Stages en enseignement dans les communautés francophones

Laurence Lafond — Deuxième article

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Se sentir bien entourée, entre la mer et les montagnes!

Mes premières impressions
Plus que deux petites semaines à ce merveilleux stage qui s’avère être une expérience très enrichissante. Que dire de ce magnifique coin du pays, du mode de vie qui l’accompagne et des communautés qui l’habitent? Tout et rien à la fois. Il faut vraiment y être pour ressentir toute l’énergie positive, la tranquillité et l’ouverture d’esprit qui règne sur l’île de Vancouver. Bordée par l’océan pacifique de tout son long, Campbell River est une ville qui renferme de merveilleux petits bijoux naturels. La plage, les montagnes et les forêts constituent le cœur de la ville. J’ai aussi pu remarquer assez rapidement que c’est un milieu multiculturel. Les Premières Nations font partie intégrante de l’histoire de cette région et de nombreuses autres cultures assurent la diversité culturelle de la ville. Et puis, que dire de la petite communauté francophone, celle de l’école? Elle fut plus qu’accueillante pour Roxanne et moi, et nous n’aurions pu demander mieux pour nous introduire à la vie sur l’île. En bref, ce sont les premières impressions que j’ai eues de ce qui allait être mon milieu de stage.

Le Conseil scolaire francophone
L’école Mer-et-montagne est une propriété du Conseil scolaire francophone (CSF). Ce n’est que dans les années 80 que la première école francophone vit le jour dans la province à l’ouest du Canada. Depuis ce jour, le nombre d’élèves ne cesse de grandir ainsi que le nombre d’écoles. Il en est actuellement à 34 écoles, plus de 5700 élèves et 900 employés. Je dois admettre que les objectifs du CSF me paraissent très appropriés, visant à développer chez ses élèves un esprit de contribution à la société, par le biais de la maîtrise de la langue française.

Le statut de la langue française à Campbell River
Je dois avouer que la langue française n’occupe pas une aussi grande place que je l’aurais cru à Campbell River. En effet, seule mon école de stage offre un milieu d’apprentissage francophone aux jeunes enfants de cette ville. Il est important de noter que l’école n’accueille que 95 élèves chaque année et que parmi ceux-ci, la grande majorité vit dans des familles uniquement anglophones. Ainsi, je trouve personnellement qu’il devient difficile d’extrapoler la langue française à plus grande échelle que seulement dans le milieu scolaire. Le français « parlé » me semble avoir survécu surtout en raison de la communauté scolaire qui entoure et encadre les élèves de l’école Mer-et-montagne. Il importe de souligner que l’Association francophone présente à Campbell River agit aussi à titre de repère pour les utilisateurs de la langue française. En effet, plusieurs fois par semaine, des activités et des rassemblements sont organisés pour permettre aux francophones de se réunir et de préserver leur langue.

Le défi d’une école en milieu minoritaire
L’école Mer-et-montagne ne semble pas faire exception à la règle en ce qui concerne le défi à relever quant au milieu minoritaire dans lequel elle est située. En effet, la vie à Campbell River se déroule majoritairement en anglais, qu’il s’agisse de publicités, de services offerts ou encore d’écritures. Les parents des élèves sont, pour la plupart, anglophones. L’école Mer-et-montagne jongle constamment avec le défi de faire entrer la langue française dans les foyers des élèves de son école. Pour plusieurs, le français est pratiqué seulement en classe ou à l’école, ce qui occasionne des moments difficiles lors des retours de vacances, de longs congés ou même de fins de semaine. En bref, quant aux défis à relever par l’école en ce qui a trait à l’intégration de la langue française en milieu minoritaire, celui de la continuité à l’extérieur de l’école est quant à moi le plus important.

Pour tenter de surmonter ce défi, l’école Mer-et-montagne met tout de l’avant pour offrir à ses élèves un milieu d’apprentissage uniquement en français. Je fus plutôt ravie de constater que les communications aux parents sont faites en français, la plupart des activités éducatives aussi ainsi que toutes les activités extrascolaires. Même si la participation des parents est souvent requise et que la plupart d’entre eux ont peine à comprendre le français, le personnel enseignant de l’école insiste pour que la langue française soit mise de l’avant jusqu’au point où la communication ne devienne plus possible.

