai appris beaucoup de choses concernant la réalité franco-ontarienne. Mes discussions, mes découvertes et mes connaissances n’ont fait que grandir depuis mon arrivée ici. L’école Sainte-Marie m’a permis de vivre une expérience inoubliable en pratiquant et en exerçant ma future profession. J’ai côtoyé des enseignants fiers et passionnés de transmettre leurs valeurs à la communauté francophone de Chatham. D’ailleurs, cette école a beaucoup de jeunes enseignants, ce qui apporte une autre dynamique au sein de l’équipe. Grâce à cette expérience, j’ai réalisé à quel point la langue française est importante. De plus, j’ai constaté qu’être enseignante exige d’être un modèle en tout temps, surtout auprès des enfants. Lorsque l’enseignant parle français, les élèves s'expriment beaucoup plus facilement. C’est pour cette raison que nous devons les guider et agir en tant que modèle pour les situer par rapport à leur identité. Au terme de ce stage, je me sens fière d’être francophone. J’ai vu et compris quels étaient les vrais combats pour conserver le français. C’est pour cette raison qu’à mon retour au Québec, je souhaite rendre fière les élèves de parler français en leur montrant leurs origines et en discutant de la culture québécoise. Je termine avec la devise du Québec : « Je me souviens ! »