Stages en enseignement dans les communautés francophones

Rosalie Vallières — Deuxième article

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Enseigner et voyager : une expérience de rêve!

Au moment d’écrire ces lignes, j’entame le dernier mile de cette aventure si enrichissante. J’ai quitté le Québec pour vivre une toute nouvelle expérience en enseignement. Je peux maintenant dire que cet objectif est atteint. C’est à la petite, mais charmante école Océane de Nanaimo que j’ai eu la chance de réaliser ce stage.

 

Mes premières impressions
Dès mon arrivée à Nanaimo, j’ai tout de suite été charmée par les paysages à couper le souffle. Ceux-ci ne ressemblent en rien à ce que je suis habituée de voir au Québec. Non seulement les arbres sont gigantesques, mais l’océan est à mes pieds. Et que dire de ma famille d’accueil! Au moment où je suis sortie de l’avion, elle m’a accueillie. Je me suis tout de suite sentie bien. Tout au long de mon stage, elle s’est assurée de mon bien-être et m’a permis de visiter la magnifique ville de Nanaimo ainsi que les différentes villes avoisinantes. J’ai donc visité plusieurs aspects touristiques de cette ville, soit la promenade sur le bord de l’océan, Neck Point Park et Newcastle Island.

À l’école Océane, j’ai eu droit à un bel accueil. J’ai été épatée par l’atmosphère qui règne dans ce lieu. Tout le personnel enseignant a démontré leur joie de m’avoir dans leur équipe pour les deux prochains mois. Les enseignants ont été très accueillants. Ainsi, j’ai rapidement été en mesure de prendre ma place au sein de cette équipe-école. Ces enseignants sont passionnés et heureux de transmettre des savoirs aux élèves en français. Le français étant minoritaire, il est difficile de le faire valoir. Mon enseignante associée a fait en sorte que je sois bien dans cette école, que je me sente un peu comme chez moi. Ma première rencontre avec les élèves s’est bien déroulée. Tout comme moi, ils avaient bien hâte de me rencontrer. J’ai été honorée de constater qu’ils m’avaient écrit une carte afin de me souhaiter la bienvenue. C’est avec une équipe-école qui est particulièrement soudée, une enseignante associée merveilleuse et des élèves enthousiastes et heureux d’apprendre que j’ai commencé cette belle expérience.

L’importance du français
Dès mon arrivée à Nanaimo, j’ai constaté que ces gens qui vivent dans un milieu anglophone accordent beaucoup d’importance à la langue française. Lorsque nous vivons au Québec, il est difficile de croire que partout à travers le Canada, des gens luttent chaque jour pour communiquer en français. C’est en arrivant dans un milieu anglophone que j’ai réalisé la chance que j’ai de pouvoir communiquer dans cette langue. Dans cette province, il est très difficile de recevoir des services dans une autre langue que l’anglais. Ainsi, se faire reconnaitre en tant que francophone est un combat important pour ces personnes vivant dans un milieu minoritaire. Ils sont tellement fiers de pouvoir communiquer en français. Tout au long de mon aventure à Nanaimo, je n’ai pas rencontré beaucoup de gens francophones mis à part les enseignants et quelques parents. Cependant, je sais qu’il y a une association de francophones à Nanaimo afin de les regrouper et de promouvoir la langue française. Mis à part l’association, il ne semble pas avoir de communauté francophone dans cette ville, donc il peut être difficile pour les élèves de créer leur identité. C’est pourquoi l’école joue un rôle important.

À l’école Océane, plusieurs activités ont été mises en place afin de favoriser la socialisation ainsi que l’apprentissage du français tel que le projet d’écriture sur les murs et les clubs où les élèves de la maternelle à la septième année sont amenés à faire des activités éducatives, puis à socialiser en français. La bibliothèque est également remplie de livres francophones. Cependant, il est difficile d’amener les élèves à parler cette langue. Ils ont comme langue maternelle l’anglais et la majorité de leur environnement est également en anglais. De cette manière, dès qu’ils mettent le pied en dehors de l’école, c’est du vocabulaire en anglais que nous entendons. Bien que les élèves de ma classe soient plus âgés et qu’ils aient les bases nécessaires pour communiquer en français, il faut constamment leur répéter autant en classe que pendant les activités à l’extérieur. Ainsi, la valorisation de la langue française est très importante afin d’amener les élèves à la parler et à en comprendre l’importance. Chaque jour, les enseignants démontrent aux jeunes à quel point le français est important. C’est principalement grâce à ces interventions des enseignants, aux activités réalisées et à l’influence positive de l’école que les élèves sont en mesure de développer leur identité culturelle et sociale.

