Stages en enseignement dans les communautés francophones

Renée-Claude Bergeron — Deuxième article

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Un enrichissement à tout point de vue

Ma participation à ce stage avait pour objectif de me faire voir ce qui se passe ailleurs en enseignement, mais aussi de réaliser les défis auxquels s’opposent ces enseignants des milieux francophones. J’admets ne pas avoir été déçue! Durant cette expérience, j’ai énormément appris au plan professionnel, mais également au plan personnel. J’ai, en effet, dû faire preuve de beaucoup de flexibilité, de professionnalisme, mais aussi d’adaptation face à cette nouvelle réalité. C’est donc avec fierté que j’écris le bilan de ces semaines passées à côtoyer des enseignants passionnés, des élèves des plus accueillants et une école fière d’offrir un enseignement de qualité en français.

Mes premières impressions


Dès mon arrivée à Leamington, ville du comté d’Essex en Ontario, j’ai immédiatement eu le sentiment d’être la bienvenue. Pour commencer, j’ai séjourné dans une incroyable famille anglophone qui était très intéressée à connaitre mes motivations à venir réaliser un stage en Ontario. De plus, chacun tenait à ce que je me sente à l’aise, alors parfois ils essayaient de communiquer en français et voulaient apprendre du nouveau vocabulaire. J’ai beaucoup apprécié nos discussions au souper concernant les différences entre l’Ontario et le Québec. Je vous surprendrai peut-être en vous le disant, mais oui, il y en a. C’est notamment ce qui m’a tout de suite surprise à mon arrivée; voir à quel point la culture est différente ici en Ontario, province pourtant voisine de celle du Québec.


La journée suivant mon arrivée, je suis partie en expédition afin de me familiariser avec cette terre d’accueil. J’ai rapidement pris conscience que Leamington est une ville très multiculturelle. Elle est considérée comme étant la capitale de la tomate en raison des nombreuses serres avoisinantes. Plusieurs personnes venues d’ailleurs s’y installent donc pour travailler dans ces plantations, ce qui explique la diversité culturelle. Leamington accueille donc beaucoup de Mexicains, de Jamaïcains et de Libanais. Leurs présences se font ressentir notamment par les nombreux restaurants à saveur typique de leurs pays d’origine. Cependant, pendant cette promenade, je n’ai pas remarqué la quelconque présence d’une communauté francophone.

 

Ma première journée d’école s’est enfin montrée le bout du nez. J’étais très fébrile à l’idée de découvrir ce milieu, mais aussi d’enfin rencontrer mon enseignante-associée et mes élèves. C’est donc à l’école Saint-Michel que j’aurai passé ces deux derniers mois. Dès les premières minutes de mon arrivée, j'ai constaté la fierté du personnel de l'établissement d’accueillir des stagiaires québécoises, une première pour eux. Ils étaient aussi très impatients de me faire découvrir leurs installations, leurs moyens mis en place pour renforcer la pratique du français chez les élèves et leurs soucis de la langue. Le personnel était très accueillant et a su faire en sorte que je me sente tout de suite comme l’une des leurs. De plus, il ne m’aura pas fallu longtemps pour prendre conscience que ces enseignants sont des passionnés, qui tentent de transmettre quotidiennement leur amour pour la langue française. Ils sont particulièrement fiers du travail acharné de leurs prédécesseurs et de tout le chemin qu'a parcouru la langue française pour qu’aujourd’hui les enfants y aient plus facilement accès qu’autrefois.

Un peu d’histoire…

À une certaine époque en Ontario, les Canadiens anglais prônaient l’assimilation des Canadiens français, alors que ceux-ci se battaient pour accéder à un statut d’égalité, par la reconnaissance des droits religieux et scolaires. Il y avait donc une grande rivalité anglais-français, ce qui ne s’améliora pas au fil du temps. Effectivement, en 1912, le gouvernement adopta une loi stipulant que la langue anglaise devenait dorénavant la seule langue d’enseignement dans les écoles. Les Franco-Ontariens ont alors revendiqué pendant des années la reconnaissance de leur langue. Ainsi, il y a à peine 40 ans de cela, le gouvernement ontarien autorisait finalement l’accès à l’éducation en français aux niveaux élémentaire et secondaire. Le système scolaire franco-ontarien est donc très récent.

