Stages en enseignement dans les communautés francophones

Jessica Paris — Deuxième article

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Une aventure yukonnaise inoubliable


Mes premiers pas au Yukon ont été faits le 3 mars, à 22h20, lorsqu’il faisait -35 degrés Celsius à l’extérieur ! Ce premier accueil a été assez brutal, mais très loin de m’avoir déplu. Évidemment, j’ai dû m’adapter à ce changement radical de température dès mon arrivée. Par contre, je suis tout de même tombée sous le charme du cheval blanc après quelques jours. Son paysage enneigé à couper le souffle, les gens plus qu’accueillants, la communauté unie et le centre-ville unique en son genre ont su me charmer en très peu de temps. J’ai passé ma première fin de semaine à découvrir différents endroits grâce à des gens merveilleux qui ont su m’accueillir avec les bras grands ouverts. À ce moment, j’ai réalisé que j’allais indéniablement passer une expérience extraordinaire qui restera gravée à tout jamais dans ma mémoire.

Il ne faudrait pas oublier mes premiers jours à l’école, qui m’ont grandement impressionnée. La plupart des professeurs, des intervenants et des personnes côtoyant les environs étaient tous au courant que des stagiaires du Québec allaient venir dans cette école. C’est pourquoi nous avons été accueillies chaleureusement, ce qui nous a permis de nous sentir à notre place, dès les premiers instants. Me dire à maintes reprises qu’il allait prendre quelques semaines avant de rencontrer des gens, cette pensée a été, de loin, erronée. Imaginez-vous que j’ai dû décliner des invitations dès mon arrivée, car beaucoup de gens proposaient des activités incroyables. Ces dires se résument à : quel bel accueil !

 

Un des paysages splendides du Yukon (Grey Mountain)


La Commission scolaire francophone du Yukon (CSFY) a été créée en 1996, soit depuis 21 ans. Évidemment, la création de cette commission scolaire est loin d'avoir été faite du jour au lendemain. La communauté a dû se battre pendant plusieurs années afin de faire valoir leur point sur l’importance de pouvoir gérer son propre dossier scolaire. Cette commission scolaire gère trois programmes francophones, soit l’École Émilie-Tremblay (maternelle à 6e année), l’Académie Parhélie (7e année à 12e année) et l’enseignement à domicile (1re à 12e année). Dès les premières années, plus d’une centaine d’élèves étaient inscrits au programme pour obtenir une éducation francophone, en totalité. Depuis ce temps, les chiffres ont plus que doublé. Tout près de 300 élèves fréquentent cette école ! Ce n’est pas pour rien qu’un deuxième bâtiment sera construit sous peu afin de répondre aux besoins de la communauté. Hors de tout doute, le français est grandement valorisé par les Yukonnais.


Même si la CSFY a été créée en 1996, cette dernière a pu gérer son propre système scolaire à partir de 2009 seulement. Elle a dû prouver au ministère de l’Éducation du Yukon qu’elle en avait les capacités et elle est même allée en justice avant d’être la vainqueur de cette cause importante (CSFY, 2015). J’ai été très impressionnée par le travail fait par les différentes personnes travaillant pour cette organisation. Après plusieurs années dans les milieux scolaires au Québec, il a été plutôt rare de rencontrer les gens de la commission scolaire. Par contre, c’est assurément la situation inverse, ici, à Whitehorse. Tous les membres du personnel travaillant auprès des jeunes dans les programmes francophones font un partenariat hors pair afin d’offrir le meilleur cheminement scolaire aux élèves. J’ai pu rencontrer les conseillers pédagogiques lors des réunions collaboratives, et partager mes savoirs pédagogiques et personnels. Ce fut, encore une fois, très enrichissant de pouvoir participer à ce type de réunion professionnelle.


