Stages en enseignement dans les communautés francophones

Stéphanie Carrier — Deuxième article

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Le français, une fierté!

J’écris ce texte et déjà, cela fait plus de 7 semaines que j’ai pris l’avion pour venir vivre dans la vallée de l’Okanagan, à Kelowna, une ville tout simplement magnifique avec son climat à faire des jaloux. J’effectue mon stage à l’école de l’Anse-au-Sable, une école francophone en milieu minoritaire accueillant des élèves de la maternelle à la douzième année. L’école de l’Anse-au-Sable est une école tout simplement «WOW»! J’y ai découvert des collègues formidables, une équipe-école respectueuse et accueillante ainsi que des élèves tous aussi charmants les uns que les autres.

C’est parti !

Dès mon arrivée, je me suis sentie accueillie et intégrée dans mon milieu de stage. À ma grande surprise, l’équipe-école s’est fait une joie d’organiser un petit goûter, dans le salon du personnel, pour fêter ma venue. J’ai pu constater la proximité des membres du personnel de cette communauté francophone. Il se dégageait un climat si chaleureux et si harmonieux. Dès les premières conversations, j’ai remarqué les différents accents des enseignants. Quelques-uns proviennent de l’Ontario, mais la majorité provient du Québec. J’ai trouvé bien anodin que, malgré plusieurs années passées dans l’Ouest Canadien, ils aient toujours autant leur accent québécois. Comme le français est leur langue première, j’ai eu l’impression que cela facilite, au quotidien, la transmission de cette langue et de ses valeurs.

 

 

 

Aussitôt arrivée, je me suis pleinement investie. Bien qu’au départ j’étais chamboulée par les horaires et les différents sons de cloche, je me suis vite adaptée. J’ai vite pris place dans l’action de la salle de classe et dans les différents projets de l’école. J’ai commencé mon stage tranquillement de façon à apprendre à connaitre les élèves. Cela m’a également permis de m’adapter et d’apprendre à connaitre le fonctionnement de la classe ainsi que les différentes routines.

Après quelques jours, j’ai commencé à enseigner. Mon premier constat : ne pas oublier que pour plusieurs de ces élèves, le français n’est pas leur langue première. Ainsi, je me suis vite aperçue que je devais prendre mon temps pour parler, utiliser des mots simples et clarifier certains termes. Je me souviens encore de cette image de moi, parlant à la classe, et voyant mes élèves me faire de drôles de yeux voulant dire « mais Madame, de quoi nous parles-tu?». Voilà donc une des caractéristiques du milieu minoritaire qui m’a d’ailleurs le plus marqué. Il m’a fallu une certaine adaptation à ce niveau.

De plus, étant dans une classe multiâge de première et deuxième année, le développement du vocabulaire est primordial, et ce, peu importe la leçon et la matière. Il faut continuellement s’assurer qu’ils comprennent les termes que nous utilisons. Ce n’était pas un réflexe pour moi au départ. J’oubliais ce détail me pensant encore dans les classes du Québec. J’y ai aussi découvert l’importance de créer des activités qui permettent aux élèves de développer un plus large éventail de vocabulaire, de mots et d’expressions.

Avec mon enseignante associée

 

Des classes multiniveaux

Les classes de cette école sont pour la plupart des niveaux multiples. Des six classes à l’élémentaire, seulement deux classes sont d’un niveau simple. Ainsi, un enseignant peut avoir le même élève deux ou même trois années de suite. C’est la réalité de cette petite école francophone. De plus, ma classe de stage étant une première et deuxième année, j’ai découvert toute la complexité de la tâche de l’enseignant. J’ai également appris une nouvelle façon de gérer la classe, soit en favorisant les petits groupes de travail. Afin d’aider les enseignants, l’équipe-école est composée de plusieurs aides pédagogiques. Au Québec, nous pourrions les appeler des techniciennes en éducation spécialisées. Étant dans un milieu dit inclusif, elles sont d’une grande aide. Elles permettent principalement de soutenir l’enseignant lorsqu’il a des élèves en difficulté d’adaptation et d’apprentissage dans sa classe. J’ai été surprise de constater le nombre d’heures qu’elles viennent dans nos classes. Je pourrais dire qu’elles viennent facilement une quinzaine d’heures par semaine. Aussi, à l’école, il y a un programme de francisation. De ce fait, plusieurs de mes élèves de première année suivent ce programme. Quelques fois par semaine, l’enseignante responsable de la francisation prend ces élèves dans son local afin d’effectuer diverses activités de francisation. Enfin, une autre petite différence : l’Anse-au-Sable a un horaire qui n’est pas fait sur un cycle de jours, mais bien du lundi au vendredi.

