Stages en enseignement dans les communautés francophones

Sandrine Proulx — Deuxième article

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Tomber sous le charme du cheval blanc

Mes premières impressions

Dès mes premiers instants au Yukon, ce territoire m’a plu. Son ampleur et ses paysages grandioses m’ont charmée. La grandeur d’âme des gens qui y habitent a aussi rapidement fait partie de mes découvertes. Les Yukonnais sont vraiment des gens de cœur!

 

Petite école de Whitehorse, l’école Émilie-Tremblay a su m’accueillir avec autant de charme que les montagnes et les lacs du Yukon. Ne faisant pas exception, les enseignants de cette école francophone ont fait preuve d’ouverture et de générosité en nous accueillant à bras ouverts. La sérénité, le respect et la complicité qui règnent dans cette école ont eu un effet plus que positif sur moi dès les premiers jours. L’ouverture d’esprit du personnel, leur gentillesse et leur patience m’ont vite permis de ressentir cette fameuse zénitude dont il avait souvent été question lors des échanges préstage avec mon enseignante associée et ma famille d’accueil. En effet, avant mon arrivée, elles ne cessaient de me dire : « Au Yukon, il n’y a pas de stress. On prend la vie comme elle vient ». Quelle vérité!

Si vous avez l’occasion de mettre les pieds dans cette merveilleuse école, vous ressentirez sans doute cette même sensation d’acceptation et de tranquillité d’esprit. En marchant dans le premier corridor à votre gauche, vous rencontrerez probablement certains élèves. Et si vous poursuivez votre chemin dans le prochain corridor à votre droite, les élèves que vous croiserez seront fort probablement ceux à qui j’ai eu le privilège d’enseigner. S’ils vous accueillent comme ils m’ont accueillie dès la première journée, vous comprendrez. Vous comprendrez qu’au Yukon, les jugements n’existent pas et que tout le monde est toujours le bienvenu. Vous comprendrez que vous êtes au bon endroit, au bon moment. Ces élèves ont des connaissances académiques, certes. Mais, ils ont aussi des connaissances incroyables sur l’importance du respect de l’histoire, des cultures, du patrimoine, des êtres vivants et de la nature. Vous comprendrez que vous avez autant à apprendre d’eux qu’ils ont à apprendre de vous.

La création du conseil scolaire francophone du Yukon : ils ont choisi ce combat!


Depuis maintenant 30 ans, l’école Émilie-Tremblay offre aux enfants franco-yukonnais l’éducation en français. Débutant dans le sous-sol de l’école d’immersion de Whitehorse, l’école Émilie-Tremblay est aujourd’hui une école à part entière qui regroupe des élèves de niveau maternelle à la 12e année. En raison du trop grand achalandage d’élèves franco-yukonnais, une nouvelle école francophone sera construite pour accueillir les élèves de 7e à la 12e année de l’école Émilie-Tremblay très bientôt. Quelle bonne nouvelle pour la langue française! D’ailleurs, les franco-yukonnais doivent la plupart de ces avancements à cet homme qui, en 1994, a choisi ce combat : avoir une commission scolaire francophone indépendante pour que les besoins des francophones soient gérés par des francophones.

 

C’est un an plus tard, en 1995, après avoir fait valoir son point de vue, qu’une grande réunion a eu lieu pour expliquer au gens ce dont il était question : avoir une école francophone qui appartient au franco-yukonnais leur permettrait d’avoir un budget et de pouvoir gérer leurs besoins comme le désir. Donc, il y a 20 ans exactement, en 1996, après plusieurs mois de combats pour obtenir ce droit, la première commission scolaire francophone du Yukon a été formée.

 

Encore aujourd’hui, la commission scolaire francophone du Yukon œuvre pour le bon fonctionnement de sa seule et unique école : l’école Émilie-Tremblay. Cinq membres sont élus à la commission scolaire pour assurer la bonne gestion de cette école dans laquelle le pavillon Émilie-Tremblay regroupe les élèves de maternelle à la 6e année et pour qu’ils se déplacent ensuite vers le pavillon de l’Académie Parhélie où ils gradueront en 12e année. Dans ce conseil scolaire francophone, trois des cinq membres sont des parents des élèves qui fréquentent l’école pour assurer que les besoins soient comblés pour les bonnes personnes. Ainsi, le directeur général de la commission scolaire francophone du Yukon, le conseil des cinq membres élus, la directrice de l’école et la directrice adjointe travaillent tous ensemble pour permettre à cette école francophone d’avoir une place de choix à Whitehorse et donner la chance aux élèves franco-yukonnais d’être scolarisés en français en répondant à tous leurs besoins.