La langue française au Yukon

Il est clair qu'il y a eu un travail énorme fait par la communauté afin de préserver la langue française sur le territoire. Il faut admettre que l’Association franco-yukonnaise (AFY) a su faire un travail admirable pour ce dossier. Cette dernière a été créée en 1982, soit au même moment où la Loi constitutionnelle a été adoptée. Grâce à celle-ci, le français a su prendre sa place davantage sur le territoire, car cette loi énonce le droit de l’instruction de la langue de la minorité (CSFY, 2015). Malgré ces années assez difficiles pour faire valoir la langue, je crois que le travail a été fait avec brio. Ce n’est pas pour rien que plusieurs francophones de partout dans le monde décident de venir s’installer ici. Sans aucun doute, la francophonie est loin d’être en mode « survie » pour l’instant. En plus des Franco-Yukonnais, il y a tous les autres jeunes qui côtoient les programmes d’immersion française, qui sont très populaires sur le territoire du Yukon. Bref, le désir d’apprendre et de parler en français est présent pour plusieurs Yukonnais.

En pensant au mot « défi », j’ai tout de suite cru que le plus grand défi était la langue anglaise qui peut souvent prendre le dessus sur la langue française dans les milieux minoritaires. Cependant, en discutant avec des collègues de l’école et en écoutant les jeunes parler quotidiennement, j’ai dû vite comprendre que ce défi n’était pas en premier lieu. La langue française est vivante ici, à Whitehorse, et elle est grandement valorisée. Cela incite donc les jeunes à communiquer fréquemment en français. Évidemment, il peut y arriver que certains enfants « échappent » quelques mots en anglais, mais souvent, ils le font sans s’en rendre compte. Je dois dire que j’étais avec des élèves de 3e année, alors j’imagine que pour les adolescents en pleine crise identitaire, parler le français peut parfois être une longue bataille pour les enseignants. Pour ma part, je n’ai pas vécu ce défi.


Le plus gros défi soulevé par le milieu minoritaire où j’ai fait mon stage est relié aux nombreux immigrants qui viennent d’un milieu majoritairement francophone. À Whitehorse, beaucoup de professeurs arrivent avec des expériences enrichissantes d’ailleurs au pays ou dans le monde, mais ils ne connaissent pas nécessairement les enjeux d’un milieu minoritaire. De ce fait, l’école doit offrir un soutien et des formations nécessaires aux enseignants afin de bien répondre aux besoins des élèves. Il faut sensibiliser les jeunes à l’importance de la langue française et cela va beaucoup plus loin que l’écriture et la lecture. C’est à l’enseignant de faire une transmission des valeurs culturelles de la communauté afin de continuer à faire vivre la francophonie comme elle est présente actuellement. C’est pour cela que les nouveaux arrivants doivent être sensibilisés à ce sujet afin d’être un modèle exemplaire pour les futurs citoyens franco-yukonnais. De plus, pour pallier ce défi, tout le monde travaille en collaboration, soit l’école, la famille et la communauté. Ce n’est pas pour rien qu’il y a eu la création de cette belle école. Il ne faut sans doute pas oublier les autres groupes de soutien présents à Whitehorse, soit la garderie du petit cheval blanc, l’Association franco-yukonnaise, le comité de parents, la Commission scolaire francophone du Yukon et d’autres que je n’ai pas pu rencontrer.


Évidemment, ce défi et ce travail en communauté sont très loin d’être des aspects similaires du Québec. Évidemment, certaines régions du Québec ont aussi les problèmes reliés à la langue, mais selon mes expériences, je n’ai pas vécu dans un milieu scolaire ou communautaire similaire à celui de Whitehorse. L’École Émilie-Tremblay s’adapte à son environnement en offrant des activités stimulantes aux élèves afin de vivre sur le territoire tout en promouvant la langue française. Par exemple, l’école planifie des moments où les jeunes peuvent aller faire du ski de fond, de la course, de la randonnée pédestre et plus encore. Qui n’aime pas profiter de la belle température extérieure pendant les heures de classe ? Tous les élèves sont choyés d’avoir cette opportunité.