Le français, un combat quotidien

L’école met en place divers moyens et divers évènements afin de favoriser la langue française. La direction est énormément présente afin de mettre le tout en œuvre. Tout d’abord, j’ai eu la chance d’organiser, avec le comité responsable, la Semaine de la Francophonie. Durant cette semaine, diverses activités sont organisées pour favoriser le français dans l’école. Le but était de créer un sentiment d’appartenance à l’école et de développer, chez les élèves, la fierté de parler cette langue. Ce fut autant des activités pour l’ensemble de l’école, tous niveaux confondus, que des activités entre les classes. Les élèves d’une autre école francophone du Conseil scolaire francophone, soit l’école Entre-Lacs, située à Penticton, sont venus y participer. Cela a permis aux élèves d’échanger entre eux et en français. Dans le même sens, il y a un comité Phare qui se réunit quotidiennement. Celui-ci est composé de plusieurs enseignants et de plusieurs aides pédagogiques. Il vise à mettre en place des projets qui favorisent le français dans l’école. Par exemple, ils ont procédé à l’achat de plusieurs nouveaux livres à la bibliothèque.

Enfin, chaque enseignant possède sa propre façon d’encourager le français dans sa classe et pour la majorité d’entre eux, cela se fait sous forme de jeux. Ainsi, chaque enseignant a sa façon d’intégrer un modèle pour la valorisation de la langue. Bref, de façon générale, chaque membre de l’équipe-école met en œuvre plusieurs projets et plusieurs activités afin que les jeunes puissent discuter davantage dans cette langue et qu’ils en soient fiers.

Par contre, malgré les efforts incessants de la direction et du personnel, j’ai remarqué qu’il est tellement plus difficile que je le pensais de faire parler les élèves en français en dehors de la classe. En effet, lorsque les élèves vont jouer dehors à la récréation, tous commencent à parler en anglais. Ainsi, malgré divers moyens mis en place et d’innombrables efforts, le combat pour inciter les élèves à parler en français est continuel. Pour la plupart des élèves, un seul parent parle français. Ainsi, à la maison, une grande majorité d’entre eux ne parlent qu’anglais. De ce fait, dès que les élèves sont à l’extérieur de l’école, ils commencent à parler anglais. Il est donc difficile, encore une fois, pour les enseignants de faire parler leurs élèves en français à l’extérieur de la salle de classe en raison de la minorité de la langue française dans le milieu.

Le Conseil scolaire francophone de la Colombie-Britannique

Ce n’est qu’en 1977 que le gouvernement de la Colombie-Britannique accorde aux francophones le droit à l’instruction française. Toutefois, le Conseil scolaire francophone (CSF) n'a été créé qu’en 1995. Il s’agit du seul conseil scolaire à offrir la possibilité d’avoir un enseignement complet en français, et ce, partout à travers la province de la Colombie-Britannique. Dans son réseau, le Conseil scolaire francophone est composé de 78 communautés francophones, 37 écoles et plus de 5 500 élèves. Le CSF a pour mission de favoriser la langue française afin que chaque élève atteigne son plein potentiel tout en étant fier de la langue et des cultures francophones. Une autre de ses missions est que les élèves développent, dès leur plus jeune âge, « une maitrise de la langue française, une culture d’apprentissage continu, des habitudes de vie saine et un esprit de contribution à la société» (CSF, 2016)

Le Conseil scolaire francophone et ses technologies

Lors de la mise en œuvre de son plan stratégique 2011-2014, le Conseil scolaire francophone a voté un budget dans le but de valoriser « l’utilisation adéquate des technologies dans l’enseignement afin d’influencer positivement la motivation des élèves envers l’apprentissage, et de rendre possibles d’autres formules de travail en équipe ou individuel » (CSF, 2011). Ainsi, ce projet a permis aux élèves de la quatrième à la douzième année de l’école l’Anse-au-Sable d’avoir chacun leur propre ordinateur portable. L’ordinateur leur est prêté durant l’année scolaire et chaque élève garde le même ordinateur tout au long de son parcours scolaire.