Le statut de la langue française dans ce milieu minoritaire


Avant de commencer, il est important de mentionner que la langue française ne « survit » pas à Whitehorse. Au contraire, elle est bien en vie! D’ailleurs, cette vitalité est due à toute l’implication de la communauté et à la collaboration entre les différents organismes francophones. En effet, l’école Émilie-Tremblay, la garderie du cheval blanc, l’Association des partenaires de l’école française (APÉF) et l’Association franco-yukonnaise (AFY) travaillent tous ensemble pour faire vivre la langue française en couleur dans la communauté.

 

La Semaine de la francophonie fait partie des nombreux événements qui sont organisés pour rendre hommage à cette langue. Il n’y a pas une journée pendant mon expérience à laquelle je n’ai pas entendu parler d’une activité organisée par la communauté francophone ou d’un bon coup réalisé par les francophones.

De plus, partout à Whitehorse, il est possible d’entendre parler français. J’ai toujours été capable de parler en français avec une personne qui me servait que ce soit au restaurant, dans une boutique ou à l’épicerie. Je le confirme : le français est en vie à Whitehorse et tout en couleur!

Les réponses de l’école face aux défis qui se présentent dans un milieu minoritaire francophone

Évidemment, l’école Émilie-Tremblay fait face à plusieurs défis en tant qu’unique école francophone de Whitehorse. Premièrement, pour contrer cette minorité, leur clé est de travailler en collaboration avec les parents des élèves. Ils doivent travailler en collaboration sur l’importance de maintenir le bilinguisme et de le faire voir comme un cadeau aux yeux de leurs enfants. C’est pour cette raison que l’implication des parents dans les activités comme les camps, les entrainements des sports et les pièces de théâtre est d’une importance capitale à l’école Émilie-Tremblay. Lorsqu’ils sentent qu’ils ont une place de choix, les parents collaborent dans l’éducation des enfants. Le programme de francisation qui est offert de la prématernelle à la fin du secondaire est une solution aux défis de la minorité francophone. En effet, les élèves qui ont plus de difficulté en français et qui aurait tendance à entrer en contact avec les autres en anglais ont accès au programme de francisation pour les aider à rendre le français plus simple et agréable pour eux. Parallèlement, un programme d’anglicisation est offert aux élèves totalement francophones pour qu’ils apprennent à parler anglais afin de se débrouiller convenablement dans le territoire et se sentir chez eux, tout en gardant leurs racines.

 

En plus de ces programmes qui sont offerts aux élèves de l’école Émilie-Tremblay, la commission scolaire fait circuler un sondage chaque année aux élèves, aux enseignants ainsi qu’aux parents pour réajuster les éléments qui se présentent à titre de défis et encourager les éléments positifs. Il y a donc beaucoup d’écoute de la part de la commission scolaire francophone du Yukon ainsi que de la communauté.

En ce qui concerne les activités offertes aux jeunes pour maintenir et encourager la langue française, ils sont libres de participer à des formations francophones sur le leadership, s’inscrire au festival du film de Rimouski, faire la dictée P.G.L (Paul Gérin-Lajoie), faire des concours d’épellation à Whitehorse et plusieurs autres projets qui les amènent à apprécier la langue française et vouloir la partager. Enfin, pour faire comprendre l’importance d’une langue aux élèves de 8e, 9e, 10e et 11e année, l’école leur propose de faire des voyages à l’intérieur du Canada et à l’international. Ces derniers leur permettent de s’identifier en tant que francophones et de découvrir l’importance de cette langue ainsi que toute l’histoire derrière celle-ci.

L’identité des élèves

À quoi pensez-vous lorsque vous voyez ces mots : adolescents, 12 ou 13 ans, 7e année, première année du secondaire ? … Crise identitaire? Moi aussi. Imaginez si, en plus, les adolescents dont il est question étaient majoritairement élevés dans un minimum de deux langues, fréquentaient une école francophone dans un territoire anglophone, avaient déménagé plusieurs fois de province en province et étaient de différentes nationalités. Je sais, c’est impressionnant! Mais, vous savez quoi? C’est ÇA leur identité à eux.

