Stages en enseignement dans les communautés francophones

Stéphanie Côté — Deuxième article

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Tellement enrichissant!

L’accueil
L’accueil que nous avons reçu dans la petite ville de Chatham-Kent en Ontario fut remarquable. Notre premier contact a bien évidemment été avec la famille où nous allions habiter. C’est entre autres grâce à eux que nous avons passé deux mois merveilleux. Nous nous sommes rapidement liées d’amitié avec les deux jeunes filles qui font partie de cette famille. « Nos grandes sœurs » aimaient-elles nous appeler. La barrière linguistique avec le père anglophone de la famille s’est rapidement estompée avec le temps, puisqu’il aimait apprendre un nouveau vocabulaire francophone. Grâce à lui, nous avons assurément amélioré notre accent anglais. Je parle à la première personne du pluriel, parce que j’ai eu la chance de vivre cette expérience avec une amie, une collègue d’université et une partenaire de voyage fantastique. Pendant notre séjour, nous avons eu de belles discussions avec la famille concernant la ville et toutes les différences culturelles qu’il peut y avoir entre le Québec et l’Ontario, malgré le fait que ce sont deux provinces voisines. Les contrastes par rapport au système d’éducation en sont une belle preuve.

Le tout premier lundi en tant que stagiaire est arrivé très rapidement, mais j’étais fébrile de débuter cette expérience qui, au final, restera gravée dans mon cœur et dans ma mémoire à jamais. L’école élémentaire catholique Sainte-Marie est un établissement incroyable. Il s’agit d’une construction neuve de neuf ans à la fine pointe de la technologie. Les membres du personnel sont accueillants, motivés, jeunes et créatifs. Cet hiver, j’ai eu la chance de parler avec mon enseignante associée concernant le stage qui arrivait à grands pas et même de la rencontrer durant la fin de semaine de notre arrivée. J’étais très heureuse de la revoir dans le contexte où nous allions nous côtoyer durant ces huit semaines. Elle m’a rapidement mise à l’aise en me faisant visiter les lieux et en m’expliquant le fonctionnement de l’école et en me présentant au personnel. J’ai tout de suite remarqué leur complicité et cela m’a rassurée. J’étais nerveuse de rencontrer les élèves, car une de mes craintes était de ne pas me faire comprendre par eux en raison de mon accent ou de mon débit de voix. Heureusement, j’ai vite brisé la glace en faisant une courte présentation pour leur expliquer qui je suis, ce que je viens faire à l’école Sainte-Marie, quels sont mes intérêts et surtout, quels sont mes appréhensions par rapport à ce stage. Comme j’étais avec des élèves de 6e année, ils ont eu cette belle attention de me rassurer immédiatement en me disant qu’ils aimaient bien mon accent du Québec. J’ai rapidement créé un lien avec plusieurs d’entre eux et la première semaine était déjà terminée.

Dès le départ, mon enseignante associée accueillait mes idées à bras ouverts et elle a pris connaissance de mes champs d'intérêt en enseignement pour s’assurer que je me sente confortable dans la classe. J’ai pu, dès la première semaine, prendre connaissance du curriculum qui est utilisé pour établir les critères de correction et d’évaluation ainsi que les compétences à travailler. Le Conseil scolaire catholique Providence est un groupe de personnes à l’écoute des besoins de son personnel enseignant et vise divers aspects importants à respecter dans ses écoles, dans le but de faire grandir la communauté francophone en Ontario. Si je devais choisir un mot pour décrire cette école, ce serait sans aucun doute « famille ».

La présence et l’importance du français
J’ai été très impressionnée par l’enthousiasme des enseignants et de la direction d’accueillir des étudiantes du Québec et des nombreux compliments que nous avons reçus sur notre façon de parler. Le français est une langue très valorisée, mais peu courante dans la région. C’est un défi constant de parler français entre les quatre murs de l’établissement, mais aussi d’avoir un personnel enseignant qualifié qui parle bien la langue. En discutant avec quelques enseignants et une dame qui travaille pour les ressources humaines, j’ai réalisé que c’est très difficile d’avoir un nombre suffisant d’enseignants pour couvrir tous les besoins. C’est assez courant que des parents qui parlent français viennent faire de la suppléance à quelques reprises. Les opportunités d’emploi sont excellentes si la langue est bien maîtrisée. Pour un enseignant qualifié qui parle seulement anglais, les possibilités d’emploi sont pratiquement les mêmes qu’au Québec. C’est pour cette raison que c’est très avantageux d’apprendre le français en bas âge.