En ce qui concerne les plus jeunes, les différentes classes de l’élémentaire se partagent des tablettes électroniques, soit des iPads. Ainsi, les technologies sont mises de l’avant dans cette école. Ce fut très intéressant de constater l’utilisation des tablettes dans le cadre de divers apprentissages. J’ai adoré cette opportunité. J’y ai découvert des applications éducatives très intéressantes et motivantes pour les élèves. D’ailleurs, ce ne fut pas surprenant de constater que les élèves sont tout simplement très investis dans la tâche dès qu’ils commencent à utiliser cette technologie.

 

   

Lors du Festival de l'érable

 

La communauté francophone de l’Okanagan

Tout d’abord, à l’école, il y a énormément de parents bénévoles qui s’offrent pour venir aider lors des sorties scolaires. De plus, un comité de parents bénévoles est présent afin d’offrir des activités intéressantes aux jeunes ainsi que des «repas chauds» le mercredi midi. Il est également possible de constater, de façon quotidienne, l’implication des parents dans l’éducation de leur jeune. Il y a un réel désir de leur part que leur enfant parle le français à l’école. Une belle collaboration a lieu entre les parents et les enseignants.

Aussi, dans l’Okanagan, il y a le Centre culturel francophone de l’Okanagan (CCFO). Ce centre « est un organisme à but non lucratif qui veille à la promotion et l’épanouissement de la langue et de la culture française auprès des résidents de la région de l’Okanagan » (CCFO,2016). Le CCFO organise divers évènements dont des soirées de projection de films francophones. Ce conseil offre également la possibilité à ses membres d’emprunter des livres en français. Il organise aussi différentes activités tout au long de l’année. Pour ma part, j’ai eu la chance d’être bénévole pour le Festival de l’érable organisé du 1er au 3 avril dernier. Ce festival avait lieu en ville. Il s’agissait d’une fête où les familles pouvaient profiter de spectacles de musique et de danse, d’expositions d’art, de maquillage pour enfants, d’ateliers artistiques, etc. Aussi, divers kiosques avec de la nourriture traditionnelle étaient présents. Il y avait de la tire d’érable, de la soupe aux pois, de la barbe à papa, et bien sûr, de la poutine ! Pour ma part, j’étais au kiosque de la poutine ; une vraie poutine québécoise. Elle a fait fureur ! Nous en avons vendu plus de 865 !

Aussi, le dimanche, j’ai également été bénévole à un traditionnel brunch de cabane à sucre. J’ai adoré vivre cette expérience. J’y ai découvert une communauté francophone beaucoup plus grande que celle que j’avais imaginée. Les gens sont si agréables à côtoyer. J’ai eu l’impression d’entrer dans une famille. Ce fut une fin de semaine mémorable ! Le CCFO est donc un excellent organisme pour tous les francophones dans la région de l’Okanagan. Il valorise le français en mettant en place divers évènements pour promouvoir la langue afin de permettre à ses membres de la parler.

 

 

 

Un stage de trop courte durée

C’est ainsi que se termine une expérience incroyable dans l’Ouest canadien. J’y ai découvert des collègues formidables, une école attrayante et impliquée ainsi qu’une communauté francophone unie. Ce stage fut tellement enrichissant tant au niveau des méthodes d’enseignement qu’au niveau personnel. Dans ce milieu minoritaire, j’y ai appris énormément et j’ai découvert l’enseignante que j’aspire devenir. Je reviens de ce stage avec des idées plein la tête, avec des histoires et des anecdotes à raconter.

Un immense merci au CSF et à l’ACELF qui m’ont permis de vivre ces deux mois exceptionnels.