 

Des enseignants qui parlent le français, une denrée rare

 

Une journée lors de mon stage, j’ai constaté que le cours d’arts visuels était annulé en raison qu’il n’y avait pas d’enseignant pour donner le cours en question. En effet, l’enseignant habituel a dû s’absenter et personne n’était disponible pour le remplacer. Ainsi, j’ai appris que les enseignants qui parlent le français ne courent pas les rues. En Ontario, les perspectives d’emploi dans le système scolaire francophone sont plus nombreuses et les avancements plus rapides que dans le système anglophone. Ainsi, ceux qui graduent obtiennent rapidement un poste, ce qui explique le manque de personnel pour remplacer les enseignants en classe. J’ai même appris qu’en cas de manque de personnel enseignant pour effectuer des remplacements, la direction peut demander à un parent d’élève qui parle français de venir remplacer pour une journée en salle de classe afin de dépanner.

 

Pourquoi n’y a-t-il pas de communauté francophone dans le comté d’Essex?

 

Comme Leamington est une municipalité énormément multiculturelle, j’aurais pensé qu’il y aurait aussi la présence d’une communauté francophone. Cependant, ce n’est pas le cas. Pas même dans les environs. J’ai donc interrogé les enseignants pour en connaitre les raisons. C’était fascinant pour moi qui aime tant l’histoire! En effet, ils m’ont raconté qu’autrefois, sur les terres de Leamington et des villages avoisinants logeaient des Canadiens français, lesquels étaient des chasseurs ou des fermiers. Cependant, ces colons, forcés par les loyalistes anglais, durent se défaire de leurs terres. Ils furent alors déportés plus au nord de l’Ontario, ce qui explique pourquoi on y retrouve une grande part de la population franco-ontarienne. En effet, lors de la guerre anglo-américaine de 1812, le lieutenant-gouverneur en poste, John Graves Simcoe, promit d'octroyer les terres fertiles de la région comme récompenses aux loyalistes. Les propriétaires des terres devinrent alors des Anglais fidèles au roi d’Angleterre. C’est pour cette raison que dans le comté, on y retrouve une ville appelée Kingsville, en l’honneur de Sa Majesté.

 

Des enjeux importants, des défis constants

 

Le fait que Leamington baigne dans une diversité culturelle se fait ressentir à l’école. Pour commencer, plusieurs élèves ne parlent ni le français ni l’anglais à la maison. Le français peut donc représenter pour eux une troisième langue, ce qui en rend l’apprentissage parfois difficile. Cette réalité représente donc un défi de taille pour les enseignants qui tentent de maintenir une collaboration avec les parents au profit de l'enfant. Cette collaboration n’est parfois pas possible en raison de la barrière linguistique.

 

« Il est démontré que les chances de réussite augmentent lorsque les parents s’impliquent. La participation de parent à l’éducation de son enfant peut prendre diverses formes. » Cette citation de l’école Saint-Michel montre le désir qu’ont les membres du corps enseignant à travailler en partenariat avec les parents.


En discutant avec des enseignants sur l’accès à l’éducation en français, j’ai appris que seul un enfant y a droit si un parent, étant citoyen canadien, parle ou comprend le français ou bien si un parent a reçu une éducation au niveau primaire ou secondaire dans une école de langue française. Cela m’a énormément surprise, puisque plusieurs élèves ont des parents allophones. Cependant, un élève ne répondant pas à ces critères peut tout de même accéder à une éducation en français. Il suffit que son dossier soit étudié par un comité d’admission. L’objectif caché derrière cette sélection des élèves vise à ce que chacun devienne un passeur de la culture francophone et s’engage donc à promouvoir cette langue même à l’extérieur de l’école. Les parents doivent notamment signer un papier stipulant qu’ils s’engagent à s’impliquer dans les activités de l’école et à encourager l’enfant à développer son identité francophone.


