Stages en enseignement dans les communautés francophones

Marie-Andrée Tourville - Deuxième article

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La joie de vivre et la gentillesse franco-ontarienne

Mes premières impressions

J’ai tout de suite été séduite par la sérénité de Leamington, une petite ville située dans le sud-ouest de l’Ontario, dans le comté d’Essex, sur la rive nord du lac Érié et à proximité de Windsor et Détroit. J’ai rapidement remarqué sa verdure, ses nombreux arbres immenses et une variété d’oiseaux.


Dès le premier jour de mon stage, j’ai aussi immédiatement été charmée par l’atmosphère paisible, respectueuse et enjouée de l’école élémentaire catholique Saint-Michel. J’ai trouvé son personnel très accueillant et particulièrement gentil et courtois. J’ai également vite constaté à quel point toute l’équipe est engagée dans son souci de prendre soin des élèves sur tous les plans : émotionnel, social, intellectuel, culturel, physique et spirituel. De nombreuses activités spéciales sont organisées au sein de la classe et de l’école, en collaboration avec la communauté, pour stimuler l’épanouissement global de chacun des élèves, un sentiment d’appartenance et pour simplement contribuer à une abondance de souvenirs d’enfance heureux.


J’ai par-dessus tout apprécié faire la connaissance d’une enseignante merveilleusement créative et attentive au bien-être et aux émotions de ses élèves, Serrah Gossmann. Elle a su tisser de très beaux liens affectifs avec ses protégés à un point tel qu’ils préfèreraient ne pas partir en vacances quand le mois de juin s’achèvera! Découvrir un à un ces élèves heureux malgré des défis que plusieurs d’entre eux doivent surmonter au quotidien a été pour moi ma plus grande joie lors de mon passage à Leamington.

 

Francité, catholicité et multiethnicité


L’école Saint-Michel est fièrement francophone, catholique et multiethnique. La majorité des élèves n’ont pas pour langue maternelle le français, mais leurs parents (anglophones, libanais, mexicains, italiens, etc.) embrassent cette francité comme une chance unique de développement pour leur enfant et c’est pourquoi cette école est si vivante malgré son emplacement dans un milieu grandement minoritaire. Saint-Michel n’est néanmoins pas une école d’immersion, car tout le curriculum est enseigné en français (Conseil scolaire catholique Providence).


Une identité francophone


Malgré des défis quotidiens pour les élèves, en apprenant à connaître ce milieu, j’ai été touchée par cette francophonie d’adoption. J’ai même rencontré une personne qui avait pour langue maternelle l’anglais, mais ayant fait ses études à Saint-Michel dans le passé, elle a fait le choix, sans rien renier de ses origines, de s’identifier premièrement comme franco-ontarienne au point d’élever son enfant en français. Plusieurs anciens élèves sont également devenus des enseignants francophones. Les élèves que j’ai côtoyés m’ont aussi très souvent manifesté leur attachement au drapeau franco-ontarien et à la musique thématique des festivités du 25 septembre.


Depuis sa fondation en 1985, à la demande d’un groupe de parents francophones de Leamington, Wheatley et Kingsville, Saint-Michel offre au quotidien un milieu de vie franco-ontarien. Ayant fait ses débuts dans un sous-sol d’église, puis au sein d’une autre école, Saint-Michel a vu ses inscriptions se multiplier rapidement, si bien qu’un bâtiment moderne a pu être construit à son intention en 1995 et agrandi en 2007 et 2012. L’école accueille aujourd’hui 565 élèves, de la maternelle/jardin à la 8e année.


Une fidélité aux traditions ancestrales


Au Québec, nous n’avons pas pour tradition de chanter l’hymne national tous les matins et, depuis que pratiquement toutes les écoles ont été désacralisées, par un souci de neutralité, nous ne sommes plus habitués à ce que les prières et les bénédicités fassent partie du quotidien des élèves. Comprenant tous les points de vue, je dois dire que j’ai personnellement été enthousiasmée par les valeurs universelles que ces pratiques mettent constamment de l’avant : l’empathie, un souci du bien-être des autres, le partage, la gratitude et le souvenir de nos prédécesseurs. Je n’ai jamais observé de sentiment de supériorité ou de fermeture aux autres cultures ou croyances, bien au contraire. Par exemple, dans sa classe, Mme Gossmann a organisé, dans le cadre du cours de religion, un cercle de prières, c’est-à-dire que des noms sont pigés d’une boîte précieuse au hasard et les enfants placés en cercle expriment volontairement des souhaits de prière pour les personnes sélectionnées. Vous imaginez bien que j’ai été émue d’être témoin de ces belles déclarations d’affection et d’amitié.

