Stages en enseignement dans les communautés francophones

Tammy-Lynn Haché - Deuxième article

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Un autre chapitre qui se termine

D’ici quelques jours, un autre chapitre de l’incroyable livre d’aventures de ma vie va se terminer. Il est donc arrivé l’heure de faire un retour sur cette expérience. Encore une fois, je n’ai pas vu les jours filer et il m’est difficile de croire qu’il y a déjà huit semaines que je suis arrivée au Manitoba. Les lignes qui suivent sont la magnifique preuve que je n’ai guère eu le temps de m’ennuyer et par conséquent les « Friendly » Manitobaines et Manitobains ont su me charmer.

Péripéties de départ
Je crois qu’il est tout de même pertinent de mentionner quelques-unes de mes péripéties qui ont eu le plaisir de se déposer sur ma route. Ma session universitaire s’est terminée le 28 février à 11 h 50, à Lévis. Cette même journée, à 13 h, je rencontrais déjà mon futur enseignant associé pour mon dernier stage qui se déroulera en septembre prochain à Shannon. Le même soir, je déménageais et je quittais mon appartement de Québec. Le 1er mars, j’ai dit au revoir à Québec pour me rendre à Montréal souper avec des amis. Le lendemain, soit le 2 mars, je quittais la métropole québécoise pour partir avec mon cher père. Ce qui devait être un «road trip» de père-fille, a rapidement viré au vinaigre. Seulement quelques heures après avoir pris la route, nous avons eu un accident. Heureusement, personne ne fut blessé ! Toutefois, il fallait maintenant trouver un nouveau plan pour arriver à Winnipeg. Après de nombreux appels, un ami de la famille est venu nous chercher, mon père et moi, pour me conduire à Sault-Sainte-Marie. De là, je pouvais prendre le bus jusqu’à ma destination. Et c’est ce que j’ai fait ! Je suis finalement arrivée à Winnipeg vers 20 h le dimanche 5 mars, soit quelques 32 heures de plus que l’horaire initial!

Mes premières impressions
Je dois avouer que j’ai été sceptique durant mes premiers jours à Winnipeg. Je me suis beaucoup questionnée sur les raisons qui poussaient les habitants de cette région à vivre dans un endroit aussi peu accueillant du point de vue météorologique. Dès mon deuxième matin, j’ai dû apprendre à vivre avec des écarts de température et le fameux vent des prairies. En effet, Environnement Canada annonçait qu’il faisait -38°C avec le refroidissement éolien. Je n’étais même pas encore sortie de sous mes couvertures que je grelotais à l’idée de mettre le nez dehors. Comme si ce n’était pas suffisant, j’ai eu à faire de la surveillance dehors durant cette effroyable journée. Je suis la preuve que ce qui ne tue pas rend plus fort ! Néanmoins, j’ai fini par m’habituer à une mère Nature qui a bien des sautes d’humeur dans les prairies. S’habituer est tout de même un grand mot, mais bon, je n’étais plus étonnée si un jour il faisait 18°C et que, le lendemain matin, il neigeait. Fait vécu ! Je crois être maintenant prête à affronter le Grand Nord canadien ou toutes conditions météorologiques aussi changeantes en peu de temps !


L’école Christine-Lespérance
Cette école a un passé riche en histoire même si son ouverture n’a seulement eu lieu qu’en janvier 2002. En effet, cet établissement a remplacé l’école Lavallée qui ne répondait plus au besoin de la population francophone du quartier St-Vital. Le dossier de la création d’une nouvelle école fut long et laborieux. Pour ne nommer que quelques faits, il y a eu la création de la première Commission scolaire franco-manitobaine, des réunions publiques et un sondage auprès des parents. Ce n’est qu’en 1997 que le ministère de l’Éducation donne l’autorisation de construire une nouvelle école. Par ailleurs, l’école Christine-Lespérance accueille présentement la plus grande population d’élèves au sein de la Division scolaire franco-manitobaine.
Lors de mon arrivée à Christine-Lespérance, je me suis fait chaleureusement accueillir par le concierge, M. Dominique. Il a pris le temps de me faire un tour rapide de l’école et de me montrer ma classe. Comme je me suis pointée beaucoup trop tôt, quasi personne n’était encore arrivé. J’ai donc profité de ce moment de solitude pour explorer le coin de lecture qui allait faire partie de ma future classe de stage. Lorsque Mme Éthier, mon enseignante associée, est arrivée, elle s’est rapidement empressée de me faire visiter l’établissement et de me présenter à chaque membre du personnel que nous avons croisé sur notre route. Donc, ma période d'adaptation s’est bien déroulée et fut de très courte durée.


