Stages en enseignement dans les communautés francophones

Roxanne Nadeau-Couture — Deuxième article

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Deux mois au cœur d’une communauté multiculturelle

Me voilà déjà à la fin de cette expérience ô combien enrichissante! Il n’y a pas si longtemps, j’ai entamé ce chapitre de ma vie, au moment où j’ai mis les pieds à l’école élémentaire catholique St-Michel. Bientôt, je devrai quitter cette belle grande famille colorée pour vivre de nouvelles expériences dans ma région natale. Chose certaine, ce sont bien remplis que mes bagages culturel, professionnel et personnel retourneront au Québec. Au fil de ces semaines, j’ai évolué, profitant de chaque occasion qui se présentait à moi pour vivre de nouvelles expériences et enrichir mes connaissances et mes savoir-faire. Voici un petit récapitulatif de ce séjour mémorable!

Mes premières impressions

À mon arrivée à Leamington, les membres de la famille qui m’héberge m’ont demandé si j’étais nerveuse à l’idée de découvrir cette nouvelle école. Je leur ai répondu qu’au contraire, j’avais hâte de rencontrer les élèves et que j’étais excitée à l’idée de réaliser cette aventure.


Dès le premier jour, j’ai eu le coup de foudre pour mon milieu de stage! Déjà, j’étais ravie de plonger à nouveau dans l’enseignement, je découvrais, en plus, une communauté éducative unie et dynamique. J’ai apprécié, entre autres, que les membres du personnel prennent le temps de me faire découvrir leur environnement. Cette ouverture d’esprit m’a permis de me familiariser rapidement avec les ressources et le fonctionnement de l’école. Les enseignants que j’ai rencontrés sont fiers d’être francophones et valorisent constamment la langue française auprès des élèves. J’ai remarqué, par exemple, que plusieurs affichaient le drapeau franco-ontarien, symbole de fierté et de culture, dans leur classe, dans les couloirs ou même devant la façade de l’établissement scolaire. Ils affirment haut et fort: « Nous sommes francophones et fiers de l’être! ». D’ailleurs, j’ai eu un coup de cœur pour leur système de renforcement positif en ce qui concerne l’usage du français entre les murs de l’école : les élèves qui agissent à titre de modèles reçoivent un billet de participation au concours pour gagner des privilèges. De quoi motiver les petits comme les grands!


J’ai également été charmée par les élèves de ma classe de stage. Le groupe de sixième année est engagé, énergique et imaginatif. Tous uniques à leur façon, ils ont chacun un bagage langagier différent. Il faut dire que ma classe, tout comme l’école, est multiculturelle. En fait, on y retrouve plus de huit cultures: Liban, Italie, Mexique, Allemand, France, Angleterre, Portugal, Polonais et des descendants des Premières Nations. J’ai d’ailleurs remarqué que la présence des diverses communautés se manifeste dans la présentation de leurs travaux, lors des discussions de groupe, d’évènements et de cérémonies. En effet, je percevais la multitude de cultures des élèves par leurs interactions, car chacun avait un accent particulier lorsqu’il parlait français et apportait son point de vue au groupe. À mon avis, cette diversité culturelle crée une richesse au sein de la classe.


Chaque matin, la famille de l’école St-Michel chante fièrement l’hymne national, symbole d’allégeance envers le Canada. Je peux même entendre les jeunes des autres classes réciter l’Ô Canada. J’ai l’intime conviction que ce chant crée une harmonie dans l’école et contribue à son dynamisme. Pendant les pauses, j’apprécie aussi la musique qui résonne dans les corridors. L’ambiance est vivante et conviviale!


Les élèves ont un fort sentiment d’appartenance à leur école. Pour commencer la journée, un comité d’élèves s’occupe d’animer les annonces présentées en direct dans chacune des vingt-six classes de l’école. Ce partage permet d’informer la communauté des évènements organisés, des anniversaires, des réussites culturelles et sportives et des implications possibles à l’école. Ainsi, au cours de ma première semaine dans mon milieu de stage, j’ai réalisé que la communauté scolaire formait une équipe soudée et inclusive. D’ailleurs, la devise de St-Michel représente bien l’esprit de coopération qui y règne « Ensemble, ont peut tout réussir! ».

