Stages en enseignement dans les communautés francophones

Roxanne Vallée — Deuxième article

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Un nouveau chez-moi à l’autre bout du Canada

Premières impressions
Arriver dans une nouvelle ville à l’autre bout du pays peut faire peur à première vue, mais ce qui s’est passé pour moi est tout à fait le contraire : je n’ai jamais eu autant l’impression de me sentir chez moi qu’à mon arrivée. Le vol au-dessus de cette province m’a permis de constater la présence de la nature, des montagnes et de l’océan pacifique qui bordent la magnifique île de Vancouver. La nature fut donc mon premier et plus grand coup de cœur tout au long de cette inoubliable expérience personnelle et professionnelle. Ensuite est venue la rencontre de quelques membres de la communauté francophone de la ville de Campbell River. Ceux-ci nous ont réservé, à Laurence et moi, un accueil très chaleureux. Quelques jours suivant notre arrivée, j’ai pu me familiariser avec la structure scolaire de l’école Mer-et-montagne. La rencontre avec le personnel de l’école se fut graduellement et chacun d’entre eux fut très accueillant. Finalement, j’ai eu la chance de rencontrer les 16 jeunes filles de septième et huitième année qui allaient composer ma classe pour le reste de mon stage. Quel groupe formidable! Des élèves à l’écoute et intéressées d’apprendre de nouvelles choses. J’ai rapidement constaté que la petite taille de cette école la rend très chaleureuse et la proximité entre le personnel de l’école et les élèves est palpable, car tout le monde se connaît. D’ailleurs, je suis restée bouche bée de constater à quel point les élèves sont encadrés par différents types d’intervenants, comme des aides pédagogiques, des aides pédagogiques spécialisés, des enseignants de francisation, une monitrice de langue, etc.

Le Conseil scolaire francophone
Le Conseil scolaire francophone de la Colombie-Britannique (CSF) gère plusieurs écoles francophones, dont cinq sur l’île de Vancouver. Ces cinq établissements sont situés dans les villes de Victoria, Nanaimo, Comox, Port Alberni et finalement l’école Mer-et-montagne à Campbell River où j’ai eu la chance de réaliser mon stage. La réalité des écoles est très différente d’une ville à l’autre, en ce qui concerne le nombre et le type d’élèves qui composent ces écoles. La comparaison entre l’école Au-cœur-de-l’île, située à Comox, et celle de Campbell River en est un bon exemple. Bien que ces deux villes ne soient qu’à quelques kilomètres l’une de l’autre, j’ai pu constater que le contexte de ces deux écoles est très différent. En effet, comme la ville de Comox a une base militaire, elle accueille beaucoup plus de francophones que ma ville hôte. Cette réalité cause un certain défi pour le CSF. D’ailleurs, les écoles sont parfois déséquilibrées en ce qui concerne le nombre d’élèves, ce qui les amène donc à se questionner sur la localisation des écoles ainsi que sur l’organisation des différents niveaux scolaire.

De plus, il existe une autre réalité qui peut nuire aux nombres d’élèves qui fréquentent une école du Conseil scolaire francophone de la Colombie-Britannique et cette réalité est celle de conserver ses élèves jusqu’à la huitième année. Ce phénomène en est un très présent à l’école Mer-et-montagne, et ce, en raison des différentes écoles offrant des programmes d’immersions francophones dans la ville de Campbell River. Les élèves peuvent donc choisir, à partir de la sixième année, de poursuivre leur parcours scolaire dans une autre école, où les classes sont beaucoup plus grosses et où il y est offert beaucoup plus d’activités parascolaires ou bien de continuer avec le programme uniquement francophone.

 

Comme, à cet âge les jeunes veulent combler leur désir de socialisation, il est parfois difficile de les convaincre de rester dans une petite école où ils connaissent déjà tout le monde, et ce, depuis la maternelle et où les activités parascolaires sont plus difficiles à organiser en raison du manque de participant. À ce sujet, j’ai eu l’occasion, au cours de mon stage, d’assister à une réunion organisée par le directeur général du CSF, Monsieur Bertrand Dupain. Lors de cette rencontre, Monsieur Dupain nous a parlé de son rôle, qui n’est pas seulement administratif, mais qui est aussi de rencontrer les différentes écoles du conseil scolaire afin de mieux comprendre leurs réalités et leurs besoins. Cette rencontre avait aussi pour but principal de discuter des divers défis mentionnés précédemment afin d’y trouver des pistes de solution. Plusieurs enjeux entrent donc en compte lorsqu’il s’agit de la population scolaire des écoles du Conseil Scolaire Francophone de la Colombie-Britannique. C’est pourquoi le travail de séduction doit être constant s’ils ne veulent pas perdre leurs élèves.