De plus, c’est une tâche complexe d’obliger les élèves à se parler en français entre eux dans la cour d’école et dans les corridors. Je considère que le défi est encore plus grand au niveau moyen, c’est-à-dire de la 4e année à la 6e année, car les élèves manquent de motivation et d’intérêt à parler une deuxième langue. Pour la majorité des membres du personnel, le français est leur langue seconde alors même pour eux, c’est parfois difficile de maintenir une conversation. L’enjeu le plus important est que les élèves ont peu ou pas de modèles francophones à la maison. C’est donc plus problématique de faire une pratique régulière et de maintenir une constance dans leur communication orale. Par ailleurs, l’établissement pédagogique où j’ai fait mon stage n’a pas de système de renforcement pour valoriser la langue française, mais elle a tout de même un protocole pour récompenser les bons comportements. En effet, le seul moyen mis en place pour encourager les élèves à parler français est de leur exprimer leur satisfaction de façon verbale, mais à cet âge, c’est loin d’être significatif. Ils souhaitent que les jeunes parlent français naturellement, sans avoir besoin de récompense.

L’école vise plutôt à rendre les élèves autonomes en leur permettant de faire « les bons choix ». Les jeunes peuvent alors se questionner sur leurs propres actions, à savoir s’ils ont fait de bons choix pour développer leur vocabulaire ou simplement pour vivre en harmonie avec les autres. Mis à part cela, l’école a mis sur pied un système de renforcement positif pour récompenser les bons comportements. Cela fonctionne avec des billets qu’ils nomment « les plumes ». Chacun des membres du personnel est en droit de remettre une plume à un élève qui a fait preuve de respect ou qui a démontré une attitude exemplaire. Le billet est divisé en trois parties : une pour l’élève, une pour la direction et une autre pour l’enseignante. Celle-ci se sert de ce coupon pour faire des tirages chaque mois parmi les élèves de la classe.

 

Le soutien en classe
Ce qui m’a le plus étonnée dans cette école, c’est le nombre d’adultes présents en classe et dans les corridors. Plusieurs élèves ont leur propre éducateur qui passe la journée avec eux pour les aider à bien se comporter, à rester attentifs en classe et à bien comprendre la matière enseignée. De plus, les enseignants ont toujours un temps de préparation dans la journée où ils sortent de la classe pour faire de la planification. Durant ce temps, une personne attitrée va dans les classes pour enseigner la religion, la danse ou l’art dramatique. J’ai beaucoup apprécié ce mode de fonctionnement, car cela permet aux élèves de côtoyer des adultes au parcours de vie et aux valeurs différentes. Par conséquent, celles-ci se transmettent dans chacun des élèves. Ils ont tous leur propre façon d’inculquer la langue française, ce qui donne la chance aux jeunes de s’identifier aux idées qui les rejoignent le plus. Également, comme il y a en moyenne un éducateur par classe, cette personne peut aider l’enseignant avec la gestion de classe, ce qui enlève une énorme pression sur les épaules.

C’est remarquable que les adultes considèrent l’ensemble des élèves comme une union, comme s’il n’y avait aucune frontière entre les groupes, à l’exception évidemment de la frontière physique. Un enseignant de maternelle-jardin dirige l’équipe d’improvisation des 6e années, la classe de 5e année aide régulièrement la classe de 1re année pour la lecture à voix haute, etc. C’est une excellente façon de promouvoir le français et de créer un sentiment d’appartenance. Personnellement, je considère que la grande quantité d’adultes présentes dans l’école aide simplement à avoir, encore une fois, un esprit de famille, une valeur que prône le Conseil scolaire catholique Providence.

 

Le conseil scolaire
CSC Providence a été créé un peu avant les années 2000, à la suite de l'adoption de la loi pour la reconnaissance des droits des francophones en matière de gestion de la scolarisation en Ontario. Cela a eu pour effet de rassembler plusieurs conseils distincts afin d’en former un seul. Depuis sa création, il prône cinq grandes valeurs essentielles : l’amour (s’aimer les uns les autres), l’appartenance (s’engager dans son milieu de travail et dans sa communauté), l’excellence (définir les meilleures pratiques), l’intégrité (être professionnel) et le respect (respect de soi, d’autrui et de l’environnement). J’étais heureuse de voir que ces valeurs étaient naturellement ancrées dans chacun des membres du personnel. J’ai eu la chance de passer quelque temps avec la direction de l’école, des conseillers pédagogiques, des enseignants, des éducateurs, etc. C’est fabuleux de voir que tous ont cette même foi et ces mêmes croyances pour l’école et pour la langue française.

Le conseil accorde énormément d’importance aux membres du personnel qui y travaille. Chacun d’entre eux est pris en considération, et ce, peu importe le niveau hiérarchique. Les opportunités d’emplois sont garanties pour tous ceux qui maîtrisent le français, ce qui est très bien pour les étudiants(e)s du Québec qui souhaite avoir un peu de défis.