Le Conseil scolaire francophone de la Colombie-Britannique
Avant 1977, les personnes francophones n’avaient pas le droit à l’instruction publique en français. Ce n’est qu’après cette date qu’ils ont eu la chance de fréquenter une école francophone. Plusieurs années plus tard, en 1995, le Conseil scolaire francophone de la Colombie-Britannique (CSF) a été fondé. Sa mission est de promouvoir l’éducation en français et de permettre aux enfants de maitriser adéquatement la langue française. Aujourd’hui, le CSF compte plus de 5700 élèves qui sont regroupés dans trente-sept écoles à travers la province. Il organise plusieurs activités dans celles-ci afin de valoriser le français, comme la Grande traversée, qui s’est arrêtée à Océane (CSF, 2017).

Par ailleurs, les élèves du CSF ont accès à plusieurs technologies. Les élèves de l’école élémentaire, soit de la maternelle à la troisième année, ont la chance de se partager des iPad. Les autres élèves, soit ceux de la quatrième année à la septième année, ont un ordinateur portable qui leur est prêté jusqu’à la fin de leur scolarité. Dans ma classe, nous avons également une imprimante 3D. Cette initiative technologique du Conseil scolaire francophone permet aux enseignants de varier leurs méthodes d’enseignement. Elle permet également aux élèves de travailler de diverses façons et d’apprendre à travailler avec un ordinateur. Grâce à ces technologies, plusieurs projets innovateurs peuvent donc être mis en place, ce qui motive davantage les élèves à être à l’école.

L’école Océane de Nanaimo
Océane est une petite école composée d’environ 120 élèves de la maternelle à la septième année. Ils sont répartis dans six classes dont quatre d’entre elles sont à niveaux multiples. Océane offre donc un environnement et une éducation en français. Elle s’est donnée comme objectif « d’améliorer les habiletés des élèves en littératie ainsi que de développer leurs habiletés en expression orale et écrite ». De cette manière, le français est une priorité à l’école Océane et tous les enseignants s’entendent pour le faire valoir. Dans ce lieu, chaque élève est reconnu et leurs efforts constants sont récompensés tous les mois lors de la cérémonie des étoiles. Cette cérémonie est un moment dans le mois où les élèves sont récompensés pour différentes raisons.

Dès que nous entrons dans l’école, il est possible de constater le bonheur des enseignants et l’enthousiasme qu’ils ont d’enseigner. La joie de vivre et l’harmonie sont sans aucun doute au rendez-vous chaque matin. Les enseignants ainsi que les aides pédagogiques sont toujours prêts à relever de nouveaux défis. Son principal défi est sans aucun doute de valoriser le français auprès des élèves qui baignent dans un monde anglophone. Ces enseignants le relèvent toutefois avec brio. Un autre défi consiste à enseigner dans des classes à niveaux multiples. Cela peut parfois être difficile d’enseigner un nouveau programme à une classe qui n’a pas toujours les mêmes notions à apprendre. Cependant, les enseignants, avec l’aide des aides pédagogiques, réussissent à le faire. Océane est donc une merveilleuse école avec des enseignants extraordinaires et je suis choyée d’avoir eu la chance de faire partie de cette équipe-école.

En plus d’une équipe-école formidable, ce lieu d’apprentissage est entouré de plusieurs parents francophones qui se portent bénévoles pour aider les enseignants à réaliser diverses activités. Avec l’aide de ces parents, les enseignants sont en mesure de réaliser divers projets qu’ils ne pourraient faire sans eux. Ces parents bénévoles sont présents autant pour des compétitions d’athlétisme que pour aider les enseignants dans certains évènements comme la journée du vélo ou un projet d’écriture sur les murs de l’école. La présence et l’implication des parents dans les activités scolaires de leur enfant m’ont grandement impressionnée. Ils sont d’une grande aide.