Outre la bonne humeur et la gentillesse de chacun, j’ai été étonnée par le nombre de personnes-ressources que nous pouvons trouver dans l’école. L’équipe comprend entre autres des orthopédagogues, une orthophoniste, une conseillère, sans oublier les merveilleuses et très serviables auxiliaires à l’enseignement. C’est plus de 450 élèves qui peuvent profiter de ces services chaque jour. En plus d’une garderie, l’école assure le service des élèves de la maternelle à la 8e année. Elle offre aussi de nombreuses activités scolaires et parascolaires telles que la radio scolaire, le théâtre et le badminton.


Mon enseignante associée
Avant même mon arrivée au Manitoba, j’ai eu la chance de discuter à quelques reprises avec Mme Éthier, mon enseignante associée. Ces quelques discussions téléphoniques nous ont permis d’apprendre tranquillement à nous connaître et m’ont également facilité la tâche pour préparer mes valises. De plus, elle m’a transmis des informations sur les élèves ainsi que sur les grandes lignes des projets de classe à venir, et ce, afin de mieux me préparer. Dès ces premiers échanges, je pouvais déjà ressentir la chaleur de Mme Éthier et je savais que je n’aurais pas besoin de m’inquiéter. Dans les faits, j’avais peur que ce soit elle qui se fasse du mauvais sang : je suis une personne qui peut s’avérer très indépendante. À l’exception de ses nombreuses questions qui lui ont permis de mieux connaître le personnage que je suis, Mme Éthier n’a heureusement pas été une mère surprotectrice. Toutefois, je savais qu’elle serait présente et que je pourrais compter sur son aide si j’avais quelconque problème ou préoccupation. Mme Éthier est une enseignante qui a à cœur la réussite de chacun de ses élèves. Par conséquent, elle passe d’innombrables heures à confectionner des leçons et des projets pour eux.


Les élèves
Le premier contact avec des élèves est toujours intéressant puisqu’ils ont hâte d’apprendre à te connaître, mais la gêne est encore reine de la situation. Puis, de fil en aiguille, j’ai appris à les connaître ainsi qu’à découvrir leurs forces et leurs défis. Les élèves de la classe 3D sont très curieux et ils aiment apprendre. Ce sont des jeunes qui aiment autant résoudre des défis que m’en donner. De plus, ce sont des amoureux de la lecture et ils sont incroyablement bons à faire de la poésie. Ces élèves ont également un grand sens de l’humour et ils m’ont à maintes reprises fait éclater de rire.


Je suis heureuse et très fière qu’ils aient embarqué avec autant de joie dans toutes mes activités. Même si ce stage fut très court, soit huit semaines, ça nous donne tout de même le temps de faire quelques petits projets. Par exemple, le cours d’art nous a offert l’occasion de connaître des artistes comme Riopelle, Mondrian ou Vasarely. Le cours de français nous a permis de faire de la poésie. Puis, le cours de santé nous a donné l’occasion de discuter de philosophie.
Néanmoins, un des projets les plus marquants est, à mon avis, celui qui nous a permis de refaire le coin de lecture. Ensemble, les élèves et moi avons trouvé une façon de classer et ranger les livres de manière efficace. Puis, Mme Éthier et moi avons décoré le coin de lecture en prenant soin de respecter les intérêts et les désirs des élèves. Ces derniers ont également écrit à des maisons d’édition afin d’avoir des affiches pour agrémenter le décor. Quelle surprise lorsque les éditions Casterman nous ont envoyés directement de la Belgique, non seulement des affiches, mais également deux bandes dessinées de Tintin !