 

Le statut de la langue française
La charmante ville de Campbell River est un milieu majoritairement anglophone : il est très rare d’entendre parler français lorsque l’on circule dans les différents coins de la ville. Toutefois, il existe une petite communauté francophone qui se réunit grâce à l’Association francophone de Campbell River, à l’école Mer-et-montagne et grâce à l’Association des Parents des Écoles Francophones de Campbell River (APÉ). Même si l’école en est une francophone, il existe un défi constant en ce qui concerne la langue. Comme les élèves ont en majorité comme langue maternelle l’anglais, il est difficile de les faire parler dans leur deuxième langue après les classes, comme dans la cour de récréation ou sur l’heure du diner. De plus, pour plusieurs enfants de l’école, le français ne se poursuit pas à la maison, car les familles qui composent l’école francophone de Campbell River sont soit anglophones, exogames ou dans de très rares cas francophones. Ce que j’ai pu constater est que majoritairement, dans les familles exogames, où seulement un parent parle français, la langue parlée à la maison est l’anglais, donc cela réduit encore une fois le nombre d’enfants qui ont l’opportunité de parler français à la maison. De plus, toutes les activités extrascolaires des élèves se passent en anglais. En somme, la culture francophone en est beaucoup plus une scolaire que sociale ici dans la ville de Campbell River.

Les défis d’une école en milieu minoritaire
Malgré les diverses difficultés liées à la langue, l’école Mer-et-montagne réussit à bien s’adapter, en organisant diverses activités permettant aux élèves de vivre des événements intra et extrascolaires dans un cadre francophone. L’APÉ organise mensuellement des soirées, comme des « barbecues », des soirées sportives, des activités sociales, etc. Ces activités permettent donc aux enfants d’avoir du plaisir à l’extérieur de l’école, et ce, en français. L’école permet aussi aux élèves de réaliser diverses activités qui leur permettent d’augmenter leur sentiment d’appartenance envers l’école. Par exemple, au cours de l’année scolaire, toutes les classes montent un théâtre de lecteurs qu’ils présentent devant le reste de l’école. De plus, cette année, certains élèves ont eu la chance de participer à un échange étudiant avec des élèves du Québec, plus précisément des îles de la Madeleine. Au cours de mon stage, j’ai donc eu l’occasion de vivre l’arrivée des Madelinots à l’école. Cet événement en fut un non seulement pour les élèves de ma classe de stage, mais aussi pour toute l’école, car un diner communautaire fut organisé avec l’aide de l’association francophone de Campbell River lors de leur arrivée.

Ensuite, les élèves de ma classe ont eu l’opportunité de passer une semaine complète avec les Québécois, pendant laquelle ils ont dû parler en français. Cette expérience fut donc très bonne pour les jeunes de septième et huitième année, car ils ont eu la chance d’apprendre plusieurs expressions francophones. Même après le départ des Madelinots, il a été possible de constater une grande amélioration du français des élèves, par l’utilisation plus fréquente de cette langue, l’ajout de nouveaux mots à leur vocabulaire et l’utilisation des nouvelles expressions québécoises. Cette constatation est donc la preuve que cette expérience fut un bon moyen d’amener les jeunes à parler davantage français. Contrairement aux écoles que j’ai eu la chance de fréquenter au Québec, l’école Mer-et-montagne est une petite communauté où tout un chacun s’entraide par le biais des déjeuners trois fois par semaine, les diners communautaires à tous les jeudis, les différentes collectes de fonds ainsi que la participation active des parents dans l’école. En effet, il n’est pas rare de voir les parents aider lors de différentes activités scolaires.

 

L’identité des élèves de mon milieu de stage
Mon stage m’a permis de constater que très peu de jeunes de l’école Mer-et-montagne s’identifient comme francophone. Le fait que ces élèves arrêtent de parler français dès que la cloche sonne ou bien dès que l’enseignante a le dos tourné fait partie des éléments qui m’ont permis d’en venir à cette conclusion. De plus, les élèves sont aussi confrontés aux différents médias, qui pour la grande majorité sont anglophones. Il peut donc arriver que certains élèves veuillent adopter le mode de vie de leurs idoles, et ce, en adoptant les mêmes expressions anglaises. Il se peut aussi que ce soit pour se sentir plus inclus dans leur groupe d’amis. Selon moi, c’est pour ces raisons que les élèves de l’école Mer-et-montagne ne s’identifient pas comme francophone. Par contre, l’échange avec les Madelinots m’a permis de constater la fierté que les élèves de mon école de stage pouvaient avoir lorsqu’ils constatent qu’ils sont en mesure d’avoir de grande conversation avec des francophones. Je crois donc que des expériences comme celle que mes élèves ont vécue ou des voyages dans des endroits majoritairement francophones permettraient aux jeunes des écoles francophones en milieu minoritaire d’apprécier davantage leur connaissance de la langue française et du même coup beaucoup plus s’identifier à la culture francophone.

En conclusion, cette expérience en fut une des plus mémorables, avec la fin du stage qui approche, je ne peux m’empêcher de devenir émotive. Le personnel de l’école, la communauté qui gravite ainsi que les élèves de l’école ont fait de ce stage une expérience des plus enrichissantes, et ce, autant sur le plan professionnel que personnel. C’est donc le cœur gros que dans quelques semaines je dirai au revoir et à très bientôt, à ce nouveau chez moi qui se trouve à l’autre bout du Canada.