Stages en enseignement dans les communautés francophones

Maryse Bellavance - Deuxième article

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La fin d’un stage dans une école francophone et dans un milieu multiculturel

Voilà déjà la fin de ce stage qui m’aura beaucoup appris au plan pédagogique et au plan personnel. D’abord, l’école Saint-Michel a su m’impressionner par la flexibilité, la passion et l’engagement des enseignants. J’ai compris lors de ce stage qu’il y avait de nombreux défis d’enseigner dans une école francophone dans un milieu qui est majoritairement anglophone, surtout avec des élèves du préscolaire ! J’ai rencontré dans ce milieu des enseignants qui m’ont transmis leur passion et m’ont permis de m’épanouir. Ensuite, au plan personnel, j’ai vécu dans une famille catholique anglophone à Leamington qui a su m’accueillir comme si j’étais un membre de la famille. L’expérience de ce stage n’est comparable à aucun autre déjà vécu. C’est avec beaucoup de joie que je vous raconte, dans ce texte, les détails de mon parcours dans une école francophone du sud-ouest de l’Ontario.

Mon premier jour

Le premier jour de mon stage fut rempli de surprises. Mon enseignante associée s’attendait à ce que j’arrive le mercredi, et non le lundi. Ce fut donc une surprise pour elle lorsque j’ai demandé l’heure d’arrivée le dimanche précédant le début du stage. Malgré ce malentendu, ma première journée fut incroyable. Elle a su m’accueillir en grand. En effet, les élèves de la classe avaient préparé un mot pour mon arrivée. Également, le personnel enseignant de l’école St-Michel était tous content de m’accueillir dans leur école et ils étaient très chaleureux. J’ai tout de suite ressenti que les élèves étaient heureux et épanouis dans leur école et qu’ils avaient un sentiment d’appartenance envers celle-ci. D’abord, par leur engagement dans les nombreuses activités parascolaires, mais aussi par le respect qu’ils ont envers les enseignants. Dès le premier jour, les élèves me disaient « bonjour madame» dans les corridors.

Les élèves de ma classe

La classe où j’ai réalisé mon stage est une classe de préscolaire. Cette classe accueille des élèves de la maternelle (4 ans) et du jardin (5 ans). Au début de l’année scolaire, les élèves ne parlent aucun mot français. Par ailleurs, la plupart des élèves proviennent de familles anglophones. Selon la loi de l’éducation francophone, les élèves peuvent avoir accès à l’école francophone si les parents ou les grands-parents ont fréquenté une école francophone ou qu’un frère ou une sœur est à cette école.

 

Je ne comprends ce que vous dites, madame ?

Dès le premier jour de mon stage, je me suis impliquée dans la vie de l’école et de ma classe. J’aidais à la création des leçons du matin ainsi qu’à la préparation des centres d’apprentissage. J’ai donc vite été confronté à la réalité et aux défis qui m’attendaient par rapport à l’utilisation du français dans la classe. En effet, les enfants de ma classe sont très jeunes et ils apprennent encore les mots de base afin d’utiliser la langue. Par exemple, certains élèves sont en mesure de compter jusqu’à dix et de former des phrases simples. Par contre, d’autres élèves sont en mesure de produire des phrases complexes. L’écart entre les élèves de la classe rend difficile l’enseignement de groupe, car les élèves ne sont pas tous au même niveau et on doit faire plusieurs adaptations. Je me suis donc aperçu que, pour m’adapter à eux, je devais parler moins vite, utiliser un vocabulaire adapté et ralentir mon débit de parole. Très souvent, les élèves me regardent avec de grands yeux qui veulent dire : mais qu’est-ce que vous dites, madame ?

 

Le programme PAJE

Ce qui m’a également surprise, c’est le programme PAJE du préscolaire. PAJE, c’est l’apprentissage par le jeu. Deux heures par jour, les élèves sont livrés à eux-mêmes afin de jouer dans les centres d’apprentissage. Bien sûr, l’enseignant est présent afin de questionner les élèves ! Par ces jeux, ils apprennent des notions de numératie, de littératie, de science, d’éveil religieux, etc. Au début du stage, cela m’a bouleversé, car c’est très différent de ce qu’on retrouve au Québec. Par contre, après 6 semaines de stage, j’ai été charmé par le programme PAJE, car il s’adapte à la classe selon les intérêts des élèves. Les centres d’apprentissage sont créés en fonction de ce que les élèves aiment, ce qui implique qu’ils sont très différents d’une année à une autre. Par exemple, les élèves de ma classe aimaient particulièrement les plantes et les fleurs alors nous avons un jardin où chaque élève a planté une graine. De plus, les horaires sont différents, ce qui m’a demandé un moment d’adaptation.

 

Pourquoi les élèves proviennent-ils de familles anglophones ?