 

Certains ont des racines russes, québécoises, croates, slovaques, mais au fond, ce sont tous des Yukonnais. Des Yukonnais qui trouvent leur identité dans toutes leurs expériences de vie qui sortent de l’ordinaire. Des Franco-Yukonnais qui trouvent leur identité dans ce bilinguisme si présent au Yukon. Même si les ressentiments de certains élèves sont ambivalents quant à cette langue, ils sont tout de même conscients de la chance qu’ils ont d’avoir reçu ce magnifique cadeau de leur parent à leur naissance. En effet, à partir de l’adolescence, les élèves commencent à comprendre les conséquences, positives et négatives, qu’a la langue française sur leur vie.

Bien qu’ils s’identifient tous à cette franco-yukonnie, parler le français peut devenir un défi lorsque vient le temps de faire partie d’un groupe ou d’une équipe quelconque de la ville de Whitehorse puisqu’ils sont identifiés comme étant la minorité. Cependant, cette belle langue devient un effet positif lorsqu’il est question de voyager, d’aider les gens qui parlent seulement anglais ou seulement français ou même de performer dans les sports (lorsqu’ils ne veulent pas que les autres équipes comprennent leurs stratégies... Ha! Ha!).

Bref, malgré quelques désavantages, je crois que la majorité des élèves auxquels j’ai eu le plaisir d’enseigner pendant ces huit courtes semaines s’identifient à la communauté franco-yukonnaise sans toutefois oublier leur culture et leur nationalité primaire , qu’ils soient Russes, Croates, Québécois ou purement Yukonnais.

Selon moi, ce qui influence le plus l’identité des jeunes dans mon stage est sans doute la collaboration avec leurs pairs et la compréhension qu’ils ont de la situation des autres élèves de la classe. Comme mentionnés précédemment, au Yukon, les jugements se font rares, même chez les adolescents. Ils ont tous une histoire différente, une culture différente et une façon de voir la vie différente. Ce qu’ils ont en commun est qu’ils ont tous atterri dans la communauté francophone du Yukon et ont appris à vivre dans cette communauté minoritaire. Mes élèves de 7e année ont compris que c’est en se serrant les coudes qu’on devient plus grands, plus influents et plus confiants. C’est donc cet état d’esprit qui, selon moi, influence les enfants, les adolescents, les parents, les enseignants et tous les Franco-Yukonnais à s’identifier à la langue française et à se serrer les coudes pour la faire valoir.

 

Conclusion

En séjournant au Yukon, j’ai pris conscience de l’importance de plusieurs choses. D’abord, j’ai constaté et pris conscience de l’importance de parler le français. Il n’est pas ici question de prendre la place des autres cultures ou des autres langues, loin de là. Il est seulement question de faire une place au français pour qu’il puisse vivre comme il le fait depuis si longtemps. D’ailleurs, je tiens à mentionner le travail exceptionnel de l’ACELF, qui souligne quotidiennement l’importance de notre langue, et à les remercier de m’avoir permis de vivre cette si belle expérience. Elle m’a permis de grandir professionnellement, mais aussi de faire un immense voyage intérieur pour cimenter des valeurs que je croyais déjà ancrées. En tant que future enseignante, il est important que je mette de l’avant l’importance du français et j’en ferai un devoir au quotidien.

 

En plus de constater l’importance de cette merveilleuse langue, je me dois de faire un clin d’œil à la place immense qu’à la nature dans la vie des Yukonnais. Capitale au cœur des montagnes, Whitehorse offre la possibilité d’entrer dans un sentier à chaque coin de rue et de profiter de l’air frais, de la beauté des paysages et de l’odeur des arbres si réconfortante. Que ce soit le charme des montagnes majestueuses, la tranquillité des lacs ou les magnifiques imperfections des sentiers de randonnées dans lesquels j’ai tant aimé me promener, je suis tombée amoureuse de toutes les facettes de cette si belle nature chaque jour des huit dernières semaines.

Pour finir, la Franco-Yukonnaise adoptive en moi se tarde de revenir et de poursuivre sa découverte des merveilles authentiques du Yukon. C’est le cœur gros et la tête pleine de beaux souvenirs que je te dis : ce n’est qu’un au revoir cher Yukon. À très bientôt!