Par ailleurs, je me dois de souligner que ce que je juge comme étant le plus grand défi de l’école Mer-et-montagne est celui de conserver ses élèves jusqu’à la huitième année, dernière année d’enseignement offerte à l’école. En effet, elle n’accueille qu’un petit nombre d’élèves, ce qui rend parfois la vie sociale des élèves plus difficile. Étant dans la même classe depuis la maternelle, les élèves les plus âgés tendent à vouloir quitter l’école primaire pour différentes raisons. Que ce soit pour vivre des expériences sociales plus diversifiées et enrichissantes, pour fréquenter un milieu qui offre une possibilité de compléter le secondaire dans le même établissement ou encore pour poursuivre dans un programme d’immersion dans une plus grande école, plusieurs élèves quittent annuellement. Le problème est qu’il n’y a aucune autre école à Campbell River qui offre un programme d’études francophone pour la 7e et la 8e année. Pour poursuivre les apprentissages en français après le primaire, il faut alors aller dans un programme d’immersion, qui se veut en quelque sorte une façon de faire un pas en arrière pour les élèves du milieu scolaire francophone. Mon école de stage ainsi que le CSF en sont donc à voir une façon de procéder pour pouvoir satisfaire les besoins de tous ses élèves, notamment ceux des plus vieux.

Ceci étant dit, l’école et son fonctionnement sont très différents de ce que je suis habituée de vivre à Québec. Premièrement, chacun des membres du personnel y met du sien pour que la vie scolaire soit collective, à la façon d’une microsociété. Qu’il s’agisse des déjeuners préparés trois fois par semaine par madame Micheline, la secrétaire, des joutes de hockey proposées le midi avec monsieur Marc, le directeur, ou encore des nombreuses activités offertes à tous par les différents membres du personnel, il est évident que cette école en est une qui fait preuve d’une belle collaboration entre tous ses acteurs.

Deuxièmement, la proximité avec les élèves permet aux enseignants de sortir du cadre régulier d’enseignement beaucoup plus facilement. Un projet d’échange culturel a d’ailleurs pris forme pendant mon stage où une classe de l’école et une autre des Iles de la Madeleine se rendront respectivement visite d’ici la fin de l’année. Sinon, à plus petite échelle, il n’est pas rare de voir les élèves travailler dans les corridors, dehors, dans des petits locaux, etc. Ils sont rarement assis sur leur chaise pour de longues périodes en train d’écouter un enseignement magistral.

 

Finalement, si je parle plutôt du nouveau curriculum, je dois avouer qu’il me convient très bien. Il n’est peut-être pas tout à fait au point, mais il propose une façon d’évaluer les élèves qui me plaît particulièrement. En effet, ces derniers ne sont pas notés, ils sont plutôt commentés. Il me semble que cette façon de faire encourage les élèves à faire des efforts directement en lien avec les défis d’apprentissage qu’ils ont. De plus, l’attitude de comparaison est beaucoup moins présente dans un tel contexte. Enfin, l’autoévaluation est un moyen d’évaluer les élèves que je trouve important et qui est d’ailleurs très présent au sein du processus d’apprentissage des Britanno-Colombiens. Il permet aux élèves de prendre conscience eux-mêmes de leurs réussites et de leurs défis.

 

L’identité des élèves de mon milieu de stage
Pour avoir discuté avec eux, les jeunes de ma classe de stage ne se définissent généralement pas comme étant des francophones. Ils affirment pouvoir parler en français et s’exprimer globalement en français, mais ils s’identifient plutôt en tant qu’anglophones Pour plusieurs, c’est même une barrière de communication. Le ton de voix diminue, l’assurance disparaît peu à peu et hop, l’anglais prend le dessus. Il faut souvent les ramener à l’ordre pour leur rappeler qu’à l’école, c’est le français qui prime, et ce, en tout temps. Je remarque que si les élèves ne comprennent pas certains mots, ils ne seront pas portés à en chercher les définitions. C’est donc à l’enseignant de vérifier que tous ses élèves comprennent, à l’aide de questions ou d’observations.

En conclusion
À la lumière de cette réflexion, je peux en faire ressortir que ce qui influence l’identité des jeunes de l’école ou ce qui leur permet de développer leur identité francophone se résume au milieu scolaire. Je me rends compte que ces élèves méritent tout ce qu’ils vivent à l’école, mais il faudrait délibérément trouver une façon de leur offrir une communauté extrascolaire, plus encadrante en ce qui a trait à la langue française. Je n’en suis pas à trouver des solutions, mais certes, nous devons agir avant de voir disparaitre la magnifique petite communauté francophone de Campbell River. Ce stage fut une expérience plus qu’enrichissante, me permettant de faire une tonne de réflexions et de constats. Je quitterai le cœur gros, rempli de souvenirs et d’aspirations. La Colombie-Britannique, toi et moi ce n’est qu’un au revoir!