À Leamington, petite ville située dans le comté d’Essex, les travailleurs sont principalement des gens qui s’occupent des fermes ainsi que des serres. Ces travailleurs sont en grande partie des gens qui proviennent du Mexique. Au Canada, le comté de Windsor-Essex est classé quatrième sur le plan de la diversité culturelle. Pour appuyer cette prévalence, voici des pays d’origine des élèves de ma classe : Iraq, Écosse, El Salvador, Mexique, Italie, etc. Les élèves proviennent donc de milieux très différents les uns des autres, culturellement. Par contre, c’est un cadeau d’avoir toutes ces cultures dans la classe, car cela amène les élèves à développer une ouverture sur le monde qui les entoure.

 

École francophone dans un milieu majoritairement anglophone : un défi au préscolaire

Le premier constat que j’ai fait durant mon stage : il faut constamment dire aux élèves de parler français, surtout au préscolaire ! La communauté francophone de Leamington étant presqu’inexistante, il est difficile pour les élèves de pratiquer le français lorsqu’ils ne sont pas à l’école. Au préscolaire, les élèves s’expriment alors quelquefois en anglais puisqu’ils sont davantage à l’aise dans cette langue. L’enseignant doit constamment faire des rappels verbaux et aussi aider les élèves à découvrir les mots qu’ils ne connaissent pas. C’est pourquoi l’enseignement en français au préscolaire dans une communauté majoritairement anglophone est un défi !

 

École francophone catholique dans un milieu anglophone, comment l’école s’adapte-t-elle?
N’étant pas une communauté francophone en soi, l’école Saint-Michel a de nombreux défis à relever. Toutefois, elle relève ces défis à bras levés ! Tout d’abord, l’école a créé de nombreux comités : club de sciences, club oratoire, club de lecture, improvisation, club du Rosaire, club d’échecs, etc. De plus, par les nombreuses activités parascolaires, l’école Saint-Michel a réussi à créer une mini-communauté francophone. Les élèves s’impliquent beaucoup parmi toutes ces activités.

La perception des élèves par rapport à leur identité
Les élèves de ma classe étant très jeune, il est difficile d’émettre un jugement sur leur rapport à la langue française ainsi qu’à leur identité notamment, car ils apprennent encore à utiliser la langue afin de transmettre un message complet. Par contre, j’ai pu constater que les élèves prennent plaisir à apprendre le français et qu’ils commencent à développer un certain sentiment d’appartenance envers cette langue. J’ai d’ailleurs pu le constater lorsque les élèves chantent la chanson Je suis Franco-Ontarien avec cœur et fierté.

Histoire

Les francophones sont arrivées en Ontario en 1615 lors d’un voyage de Samuel de Champlain. Aujourd’hui la population francophone de l’Ontario représente 4,8 % de la population de cette province. De ce nombre, on retrouve 5,7 % dans le sud-ouest de la province, soit le comté de Windsor-Essex. Il y a seulement 46 ans que les lois ontariennes ont accordé le droit à l’éducation francophone. C’est pourquoi les conseils scolaires francophones catholiques de l’Ontario sont très jeunes.

 

D’ailleurs, on retrouve en Ontario huit conseils scolaires francophones. L’école St-Michel fait partie du Conseil scolaire Providence. Ce conseil scolaire existe depuis 2 ans. Avant, le conseil était appelé CSDECSO pour le Conseil scolaire des écoles catholiques du sud-ouest de l’Ontario. Il accueille 23 écoles primaires et 7 écoles secondaires. Plus de 9400 élèves fréquentent le conseil et ont une éducation qui est francophone catholique. Les valeurs de conseil sont très importantes : s’aimer les uns et les autres, s’engager dans son milieu de travail et dans sa communauté, être professionnel, respect de soi, d’autrui et de son environnement et définir les meilleures pratiques. Ces valeurs sont d’ailleurs présentes dans l’école Saint-Michel.

Le retour dans les classes du Québec

De retour dans les classes du Québec dans quelques mois et le voyage en Ontario aura été plutôt court ! Cette expérience sera d’abord bénéfique par rapport au lien que j’entretiens avec la langue française. D’abord, je prends conscience de l’importance d’être un modèle avec les élèves. Un modèle par rapport à la langue française, mais aussi nos agissements. Je constate également l’importance du choix des mots, de notre débit de parole et, le plus important, la passion et la fierté que nous avons lorsqu’on s’exprime avec la langue française. Ces aspects sont importants dans un milieu minoritaire francophone, mais également dans un milieu où le français est la langue maternelle des élèves.

 

Ce stage aura été de trop courte durée. Lors de mon retour dans les classes du Québec, j’espère transmettre le sentiment de fierté que je ressens envers la langue française. J’ai côtoyé des enseignants passionnés par la langue française et fière d’être des modèles de langue dans cette petite communauté francophone de Leamington. J’aspire à devenir des modèles comme ils ont étés des modèles pour moi. De même, je termine ce stage avec beaucoup de fierté et j’ai hâte de partager les connaissances acquises lors de ce stage avec mes collègues.