La fierté d’être francophone
Un de mes objectifs de ce stage était de voir et de comprendre une autre réalité franco-canadienne en milieu minoritaire. Je peux maintenant affirmer que cet objectif est atteint. Mon premier contact avec la francophonie manitobaine a été bien entendu à l’école Christine-Lespérance. Je fus agréablement surprise du niveau élevé de français de la grande majorité des élèves. Ayant travaillé dans diverses écoles francophones en milieu minoritaire, je ne m’attendais pas à ce que les élèves soient aussi forts. J’ai vite compris que la culture franco-manitobaine est très présente et qu’il n’est pas rare d’entendre du français dans les rues ou dans les autobus de ville de la capitale. Il est même possible de se faire servir en français dans plusieurs restaurants, cafés ou magasins de la ville. Voilà une preuve que les Manitobaines et les Manitobains accordent une grande importance à la valeur du français.

 

De plus, les nombreux événements organisés par des organisations francophones tels que l’Alliance française du Manitoba ou le Centre culturel franco-manitobain permettent aux francophones et aux francophiles de se rencontrer et d’échanger. Bref, les Franco-Manitobains m’ont charmée par leur accent, mais surtout ils m’ont rendue fière de ma langue. Je peux encore une fois prouver que les Franco-Canadiens sont bien présents au pays et qu’ils y resteront. En passant, si vous voulez rapidement comprendre la dynamique franco-manitobaine, je vous conseille fortement d’écouter le court métrage Mémère Métisse, réalisé par Janelle Wookey.


Retombées du stage
Même s’il est encore tôt pour voir toutes les répercussions de cette expérience, je peux tout de même conclure que j’ai pu mettre en application mes compétences professionnelles dans de nombreux contextes variés. Je peux aussi fièrement admettre que j’ai bel et bien investi temps et effort afin de créer une belle relation avec chacun des élèves de ma classe. Cela a porté fruit : les sourires et les rires étaient fréquents et les réponses des élèves face à mes activités ou à mes enseignements étaient positives.
Par ailleurs, ce stage m’a offert l’occasion de me familiariser avec un nouveau programme de formation à l’éducation. Je dois avouer que ce ne fut pas une tâche si simple de naviguer entre les nombreuses pages web des différents programmes, mais j’ai fini par comprendre l’essence et la structure du système d’éducation au Manitoba. Dans un autre ordre d’idées, les nombreuses possibilités d’emplois qu’offre la Division scolaire franco-manitobaine sont alléchantes et je les garde à l’esprit lorsque viendra le temps de me chercher un poste d’enseignante.


Remerciements
Bien entendu, un bilan amène également son lot de remerciements. Il va de soi que ce stage n’aurait pas été possible sans la précieuse collaboration de l’ACELF et de la direction de l’école Christine-Lespérance. À mon sens, des expériences comme celle-ci sont essentielles au développement professionnel et personnel. Merci de les rendre possibles et accessibles aux étudiants et aux étudiantes ! Merci à Mme Marie-Hélène Tanguay d’avoir répondu à mes nombreuses questions et d’avoir fait les arrangements nécessaires pour mon départ. Merci à M. Lemoine, Mme Crozier ainsi qu’à tout le personnel de Christine-Lespérance ! Je me suis sentie accueillie et membre entière de votre équipe ! Un merci très spécial à celle qui m’a ouvert sa porte, ma chère enseignante associée, Mme Éthier ! Grâce à ton écoute, ton ouverture d’esprit, ta bonne humeur, ta spontanéité et surtout ta confiance, j’ai su profiter au maximum de ce stage de formation et grandir en tant que professionnelle. Enfin, chers élèves, vous m’avez étonnée par toutes vos nombreuses réponses tantôt réfléchies, tantôt farfelues. Vous avez parfois fait travailler ma patience, mais surtout vous m’avez fait rire et vous avez rempli mon cœur de poésie. Un sincère et chaleureux MERCI ! Sans vous, cette expérience n’aurait pas été la même !
C’est ainsi que se termine cette magnifique aventure. Je me sens fière, même si ce bilan m’apporte une pointe de nostalgie.

 


À très bientôt,

 


Mme Tammy-Lynn