Retour sur cette merveilleuse expérience
Ce stage en Colombie-Britannique m’a permis d’ouvrir mes horizons et de me connaitre davantage. Tout au long de ce stage, j’ai pris conscience de l’importance de la langue française. J’ai beaucoup réfléchi quant à mon identité en tant que francophone. Je suis choyée de parler en français et je tenterai de promouvoir davantage cette langue. Peu importe dans le milieu où nous sommes, il est important de faire en sorte que les enfants soient fiers de leur langue. Dans les classes, il faut la valoriser et amener les enfants à comprendre que c’est un privilège qu’ils ont de parler en français.

Cette expérience a également été très formatrice sur le plan professionnel. J’ai développé davantage mes compétences et j’ai acquis plusieurs choses que je pourrai sans aucun doute intégrer dans ma pratique enseignante. L’enseignement dans une classe à niveaux multiples était un défi pour moi, mais j’ai été en mesure de le relever. La différenciation pédagogique est la clé afin de parvenir à enseigner à des élèves dont le niveau d’apprentissage n’est pas le même. La barrière de la langue est également un élément essentiel à considérer. Les élèves proviennent majoritairement des milieux anglophones et ils ne parlent pas français à la maison. J’ai donc pris conscience de l’importance de bien vulgariser l’information. Parfois, il peut arriver que les élèves ne comprennent pas certains mots. Lors d’une telle situation, j’ai appris à détecter l’incompréhension des élèves et à leur donner une définition précise du mot. Cette façon de faire les aide grandement à bien suivre en classe et à mieux comprendre les explications.

Au fil des semaines, j’ai pris davantage de place dans la classe et j’ai développé de bons liens avec les élèves. J’ai appris à bien adapter mes interventions et mes activités afin de permettre à tous de bien réussir les tâches. J’ai également planifié diverses activités afin de permettre aux élèves de développer leur identité. Tout au long de ce stage, j’ai travaillé ma gestion de classe pour être une meilleure enseignante. J’ai dû me familiariser avec un nouveau programme d’enseignement. Ce programme est tout aussi nouveau pour moi que pour mon enseignante. Ainsi, ensemble, nous avons pu l’explorer davantage et j’ai eu la chance de travailler certains aspects qu’elle n’avait pas encore vus avec les élèves. J’ai éprouvé quelques difficultés à m’approprier le programme en seulement deux mois, mais j’ai tout de même réussi à le faire et à l’enseigner de façon adéquate aux élèves.

Pendant mon stage, j’ai également eu l’opportunité d’observer dans une classe de maternelle. J’ai pu voir une dynamique de classe bien différente. Les élèves ne parlent pas tous français, mais ils le comprennent tous. L’enseignante de cette classe ne leur parle qu’en français et lorsque les élèves communiquent avec les adultes, ils font beaucoup d’efforts afin d’utiliser cette langue. J’ai bien aimé mon expérience dans cette classe. Les classes de maternelle dans les milieux minoritaires sont bien différentes de celles au Québec. Je suis heureuse d’avoir eu l’opportunité de pouvoir partager quelques moments avec ces élèves lors de mon stage.

Finalement, grâce à ce stage et aux enseignants merveilleux de l’école Océane, j’ai beaucoup appris. J’ai eu la chance d’observer et d’apprendre de nouvelles méthodes d’enseignement que j’adopterai sans aucun doute dans mon futur métier d’enseignante. J’ai également pris conscience de l’importance de créer des liens avec les élèves. L’école est un endroit pour apprendre, mais également un endroit où les enfants doivent se sentir bien et en confiance pour que l’apprentissage soit possible. Pour ce faire, les enseignants doivent s’assurer que chaque élève se sente bien. Ils doivent également être en mesure de créer des activités éducatives et stimulantes afin d’augmenter la motivation plus particulièrement en fin d’année scolaire.

En plus des paysages magnifiques, la ville de Nanaimo est remplie d’enseignants dévoués à leur profession qui m’ont prouvé que l’enseignement est le plus beau métier au monde. Je reviendrai au Québec avec de magnifiques souvenirs de ces huit semaines.

Je remercie le CSF et l’ACELF de m’avoir permis de vivre cette belle expérience!