 

Une francophonie minoritaire, mais fière de son histoire

Au 17e siècle, les premiers Européens à avoir foulé le sol de la région de Leamington, de Windsor et du comté d’Essex étaient des explorateurs, trappeurs, négociants en fourrure et missionnaires français. Ce sont eux qui ont donné à la Pointe-Pelée son nom. Cette petite péninsule s’avançant dans le lac Érié est extrêmement riche en biodiversité et est aujourd’hui un parc national. Les autochtones avaient enseigné à ces visiteurs une route de portage y traversant ses marais afin d’éviter les courants dangereux du lac Érié.


Le secteur bénéficiait d’un positionnement stratégique aux abords d’un circuit important de cours d’eau navigables : le lac Érié, la rivière Détroit, le lac Sainte-Claire, le lac Huron, etc. En 1701, une colonie française s’est installée sur les territoires de ce qui allait devenir un jour les villes de Windsor et Détroit (Bénéteau, 2007). Le fort de Pontchartrain a été érigé par Antoine Laumet, sieur de Lamothe Cadillac et malgré le pessimisme de plusieurs sceptiques, la colonie du Détroit avait réussi à s’enraciner. Devenant un centre de relais et d’approvisionnement important, elle prospérait du commerce des fourrures, de la culture maraîchère, de la chasse et de la pêche (Bénéteau, 2007; Musée canadien de l’histoire, s.d.) avant d’être conquise par les Anglais en 1760 et aussi partiellement par les Américains en 1796 (Bénéteau, 2007; Musée canadien de l’histoire, s.d.). Néanmoins, du côté canadien, malgré une situation minoritaire, des descendants de ces colons ont maintenu une présence francophone. D’autres francophones en provenance du Québec se sont joints à eux ultérieurement et ont participé à conserver le fait français. (Bénéteau, 2007). « Grâce en partie à une nouvelle vague d’immigration venue de la vallée du Saint-Laurent, dans la deuxième moitié du 19e siècle, une minorité francophone se maintient toujours dans la ville de Windsor et dans la région avoisinante des comtés d’Essex et de Kent » (Bénéteau, 2007). Des traces architecturales et toponymiques font aussi mémoire à ce plus ancien établissement européen continu, à cette première communauté francophone permanente et à cette première paroisse en Ontario (Bénéteau, 2007; Pelletier, 2015). Le centre communautaire francophone Windsor, Essex, Kent, Le rempart, l’hebdo des francophones du sud-ouest de l’Ontario depuis 50 ans, le conseil scolaire Viamonde et le conseil scolaire catholique Providence en sont des flambeaux.


L’école élémentaire catholique Saint-Michel fait partie du conseil scolaire catholique Providence, anciennement le Conseil scolaire de district des écoles catholiques du Sud-Ouest ou CSDÉCSO. Ce conseil regroupe 23 écoles élémentaires et sept écoles secondaires réparties sur un territoire de plus de 28 000 km carrés.

 

Ce que je remporte avec moi

Tout comme je me l’étais imaginé avant mon départ, j’ai découvert un coin de pays enchanteur et fait des rencontres inoubliables. J’ai eu la chance d’être accueillie par une famille magnifique, une équipe-école attachante, une enseignante associée merveilleuse et des élèves extraordinaires. C’est avec beaucoup d’émotion que je vais leur dire au revoir.


Je suis tellement reconnaissante de cette aventure que l’ACELF, l’UQAR, le conseil scolaire catholique Providence et l’école élémentaire catholique Saint-Michel m’ont permis de vivre avec l’aide de toutes ces personnes généreuses qui m’ont accueillie. J’emporte avec moi de beaux souvenirs, des apprentissages précieux, un savoir-faire pratique plus développé, une foule d’idées pédagogiques et une envie encore plus pressante d’avoir ma propre classe à mon tour pour accompagner dans leur cheminement des élèves qui me seront confiés.


Qui sait où la vie me mènera? J’ai beaucoup aimé enseigner dans un milieu minoritaire francophone. J’ai aussi beaucoup apprécié la fierté franco-ontarienne. J’ai beaucoup de plaisir à faire connaître davantage la langue française et à faire découvrir des trésors de la culture francophone. Je suis certainement aujourd’hui mieux préparée à enseigner à des élèves en apprentissage du français.


Mon stage à l’école Saint-Michel m’a également permis d’acquérir beaucoup d’expérience auprès d’élèves en difficulté d’apprentissage, langagière, auditive ou comportementale. L’approche sensible et valorisante de Mme Gossmann m’a impressionnée et m’a permis de m’épanouir en tant que pédagogue.

 

 

Références :

Bénéteau, M. (2007). Encyclopédie du patrimoine de l’Amérique française : Rivière Détroit comme lieu de mémoire francophone.
Repéré à http://www.ameriquefrancaise.org/fr/article-300/riviere_d%C3%A9troit_comme_lieu_de_memoire_francophone.html#.V17D9bvhCUn

 

Pelletier, J.Y. (2015). Ontario 400e : Fort Pontchartrain.
Repéré à http://ontario400.ca/400jours/fort-pontchartrain/