 

L'identité des élèves

En quelques semaines, j’ai pu remarquer que les élèves sont fiers de me partager leurs différentes origines. Ils se considèrent comme des Yukonnais. En discutant avec eux, j’ai vite remarqué qu’il y a une grande diversité entre les citoyens dans cette ville. Dans bien des cas, les parents ont des origines différentes et ont décidé de s’établir au Yukon ou de venir découvrir ce territoire pour quelque temps. Il est intéressant de voir les élèves s’exprimer sur cet aspect, car, seulement en discutant, ils forgent leur identité. Il est toutefois difficile de bien comprendre sa propre identité à un si jeune âge, mais ils sont conscients de l’importance de la langue. Ils sont les seuls à avoir une éducation pleinement francophone sur le territoire et la plupart en sont conscients. Pour ma part, mes élèves faisaient de la correspondance avec une école d’immersion française et j’ai rapidement remarqué la différence entre les deux groupes. Mes élèves étaient perçus comme des modèles de la langue française, ce qui est très stimulant et enrichissant dans leur processus de construction identitaire.

 

Ce qui influence l'identité des jeunes
Selon moi, l’aspect qui peut affecter l’identité des jeunes, c'est la vie communautaire présente dans la ville ou hors des heures de classe. Je m’explique. Il est évident que les enseignants peuvent avoir un gros impact afin d’aider les jeunes à forger leur identité. Cependant, il y a aussi la vie extérieure de l’école qui doit être prise en considération. À plusieurs reprises, j’ai vu des élèves être fiers de représenter leur école dans des activités parascolaires. Ils n’ont pas peur de dire qu’ils vont à l’École Émilie-Tremblay. En participant à des activités de ce genre, les enfants développent un sentiment d’appartenance encore plus grand, car la plupart du temps, ils décident de se joindre à ces événements par choix personnel. Eh oui, l’école y est pour beaucoup lorsqu’on parle d’identité chez les jeunes. Par contre, à Whitehorse, un esprit communautaire est un autre élément qui montre aux enfants à quel point la francophonie est vivante dans cette ville. Il faut aussi rappeler qu’à Whitehorse, les Jeux de la francophonie sont très connus et cela aide grandement les jeunes à s’identifier en tant que Franco-Yukonnais. Les participants retenus doivent avoir le français comme langue d’usage, ce qui peut parfois être un avantage pour plusieurs d’être Franco-Yukonnais. Bref, la langue est certainement un facteur de rassemblement et les gens sont fiers d’être francophones !

 

Bilan

Compte tenu de ce qui précède, mon expérience a été beaucoup plus qu’enrichissante. C’est l’expérience d’une vie qui sera bénéfique autant sur le plan personnel, professionnel et culturel. Je suis maintenant consciente des différents facteurs à considérer lorsqu’on intègre un milieu minoritairement francophone. J’ai pu me familiariser avec un nouveau contexte éducatif que j’ai grandement apprécié et qui sera aussi grandement utile dans tous les milieux éducatifs que je côtoierai. Mon identité, en tant que citoyenne francophone, a assurément été renforcie. La vie communautaire et éducative a changé mes façons de voir la langue française. J’ai toujours été sensibilisée à employer un langage juste et adapté, mais maintenant, je comprends à quel point il est important de s’identifier en tant que francophone afin de promouvoir notre langue comme une richesse pour la communauté. Nous sommes des modèles et c’est grâce à nous, en partie, que les élèves peuvent forger leur identité en tant que francophone. Sans nécessairement le vouloir, nous faisons la différence auprès des jeunes ! Je ne remercierai jamais assez tous les gens que j’ai rencontrés ici et qui m’ont tous fait grandir à leur façon.

 

C’est avec tristesse que je quitterai cette merveilleuse ville, mais un retour au cheval blanc est déjà planifié dans un avenir rapproché. À bientôt Whitehorse !


Eh oui ! Je n’ai pas oublié l’Association canadienne d’éducation de la langue française (ACELF), qui elle, m’a permis de vivre cette expérience extraordinaire. Merci mille fois !

 


Les couchers de soleil à couper le souffle, et ce, même à 22h30. Dire que j’avais cette vue à cinq minutes de marche de mon domicile!