Stages en enseignement dans les communautés francophones

Marc-Antoine Morin — Deuxième article

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Un séjour dans les terres du Manitoba

Re-bonjour!

Voilà une belle aventure qui se termine. Mon séjour de deux mois dans les plaines du Manitoba prend fin. Des plaines, qui ne sont pas si « plates » que ça finalement. À Notre-Dame, on vit « dans les butes », comme disent les gens de la place. C’est effectivement le cas, bien que le Manitoba soit très plat, ce petit village au sud-ouest de Winnipeg est assez vallonné. J’y ai découvert une toute petite communauté francophone accueillante et chaleureuse. Dès notre arrivée à l’aéroport, nous avons été accueillis par mon enseignante-associée et son mari. Ils nous ont alors amenés chez notre nouveau chez nous à Notre-Dame-de-Lourdes. J’ai été hébergé par deux enseignants retraités, chez qui je me suis senti chez moi dès les toutes premières minutes en leur compagnie. On nous a tout de suite offert un excellent repas et fait visiter la maison et attribué nos chambres. Nous avons alors passé le reste de la soirée à discuter et nous avons appris à connaître nos hôtes pour les 10 premiers jours.

Nous avons eu à déménager dès la deuxième semaine, vers un appartement pour le reste du stage. Celui-ci à commencer le surlendemain, soit le lundi 6 mars. J’ai alors fait la connaissance de toute l’équipe-école, les enseignants, qui sont tout aussi rares qu’au Québec, les enseignantes, la direction, en passant par les auxiliaires et les concierges. Tout ce beau monde m’a accueilli à l’école à bras ouverts et le sourire aux lèvres. Je n’avais jamais vu une communauté aussi accueillante que celle-ci. On nous a invités à souper à plusieurs reprises ou encore de nous sortir à Winnipeg. De plus, à Notre-Dame, tout le monde nous envoie la main lorsque l’on se croise dans la rue. Chose qui m’a bien fait sourire, car je n’étais pas du tout habitué à ça étant donné que je viens de la ville.

L’expérience en stage en fut une des plus enrichissantes. Travailler avec des enfants qui parlent le français presque uniquement à l’école fut un défi intéressant et constant. J’ai dû parler plus doucement afin de bien me faire comprendre tout en utilisant un français digne d’un enseignant, mais aussi en tentant qu’il ne soit pas trop soutenu afin de bien me faire comprendre, étant donné que leur vocabulaire français est encore en développement. Ce fut aussi tout un défi de faire parler ces jeunes de première année en français 100 % du temps. Ces jeunes, qui vivent dans un milieu de plus en plus anglophone, ont tendance à parler anglais entre amis, même s’ils sont dans la salle de classe. Il est alors assez difficile de trouver un moyen qui motive ces enfants à parler en français lorsqu’ils sont à l’école, alors que l’anglais est presque devenu leur langue maternelle et qu’ils le parlent beaucoup à la maison. Là-bas, on dit que « le français s’apprend et l’anglais s’attrape ». C’est donc l’exemple parfait pour dire que les parents et les enseignants travaillent fort pour que les enfants apprennent le français et le parlent régulièrement. Malheureusement, lorsque l’anglais entre dans leur vie, il chamboule tout et prend la majorité de la place. En première année, mes élèves étaient tous meilleurs en anglais qu’en français, peu importe s’ils vivaient dans une famille anglophone ou francophone de cette communauté francophone qu’est Notre-Dame-de-Lourdes.

Côté culture, l’adaptation ne fut pas très complexe. La culture est sensiblement la même qu’au Québec. La culture religieuse est aussi la même et les gens vont en majorité à la messe le dimanche matin. On y écoute la même musique et la radio offre les mêmes choix qu’au Québec. Les gens que j’ai connus ont par contre un petit faible pour le country et le new country. Cela m’a bien plu, étant moi-même quelqu’un qui écoute beaucoup ce style musical. On y mange la même nourriture et le français qui y est parlé ne varie pas énormément. Bien sûr, ils ont leurs expressions, leurs tournures de phrases et leurs anglicismes bien spéciaux à eux, mais leur langage est très semblable au nôtre. Je me suis alors tout de suite bien intégré dans cette communauté au sud-ouest du Manitoba. Les gens de la communauté m’ont aussi grandement facilité la tâche. Tous me parlaient du village et de son histoire, de leur propre histoire et de leurs ancêtres, pour la plupart de France. J’ai aussi beaucoup appris sur les villages avoisinants et sur les légers « froids » régnant entre les villages. Il faut dire que Notre-Dame est entourée sur trois cent soixante degrés par des communautés anglophones. Malgré cela, être la seule et unique communauté francophone parmi plusieurs n’a pas que des inconvénients. Ils viennent tout juste d’avoir, cette semaine, un nouvel hôpital, à la fine pointe de la technologie, afin de remplacer leur ancien. Après plus de quarante ans de lutte politique, plusieurs millions de dollars et d’innombrables efforts, les Lourdais sont extrêmement fiers. Comme je me suis fait dire à plusieurs reprises : « Par chance qu’on parle français, sinon on l’aurait pas eu notre hôpital ».