L’implication dans l’école et la communauté
L’implication fait partie des valeurs que prône le conseil et c’est quelque chose qui m’a beaucoup touché à l’école Sainte-Marie. Chaque individu s’implique à sa façon, ce qui favorise un travail d’équipe remarquable. C’est une école qui est très occupée par les sports d’équipes, les activités parascolaires, l’aide aux devoirs, les projets culturels, les sorties éducatives, l’intégration de la religion et tous les cours réguliers donnés en classe. Malgré cela, l’implication se fait de façon naturelle et ce fût un plaisir pour moi de m’intégrer dans quelques-unes de ces activités. Par exemple, lors de la dernière semaine de stage, il y aura un événement qui se déroule chaque année dans le cadre de la semaine de l’éducation; l’ExpoArt. Il s’agit d’un moment qui permet aux élèves d’exposer quelques une de leurs réalisations faites durant l’année scolaire en arts visuels. De plus, des toiles collectives sont créées pour une vente aux enchères. L’argent amassé permet de payer quelques activités pour les élèves. Il s’agit d’un événement où il est très simple de s’impliquer, car plusieurs tâches sont à effectuer et cela ne demande que quelques heures.

J’ai été très heureuse de voir que les gens s’engagent de façon volontaire et que le personnel responsable des activités ne met aucune pression sur leurs collègues afin qu’ils effectuent les tâches. Les enseignants participent en grand nombre et ils semblent heureux de le faire. C’est très gratifiant de s’investir dans une activité qui apporte du plaisir autant aux élèves qu’aux membres de l’établissement. Cela permet également de développer la langue française dans un contexte différent et amusant. L’école Sainte-Marie est une équipe qui s’épaule en cas de difficulté. À plusieurs reprises, des enseignantes sont venues me voir pour me questionner sur la grammaire, la formulation de phrase ou la traduction de certains mots en anglais. Les forces de chacun sont mises à contribution tous les jours. Enfin, c’est étonnant de voir à quel point des efforts sont mis de la part des enseignants afin de parfaire leur langue française. Après tout, c’est leur principal outil de travail.

 

Un stage trop court, mais enrichissant
De toute évidence, ce stage ne m’a apporté que du positif autant sur le plan professionnel que personnel. En effet, j’ai appris énormément en tant qu’enseignante, sur ma manière de donner une leçon, de faire la gestion de classe, de travailler en coopération avec mon enseignante associée et de développer une relation positive avec les élèves. J’ai vécu un stage où j’ai eu la chance de me lancer pleinement dans le métier et de faire des erreurs, car c’est de cette façon, selon moi, que l’on apprend réellement. J’ai également eu le bonheur d’être libre dans le choix de mes activités ainsi que pour la façon dont j’enseigne. Évidemment, j’ai pu reprendre plusieurs stratégies utilisées par l’enseignante, mais j’ai été en mesure de faire des essais pour me connaître davantage en tant qu’individu.

Avant d’arriver ici, j’étais très ouverte d’esprit quant à la façon dont les choses allaient se dérouler avec mon enseignante associée et croyez-moi, j’en suis très ravie. J’ai dû me faire davantage confiance, car j’ai été placée devant des situations plus ou moins confortables avec certains élèves, mais j’ai appris à gérer chacun de ces moments avec calme. Une leçon que j’ai apprise avec mon enseignante c’est qu’il y a des moments pour rire et il y a des moments pour être sérieux. Même si tu hausses le ton et même si tu donnes des conséquences, certains élèves t’aimeront et d’autres non. C’est impossible de plaire à tous et je repars d’ici grandie, car maintenant, je me plais à moi-même. J’aime ma façon d’être avec les élèves et la façon que j’enseigne. Ce qui m’a rendue le plus fière pendant mon séjour ici, c’est d’être francophone. La langue française a ses particularités et ses défis, mais il s’agit d’une belle langue et, dans une petite communauté comme celle de l’école Sainte-Marie, c’est cette langue qui rassemble les gens.

 

Deux mois, c’est si vite passé. Le premier mois, tu apprends à connaître les élèves, la classe, l’école et l’environnement. Le deuxième mois, tu apprends à te connaître toi-même quant aux méthodes que tu souhaites utiliser. Un troisième mois permettrait de vivre pleinement ce stage, car c’est à la fin du deuxième mois que le plaisir commence, que tu te sens à l’aise à enseigner, que tu te sens habituée avec la classe et ton équipe de travail. Bref, durant ce stage, je me suis sentie comme un poisson dans l’eau ! Je remercie l’ACELF pour cette belle opportunité et cette expérience de vie. L’Ontario me reverra probablement dans l’une de ses écoles bientôt.