C'est aussi en parlant avec plusieurs enseignants que j'ai pris connaissance de nombreux problèmes contre lesquels ils se battent quotidiennement, comme la perte de motivation des élèves ou la persistance de l'anglais.

 

Le manque de motivation des élèves à s’exprimer en français se fait ressentir un peu à tous les niveaux, mais particulièrement chez les plus grands de l’école, soit ceux de 6e, 7e et 8e année. Afin de remédier à la situation, les enseignants ont donc mis en place un système de renforcement positif pour encourager les élèves à parler en français. Les enseignants ont toujours avec eux des billets « Un bon modèle ». Ainsi, lorsqu’ils entendent par exemple un élève s’exprimer en français à la récréation alors que ceux autour de lui parlent anglais, ils lui remettent un billet. Ce billet se divise en trois parties : une est remise aux parents, une doit être collée dans l’agenda ou dans le bureau pour qu’elle soit constamment à la portée de l’élève et l’autre est déposée dans une boite pour participer à un tirage. Le but de ce système est d’encourager les élèves à communiquer en français en dehors des classes.

J’ai en effet remarqué que les élèves ont tendance à parler anglais lorsqu’aucun adulte ne les surveille. Ce système fonctionne bien auprès des élèves, lesquels s’encouragent mutuellement à parler en français lorsque l’un d’entre eux parle anglais. Les plus grands ne sont cependant pas attirés par le tirage. Ce qu’ils ont affirmé, c’est qu’ils préféreraient avoir des responsabilités auprès des plus jeunes. Je trouve que c’est une excellente idée si cela peut les motiver à délaisser l’anglais lors des récréations. De plus, comme ils sont les plus grands de l'école, ils représentent des modèles pour les plus jeunes. Il faut donc en tirer profit.

 

Offrir un environnement stimulant pour développer leur identité

Afin de promouvoir l’identité et la culturelle francophone des élèves, l’école offre de nombreuses activités pouvant rejoindre les intérêts de chacun et donner la chance aux élèves de pouvoir s’exprimer en français dans un autre contexte. Selon les enseignants, ces activités contribuent grandement à créer un sentiment d’appartenance à l’école. Ces activités parascolaires sont par exemple le club de tricot, les équipes sportives, l’improvisation, le club de génie en herbe, le carnaval d’hiver et le spectacle Idoles Saint-Michel. Afin de vivre pleinement cette expérience, je voulais beaucoup m’impliquer à l’école. J’ai donc fait partie du club de génie en herbe et de l’improvisation. J’ai été à même de constater l’implication des jeunes au sein de ces activités. Je crois que lorsqu’ils participent à une activité qui les passionne, l’activité n’est pas perçue comme une tâche à réaliser en français, mais plutôt comme un moment pour s’amuser. La participation à ces activités m’a permis de voir ces élèves d’une autre façon et de les côtoyer dans un autre contexte. Je crois donc que les élèves développent beaucoup plus une identité et une culture de la langue française lorsqu’ils font une activité qui les anime.

 

Également, l’école invite des chanteurs francophones à venir parler de leur expérience. Ils font aussi la promotion de films québécois comme La guerre des tuques. Cela a pour but que les élèves s’intéressent à la langue française en dehors des murs de l’école.

Bref, quelle belle aventure!

En résumé, je suis très reconnaissante d’avoir eu la chance de participer à cette aventure. Je suis fière de tout ce que j’ai réalisé, en passant par la création d’activités motivantes pour les élèves, ainsi que mon implication au sein de l’école. J’ai aussi appris à travailler avec un programme scolaire très différent de celui du Québec. Bref, je reviens à la maison avec un bagage énorme de connaissances. Je garderai un merveilleux souvenir de cette expérience. Qui sait, ce n’est peut-être qu’un au revoir?...