Je termine mon article en vous parlant de la bataille quotidienne, dans laquelle j’ai été plongé, de ces gens pour la survie de leur école, de leur communauté et de leur français. Tous les jours, ces Franco-Manitobains doivent se battre afin de garder leur village intact malgré la présence anglophone de plus en plus présente. Bien entendu, les écoles et l’éducation sont au centre de tout cela. L’école élémentaire ainsi que l’école secondaire sont toutes deux des écoles francophones où les élèves se doivent de parler le français. Par contre, plusieurs d’entre eux viennent de familles complètement anglophones, et même les familles francophones parlent énormément l’anglais.

 

Déjà, dans ma classe de première année, les jeunes parlent énormément l’anglais entre eux et il est difficile de leur faire changer cette habitude. À vrai dire, leurs conversations entre amis sont toujours en anglais, sauf si un enseignant est près d’eux et risquerait de les entendre et de les avertir. Alors, la communication avec la famille et les services qu’on leur offre sont source de conflits entre les parents anglophones, les écoles et la Division scolaire franco-manitobaine. En effet, la Division aimerait que tous les services offerts par l’école soient en français seulement. Je pense notamment aux notes que l’on envoie aux parents. Les notes bilingues sont alors faites en laissant un petit goût amer, et cela est très compréhensible, car c’est une école francophone et une Division scolaire francophone.

Par contre, certains parents qui ne parlent pas le français aimeraient bien que l’école les accommode davantage, sans avoir à constamment le demander. Ce point est tout aussi valable, car les parents croient qu’ils ont le droit d’avoir ce service. Ils ont choisi d’encourager cette école, celle de leur petite communauté, et de donner la possibilité à leur enfant de parler le français. Pour ceux-ci, les parents, le dilemme est alors de choisir entre envoyer ses enfants dans une école francophone pour qu’ils apprennent en français et le parlent tous les jours à l’école et avoir moins de service anglais ou alors envoyer son enfant dans une école anglophone et avoir tous les services en anglais sans se battre. Ils diminuent alors énormément les chances que leur enfant acquiert un bon français pour le reste de leur vie. Pour l’école, le dilemme est l’inverse et très important. Soit elle offre plus de service aux parents en anglais, même si elle est entièrement francophone, ou elle limite les services en anglais et risque de perdre des enfants. Étant la seule et unique école francophone dans les environs, elle se doit de faire des choix judicieux pour ne pas perdre trop d’élèves et risquer de fermer dans les prochaines années.

Un autre problème, c’est que la communauté change elle aussi. Selon les gens d’ici, ce n’est plus une « communauté francophone ». Énormément d’anglophones habitent maintenant dans ce petit patelin et changent le visage de cette communauté de moins en moins francophone. Est-ce une bonne chose? Est-ce une mauvaise chose? Les avis sont partagés. Certains diront que cela est tout à fait normal, que les temps changent, que l’anglais est de plus en plus présent dans le monde et qu’ils doivent eux aussi évoluer et suivent les changements plutôt que d’y résister. Pour d’autres, c’est tout l’inverse. Le fait que la communauté devienne de plus en plus bilingue, voire même anglophone, leur fait peur. Peur que leur terre, qui se bat pour le français depuis trop longtemps, perde cette bataille dans l’avenir.

Malgré tout cela, les anglophones sont les bienvenus à Lourdes et ils seront accueillis comme je l’ai été. C’est à dire, à bras ouverts, avec le sourire et avec chaleur. Ils seront des Lourdais comme tous les autres, sans différenciation à leur langue et leurs différences. Je peux par contre affirmer que cette petite communauté d’environs 900 habitants ne baissera jamais les bras dans cette lutte pour conserver le français. Ils vont tout faire pour qu’il reste à tout jamais et que les enfants perpétuent la langue française dans les générations futures.