 

Un brin d’histoire sur le conseil scolaire

« Ton histoire est une épopée », affirme notre hymne national. À ce propos, je crois qu’il est important de comprendre l’origine des conseils scolaires catholiques puisqu’ils ont livré un combat constant pour préserver la langue française.
Le système d’éducation ontarien a certes fait d’immenses progrès depuis quelques décennies. En 1912, le gouvernement de l’Ontario adoptait une mesure visant à interdire l’usage du français et à faire de l’anglais la principale langue d’enseignement dans les écoles élémentaires fréquentées par les Franco-Ontariens. Cette nouvelle loi, appelée le règlement XVII, qui visait ni plus ni moins que l’assimilation des francophones, a fait couler beaucoup d’encre. Malgré les luttes quotidiennes menées par la population francophone, le règlement XVII fut aboli seulement quinze ans plus tard, en 1927, par le premier ministre ontarien de l’époque, Howard Ferguson. Il était alors à nouveau permis d’enseigner en français dans les écoles catholiques de l’Ontario. Dès lors, on a assisté à un véritable éveil! La crise de Windsor-Essex, en 1975, a fait prendre conscience aux Franco-Ontariens que la gestion scolaire pour et par eux-mêmes s’avérait la seule solution possible pour accéder à une éducation française de qualité. Malgré les nombreux obstacles, les écoles catholiques de langue française ont toujours su prendre leur place au sein des communautés.


Les francophones ont obtenu la gestion de leurs propres conseils scolaires en 1997. Au milieu d’une réalité changeante, ils recevaient désormais un financement équitable. En 1998, les conseils scolaires de district ont été créés en Ontario : le conseil scolaire catholique Providence figure parmi ces huit conseils scolaires catholiques de langue française. Ce conseil a pour principaux objectifs d’offrir aux élèves un milieu inclusif imprégné des valeurs catholiques, un climat scolaire chaleureux et la possibilité de développer son identité et sa culture francophone. Le curriculum de ces écoles inculque également le bénévolat dans la communauté et l’ouverture sur le monde.

 

La place de la langue française

Leamington est une municipalité multilingue en raison de la diversité culturelle de ses habitants. J’ai fait ce constat dès ma première semaine dans la communauté. J’ai croisé des gens qui parlaient l’anglais, le libanais et l’espagnol. Toutefois, aucun passant ne parlait français. J’ai appris que la raison de cette dominance anglaise est que Leamington n’est pas une communauté francophone en soi. J’ai donc été étonnée de constater la présence bien ancrée de cette école francophone dans cette ville du sud-ouest de l’Ontario.


Les Premières Nations se sont d’abord établies dans la région à cause de son emplacement géographique. En effet, ce choix était stratégique : Leamington est situé sur la rive nord du lac Érié. Ce territoire était donc un emplacement idéal en raison des voies navigables et de l’abondance des ressources naturelles. De plus, le climat et les sols fertiles favorisaient l’agriculture. À travers un sondage auprès des élèves de ma classe de stage, j’ai compris davantage le contexte de la communauté actuelle. Certaines familles se sont installées à Leamington en raison de guerres civiles et de l’instabilité économique dans leur pays d’origine. D’autres ont fait ce choix pour les nombreuses perspectives d’emploi qu’offre la région. En effet, le territoire possède de nombreuses terres fertiles qui ont amené le développement de maintes serres de tomates et de légumes. Ce secteur économique en plein essor stimule la création d’emplois dans la région en plus d’inciter les immigrants à s’y établir.


Chose certaine, avec l’arrivée massive d’immigrants, la préservation de la langue française au sein du système scolaire francophone demeure précaire.

 

L’adaptation de l’école aux défis de ce milieu

Au cours de la prochaine année, Leamington accueillera de nombreux réfugiés syriens. Par conséquent, l’école St-Michel sera amenée à s’adapter à cette nouvelle réalité du milieu. Force est de constater qu’elle continue de relever le défi en ce qui a trait à la langue française dans un milieu minoritaire en mettant en place des moyens pour assurer sa vitalité. Déjà, elle a forgé un réseau culturel qui contribue à la francité des jeunes : cours de français pour les parents et les membres de la communauté, club de devoirs pour les élèves qui ont besoin d’appui avec la langue et activités dans la communauté pour solidifier la présence francophone (parade de Noël, course à pied au Parc national de la Pointe-Pelée, visite dans une résidence de personnes âgées).


Ici, à St-Michel, le français est un dénominateur commun. Les élèves sont sensibilisés à la culture francophone et ont la possibilité de s’engager dans une myriade d’activités culturelles et sportives dans lesquelles la langue française est constamment promue. J’ai d’ailleurs eu l’occasion de m’impliquer dans la ligue d’improvisation et le club génies en herbes, activités culturelles qui offrent aux élèves la possibilité non seulement de développer leur francité, mais aussi d’enrichir leur vocabulaire.

 

 

Les élèves de la classe de sixième année

 

Des élèves en quête d’identité

Dans le cadre de la Journée internationale de la francophonie, le 20 mars, j’ai réalisé la place de la langue française dans la vie des élèves de ma classe de stage. En effet, j’ai constaté que, pour la majorité d’entre eux, il était important de savoir parler la langue française afin d’avoir une meilleure perspective d’emploi. Même si les jeunes ne sont pas tous conscients des luttes acharnées que l’Ontario français a menées dans les décennies précédentes, ils célèbrent néanmoins cette journée internationale.


Par des échanges avec eux, j’ai compris qu’ils se heurtent à une insécurité linguistique. En effet, certains m’ont confié que parfois, ils trouvaient difficile de s’exprimer en français, car ils cherchaient leurs mots. J’ai été à même de comprendre leur situation puisque je vivais le même défi pour m’exprimer en anglais avec la communauté de Leamington. À mon avis, les jeunes de mon milieu de stage subissent l’influence de la langue majoritaire (langue parlée par les pairs et la majorité des parents : l’anglais). Après mûre réflexion, je crois que la clé est de leur donner le plus souvent possible l’occasion de vivre en français, et ce, dans le plus grand nombre de contextes possible.

 

Enfin, je crois que ces élèves, les citoyens de demain, ont d’abord besoin de réaliser à quel point leurs ancêtres ont dû se battre pour le droit de parler et d’apprendre le français. Comme le dit Fernand Braudel : « Il faut savoir d'où l'on vient pour savoir où l'on va ». Lorsqu’ils auront fait cet apprentissage, je suis convaincue qu’ils comprendront l’importance de maintenir une langue française de qualité.

 

À mes yeux, le savoir-parler d’une deuxième langue est tout à leur honneur. Ils ont de quoi être fiers de faire partie d’une aussi belle communauté : la francophonie ontarienne!

Un bilan positif

Au fil des semaines, j’ai grandi tant au niveau personnel que professionnel à travers mes recherches sur ce milieu, mes découvertes et mes discussions avec la famille de l’école St-Michel. L’enseignement dans ce nouveau contexte éducatif accueillant m’offrait l’occasion de relever bon nombre de défis liés à la langue française et à l’adaptation de ma pratique. J’ai constaté qu’en tant qu’enseignante, j’ai une responsabilité croissante : je dois être un modèle accessible de langue pour les jeunes. De même, j’ai découvert comment, à titre d’enseignante, je peux contribuer à l’identité culturelle et linguistique des jeunes. À l’égard de ma propre identité, j’ai pris conscience de l’importance de conserver ma langue.


Au terme de ce stage, je me sens plus fière d’être francophone. Mes discussions avec les élèves et mes découvertes sur leur histoire m’ont donné le goût de comprendre mes origines françaises et d’acquérir une meilleure connaissance de mon patrimoine historique. Pour cette raison, à mon retour au Québec, j’investiguerai sur mes ancêtres pour découvrir mes origines. En compagnie de mes futurs élèves, nous découvrirons notre culture québécoise et exploiterons le plaisir possible avec le français par des activités culturelles. Je travaillerai à les rendre fiers de leurs origines, fiers de leur langue : le français!